Joël, n. Î
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est inégale dans sa conduite ; elle doit connaître le vrai et le
faux, dans les faits qu'on lui expose; autrement elle est aveugle dans son application; enfin elle doit se relâcher quelquefois, et donner quelque lieu à l'indulgence ; autre* ment elle est excessive et insupportable dans ses rigueurs. La constance l'affermit dans les règles , la prudence l'éclairé dans les faits, la bonté lui fait supporter les misères et les faiblesses ; ainsi la première la soutient, la seconde l'applique, la troisième la tempère ; toutes trois la rendent parfaite et accomplie par leur concours. C'est ce que j'espère de vous faire voir dans les trois parties de ce discours.
PREMIER POINT
Si je voulais remonter jusqu es au principe, il faudrait vous dire, messieurs, que c'est en Dieu premièrement que se trouve la justice, et que c'est de cette haute origine qu'elle se répand parmi les hommes; sans quoi nous ne pourrions soutenir le nom et la dignité de la justice. C'est là que j'aurais à vous exposer, avec le grave Tertullien, que çlii divine bonté ayant fait tant de créatures, la justice divine les a ordonnées et rangées chacune en sa place : » Bonitas operata est mundum, justifia modulataest,,. Omnia ut bonitas concepit^itajusiitia distinxit^. C'est donc elle qui,ayanï partagé proportionnément ces vastes espaces du monde^ y a aussi assigné le lieu convenable aux astres, à la terre, aux éléments, pour s'y reposer ou pour s'y mouvoir, suivant qu'il est ordonné par la loi de l'univers, c'est-à-dire par la sage volonté de Dieu; c'est cette même justice qui a aussi donné à la créature raisonnable ses lois particulières, dont les unes sont naturelles, ei les autres, que nous ap-
i, Adv. MarciOH., Mb. II. xl* *î.
pelons positives, sont faites, ou pour confirmer, ou pour expliquer, ou, enfin, pour perfectionner les lumièies de la nature.
Là il me serait aisé de vous faire voir que Dieu étant souverainement juste, il gouverne et le monde en général, et le genre humain en particulier par une justice éternelle ; et que c'est cette attache immuable qu'il a à ses propres lois, qui fait remarquer dans l'univers un esprit d'uniforciité et d'égalité, qui se soutient de soi-même au milieu des agitations et des variétés infinies de la nature muable. Ensuite nous verrions, messieurs, comme la justice découle Bur nous de cette source céleste, pour faire en nos âmes l'un des plus beaux traits de la divine ressemblance ; et de là nous conclurions que nous devons imiter, par un amour ferme et inviolable de l'équité et des lois, cette constante uniformité de la justice divine. D'oii il s'ensuit que tout homme juste doit être constant; mais que ceux-là le doivent être plus que tous les autres, qui sont les juges du monde, et qui, étant pour cette raison appelés dans l'Écriture les dieux de la terre, doivent faire reluire dans leur fermeté une image de l'immutabilité de ce premier Être, dont ils représentent parmi les hommes la grandeur et la majesté.
Mais comme je me propose de descendre par des principes connus à des vérités de pratique, je laisse toutes ces hautes spéculations pour vous dire, chrétiens, que la justice étant définie, comme tout le monde sait, « une volonté eons4;ante et perpétuelle de donner à chacun ce qui lui appartient, » constans et perpétua voluntas jus suum cuique tnbuendi^, il est aisé de connaître que l'homme juste doit être terme, puisque même la fermeté est comprise dans la dé^ finition de la justice.
Et certainement, chrétiens, comme par le nom de vertu
l. Instit., lib. I, bt. i
nous prétendons désigner non quelque acte passager, ou quelque disposition changeante, mais quelque chose de lixo et de permanent, c'est-à-dire une habitude formée, il est aisé de juger que quelque inclination que nous ayons pour le bien, elle ne mérite pas le nom de vertu jusqu'à ce qu'elle se soit affermie constamment dans notre cœur, et qu'elle ait pris, pour ainsi parler, tout à fait racine. Mais outre cette fermeté que doit tirer la justice du génie commun de la vertu, elle y est encore obligée par son caractère particulier , à cause qu'elle consiste dans une certaine égalité envers tous, qui demande pour se soutenir un esprit ferme et vigoureux, qui ne puisse être ébranlé par la complaisance, ni par l'intérêt, ni par aucune autre faiblesse humaine, et une résolution arrêtée de ne s'écarter jamais des maximes justement posées. Or il est clair que, pour soutenir cette égalité, il faut quelque chose de ferme; autrement on déclinera tantôt à droite et tantôt à gauche : on regardera les visages contre le précepte de la loi * ; c'està-dire qu'on opprimera le faible qui est sans défense, et qu'on ne craindra d'entreprendre que contre celui qui a du crédit.
En effet, il est remarquable que si l'on ne marche d'uq pas égal dans le chemin de la justice, ce qu'on fait môme justement devient odieux. Par exemple, si un- magistrat n'exagère la rigueur des ordonnances que contre ceux qui lui déplaisent ; si un bon droit lui paraît toujours em* brouillé jusqu'à ce que le riche parle; si le pauvre, quelque effort qu'il fasse, ne peut jamais se faire entendre, et se voit malheureusement distingué d'avec le puissant dans un intérêt qu'ils ont commun , c'est en vain que ce magistral se vante quelquefois d'avoir bien jugé ; l'inégalité de sa conduite fait que la justice n'avoue pas pour sien, même ce qu'il fait selon les règles : elle a honte de ne lui servir que dt