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à ces belles conversions des mourants, qui peignant et sur les yeux et sur le visage , et même , pour mieux tromper, dans la fantaisie alarmée, l'image d'un pénitent, font croire que le cœur est changé ; car une telle pénitence, bien iom d'entrer assez avant pour arracher l'amour du monde, souvent, je ne crains pas de le dire , elle est faite par l'amour du monde. La crainte de mourir fait qu'il tâche d'apaiser Dieu par la seule espérance de vivre ; et comme il n'ignore pas que la justice divine se plaît d'ôter aux pécheurs ce qu'ils aiment désordonnément, il feint de se détacher, il ne méprise le monde que dans l'appréhension de le perdre î ainsi, par une illusion terrible de son amour-propre, il se force lui-même à former dans l'esprit, et non dans le cœur, des actes de détachement que son attache lui dicte. 0 pénitence impénitente ! Ô pénitence toute criminelle et toute infectée de l'amour du monde ! avec cette étrange pénitence, cette âme malheureuse sort de son corps , toute novée et toute abîmée dans les affections sensuelles. Ah! démons ne cherchez point d'autres chaînes pour la traîner dans l'abîme, ses chaînes sont ses passions ; ne cherchez point dans cette âme ce qui peut servir d'aliment au feu éternel ; elle est toute corporelle, toute pétrie , pour ainsi dire , de chair et de sang : pourquoi ? Parce qu'ayant commencé si tard l'ouvrage de son détachement, le temps lui a manqué pour l'accomplir
SECOND POINT
L'un des plus grands malheurs de la vie mondaine, c'est qu'elle est toujours empressée. J'entends dire tous les jours aux hommes du monde qu'ils ne peuvent trouver de loisir ; toutes les heures s'écoulent trop vite , toutes les journées finissent trop tôt; et dans ce mouvement éternel, la grande atfaire du salut, qui est toujours celle qu'on remet,
SDR L'IMPÉNITENCE FINALE #6»
e manque jamais de tombor tout entière au temps de la mort, avec tout ce qu'elle a de plus épineux.
Je trouve deux causes de cet embarras : premièrement nos prétentions, secondement notre inquiétude. Les pre- "-.entiona nous engagent et nous amusent jusqu'au dernier jour ; cependant notre inqniiHude, c'est-à-dire l'impatience d'une humeur active et remuante , est si féconde en occuoations, que la mort nous trouve encore empressés < ans axie infinité de soins superflus.
Sur ces principes, ô hommes du monde, venez, que je vous raconte votre destinée. Quelque charge que l'on vous donne, quelque établissement que l'on vous assure, jamais vous ne cesserez de prétendre : ce que vous croyez la fin de votre course, quand vous y serez arrivés, vous ouvrira inopinément une nouvelle carrière. La raison , messieurs , la voici : c'est que votre humeur est toujours la même, et que lE facilité se trouve plus grande. Commencer, c'est le grand travail : à mesure que vous avancez , vous avez plus de îQoycns de vous avancer ; et si vous couriez avec tant d'ardeur, lorsqu'il fallait grimper par des précipices, il est hors ae la vraisemblance que vous vous arrêtiez tout à coup quand vous aurez rencontré la plaine. Ainsi tous les présents de la fortune vous seront un engagement pour vous* abandonner tout à fait à des prétentions infinies.
Bien plus , quand on cessera de vous donner , vous ne cesserez pas de prétendre. Le monde, pauvre en efTets, est toujours magnifique en promesses; et, comme la sourée des biens se tarit bientôt, il serait tout à coup à sec s'il ne savait distribuer des espérances. Et est-il homme , messieurs, qui soit plus aisé à mener bien loin qu'un qui espère, parce qu'il aide lui-môme à se tromper? Le moindre jour dissipe toutes ses ténèbres, et le console de tous ses ennuis ; et quand môme il n'y a plus aucune espérance, la longue habitude d'attendre toujours, que l'on a contractée à la cour , fait que l'on vit toujours en attente , et que l'on
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ne peut se défaire du titre de poursuivant , sans lequel on croirait n'être plus du monde. Ainsi nous allons toujours tirant après nous cette longue chaîne traînante de notre espérance; et avec cette espérance, quelle involution d'affaires épineuses ; et à travers de ces affaires et de ces épines, que de péchés, que d'injustices, que de tromperies, que d'iniquités enlacées : Vœ, qui trahitis iniquUatem in fa^ niculis vanitatis * 1 « Malheur à vous, dit le prophète , qui traînez tant d'iniquités dans les cordes de la vanité I » c'est-à-dire, si je ne me trompe, tant d'affaires iniques dans cet enchaînement infini de vos espérances trompeuses.
