‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 222 sur 223 · El cit., xxxvii · texte numérisé non relu

El cit., xxxvii

les grandes charges, dans les grandes affaires, c'est qu'on les trouve si importantes qu'on y donne tout, et que l'affaire du salut s'oublie.

Que vous vous faites de belles maisons! que vous acquitrez de belles terres ! Pourquoi vous faites-vous de nouveaux liens? Pourquoi aggravez- vous votre fardeau? Votre maison est bâtie, votre héritage est assuré, toutes vos acquisitions sont faites ; il n'y a plus qu'à se mettre en possession.

En l'autre vie tout est infiniment plus vif qu'en celle-€i. Nous n'avons ici qu'une ombre de plaisir, et qu'une ombre de douleur. Nous ne saurions concevoir toutes les puissances du siècle futur, Virtutes sœculi venturi^. La vertu, la force, la puissance, se montrent là ; tout ce qui est en cette vie n'est rien.

On voit dans les hommes le désir de plaire : c'est le premier péché par complaisance; on y voit aussi le désir de contredire. Gomment accorder de si grandes contradictions? C'est que nous voulons tout rapporter à nous, et ne pouvons souffrir ce qui s'oppose à nos désirs. De la première source vient la flatterie; de l'autre, la plupart des désordres de la vie.

Le précepte n'empêche pas le péché, parce qu'il faut boucher la source, qui est la convoitise : au contraire, le précepte irrite le désir; car l'âme fait effort quand on veut lui ôter ce qu'elle regarde comme son bien. Or quand on lui défend, on lui arrache déjà, en quelque sorte, ce qu'elle possède par l'amour, et elle accroît son effort pour le retenir.

On pèche principalement en deux manières à l'égard de soi-même, par les paroles : par des discours de vanité, en publiant ce qu'il faut taire; par des discours de curiosité, en s'enquérant de ce qu'il ne faut pas savoir»

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