Joanii., XX
4, Cant., lY, il.
^. Xach., zni, i.
peuvent venir se laver dans cette fontaine du Sauveur, toujours bienfaisante et toujours ouverte.
Mais c'est ici, chrétiens, notre grande infidélité; c'est ici que l'indulgence multiplie les crimes, et que la source des miséricordes devient une source infinie de profanations sucriléges. Que dirai-je ici, chrétiens, et avec quels termes assez puissants déplorerai-je tant de sacrilèges qui infectent les eaux de la pénitence? « Eau de baptême, que tu es heureuse, disait autrefois Tertullien, que tu es heureuse, eau mystique, qui ne laves qu'une fois ! » Félix aqua quœ semel ahluitî « qui ne sers point de jouet aux pécheurs! » Félix aqwi quœ semel ahluit, quœ ludibrio peccatoribus non est^l C'est le bain de la pénitence toujours ouvert aux pécheurs, toujours prêt à recevoir ceux qui retournent; c'est ce bain de miséricorde qui est exposé au mépris par sa facilité bienfaisante, dont les eaux servent, contre leur nature, à souiller les hommes : quos diluil inquinat ; parce que la facilité de se laver fait qu'ils ne craignent point de salir leur conscience. Qui ne se plaindrait, chrétiens, de voir cette eau salutaire si étrangement violée, seulement à cause qu'elle est bienfaisante? Qu'inventerai-je, où me tournerai-je pour arrêter les profanations des hommes pervers, qui vont faire malheureusement leur écueil du port?
Les pécheure nous savant bien dire qu'il ne faut que ie repentir pour être capable d'approcher de c«tte fontaine de grâces. En vain nous disons à ceux qui se confient si aveuglément à ce repentir futur : Ne voulez-vous pas considérer que Dieu a bien promis le pardon au repentir, mais qu'il n'a pas promis de donner du temps pour ce sentiment nécessaire? Cette raison convaincante ne fait plus d'effet, parce qu'elle est trop répétée. Considérez, mes frères, quel est votre aveuglement : vous rendez la bonté de Dieu complice de votre endurcissement. C'est ce pôcbé contre le
i. De Bapt; a* 15.
Saint-Esprit, contre la grâce de la rémission des péchés. Dieu n'a plus rien à faire pour vous retirer du crime. Vous poussez à bout sa miséricorde. Que peut-il faire que de vous appeler, que de vous attendre, que de vous tendre les bras, que de vous offrir le pardon? C'est ce qui vous rend hardis dans vos entreprises criminelles. Que faut-il donp qu'il fasse? Et sa bonté étant épuisée et comme surmontée par votre malice, lui reste-t-il autre chose que de vous abandonner à sa vengeance? Hé bien, poussez à bout la bonté divine, montjtrez-vous fermes et intrépides à perdre votre àme; ou plutôt, insensés et insensibles, hasardez tout, risquez votre éternité; faites d'un repentir douteux le motif d'un crime certain : quelle fermeté I quel courage 1 mais ne voulez-vous pas entendre combien est étrange, combien insensée, combien monstrueuse cette pensée de pécher pour se repentir? Obstupescite, cœli, super hoc * : « 0 ciel I ô terre ! étonnez-vous d'un si prodigieux « égarement. » Les aveugles enfants d'Adam ne craignent pas de pécher, parce qu'ils espèrent un jour en être fâchés! J'ai lu souvent, dans les Écritures, que Dieu envoie aux pécheurs l'esprit de vertige et d'étourdissement; mais je Itj vois clairement dans vos excès. Voulez-vous vous convertir quelque jour, ou périr misérablement dans l'impénitence? Choisissez, prenez parti. Le dernier est le parti des démons. S'il vous reste donc quelque sentiment du christianisme, quelque soin de votre salut, quelque pitié de vous mêmes, vous espérez vous convertir; et si vous croyiez que cette porte vous fût fermée, vous n'iriez pas au crime avec l'abandon où je vous vois. Se convertir, c'est se repentir : vous voulez donc contenter cette passion parce que vous espérez vous en repentir? Qui a jamais ouï parler d'uu tel prodige? Est-ce moi qui ne m'entends pas? ou bien est* ce votre passion qui vous enchante? Aie trompé-je d&na
ma pensée? ou bien êtes-vous aveugles et troublés de sen^ dans la vôtre? Quand est-ce qu'on s'est avisé de faire une chose parce qu'on croit s'en repentir quelque jour? C'est la raison de s'en abstenir saps doute; j'ai bien ouï dire souvent : Ne faites pas cette chose, car vous vous en repentirez.
