PBÉCEÉ DEVANT LA COUS
I.es moyens par lesquels elle s'est établie , la sainteté «•« sa morale j si bien proportionnée à tous les besoins de l'homme, preuves évidentes de sa divinité. Injustices de ses contradicteurs, infidélité des chrétiens.
Cœei vident, claudi ambulant , leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunti pauperes evangelizantur : et beatus •V qui non fuerit scandalisalus in me !
Les dveugles voient, les boiteux marchent, les '.épreux sontpuriâés, les sourds eatend«iit, i':i morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres : et heureux celui qui ne sera pas aeandalisé à mon sujet 1
Matth., XI, e, 6.
JéSQS-Chriat, interrogé dans notre Évangile par les disciples de saint Jean-Baptiste, s'il est ce Messie que l'on attendait, et co Dieu qui devait venir en personne pour sauver la nature humaine : Tti es qui venturas es ? « Êtes- vous celui qui levez venir? » leur dit, pour toute réponse, qu'il fait des biens infinis au monde, et que le monde cepenlant se soulève unanimement contre lui. Il leur raconte d'une môme suite les bienfaits qu'il répand, et les contradictions qu'il endure ; les miracles qu'il fait , et les scandales qu'il caaso à un peuple ingrat; c'est-à-dire qu'il donn-A dUA hommes, pour marque de divinité en aa per-
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sonne sacrée, premièrement ses bontés, et secondement leur ingratitude.
En effet, chrétiens, il est véritable que Dieu n'a jamais cessé d'être bienfaisant, et que les hommes aussi de leur côté n'ont jamais cessé d'être ingrats : tellement qu'il pourtciit sembler, tant notre méconnaissance est extrême, que c'est comme un apanage de la nature divine d'être infiniment libérale aux hommes, et de ne trouver toutefois dans le genre humain qu'une perpétuelle opposition à ses volontés, et un mépris injurieux de toutes ses grâces.
Saint Pierre a égalé, surpassé en deux mots les éloges des plus pompeux panégyriques, lorsqu'il a dit du Sauveur, « qu'il passait en bienfaisant et guérissant tous les oppressés : » Pertramiit benefaciendo et sanando omnes oppressas 1. Et certes il n'y a rien de plus magnifique et de plus digne d'un Dieu, que de laisser partout où il passe des effets de sa bonté ; que de marquer tous ses pas par ses bienfaits ; que de parcourir les bourgades, les villes et les provinces, non par ses victoires, comme on a dit des conquérants, car c'est tout ravager et tout détruire, mais par ses libéralités.
Ainsi Jésus-Christ a montré aux hommes sa divinité comme elle a accoutumé de se déclarer, à savoir par se» grâces et par ses soins paternels ; et les hommes l'ont traité aussi comme ils traitent la divinité, quand ils l'ont payé, selon leur coutume, d'ingratitude et d'impiété : Et beatus est qui non fuerit scandalizatus in me!
Voilà en peu de mots ce qui nous est proposé dans notre Évangile ; mais, pour en tirer les instructions, il faut un plus long discours, dans lequel je ne puis entrer qu'après avoir imploré le secours d'en haut. Ave.
CoBci vident, claudi ambulant, ieprosi mundantur : et beatus est qui ncni fuerit scandalizatus in me! * Les aveugles voient,
t. Âei., X, 3t.
les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés : etbienhenreux est celui qui n'est point scandalisé en moi ! » Ce n'est plus en illuminant les aveugles, ni en faisant marcher lea estropiés, ni en purifiant les lépreux, ni en ressuscitant les morts, que Jésus-Christ autorise sa mission, et fait connaître aux hommes sa divinité. Ces choses ont été faites durant les jours de sa vie mortelle, et il les a continuées dans sa sainte Église tant qu'il a été nécessaire pour poser les fondements de la foi naissante. Mais ces miracles sensibles, qui ont été faits parle Fils de Dieu sur des personnes particulières et pendant un temps limité, étaient les signes sacrés d'autres miracles spirituels qui n'ont point de bornes semblables, ni pour les temps, ni pour les personnes, puisqu'ils regardent également tous les hommes et tous les siècles.
