‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 15 sur 223 · I. jMd.y X · texte numérisé non relu

I. jMd.y X

t. IbiéUiR.

l« religion, apportez-y du moins de la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants ma} à propos, dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demimots et par vos branlements de tête, par ces fmes railleries que vous nous vantez et par ce dédaigneux souris. Pour Dieu, comme disait cet ami de Job *, ne pensez pas être les seuls hommes, et que toute la sagesse soit dans votre esprit oont vous nous vantez la délicatesse, fous qui voulez pénétrer les secrets de Dieu, çà, paraissez, venez en présence, développez-nous les énigmes de la nature ; choisissez ou ce qui est loin, ou ce qui est près, ou ce qui est à vos pieds, ou ce qui est bien haut suspendu sur vos têtes I Quoi ! partout votre raison demeure atf'rêtée ! partout ou elle gauchit, ou elle s'égare, ou elle succombe! Cependant vous ne voulez pas que la foi vous prescrive ce qu'il faut croire. Aveugle, chagrin et dédaigneux, vous ne voulez pas qu'on vous guide et qu'on vous donne la main. Pauvre voyageur égaré et présomptueux, qui croyez savoir le chemin, qui vous refusez la conduite, que voulez-vous qu'on vous fasse? Quoi! voulez-vous donc qu'on vous laisse errer? Mais vous vous irez engager dans des détours Infinis, dans quelque chemin perdu; vous vous jetterez dans quelque précipice. Voulez-vous qu'on vous fasse entendre clairement toutes les vérités divines? Mais considérez où vous êtes et en quelle basse région du monde vous avez été relégué. Voyez cette nuit profonde, ces ténèbres épaisses qui vous environnent : la faiblesse, l'imbéciliité, l'ignorance de votre raison. Concevez que ce n'est pas ici la région de l'intelligence. Pourquoi donc ne voulez-vous pas qu'en attendant que Dieu se montre à découvert ce qu'il est la foi vienne à votre secours, et vous ap» prence du moins ce qu'il en faut croira?

i. Job., xn. i^

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Mais, rn^'sgieurs, c'est assez combattre ces esprits profanes et témérairement curieux. Ce n'est pas le vice le plus commun, et je vois un autre malheur bien plus universel dans la cour. Ce n'est point cette ardeur inconsidérée de vouloir aller trop avant, c'est une extrême négli-gence de tous les mystères. Qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas, les hommes trop dédaigneux ne s'en soucient plus et n'y veulent pas seulement penser; ils ne savent s'ils croient ou s'ils ne croient pas ; tout prêts à vous avouer ce qu'il vous plaira, pourvu que vous les laissiez agir à leur mode et passer la vie à leur gré. « Chrétiens eii l'air, dit Tertullien, et fidèles si vous voulez : » Plerosque in ventum, et si placu&'it christianos^. Ainsi je prévois que les libertins et les esprits forts pourront être décrédités, non par aucune horreur de leurs sentiments, mais parce qu'on tiendra tout dans l'indifférence, excepté les plaisirs et les alTaires. Voyons si je pourrai rappeler les hommes de ce profond assoupissement, en leur représentant dans mon second point la beauté incorruptible de la morale chrétienne.

DEUXIÈME POINT

Grâce à la miséricorde divine, ceux qui disputent tous les jours témérairement de la vérité delà' foi ne contestent pas au christianisme la règle des mœurs, et ils demeurent d'accord de la pureté et de la perfection de notre morale. Mais certes ces deux grâces sont inséparables. Il ne faut point deux soleils non plus dans la religion que dans la nature ; et quiconque nous est envoyé de Dieu pour nous éclairer dans les mœurs, le même nous donnera la connaissance certaine des choses divines qui sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Disons donc que le Fils de Dieu nous montre beaucoup» mieux sa divinité eu dirigiiant

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