Que dirai-je maintenant, messieurs, de cette humeur inquiète, curieuse de nouveautés, ennemie du loisir, et impatiente du repos? d'où vient qu'elle ne cesse de nous agiter et de nous ôter notre meilleur [bien], en nous engageant d'affaire en affaire, avec un empressem 3nt qui ne finit pas? Une [maxime] très-véritable, mais mal appliquée, nous jette dans cet embarras :.la nature même nous enseigne que la vie est dans l'action. Comme donc les mondains, toujours dissipés, ne connaissent pas l'efficace de cette action paisible et intérieure qui occupe l'âme en ellemême, ils ne croient pas s'exercer s'?ls ne s'agitent, ni se mouvoir s'ils ne font du bruit; de sorte qu'ils mettent la vie dans cette action empressée et tumultueuse ; ils s'abîment dans un commerce éternel d'intrigues et de visites, qui ne leur laisse pas un moment à eux. Ils se sentent euxmêmes quelquefois pressés, et se plaignent de cette contrainte : mais, chrétiens, ne les croyez pas; ils se moqu-ent, ils ne savent ce qu'ils veulent. Celui-là qui se plaint qu'il travaille trop, s'il était délivré de cet embarras, ne pourrait souffrir son repos : maintenant les journées lui semblent trop courtes, ( t jilors son grand loisir lui serait à charge. Il aime sa servitude ; et ce qui lui pèse
i. Is., V, 18.
SUR L'IMPËNITEMCE FINALE 471
lui plaît; et ce mouvement perpétuel, qui l'engage en mille contraintes, ne laisse pas de le satisfaire, parl'image d'une liberté errante. Comme un arbre, dit saint Augustin, que le vent semble caresser en se jouant avec ses feuilles et avec ses branches, bien que ce vent ne le flatte qu'en l'agitant, et le jette tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, ave*^ une grande inconstance ; vous diriez toutefois que l'arbre s'égaye par la liberté de son mouvement : ainsi, dit ce grand évoque, encore que les hommes du monde n'aient pas de liberté véritable, étant presque toujours contraints de céder aux divers emplois qui les poussent comme un vent, toutefois ils s'imaginent jouir d'un certain air de liberté et de paix, en promenant deçà et delà leurs désirs vagues et incertains : Tanquam olivœ pendentes in arbore, ducentibus ventis, quasi quadam libertate aurœ perfruuntur vago quodam desideno suo *.
Voilà, si je ne me trompe, une peinture assez naturelle de la vie du monde et de la vie de la cour. Que faites-vous cependant, grand homme d'affaires, homme qui êtes de tous les secrets, et sans lequel cette grande comédie du monde manquerait d'un personnage nécessaire; que faites- vous pour la grande affaire, pour l'affaire de l'éternité? C'est à l'affaire de l'éternité que doivent céder tous les emplois ; c'est à l'affaire de l'éternité que doivent servir tous les temps. Dites-moi, en quel état est donc cette affaire? Ah 1 pensons-y, direz-vous ? Vous êtes donc averti que vous êtes malade dangereusement, puisque vous songez enfin à votre salut. Mare, hélas! que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée, que celle de vos comptes et de votre vie ! Je ne parle point eu ce lieu ni de votre famiMe qui vous distrait, ni de la maladie qui vous accable, ni de la crainte qui vous étonne, ni des vapeurs qui vous offusquent, ni des douleurs qui vous pressent : je ne regarde