En effet, ce ne sont point seulement des particuliers aveuglés, estropiés et lépreux, qui demandent au Fils de Dieu le secours de sa main puissante ; mais plutôt tout le genre humain, si nous le savons comprendre, est ce sourd et cet aveugle qui a perdu la connaissance de Dieu, et ne peut plus entendre sa voix. Le genre humain est ce boiteux qui, n'ayant aucune règle des mœurs, ne peut plus ni marcher droit, ni se soutenir. Enfin le genre humain est tout ensemble et ce lépreux et ce mort qui, faute de trouver quelqu'un qui le retire du péché, ne peut ni se purifier de ses taches, ni éviter sa corruption. Jésus-Christ a rendu l'ouïe à ce sourd et la clarté à cet aveugle, quand il a fondé la foi ; Jésus-Christ a redressé ce boiteux, quand il a réglé les mœurs; Jésus-Christ a nettoyé ce lépreux et ressuscité ce mort, quand il a établi dans sa sainte Église la rémission des péchés. Voilà les trois grands miracles par lesquels Jèsus-Christ nous mon^e sa divinité; et en voici le moyen.
Quiconque fait voir aux hommes une vérité souveraine et toute-puissante, une droiture infaillible, une bonté sans
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mesure, fait voir en même temps la divinité. Or est-il que le Fils de Dieu nous montre en sa personne une vérité souveraine par l'établissement de la foi, une équité infaillible par la direction des mœurs, une bonté sans mesure par la rémission des péchés? Il nous montre donc sa divinité. Mais ajoutons, s'il vous plaît, pour achever l'explication de notre Évangile, que tout ce qui prouve la divinité de Jésua- Ghrist prouve aussi notre ingratitude : Beatus qui non fue^ rit scandalizatiLS in me! '( Heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet I » Tous ses miracles nous sont un scandale; toutes ses grâces nous deviennent un empêchement. Il a voulu, chrétiens, dans la foi que les vérités fussent hautes, dans la règle des mœurs que la voie fût droite, dans la rémission des péchés que le moyen fût facile. Tout cela était fait pour notre salut : cette hauteur pour nous élever, cette droiture pour nous conduire, cette facilité pour nous inviter à la pénitence. Mais nous sommes si dépravés, que tout nous tourne à scandale, puisque la hauteur des vérités de la foi fait que nous nous soulevons contre l'autorité de Jésus-Christ, que l'exactitude de la règle qu'il nous donne nous porte à nous plaindre de sa rigueur, et que la facilité du pardon nous est une occasion d'abuser de sa patience.
PREMIER POINT
La vérité est une reine qui habite en elle-même et dans sa propre lumière, laquelle par conséquent est elle-même son trône, elle-même sa grandeur, elle-même sa félicité. Toutefois, pour le bien des hommes, elle a voulu régner sur eux, et Jésus-Christ est venu au monde pour établir cet empire par la foi qu'il nous a prêchée. J'ai prorais, messieurs, de vous faire voir que la vérité de cette foi s'est établie en souveraine, et en souveraine toute-puissante ; et la marque assurée que je vous en donne, c'est que, sans sê
croire obligée d'alléguer aucune raison, et sans être jamai? réduite à emprunter aucun secours, par sa propre autorité, par sa propre force, elle a fait ce qu'elle a voulu, et a régné dans le monde. C'est agir, si je ne me trompe, assez souverainement; m.ais il faut appuyer ce que j'avance.
J'ai dit que la vérité chrétienne n'a point cherché son appui dans les raisonnements humains, mais qu'assurée d'elle-même, de son autorité saprême et de son origine céleste, elle a dit, et a voulu être crue ; elle a prononcé ses oracles, et a exigé la sujétion.
Elle a prêché une Trinité, mystère inaccessible par sa hauteur; elle a annoncé un Dieu homme, un Dieu anéanti Jusques à la croix, abîme impénétrable par sa bassesse. Gomment a-t-elle prouvé? Elle a dit pour toute raison qu'il faut que la raison lui cède, parce qu'elle est née sa sujette. Voici quel est son langage : Hœc dicit Bominus : « Le Seigneur a dit. » Et en un autre endroit : Il est ainsi, « parce que j'en ai dit la parole : » Quia verbum ego locutus sum, dicit Dominus ^ Et en effet, chrétiens, que peut ici opposer la raison humaine ? Dieu a le moyen de se faire entendre, il a aussi le droit de se faire croire. Il peut, par sa lumière infinie, nous montrer, quand il lui plaira, la vérité à découvert ; il peut, par son autorité souveraine, nous obliger à nous y soumettre, sans nous en donner l'intelligence. Et il est digne de la grandeur, de la dignité, de la majesté de ce premier Être, de régner su-r tous les esprits, soit en les captivant par la foi, soit en les contentant par la claire vue.