Mais, ô aveuglement inouï, ô stupidité insensée, de péeher pour se repentir 1 Le repentir qu'on prévoit n'est-ii pas naturellement un frein au désir et un arrêt h la volonté? Mais qu'an homme dise en lui-même : Je me détermine à cette action, j'espère d'en avoir regret, et je m'en retirerais sans cette pensée ; qu'ainsi le regret prévu devienne contre sa nature, et l'objet de notre espérance, et le motif de notre choix, c'est un aveuglement inouï, c'es^ confondre les contraires, c'est changer l'essence des choses. Non, non, ce que vous pensez n'est ni un repentir ni une douleur : vous n'en entendez pas seulement le nom, tant vous êtes éloignés d'en avoir la chose 1 Cette douleur qu'on désire, ce repentir qu'on espère avoir quelque jour, n'est qu'une feinte douleur et un repentir imaginaire. N« vous trompez pas, chrétiens, il n'est pas si aisé de se repentir. Pour produire un repentir sincère, il faut renverser son cœur jusqu'aux fondements, déraciner ses inclinations avec violence, s'indigner jmplacablcment contre ses faiblesses, s'arracher de vive force à soi-même. Si vous prévoyiez un tel repentir, il vous serait un frein salutaire. Mais le repentir que vous attendez n'est qu'une grimace : la douleur que vous espérez, une illusion et une chimère; et vous avez sujet de craindre que, par une juste punition d'avoir si étrangement renversé la nature de k pénitence, un Dieu méprisé et vengeur de ses sacrements profanés ne vous envoie, en sa fureur, non le peccavi d'un Dovid, non les regrets d'un saint Pierre, non la douleur amôre d'une Madeleine ; mais le regret politique d'un Saùl , mais la douleur désespérée d'un Judas, mais le repentir stérile d'un
SUR LA DIVINITÉ DE LA RELIGION ê5
Antiochus; et que voua ne périssiez malheureusement dans votre fausse contrition et dans votre pénitence impénitente.
Vivons donc, mes frères, de sorte que la rémission des péchés ne nous soit pas un scandale. Rétablissons les choses dans leur usage naturel. Que la pénitence soit pénitence, un remède et non un poison ; que l'espérance soit l'espérance, une ressource à la faiblesse et non un appui à l'audace; que la douleur soit une douleur; que la repentir soit un repentir, c'est-à-dire l'expiation des péchés passée et non le fondement des péchés futurs. Ainsi nous arriverons par la pénitence au lieu où il n'y a plus ni repentir ni douleur, mais un calme perpétuel et une paix immuable [que je vous souhaite], au ocm, etc.
'^ttam pulekra tabemaculG tua, Jacoè et ttntoria tua, Israël !
Que vos teute« sont belles , A enfants de Jaoeb t que vos paTilIout, A Israélites, «ont nerrei lieux I C'est De qne dit fialaam, la» «pire de Dieu, a la vne du camp d'Iirttl dans le désert«
(Nombres, xxir, 1 , 3, S* B.)
Messeignburs,
C'est sans doute un grand spectacle de voir l'Église ghrétienne figurée dans les anciens Israélites, la voir, disje, sortie de l'Egypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la terre promise à travers un désert immense, où elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables brûlants ; nulle terre, nulle culture, nul fruit; une sécheresse effroyable ; nul pain qu'il ne lui faille envoyer du ciel ; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d'une roche ; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce : mais ce n'est pas ce qu'elle a de plus surprenant. Dans l'horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis; ne marchant jamais qu'en bataille;
i. Ce «ermon fat prêché à l'ouverture de rassemblée générale du clergé de France le 9 novembre 1681 , à la messe solennelle du Saint-Esprit, dans l'églite des (irands-Augustias.
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ne logeant que sous des tentes; toujours prête à déloger et à combattre : étrangère que rien n'attache, que rien ne contente; qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s'arrêter ; heureuse néanmoins dans cet éiat, tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage, qu'à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l'image de l'Église pendant qu'elle voyage sur la terre.
Balaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards; Dieu, son chef invisible, au milieu d'elle ; Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l'Église sous l'autorité de Moïse, souverain législateur et figure de Jésus-Christ ; le sacerdoce étroitement uni avec la magistrature : tout en paix par le concours de ces deux puissances ; Goré et ses sectateurs, ennemis de l'ordre et de la paix, engloutis à la vue de tout le peuple, dans la terre soudainement entr'ouverte sous leurs pieds, et ensevelie tout vivants dans les enfers. Quel spectacle 1 quelle assemblée I Quelle beauté de l'Église ! Du haut d'une montagne, Bâî^aam la voit tout entière ; et, au lieu de la maudire comme on l'y voulait contraindre, il la bénit. On le détourne, on espère lui en cacher la beauté, en lui montrant ce grand corps par un coin d'où il ne puisse en découvri qu'une partie ; et il n'est pas moins transporté, parce qafi voit cette partie dans le tout, avec toute la convenaace et toute la proportion qui les assortit l'un avec l'autre. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère, il est hors de lui; et ravi en admiration, il s'écrie : Quampulchra tabernacula tua,, Jacob, et tentoria tua, Israël! « Que vous êtes admirables sous vos tentes, enfants de Jacob! » quel ordre dans votre camp! quelle merveilleuse beauté paraît dans ces pavillons si sagement arrangés! et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que çera-ca quynd vous serez établis dans votre patrie !
11 n'est pas possible, mes frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l'Église universelle se présente à vous. C'est l'Église gallicane, qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ : Église renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l'ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C'est en leur nom que je vous parle ; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Église gallicane, pleine de science et de vertu 1 mais qu'elle est belle dans son tout, qui est l'Église catholique; et qu'elle est saintement et inviolablement unie à son chef, c'est-à-dire au successeur de saint Pierre 1 Oh î que cette union ne soit pas troublée! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite I
Esprit saint, Esprit pacifique qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison, affermissez-y la paix. La paix est l'objet de cette assemblée : au moindre bruit de division nous accourons effrayés, pour unir parfaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'inlercession de la sainte Vierge. Ave*
MsSIS&tGNBURâ,
^ rtegarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne. » C'est ce qui fut dit à Moïse, lonsqu'il eut ordre de construire le tabernacle ^ Mais saint Paul nous avertit * que ce n'est point ce tabernacle bâti de main
i. Exod., XXV, 40.
t. Ueb., nu, 9.
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d'homme qui doilt être travaillé avec tant de soin, et formi^ sur ce beau modèle : c*eBt le vrai tabernacle de Dieu et des hommes; c'est l'Église catholique, où Dieu habite, et dont le plan est fait au ciel. C'est aussi pour cette raison que saint Jean voyait dans V Apocalypse la « sainte cité de Jérusalem*, » et l'Église, qui commençait à s'établir par toute la terre; il la voyait, dis-je, descendre du ciel. C'est laque les desseins en ont été pris : « Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur cette montagne. »
Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse? écoutons Jésus-Christ lui-môme. Il nous dira qu'il ne fait « rien que ce qu'il voit faire à son Père*. » Qu'a-t-il donc vu, chrétiens, quand il a formé son Église ? qu'a-t-il vu dans la lumière éternelle et dans les splendeurs des saints où il a été engendré devant l'aurore? C'est le secret de l'Époux, et nul autre que l'Époux ne le peut dire.
« Père saint, je vous recommande ceux que vous m'avez donnés; » je vous recommande mon Église: « gardez-les en votre nom, afin qu'ils soient un comme nous*; » et encore : « Gomme vous êtes en moi, et moi en vous, ô mon Pèrel ainsi qu'ils soient un en nous. Qu'ils soient un comme nous; qu'ils soient un en nous* : » je vous entends, ô Sauveur I vous voulez faire votre Église belle, vous commencez par la faire parfaitement une : car qu'est-ce que la beauté, sinon un rapport, une convenance, et enlin une espèce d'unité? Rien n'est plus beau que la nature divine, où le nombre même, qui ne subsiste que dans les rapport? mutuels de trois Personnes égales, se termine en une parfaite unité. Après la Divinité, rien n'est plus beau que l'Église, où l'unité divine est représentée. « Un comme nous, un en nous : regardez, et faites suivant ce oioaèie* s