DE LA GUERRE
î^a guerre est une chose si horrible, que je m'étonne comment le seul nom n'en donne pas de l'horreur i en quoi je ne puis souffrir l'extrême brutalité des anciens, qui avaient fait une divinité pour la guerre; au lieu qu'un esprit qui ne s'occupe qu'aux armes est non un Dieu, mais une furie. S'il venait un homme ou du ciel ou de quelque terre inconnue et inaccessible, où la malice des hommes n'eût pas encore pénétré, à qui on fît voir tout l'appareil d'une bataille et d'une guerre, sans lui dire à quoi tant de machines épouvantables, tant d'hommes armés seraient destinés, il ne pourrait croire autre ch se, sinon que l'on se prépare contre quelque bête farouche ou quelque monstre étrange, ennemi du genre humain. Que si on venait à lui dire que cela se prépare contre des hommes, il ne faut point douter que ce récit ne lui fît dresser les cheveux, qu'il n'eût en abomination une si cruelle entreprise, et qu'il ne maudît mille et mille fois ceux qui l'auraient conduit en une terre si inhumaine. Mais encore souffrons que les nations se battent les unes contre les autres, puisque telle est notre inhumanité et notre fureur, que, lorsque nous nous trouvons séparés de quelques fleuves ou quelques montagnes, ou par quelques légères différences de langage ou de mœurs, nous semblons oublier que nous avons une nature commune; mais que des peuples qui se sont associés ensemble sous les mêmes lois et le même gouvernement, afin de se prêter un secours mutuel, que ces peuples, dis-je, se détruisent eux-mêmes par des guerres sanglantes, cela passe à la dernière extrémité d** la fureur
DU CORF8
Penser que le corps n'est qu'une victime que la charité consacre; en l'immolant, elle le conserve, afin de le pouvoir toujours immoler : une masse de boue qu'on pare d'un léger ornement à cause de l'âme qui y demeure. Si un roi était obligé de demeurer dans quelque pauvre maison, il lui procurerait un ornement passager, et y ferait briller quelque rayon de la magnificence royale. Ainsi cette terre et cette poussière, qui forme notre corps , est revêtue de quelque éclat en faveur de l'âme qui doit y habiter quelque temps. Toutefois c'est toujours de la poussière, qui, au bout d'un terme bien court, retombera dans la première bassesse de sa naturelle corruption.
Plût à Dieu que je m'ensevelisse avec Jésus-Christ pour être son cohéritier! Car que faisons-nous, chrétiens, que faisons-nous autre chose, lorsque nous flattons ce corps, que d'accroître la proie de la mort, lui enrichir son butin, lui engraisser sa victime? Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant, soutien nécessaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'accorder, et à chaque moment il faut rompre ? 0 inconcevable union, et aliénation non moins surprenante I malheureux homme que je suis! Et vous vous attachez à ce corps mortel, et vous bâtissez sur ces ruines, et vous contractez avec ce mortel Aine amitié immortelle?
Je ne sais pourquoi je suis uni à ce corps mortel, ni pourquoi, étant l'image de Dieu, il faut que je sois plongé dans cette boue. Je le hais comme mon ennemi capital, je l'aime comme le compagnon de mes travaux; je le fuis comme ma prison, je l'honore camme mon cohéritier.
Regarder la vie comme un faux ami ; fermer les sens, vivre hors de la chair et du monde, recueilli en soi, conversant avec soi et avec Dieu. Mener une vie au-dessus de tout ce qui est visible, et recevoir les idées divines, toujours nettes et immuables, nullement mélangées des formes terrestres, errantes et vagues, que le mouvement des choses humaines nous imprime. Être par ce moyen, et devenir de plus en plus un miroir très-net de Dieu et des choses divines; s'élever à la lumière par la lumière, c'est-àdire, à la plus claire par la plus obscure ; goûter par avance la vie céleste.
