Luc, IV
3 Ibid., VI, 20.
4 I Cor., 1. 26, î&
DES PAUVRES DANS L'ÉGLISE 37:j
des pauvres, avec le caractère de la pauvreté : tant le Saint- Esprit avait résolu d'établir dans l'origine du christianisme la prérogative éminente des pauvres, membres de Jésus-Christ !
Je pourrais encore, mes frères, établir la prééminence des pauvres sur d'autres raisons convaincantes, par lesquelles vous reconnaîtriez qu'ils sont les vrais enfants d. l'Église, et que c'est pour eux principalement que cette cité spirituelle a été bâtie. Mais il vaut mieux tirer quelque instruction, et recueillir quelque fruit de cette doctrine «alutaire. Elle nous doit apprendre, messieurs, à respecter ies pauvres et les indigents, comme ceux qui sont nos aînés dans la famille de Jésus-Christ, et que son Père céleste a choisis pour être les citoyens de son Église ; qui, portant ses marques les plus assurées, sont aussi ses membres les plus précieux. C'est de l'apôtre &-aint Jacques que j'ai appris cette excellente morale. « Écoutez, nous dit-il, mes très-chers frères : » Au^ite^ fratres mei dilectissimi * ; sans doute il a dessein de nous proposer quelque chose de bien remarquable. Quelle âme assez endurcie refusera son attention, à laquelle il est excité par l'organe d'un si grand apôtre, qui est honoré dans les saintes Lettres de la qualité glorieuse de frère de Notre-Seigneur? Mais entendons ^^ qu'il veut dire ; voici ses propres paroles : « N'est-il pas yr?J que Dieu a choisi les pauvres, atin qu'ils fussent riches da^ s la foi, et les héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? Et après cela, poursuit-il, vous osez mépriso^'^os pauvres ! » Cet apôtre, comme vous voyez, nous veut faire considérer en ce lieu l'éminente dignité des pauvres, et cette prérogative de leur vocation que j'ai tâché de vous expliquer. « Dieu, dit-il, les a choisis spécialement pour être riches selon la foi, et les héritiers de son royaume : » n'est-ce pas, mes frères, ce que j'ai prêché, qu'ils sont appelés è
« . Jac II, 5.
l'Église avec l'honneur et la préférence d'un choix particulier? Et de là que conclurons-nous, sinon ce qu'a conclu le même saint Jacques, que c'est un aveuglement déplorable que de ne pas honorer les pauvres, auxquels Dieu même a fait tant d'honneur par cette grâce de prééminence qu'il leur donne dans son Église ? Chrétiens, rendez-leur respect, honorez leur condition.
Saint Paul nous en donne l'exemple. Écrivant aux Romains d'une aumône qu'il allait porter aux fidèles de Jérusalem, il leur parle en ces termes : « Je vous conjure, mes frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Saint-Esprit, que vous m'aidiez par vos prières auprès de Dieu, afin que les saints qui sont en Jérusalem agréent le présent que j'ai à leur faire. » Obsecro vos, fratres^ per Dominum nostrum Jesum Christum, et per charitatem Sancti Spiritus, ut adjuvetis me in orationibus vestris pro w« ad DeuTHy ut... obsequiimei oblatio accepta fiât in Jérusalem sanctis *. Qui n'admirerait, chrétiens, comme il traite les pauvres honorablement? Il ne dit pas Paumône que j'ai à leur faire, ni l'assistance que j 'ai à leur donner, mais le service que j'ai à leur rendre. Il fait quelque chose de plus, et je vous prie de méditer ce qu'il ajoute : « Priez Dieu, dit-il, mes chers frères, que mon service leur soit agréable. » Que veut dire le saint apôtre, et faut-il tant de précautions pour faire agréer une aumône? Ce qui le fait parler de la sorte, c'est la haute dignité des pauvres. On peut donner pour deux motifs : ou pour gagner l'affection, ou pour soulager la nécessité; ou par un effet d'estime, ou par un sentiment je pitié ; l'un est un présent, et l'autre une aumône dansl'aumône; on croit ordinairement que c'est assez de donner* on apporte plus de soin dans le présent, et il y a un certain art innocent de relever le prix de ce que l'on donne, par la manière et les circonstances de l'offrir. C'est en cette der-