‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 150 sur 223 · De (iiv. et paup.f hom. xi · texte numérisé non relu

De (iiv. et paup.f hom. xi

Mais à parler des choses véritablement, nous savons qas la distinction de ces deux villes n'est qu'une fiction agréable. Les villes, qui sont des corps politiques, demandent, aussi bien que les naturels, le tempérament et le mélange : tellement que, selon la police humaine, cette ville de pauvres de saint Ghrysostome ne peut subsister qu'en idée. Il n'appartenait qu'au Sauveur et à la politique du ciel de non? bâtir une ville qui fût véritablement la ville des pauvres- Cette ville, c'est la sainte Église ; et si vous me, demandez, chrétiens, pourquoi je l'appelle la ville des pauvres, je vous en dirai la raison par cette proposition que j'avance : que l'Église dans son premier plan n'a été bâtie que pour les pauvres, et qu'ils sont les véritables citoyens de cette bienheureuse cité, que l'Écriture a nommée la cité de Dieu. Encore que cette doctrine vous paraisse peut-être extraordinaire, elle ne laisse pas d'être véritable, et, afin de vous en convaincre, remarquez, s'il vous plaît, messieurs, qu'il y a cette différence entre la Synagogue et l'Église, que Dieu a promis à la Synagogue des bénédictions temporelles, au lieu que, comme dit le divin Psalmiste, « toute la gloire de la sainte Église est cachée et intérieure : » Omnis gloria ejus flliœ régis ah intus^. « Dieu te donne, disait Isaac à son fils Jacob *, la rosée du ciel et la graisse de la terre ! » C'est la bénédiction de la Synagogue. Et qui ne sait que, dans les Écritures anciennes, Dieu ne promet à ses serviteurs que de prolonger leurs jours, que d'enrichir leurs familles, que de multiplier leurs troupeaux, que de bénir leurs terres et leurs héritages? Selon ces promesses, messieurs, il est bien aisé ^e comprendre que les richesses et l'abondance étant le partage de la Synagogue, dans sa propre institution elle devait avoir des hommes puissants et des maisons opulentes. Mais il n'en est pas ainsi de l'Église Dans les proiucases de i'É-

i. Ps., jaiv, 14.

«. Genêt., xxyii, H*

vangile, il ne se parle plus des biens temporels, par lesquels l'on attirait ces grossiers, ou l'on amusait ces enfants. Jésus- Christ a substitué en leur place les afflictions et les croix, et par ce merveilleux changement les derniers sont devenus les premiers, et les premiers sont devenus les derniers; parce que les riches, qui étaient les premiers dans la Synagogue, n'ont plus aucun rang dans l'Église, et que les pau» vres et les indigents sont ses véritables citoyens.

Quoique ces différentes conduites de Dieu dans l'ancienne et dans la nouvelle alliance soient fondées sur de grandes raisons, qu'il serait trop long de rapporter, nous en pouvons dire ce mot en passant : que dans le vieux Testament Dieu se plaisant à se faire voir avec un appareil majestueux, il était convenable que la Synagogue, son épouse, eût des marques de grandeur extérieure : et au contraire que dans le nouveau, dans lequel Dieu a caché toute sa puissance sous une forme serv^iîe, l'Église, son corps mystique, devait être une image de sa bassesse, et porter sur elle la marque de son anéantissement volontaire. Et n'est-ce pas pour cela, mes frères, que ce même Dieu humilié, voulant, dit-il, «remplir sa maison, » ut impleatur dormis mea^, ordonne à ses serviteurs de lui aller chercher tous les misérables? Voyez comme il en fait lui-même le dénombrement :« Allez-vousen, dit-il, dans les coins des rues, Exi cito, et amenez-moi promptement, qui? les pauvres et les infirmes ; qui encore? les aveugles et les impotents : » Paupei^es ac débiles, cœcos et claudos introduc hue*. C'est de quoi il prétend remplir sa maison : il n'y veut rien voir qui ne soit faible, parce qu'il n'y veut rien voir qui n'y porte son caractère, c'est-à-diro, la croix et l'infirmité. Donc l'Église de Jésus-Christ est véritablement la ville des pauvres. Les riches, je ne crain^ point de le dire, en cette qualité de riches, car il faut parler

î. Luc, xiv, îi.

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