‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 173 sur 223 · Prop.f XX · texte numérisé non relu

Prop.f XX

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voulant les récompenser de cotte importune nécessité où elle les engage, leur ait mis en main un plaisir qu'ils peuvent faire à tous également, qui est celui de prêter Voreille avec patience, et de peser sérieusement toutes les raisons d'un cœur angoissé de cette peine cruelle de n'être pas entendu.

Mais après avoir exposé de quelle importance il est que les personnes publiques recherchent la vérité, avec quelle force et de quelle voix ne faudrait-il pas nous élever contre ceux qui entreprendraient de l'obscurcir par leurs faux rapports? Qu'attendez-vous, malheureux, et quelle entreprise est la vôtre? Quoil vous voulez ôter la lumière au monde, et envelopper de ténèbres ceux qui doivent éclairer la terre I Vous concevez de mauvais desseins, vous fabriquez des tromperies, vous machinez des fraudes les uns contre les autres; et, non contents de les méditer dans votre cœur, vous ne craignez point de les porter jusqu'aux oreilles importantes: vous osez même les porter jusqu'aux oreilles du prince! Ah! songez qu'elles sont sacrées et que c'est lee profaner trop indignement que d'y porter comme vous faites, ou les injustes préventions d'une haine aveugle, eu les pernicieux raffinements d'un zèle affecté, ou les inventions artificieuses d'une jalousie cachée. Infecter les oreilles du prince est quelque chose de plus criminel que d'empoisonner les fontaines publiques, et que de voler les trésors publics; car le vrai trésor d'un État, c'est la vérité dans l'esprit du prince. Prenez donc garde, messieurs, comme vous parlez, surtout dans la cour, où tout est si délicat et si important. C'est là que s'accomplit ce que dit le Sage : « Les paroles obscures ne se perdent pas en l'air : » Sermo obscurus in vacuum non ihit^. Chacun écoute, et chacun commente : cette raillerie maligne, ce trait que vous lancez en passant, cette parole malicieuse, ce demi-mot, qui donne tant à

i. 6ap., I, il.

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penser par êbn tJtJSéùritè affebtêé, peut avoir des suites ter^ ribles; et il n'y a rieri de plus criminel que de vouloir couvrir de nimgeë le siège dé la lumière, Ou altérer tant soit peu la source de la bonté et de la clémence.

TROISIÈME POINT

Ce serait ici, chrétiens, qu'il faudrait vous faire voir que la justice n'est pas toujours inflexible, ni ne montre pas toujours son visage austère, [qu'elle] doit être exercée avec quelque tempérament, et qu'elle-même devient inique et insupportable^ quand elle use de tous ses droits : Summum jus, summa injuria^. La droite raison, qui est sa guide, lui prescrit de se relâcher quelquefois; et il me serait aisé de vous faire voir que la bonté, qui modère sa rigueur extrême, est une de ses parties principales : mais, comme le temps me presse, je supposerai, s'il vous plaît, la vérité assez connue de cette doctrine, et je dirai en peu de paroles à quoi elle doit être appliquée.

Premièrement, chrétiens, il est manifeste que la justice est établie pour entretenir la société parmi les hommes : or est-il que la condition la plus nécessaire pour conserver parmi nous la société, c'est de nous supporter mutuellement dans rtas défauts; autrement, notre nature ayant tant dfl faible, si nous entrions dans le commerce de la vie humaine avec cette austérité invincible qui ne veuille jamais rien pardonner aux autres, il faudrait et que tout le monde rompît avec nous, et que nous rompissions avec tout le monde : par conséquent la même justice qui nous fait entrer en société nous oblige, en faveur de cette union, à nous supporter en beaucoup de choses a. Gomme la faibleôae

\. Terent., HeautOHlimorum, aot IV, se. tw, l Ephei.f IV, 2.

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commune de l'humanité ne nous permet pas de nous traiter les uns les autres en toute rigueur, il n'y a rien de plus juste que cette loi de l'Apôtre : « Supportez-vous mutuellement en charité*, et portez le fardeau des uns des autres : » Alter aîterius onera portate ' ; et cette charité et facilité, qui s'appelle condescendance dans les particuliers, c'est ce qui s'appelle clémence dans les grands et dans les princes.

Ceux qui sont dans les hautes places, et qui ont en main quelque partie de l'autorité publique^ ne doivent pas se persuader qu'ils soient exempts de cette loi : au contraire, et il faut le dire, leur propre élévation leur impose cette obligation nécessaire de donner bien moins que les autres à leurs ressentiments et à leurs humeurs ; et, dans ce ^aîte où ils sont, la justice leur ordonne de considérer qu'étant établis de Dieu pour porter ce noble fardeau du genre humain, les faiblesses inséparables de notre nature font une partie de leur charge, et ainsi que rien ne leur est plus nécessaire que d'user quelquelois de condescendance.

L'hisioire n'a rieu de plus éclatant que les actions de clémence; et je ne vois rien de plus beau que cet éloge que recevaient les rois d'Israël de la bouche de leurs ennemis : Audivimiis qyod reges domus Israël clémentes siîit ' : « Les rois de la maison d'Israël ont îa réputation d'être cléments. » Au seul nom de clémence, le genre humain SBmble respirer plus à son aise, et je ne puis taire en ce lieu ce qu'en a dit un grand roi : In hilaritate vuUus régis vita, et clementia ejns quasi imber serotinus^ dit le sage Salomon * ; c'est-à-dire : G La sérénité du visage du prince, c'est la vie de ses sujets, et sa clémence est semblahle à la pluie du soir. » A Je

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