Jésus-Christ a usé de ce droit royal dans l'établissement de Bon Évangile ; et, comme sa sainte doctrine ne s'est point fondée sur les raisonnements humains, pour ne point dégénérer d'elle-même, elle a aussi dédaigné le soutien de l'éloquence. Il est vrai que les saints apôtres, qui ont été
i. Jerem., ixxiv, &.
ses prédicateurs, ont abattu aux pieds de Jésus la majesté des faisceaux romains, et qu'ils ont fait trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels ils étaient cités. « Paul traite devant Félix de la justice, de la chasteté, du jugement à venir : » Disputante illo de justitia, et castitate, et judicio futuro (Félix tremble), quoique infidèle ; nous écoutons sans être émus. Lequel est le prisonnier? lequel est ^<e juge? Tremefactus Félix respondit : Quod nunc attinet, tade ; tempore opportuno accersam <e * : « Félix effrayé répondit : C'est assez pour cette heure, retirez-vous ; quand j'aurai le temps, je vous mandsrai. » Ce n'est plus l'accusé qui demande du délai à son juge, c'est le juge effrayé qui en demande à son criminel. Ainsi les saints apôtres ont renversé les idoles, ils ont converti les peuples. « Enfin ayant affermi, dit saint Augustin, leur salutaire doctrine, ils ont laissé à leurs successeurs la terre éclairée par une lumière céleste. » Conflrmata salubenHma disciplina, illuminatas terras posteris reliquerunt. Mais ce n'est point par l'art de bien dire, par l'arrangement dea paroles, par des figures artificielles, qu'ils ont opéré tous ces grands effets. Tout se fait par une sewète vertu qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements; vertu qui, venant du ciel, sait se conserver tout entière dans la bassesse modeste et familière de leurs expressions, et dans la simplicité d'un style qui paraît vulgaire : comme on voit un fleuve rapide qui retient, coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse qu'il a acquise aux montagnes d'où il tire son origine, d'où ses eaux sont précipitées.
Concluons donc, chrétiens, que Jésus-Christ h. fondé sol saint Évangile d'une manière souveraine et digne d'un Dieu ; et ajoutons, s'il vous plaît, que c'était k plus convenable aux besoins de notre nature. Nous avons besoin,
i. ÂCt., XliV. 1&.
parmi nos erreurs, non d'un philosophe qui dispute, miais d'un Dieu qui nous détermine dans la recherche de la vérité. La voie du raisonnement est trop lente et trop incertaine : ce qu'il faut chercher est éloigné ; ce qu'il faut prouver est indécis. Cependant il s'agit du principe môme et du fondem-ent de la conduite, sur lequel il faut être résolu d'abord : il faut donc nécessairement en croire quelqu'un. Le chrétien n'a rien à chercher, parce qu'il trouve tout dans la foi. Le chrétien n'a rien à prouver, parce que la foi lui décide tout, et que Jésus-Christ lui a proposé de sorte les vérités nécessaires, que s'il n'egt pas capable de les entendre, il n'est pas moins disposé à les croire : Talia p&pulis persuaderet^ credenda saltem, si percipere non volèrent *.
Ainsi, par môme moyen, Dieu a été honoré, parce qu'on l'a cru, comme il est juste, sur sa parole ; et l'homme a été instruit par une voie courte, parce que, sans aucun circuit de raisonnement, l'autorité de la foi l'a mené dès le premier pas à la certitude.
