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tats nous tâchons de nous soustraire à son empire, il semble que nous entreprenions par le second de nous égaler à lui.
C'est, messieurs, ce que Dieu lui-même reproche aux hommes orgueilleux en la personne du roi deTyr, lorsqu'il lui adresse ces paroles par la bouche de son prophète Ézéchiel : « Voici ce qu'a dit le Seigneur Dieu : Ton cœur s'est élevé démesurément, et tu as dit : Je suis un dieu, et quoique tu ne sois qu'un homme mortel, tu t'es fait un cœur de dieu par ton audace insensée : » Dixisti: deus ego sum... cum sis homo et non deus, et dedisti cor tmim quasi cor dei*. Peut-être aurez-vous peine à comprendre que l'esprit humain soit capable d'un si prodigieux égarement.
Mais, mes frères, ce n'est pas en vain que le Saint-Esprit parle en ces termes : et il n'est que trop véritable que celui qui se glorifie en lui-même se fait en effet le cœur d'un Dieu. Car la théologie nous enseigne que comme Dieu est la source du bien et le centre de toutes choses, comme il est le seul sage et le seul puissant, il lui appartient, chrétiens, de s'occuper de lui-même, de rapporter tout à luimême, de se glorifier en ses conseils, et de se confier en son bras victorieux et en sa force invincible. Quand donc une créature s'admire dans sa vertu, s'aveugle dans sa puissance, se plaît dans son industrie, s'occupe enfin toute entière de ses pmpres perfections, elle agit à la manière de Dieu, et, malgré sa misère et son indigence, elle imite la plénitude de ce premier Être. En effet, cet homme capable qui règne dans un conseil et ramène tous les esprits par la force de ses discours, lorsqu'il croit que son raisonnement et son éloquence, et non la main de Dieu, a tourné les cœurs, ne dit-il pas tacitement : Labia nostra a nobis tunt* : « Nos lèvres sont de nous-mêmes ; » et c'est nous
t. Ezech., xxvni, %.
t, PS. XI, 5.
qui avons trouvé ces belles paroles qui ont touché tout le monde? Et celui qui se persuade que c'est par son industrie qu'il s'établit, et ne fait pas de réflexion sur la providence divine qui l'a conduit par la main, ne dit-il pas avec Pharaon : Meus est fluvius et ego feci memetipsum^ : « Tout ce grand domaine est à moi, je suis l'ouvrier de ma fortune, et je me suis fait moi-même?» Quiconque enfin s'imagine qu'il peut achever ses affaires par sa tête ou yar son bras, sans remonter au principe d'où viennent •DUS les bons succès, se fait lui-même un Dieu dans son cœur, et il dit avec ces superbes : « C'est notre main vigoureuse qui a fait hautement ces choses : » Manus nostra excelsa*.
Malheur à la créature qui , faisant le dénombrement de ce qui est nécessaire pour ses entreprises, ne compte pas avant toutes choses le secours de Dieu, et ne lui rapporte pas toute la gloire î Dieu se rit de ses vains conseils, et il les dissipe : car c'est lui dont il écrit qu'il réprouve les desseins des peuples, qu'il confond quand il lui plaît les entreprises des grands*, et qu'il est terrible en conseils par-dessus les enfants des hommes*. C'est lui qui élève, c'est lui abaisse, c'est lui qui donne la gloire, c'est lui qui la change en ignominie ; c'est lui qui prend Cyrus par la main, dit le prophète Isaïe*, qui fait marcher la terreur devant sa face et la victoire à sa suite, qui le mène triomphant par toute la terre, et qui abaisse à ses pieds toutes les puissances du monde. C'est lui-môme qui, au moment ordonné, arrête toutes ses conquêtes et le précipite du haut de cette superbe grandeur par une sanglante défaite. C'est lui qui fait frapper par son ange un Hérode pour n'avoir pas