OraL de obit. Theod., o
timents : U justice chrétienne le demande d*eux, et ne donne point de bornes à leur indulgence. « Pardonne, dit le Fils de Dieu ^, je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante-sept fois; » c'est-à-dire, pardonne sans fm, et ne donne point de limites à ce que tu dois faire pour l'amour de Dieu. Je sais que ce pr(^cepte évangélique n'est guère écouté à la cour : c'est îà que les vengeances sont infinies; et quand on ne les pousserait pas par ressentiment, on se sentirait obligé de le faire par politique : or. croit qu'il est utile de se faire craindre, et on pense qu'on s'expose trop, quand on est d'humeur à souffrir. Je n'ai pas le temps de combattre, sur la fin de ce discours, cette maxime antichrétienne, que je pourrais peut-être souffrir, si nous n'fivions à ménager que les intérêts du monde. Mais, mes frères, notre grande affaire, c'est de savoir nous concilier la miséricorde divine, c'est de ménager qu'un Dieu nous pardonne, et de faire que sa clémence arrête le cours de sa colère, que nous avons trop méritée : et comme il ne pardonne qu'à ceux qui pardonnent, et qu'il n'accorde jamais sa miséricorde qu'à ce prix, notre aveuglement est extrême si nousnepensonsàgagner cette bonté dont nous avons si grand besoin, et si nous ne sacrifions de bon cœur à cet intérêt éternel nos intérêts périssables. Pardonnons donc, chrétiens; apprenons à nous relâcher de nos intérêts en faveur de la charité chrétienne; et quand nous pardonnons les injures, ne nous persuadons pas que nous fassions une grâce : car, si c'est peut-être une grâce à l'égard des hommes, c'est toujours une justice à l'égard de Dieu, qui a mérité ce pardon qu'il nous demande "pour nos ennemis, par celui qu'il nous a donné de toutes nos fautes, et qui, non content de l'avoir si bien acheté, promet de le récompenser éternellement.
Telle est la première obligation de cette justice tempérée
Matlh., XTUi. 22.
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^>ar la bonté : c'est do supporter les faiblesses, et de par- :ioniier quelquefois les fautes. La seconde est beaucoup plus grande : c'est d'épnrgner la misère ; je veux dire que l'homme juste ne doit pas toujours demander, ni ce qu'il peut, ni ce qu'il a droit d'exiger des autres. Il y a des temps malheureux où c'est une cruauté et une espèce dg vexation, que d'exiger une dette; et la justice veutqu'on ailégard non-seulement à l'obligation, mais encore à l'état de celui qui doit. Le sage Néhémias avait bien compris cêttâ vérité, lorsque, ayant été envoyé par le roi Artaxercè? pour être gouverneur du peuple juif, il se mit à considérer non-seulement quels étaient les droits de sa charge, mais encore quelles étaient les forces du peuple : « Il vit que les capitaines généraux, qui l'avaient précédé dans cet emploi, avaient trop foulé ce pauvre peuple : » Duces gravaveruni populum : « mais surtout, comme il est assez ordinaire, que leurs ministres insolents l'avaient entièrement épuisé : » Sed et mïmstri eorum depresseiiint populum ». Voyant donc ce peuple qui n'en pouvait plus, il se crut obligé en conscience de chercher tous les moyens de le soulager; et, bien loin d'imposer de nouvelles charges, comme avaient fait les généraux ses prédécesseurs, il crut qu'il devait remettre, comme porte le texte sacré *, beaucoup des droits qui lui étaient dus légitimement; et, après, plein de confiance en la divine bcnté, qui regarde d'un œil paternel ceux qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond de son cœur cette humble prière : « Mon Dieu, souvenezvous de moi en bien, à proportion des grands avantagea? que j'ai causés à ce peuple : » Mémento mei, Deus meus, î'ft bonum, secundum omnia quœ feci populo huic^. C'est l'unique moyen d'approcher de Dieu avec une pleiofi cooûance. G'jb«}