Mais continuons d'admirer l'auguste souveraineté de la vérité chrétienne. Elle est venue sur la terre comme une étrangère, inconnue et toutefois haïe et persécutée, durant l'espace de quatre cents ans, par des préjugés iniques. Cependant, parmi ces fureurs du monde entier conjuré contre elle, elle n'a point mendié de secours humain. Elle s'est Çait elle-même des défenseurs intrépides et dignes de sa grandeur qui, dans la passion qu'ils avaient pour ses intérêts, ne sachant que la confesser et mourir pour elle, ont couru à la mort avec tant de force, qu'ils ont effrayé leurs persécuteurs, qu'à la fin ils ont fait honte parleur patience aux lois qui les condamnaient au dernier supplice, et ont obligé les princes à les révoquer : Orando^ patiendo, cumpia tecuritate moriendo, leges quibus damnabatur christiana reli-
i. S. Aug., De veré Rel., n* ^
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giû, âTulescere corapulerunt, mutarique fecerunt, dit éioquem • ment saint Augustin *.
C'était donc le conseil de Dieu et la destinée de la vérité, si jo puis parler de la sorte, qu'elle fût entièrement établie malgré les rois de la terre, et que, dans la suite des temps, elles les eût premièrement pour disciples, et après pour défenseurs. Il ne les a point appelés quand il a bâti son Église. Quand il a eu fondé immuablement et élevé jusqu'au comble ce grand édifice, il lui a plu alors de les appeler : JS< /iM?ic reges* : « [Venez], rois, maintenant. » Il lésa donc appelés, non point par nécessité, mais par grâce. Donc l'établissement de la vérité ne dépend point de leur assistance, ni l'empire de la vérité ne relève point de leur sceptre : et si Jésus-Christ les a établis défenseurs de son Évangile, il le fait par honneur et non par besoin ; c'est pour honorer leur autorité et pour consacrer leur puissance. Cependant sa vérité sainte se soutient toujours d'elle-même et conserve son indépendance. Ainsi lorsque les princes défendent la foi, c'est plutôt la foi qui les défend; lorsqu'ils protègent la religion, c'est plutôt la religion qui les protège et qui est l'appui de leur trône. Par où vous voyez clairement que la vérité se sert des hommes, mais qu'elle n'en dépend pas : et c'est ce qui nous paraît dans toute la suite de son histoire. J'appelle ainsi l'histoire de l'Église ; c'est l'histoire du règne de la vérité. Le monde a menacé, la vérité est demeurée ferme; il a usé de tours subtils et de flatteries, la vérité est demeurée droite. Les hérétiques ont brouillé, la vérité est demeurée pure. Les schismes ont déchiré le corps de l'Église, la vérité est demeurée entière. Plusieurs ont été séduits, les faibles ont été troublés, les forts mêmes ont été émus ; im Osius, un Origène, un Tertullien, tant d'autres qui paraissaient l'appui de l'Église, sont tombés avec grand
i. De Cit. Deij Ub. Viil, cap, a, e. P#. t.
scandale : la vérité est demeurée toujours immobile. Qu'y a-t-il donc de plus souverain et de plus indépendant que la vérité, qui persiste toujours, immuable, malgré les menaces et les caresses, malgré les présents et les proscriptions, malgré \es scbismes et les hérésies, malgré toutes les tentations et tous les scandales: enfin, au milieu de la défection de ses enfants infidèles, et dans la chute funeste de ceux-là même qui semblaient être ses colonnes?
Après cela, chrétiens, quel esprit ne doit pas céder à une autorité si bien établie? et que je suis étonné quand j'entends des hommes profanes qui, dans la nation la plus florissante de la chrétienté, s'élèvent ouvertement contre l'Évangile! Les entendrai-je toujours et les trouverai-je toujours dans le monde, ces libertins déclarés, esclaves de leurs passions, et téméraires censeurs des conseils de Dieu ; qui, tout plongés qu'ils sont dans les choses basses, se mêlent de décider hardiment des plus relevées? Profanes et corrompus, lesquels, comme dit saint Jude, « blasphèment ce qu'ils ignorent, et se corrompent dans « ce qu'ils connaissent naturellement : » Quœcunqtie quidem ignwant, blasphémant; quœcunque autem nattiraliter, tanquam muta animantia, norunt, in kis corrump?in](wr*. Hommes deux fois morts, dit le môme apôtre; morts premièrement, parce qu'ils ont perdu la charité; morts secondement, parce qu'ils ont môme arraché la foi : Arlm-es infructuosœ^ eradicatœ, bis mortuœ* : « Arbres infructueux et déracinés, » qui ne tiennent plus à l'Église par aucun lien. ODieuI les verrai-je toujours triompher dans les compagnies, et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges?
Mais, hommes doctes et curieux, si vous voulez discute»