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sans erreur la vie humaine, qu'il n'a fait en redressant les boiteux et faisant marcher les estropiés. Celui-là doit être plus qu'homme, qui , à travers de tant de coutumes et de tant d'erreurs, de tant de passions compliquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au juste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain, c'est donner à l'homme la vie raisonnable ; c'est une seconde création , plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chel de cette réformation salutaire au genre humain doit avoir à son secours la môme sagesse qui a formé l'homme la première fois. Enfin c'est un ouvrage si grand, que si Dieu ne l'avait pas fait, lui-môme l'envierait à son auteur.
Aussi la philosophie l'a-t-elle tenté vainement. Je sais qu'elle a conservé les belles règles et qu'elle a sauvé les beaux restes du débris des connaissances humaines ; mais je perdrais un temps infini si je voulais raconter toutes ses erreurs. iMlons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l'Évangile. J'y cours, suivez-moi, mes frères; et afin que je vous puisse présenter l'objet d'une adoration si légitime, permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de lu morale chrétienne.
Elle commence par le principe. Elle rapporte à Dieu, auquel elle nous lie par un amour chaste, l'homme tout entier, et dans sa racine, et dans ses branches et dans ses fruits, c'est-à-dire dans sa nature, dans ses facultés, dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait, chrétiens, que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais pour s'accommoder à notre faiblesse, elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attacher à IMeu par toutes les voies possibles, elle nous apprend quro nous devons en tout temps et en foutes choî:'?8 révérer son autorité, croire à sa parole, dé-
pendre de sa puissance, nous confier en sa bonté, craindre sa Justice, nous abandonner à sa sagesse, espérer son éternité.
Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous apprend, chrétiens, que nous sommes nous-raô-= mes ses victimes; c'est pourquoi elle noua oblige à dompter nos passions emportées et à mortifier nos sens, trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a sur ce surjet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu'au fond du cœur Fétincellc qui peut causer un embrasement. Elle étouffe la colère, de peur qu'en s'aigrigsant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n'attend pas à ôter l'épée à l'enfant après qu'il se sera donné un coup mortel ; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle re* tient jusqu'aux yeux, par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin elle n'oublie rien pour soumettre le corps h l'esprit, et l'esprit tout entier à Dieu; et c'est là, messieurs, notre sacrifice.
Nous avons à considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l'empire de Dieu; nous vivons en société avec les hommes. Après donc cette première obligation d'aimer Dieu comme notre souverain, plus que nous-mêmes, s'ensuit le second devoir d'aimer l'homme, notre prochain, en esprit de société, comme nousmêmes. Là se voit très-saintement établie, sous la protection de Dieu, la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les injures et les intérêts; là l'aumône, trésor de grâces; là le pardon des injures, qui nous ménage celui de Dieu; là enfin la miséricorde préférée au sacrifice, et la réconciliation avec son frère irrité, nécessaire préparation pour approcher de Tautel. Là, dans ime sainte distribution des offices de la charité, on apprend à qui on doit le respect, à qui l'obéissance, à qui le service, à qui la protection, à qui le secours, à qui la condescendance, à qui de charitables avertissements; et on v<«t
qu'on doit la justice à tous, et qu'on ne doit faire injure à personne non plus qu*à soi-nrême,
Voulez-vous que noua passions à ce que Jésus-Christ a institué pour ordonner les familles? Il ne s'est pas contenté de conserver au mariage son premier honneur; il en a fait un sacrement de la religion et un signe mystique de sa chaste et immuable union avec son Église. En cette sorte il a consacré l'origine de notre naissance. Il en a retranché la polygamie, qu'il avait permise un temps en faveur de l'accroissement de son peuple; et le divorce, qu'il avait souffert à cause de la dureté des cœurs. Il ne permet plus que l'amour s'égare dans la multitude ; il le rétablit dans son naturel, en le faisant régner sur deux cœurs unis, pour faire découler de cette union une concorde inviolable dans les familles et entre les frères. Après avoir ramené les choses à la première institution, il a voulu désormais que la plus sainte alliance du genre humain fût aussi la plus durable et la plus ferme, et que le nœud conjugal fût indissoluble, tant par la première force de la foi donnée q'ie par l'obligation naturelle d'élever les enfants communs, gage précieux d'une éternelle correspondance. Ainsi il a donné au mariage des fidèles une forme auguste et vénérable, qui honore la nature, qui supporte la faiblesse, qui garde la tempérance, qui bride la sensualité.
Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables, puissants instigateurs à la vertu, aimables censeurs des vices; qui répriment la licence a sans abattre le courage I » lit non pusillo animo fiant^. Que dirai-je de ces belles institutions par lesquelles et les maîtres sont équitables et les serviteurs affectionnés ; Dieu mÔMe, tant il est bon et tant il est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services Gdèlea?
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« Maîtres, vous avez un maître au ciel * ; serviteurs, servez comme à Dieu, car votre récompenye vous est assurée''. « Qui a mieux établi que Jésus-Glirist l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est du-e. Ils régnent sur les corps par la force, et tout au plus sur les* cœurs par l'inclination ; il leur érige un trône dans les consciences, et il met sous sa protection leur autorité ei leur personne sacrée. C'est pourquoi Tertullien dise il, autrefois aux ministres des empereurs : Votre fonction vous expose à beaucoup de haine et beaucoup d'envie ; « maintenant vous avez moins d'ennemis à cause de la multitude des chrétiens : » Nunc enim pauciores hostes habetis prœ muititudine christianorum *. Réciproquement il enseigne aux princes que le glaive leur est donné contre les méchants, que leur main doit être pesante seulement pour eux, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres.
Le voilà, messieurs, ce tableau que je vous ai promit ; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci, cette immortelle beauté de la morale chrétienne. C'est une beauté sévère^ je l'avoue; je ne m'en étonne pas, c'est qu'elle est chaste. Elle est exacte : il le faut, car elle est religieuse. Mais au fond quelle plus sainte morale 1 quelle plus belle économique I .quelle politique plus juste! Celuilà est ennemi du genre humain, qui contredit de si saintes lois. Aussi, qui les contredit, si ce n'est des hommes passionnés qui aiment mieux corrompre la loi que de rectifier leur conscience; et, comme dit Salvien, qui aiment mieux déclamer contre le précepte que de faire « la guerre au vice ? » Mavult quUihei improbus execrari
i. ColOgg., JT, 1.
â. Ibid., m, U, i. Apo'og., uo 87,
kgemy quam enmidare mentem; mavult proecepta odisse quam viiia *.
Pour moi, je me donne de tout mon cœur à ces saintes institutions. Les mœurs seules me feraient recevoir la foi. Je crois en tout à celui qui m'a si bien enseigné à vivre. La foi me prouve les mœurs ; les mœurs me prouvent la foi. Les vérités de la foi et la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes et si saintement alliées, qu'il n'y a pas moyen de les séparer*. Jésus-Christ a fondé les mœurs sur la foi, et, après qu'il a si noblement élevé cet admirable édifice, serai-je assez téméraire pour dire à un si sage architecte qu'il a mal posé les fondements? Au contraire ne jugerai-jepas par la beauté manifeste de ce qu'il me montre, que la même sagesse a disposé ce qu'il me cache?
Et vous, que direz-vous, 6 pécheurs? En quoi ôtes-vous blessés, et quelle partie voulez-vous retrancher de cette morale? Vous avez de grandes difficultés : est-ce la raison qui les dicte, ou la passion qui le? suggère? Hé! j'entends bien vos pensées : hé ! je vois de quel côté tourne votre cœur. Voua demandez la liberté. Hé^ n'achevez pas, ne parlez pas davantage ; je vous entends trop. Cette liberté que vousdemandez, c'est une captivité misérable de votre cœur. Souffrez qu'on vous affranchisse et qu'on rende votre cœur à un Dieu à qui il est, et qui le redemande avec tant d'instance. Il n'est pas juste, mon frère, que l'on entame la loi en faveur de vos passions, mais plutôt qu'on retranche de vos passions ce qui est contraire à la loi. Car autrement que serait-ce? chacun déchirerait le précepte : Lacerata est kx^. 11 n'y a point d'homme si corrompu à qui quelque