‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 169 sur 223 · Jflrem., y, 1, i · texte numérisé non relu

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partie, dépendant on jure, on affirme, on prend à témoin le ciel et la terre, on mêle partout le saint nom de Dieu, sans aucune distinction du vrai et du faux : « comme si le parjure, disait Salvien, n'était plus un genre de crime, mais une façon de parler : « Perjurium ipsum nermonis gênas putat esse, non crimiîiis^ . Au reste, on ne songe plus à restituer le bien qu'on a usurpé contre les lois ; on s'imagine qu'on se le rend propre par l'habitude d'en user, et on cherche de tous côtés non point un fond pour le rendre, mais quelque détour de conscience pour le retenir ; on trouve le moyen d'engager tarit de monde dans son parti, et on sait lier ensemble tant d^intérêts différents, que la justice, repoussée par un si grand concours et par cet enchaînement d'intérêts contraires, si je puis parler de la sorte, « est contrainte de se retirer, comme dit le prophète Isaïe : la vérité tombe par terre, et ne peut plus percer de si grands obstacles, ni trouver aucune place parmi les hommes : » Et conversum est retrorsum judicium, et justitia longe stetit; quia corruit in platea Veritas, et œquitas non potuit ingredi*.

Dans cette corruption presque universelle, que l'intérêt a faite dans le monde, si ceux que Dieu a mis dans les grandes places n^appliquent toute leur puissance à soutenir la justice, la terre sera désolée, et les fraudes seront infinies. 0 sainte réformation de l'état de la justice, ouvrage digne du grand génie du monarque qui nous honore de son audierlcé, puisses-tu être aussi heureusement accomplie, que tu às été sagement entreprise ! H n'y a rien, messieurs, de plus nécessaire au monde que de protéger hautement, chacun autant qu'on le peut, l'intérêt de la justice ; car il faut ici confesser que la vertu est obligée de marcher dans des voies bien difficiles, et que c'est une espèce de martyre, que de se tenir régulièrement dans les termes du droit et

!. Salv., lib. IV, de Guber, m, u* i4, %, Is.. ux. H,

de l'équité. Celui qui est résolu de se renfermer dans ses bornes se met si fort à l'étroit, qu'à peine se peut-il aider , et il ne faut pas s'étonner s'il demeure court ordinairement dans ses entreprises, lui qui se retranche tout d'un coup plus de la moitié des moyens, en s'ôtant ceux qui sont mauvais, et c'est-à-dire, assez souvent les plus efficaces.

Car qui ne sait, chrétiens, que les hommes pleins d'in^ térêts et de passions veulent qu'on entre dans leurs sentiments? Que fera ici cet homme si droit, qui ne parle que de son devoir? que fera-t-il, chrétiens, avec sa froide el impuissante régularité? Il n'est ni assez souple, ni assez flexible pour ménager la faveur des hommes : il y a tant de choses qu'il ne peut pas Taire, qu'à la fin il est regardé comme un homme qui n'est bon à rien, et qui est entièrement inutile. En effet, écoutez, messieurs, comme en parlent les hommes du monde dans le livre de la Sapience : CircumveniamiLS justum, qtwniaminutilis est nobis * : « Trompons, disent-ils, l'homme juste : » remarquez cette raison; « parce qu'il nous est inutile : » il n'entre point dans nos négoces, il s'éloigne de nos détours, il ne nous est d'aucun usage. Ainsi, comme vous voyez, à cause qu'il est inutile, on se résout facilement à le mépriser; ensuite à le laisser périr, sans en faire bruit, et môme à le sacrifier à l'intérêt du plus fort et aux pressantes sollicitations de cet homme de grand secours, qui n'épargne rien, ni le saint, ni le profane, pour nous servir. Mais pourquoi nous arrêter davantage sur une chose si claire? Il est aisé de comprendre que l'homme injuste, qui met tout en œuvre, qui entre dans tous les desseins, qui fait jouer les passions et les intérêts, ces deux grands ressorts de la vie humaine, est plus actif, plus pressant, plus prompt; et ensuite, pour l'ordinaire, qu'il réussit mieux que le juste, qui ne sort point de sps

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règles, qui ne marche qu'à pas comptés, qui ne s'avancft que par mesure.

Levez-vous, puissance du monde; voyez comme la justice esfe contrainte de marcher par des voies serrées : secourez-la, tendez-lui la main; faites-vous honneur, c'est trop peu dire, déchargez votre âme, et délivrez votre conscience en la protégeant : la vertu a toujours assez d'alîaires pour se maintenir au dedans contre tant de vices qui l'attaquent; défendez-la du moins contre les insultes du dehors. « C'est pour cela, dit le grand pape saint Grégoire, que la puissan'O a été donnée à nos maîtres, afin que ceux qui veulent le bien soient aidés, et que les voies du ciel soient dilatées : » Ad hoc enim potestas super omnes homines domimrum meorum pietati cœlitus data est, ut qui bona appetunt adjuventur ; ut cœlorum via largius pateat ^ Ainsi leur conscience les oblige à soutenir hautement le bon droit et la justice : car il est vrai que c'est la trahir que de travailler faiblement pour elle, et l'expérience nous fait assez voir qu'une résistance trop molle ne fait qu'affermir le vice et le rendre plus audacieux. Les méchants n'ignorent pas que leurs entreprises hardies leur attirent nécessairement quelques embarras; mais après qu'ils ont essuyé une légère tempête, que la clameur publique a fait élever contre eux, ils pensent avoir payer tout ce qu'ils doivent à la justice : ils défient après cela le ciel et la terre, et ne profitent de cette disgrâce que pour mieux prendre dorénavant leurs précautions. Ainsi, il faut résister à l'iniquité avec une force invincible; et nous pouvons bien le publier devant un roi si juste et si ferme, que c'est dans cette vigueur à maintenir la justice que réside la grandeur et la majesté.

J'ai remarqué deux éloges que l'Écriture donne au roi 8alomon au commencement de son règne ; ePe dit ces mots : « Salomon s'assit dans le trône du Seigneur, en la place de

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