‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 165 sur 223 · Ibid., IX · texte numérisé non relu

Ibid., IX

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Ongine de la justice parmi les hommes. Devoirs communs qu'elle impose k tous ; devoirs particuliers qu'elle prescrit à ceux qui ont en main l'autorité publique. Désordre presque universel que l'in-i térêt propre cause dans le monde. Soins et précautions que les hommes et surtout les grands sont obligés de prendre pour bien connaître la vérité. Charité et condescendance que nous devons avoir les uns pour les autres, Clémence que les princes doivent faire paraître dans l'exercice de la justice et dans le soulagement de la misère.

Bxuita satia, filia Sion; jubtia, fili* 4«rutaUm ■ eeee Rex tuui venir til»

jvutuê et tcUvcUor.

Réjouîsfei-Tons , A Jérnsalora : TOtre Roi jutte et sauTSur vient 4 rous.

ZAca. , iz , 9.

La prophétie que j'ai récitée se rapporte manifestement k l'entrée que fait aujourd'hui le Sauveur des âmes dans la ville de Jérusalem. Le prophète, pour célébrer dignement le triomphe de ce Roi de gloire, lu- donne ces deux grands éloges, qu'il est juste, et qu'il est sauveur; c'est-à-dire qu'il unit ensemble, pour l'éternelle félicité du genre humain, ces deux qualités vraiment royales, ou plutôt vraiment divines, la justice et la bonté.

Au bruit des acclamations que fait retentir le peuple juif en l'honneur de ce Roi juste et sauveur, je me sens invité,

messieurs, à vous parler en ce jour de ce puissant appui des choses humaines, je veux dire la justice, et de vous la faire voir comme elle doit être, avec le nécessaire tempérament de la bonté et de la clémence.

De tous les sujets que j'ai traités, celui-ci me paraît le plus profitable : mais je ne puis vous dissimuler qu'il m'étonne par son importance, et m'accable presque de son poids ; car encore que la justice soit nécessaire à tous les hommes, dont elle doit faire la loi immuable, il est vrai qu'elle enferme en particulier les principales obligations des personnes les plus importantes. Et, messieurs, je n'ignore pas avec quelle considération, quel respect et quelle crainte on doit non-seulement traiter, mais encore regarder tout ce qui les touche, même de loin et en général. Mais, sire, votre présence, qui devrait m'étonner dans ce discours, me rassure et m'encourage. Pendant que toute l'Europe admire votre justice, et qu'elle est le plus ferme fondement sur lequel le monde se repose, vos sujets ne connaîtraient pas le bonheur qu'ils ont d'être nés sous votre empire, s'ils appréhendaient de parler devant leur monarque d'une vertu qui fait sa gloire, aussi bien que sa plus puissante inclination. Je confesserai toutefois que si j'étais dans une place en laquelle il me fût permis de régler mes paroles suivant mes désirs, je me satisferais beaucoup davantage en faisant des panégyriques, qu'en proposant des instructions; mais comme le lieu où je suis m'avertit que je dois ma voix tout entière au Saint-Esprit qui m'ouvre la bouche, j'exposerai aujourd'hui, non point mes pensées, mais ses préceptes, avec cette secrète satisfaction, qu'en récitant ses divins oracles en qualité de prédicateur, je ne laisserai pas de rendre en mon cœur un hommage profond k votre justice, en qualité de sujet. Mais je m'arrête déjà trop longtemps : affermi par cette pensée, je cours où cet Esprit tout-puissant m'appelle; et je cours premièrement ft lui-même, pour lui. demander ses lumières par les

saintes intercessions de la bienheureuse Vierge. Ave, Maria.

Quand je nomme la justice, je nomme en même temps le lien sacré de la société humaine, le frein nécessaire de la licence, l'unique fondement du repos, l'équitable tempérament de l'autorité, et le souti»en favorable de la sujétion. Quand la justice règne, la foi se trouve dans les traités, la sûreté dans le commerce, la netteté dans les affaires, l'ordre dans la police, la terre est en repos, et le ciel même, pour ainsi dire, nous luit plus agréablement et nous envoie de plus douces influences. La justice est la vertu principale et le commun ornement des personnes publiques et particu*" Hères : elle commande dans les uns, elle obéit dans les autres; elle renferme chacun dans ses limites; elle oppose une barrière invincible aux violences et aux entreprises. Et ce n'est pas sans raison que le Sage lui donne la gloire de soutenir les trônes et d'affermir les empires, puisque, en effet, elle affermit non-seulement celui des princes sur leurs sujets, mais encore celui de la raison sur les passions, et celui de Dieu sur la raison môme : Justitia firmatur solium *.

Faisons paraître aujourd'hui cette reine des vertus dans cette chaire royale, ou plutôt dans cette chaire évangélique et divine, où Jésus-Christ, qui est appelé par le prophète Joël «le Docteur de la justice,» enseigne les maximes à tout le monde : Ledit vobis Boctorem justitiœ*.

Mais si la justice est la reine des vertus morales, elle ne doit point paraître seule; aussi la verrez-vous dans son trône servie et environnée de trois excellentes vertus, que nous pouvons appeler ses principales ministres, la con* stance, la prudence, et la bonté.

La justice doit être attachée aux règles; autrement elle

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