DB LA MOBT
Voyez cette bouche ouverte, ce visage allongé, cette respiration entrecoupée, ce jugemwit offusqué qui revient par certains moments comme de fort loin : autant de signes prochains de la mort. Les amis du moribond, vivement affligés, se livrent à une sorte de désespoir, qui leur fait tout tenter pour rappeler le mourant à la vie ; chacun s'empresse à le secourir quand on ne peut plus rien ; et, dans les vicissitudes de la maladie, on passe successivement de la tristesse à la joie, et de l'une à l'autre. S'il paraît quelque mieux dans l'état du malade, on aperçoit, sur ceux qui l'environnent, un rayon d'espérance qui illumine tout à coup le visage comme à travers un nuage ; et enfin, lorsque le malade est aux prises avec la mort, tout le monde court sans savoir où ; dès qu'il est expiré, la douleur éclate par les cris et les sanglots. Le temps semble adoucir le chagrin que cause cette mort : sa femme ne pleure plus et croit être tranquille, cependant elle demeure étourdie, comme si elle était tombée du haut d'un clocher. On ne peut imaginer la mort; on croit à toote heure voir entrer le défunt; l'âme, afin de suppléer la présence de l'objet
qu'elle aime, fait effort pour rendre sa douleur immortelle :
son affection envers la mémoire de son ami, et le désir d^ le faire revivre, lui fait prendre tous les moyens qui peuvent réparer sa perte. On voit par là combien on a raison de dire que cela est un des principes de l'idolâtrie; un reste de l'immortalité perdue nous fait ainsi combattre contre la mort: Mais il est fort nécessaire de se préparer de bonne heure à perdre ce qui nous est cher; car dans le coup gb écoute peu les consolations.
La m.ort nous doit rendre plus forts contre la douleur, et la douleur contre la mort. Dans l'heure de la mort, deux sentiments à corriger : premièrement, la crainte, celle qui trouble ; secondement, quand tout est désespéré, par dépit on voudrait bientôt finir, et par impatience à cause de la douleur.
FUNESTES EFFETS DBB PLAIMKS
L'intempérance a attiré les plus terribles châtiments. Il ne faut pas jeter les yeux sur l'objet, ni se permettre le moindre retour : se rappeler la femme de Loth. L'adultère de David a été plus puni que son meurtre. La volupté affaiblit le cœur et énerve le principe de droiture, comme on le voit dans Samson et dans Salomon. La volupté commence ses attaques par les yeux : ce sont les premiers qui se corrompent. L'impudicité est nommée la première et avec l'idolâtrie : elle s'excuse toujours sur sa faiblesse. La luxure et la dépense se tournent en cruauté.
»B8 PASSIONg
Le plaisir d'être maître de soi-même et de ses passion» doit être balancé avec celui de les contenter; et ii empor-
tera le dessus, si nous savons comprendre ce que c'est que la liberté.
Inconstantia concwpiscentiœ traiisvertit sensum sine malitia^ : « Les passions volages de la concupiscence renversent l'esprit, même éloigné du mal. » Pourquoi? Parce que, errants d'un désir à un autre, à la fin il s'en trouve quelqu'un qui nous surprend ; comme un malade chagrin, qu'on tâche de divertir, tantôt par un objet, tantôt par un autre ; on lui propose des jeux de toutes façons; enfin insensiblement on l'amuse.
COMMENT ON s'eNGAGE DANS LES EMPLOIS
Nous nous plaignons de notre ignorance ; mais c'est elle qui fait presque tout le bien du monde : ne prévoir pas fait que nous nous engageons. C'est ainsi qu'on entre dans le mariage et dans les emplois, qu'on se détermine à aller à la guerre. On n'a qu'une vue générale des incommodités qui s'y trouvent. On s'engage, on trouve mille accidents imprévus; on voudrait retourner en arrière, il est trop tard, on est engagé.
&£g PARENTS NE DOIVENT PAS S OPPOSEE A LA VOCATIOK