‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 203 sur 223 · DU FÀBDOK DES ENNEMI · texte numérisé non relu

DU FÀBDOK DES ENNEMI

Pour pardonner à ses ennemis, il faut combattre premiô* rement la colère qui respire la vengeance; secondement, la politique qui dit : Si je souffre, on entreprendra contre moi; troisièmement, la justice que l'on fait intervenir pour autoriser son ressentiment. Il est juste, dit-on, que les méchants soient réprimés; oui, par les lois. Mais quand cela ne se peut, et que les lois n'y pourvoient pas, ou ne le peuvent, on doit alors souffrir l'offense comme une suite de la société. L'impuissance humaine ne peut pourvoir à tout; et l'on verrait un désordre extrême si chacun se faisait justice.

DKS JUOEMENTS HUMÂTNS

Il faut une autorité qui arrête nos éternelles contradictions, qui détermine nos incertitudes, condamne nos erreurs et nos ignorances, autrement la présomption, l'ignorance, l'esprit de contradiction, ne laissera rien d'entier parmi les hommes. Jésus-Christ s'est mis au-dessus des jugements humains, plus que jamais homme vivant n'avait fait, non-seulement par sa doctrine, mais encore par sa vie, La possession certaine de la vérité lui a fait mépriser les opinions: il n'a rien donné à l'opinion, rien à l'int^^rôt, rien au plaisir, rien à la gloire. De combien de degrés s'estil élevé par-dessus les égards humains? On ne peut pas môme inventer ni feindre une fin vraisemblable à ses desseins, autre que celle de faire triompher sur tous les esprits la vérité divine. Ceux qui se rendent captifs des opinions humaines ue peuvent pas en être les juges. A vous donc, ô divin Jésus, qui vous êtes élevé si haut par-dessus le»

pensées des hommes, à vous il appartient. de les réformer avec une autorité suprême. Il s'est donné l'autorité tout entière sur 1p3 jugem^ nts humains, en se mettant au-dessus : c'est à lui de confirmer ce qu'il y reste de droit, de fixer ce qu'il y a de douteux, et de rejeter pour jamais ce qu'ils ont de corrompu et de dépravé.

Réglons donc tous nos jugements sur celui de Jésus- Christ. Madame, voilà la règle que se propose sans doute une princesse si éclairée : c'est la seule qui est digne d'une âme si grande et d'un esprit si bien fait et si pénétrant. Vos lumières seront toujours pures, quand elles seront dirigées par les lumières d'en haut. On louera plus que jamais ce juste discernement, ce jugement exquis, ce goût délicat, quand vous continuerez à goûter les célestes vérités, et à préférer les biens que l'Évangile nous présente à tous ceux que le monde nous donne, et à tous ceux qu'il promet, beaucoup plus grands que ceux qu'il nous donne. Tous les peuples, déjà gagnés à Votre Altesse Royale par une forte estime, et par une juste et très-reapectueuse inclination, y joindront une vénération qui n'aura point de limites, et qui portera votre gloire à un si haut point, qu'il n'y aura rien au-dessus que la gloire même des saints, et la félicité éternelle.

Nous péchons doublement dans l'estime que nous faisons de notre prochain : premièrement, en ce que nous présumons dans les autres les vices que nous sentons en nousmêmes; secondement, en ce que nous les trouvons bien plus blâmables dans les autres que dans nous-mêmes. Saint Grégoire de Nazianze dit*, si je ne me trompe, que nous sommes comme le miroir où nous voyons les autres ; parœ qu'en effet, ne connaissant pas leur intérieur, nous ne pouvons en juger que par quelque chose de semblable que

J. Grat. IXMU. a* «; tom. l, p, *73.

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