‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 37 sur 223 · Ana&t. II, epist. ii, ad Clod · texte numérisé non relu

Ana&t. II, epist. ii, ad Clod

<^. Pel. II, Evitt. ad Aumch. Anliss. ; Gone. GaU.

ces rois, il les met « autant au-dessus des autres sauvepains, que les souverains sont au-dessus des particuliers*.»

Leur foi croissait en effet avec leur empire; et, selon la prédiction de tant de saints, TÉglise s'étendait par les rois de France. L'Angleterre le sait, et le moine saint Augustin son premier apôtre, saint Boniface, l'apôtre de la Germanie, et les autres apôtres du Nord ne reçurent pas un moindre secours de la France; et Dieu montrait dès lors par des signes manifestes, ce que les siècles suivants ont confirmé : qu'il voulait que les conquêtes des Français étendissent celles de l'Église.

Les enfants de Giovis ne marchèrent pas dans les voies que saint Rémi leur avait marquées; Dieu les rejeta de devant sa face ; mais il ne retira pas ses miséricordes de dessus le royaume de France. Une seconde race fut élevée m» îe trône; Dieu s'en mêla, et le zèle de la religion s'accrut par ce changement : témoin tant de papes réfugiés, protégés, rétablis, et comblés de biens sous cette race.

Les pape» et toute l'Église bénirent Pépin, qui en était le chef* ; les bénédictions de saint Rémi passèrent à lui : de lui sortit cet empereur, père d'empereurs, que ce saint évoque semble avoir vu ; et Gharlemagne régna pour le bien de toute l'Église. Vaillant, savant, modéré, guer-^ rier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant malgré les reproches des siècle? ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très-chrétien dans toutes ses œuvres. Il fit revivre les anciens canons ; les conciles, longtemps négligés, furent rétablis*, et la discipline revint avec eux. Si ce grand prince rétablit les lettres, ce fut pour

i. s. Gr«g. M., Efist., lib. VI.. «pirt. n. î. Paul. I, epist x, ad Fr.; Coqc. Gall. *. De schol. instit., Capit., lUluz.

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mieux faire entendre les saintes Écritures et l'ancienne tradition par ce secours. L'Église romaine fat consultée dans les affaires douteuses, et ses réponses reçues avec révérence furent des lois inviolables*. Il eut tant d'amour pour elle, que le principal article de son testament fut de recommander à S3s successeurs la défense de l'Église de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son pèue et de son aïeul, et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce môme amour lui fît dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l'un des descendants , que « quand cette Église imposerait un joug à peine supportable , il le faudrait souffrir « » plutôt que de rompre la communion avec elle ; elle n'imposait point de tel joug ; mais ce sage prince voulait tout prévoir, pour affermir l'union dans tous les cas. Au reste, les canons que lui envoya son sage et intime ami, le pape Adrien, n'étaient qu'un abrégé de l'ancienne discipline, que l'Église de France regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés. Nous demandons encore d'être jugés par les canons envoyés à ce grand prince ; et, sous un nouveau Cbarlemagne, nous souhaitons d'avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.

Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n'a été moins guidé par un faux zèle ; jamais on n'a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du. concile de Francfort, tantôt les évoques seuls, tantôt le prince seul, et tantôt les deux puissances ensemble*. Je ne veux pas m'étendre sur les diverges matiijres qui donnèrent lieu à cette diversité ; j e

1. Conc. Francof., can. rm; Conc. G»U.; Cafrit. Aquis.an. Imp. III, cap. nr; Baluz., Capit., de ditis, Regni^ cap. xv.

2. tapit. Car. M. de hou. sed. ApotU an. Imp. I, Balui.; Conc. Tnlor., sub. Arn. Imp. , can. xxx ; Capit. Angilr. data; Conc. Gall. ; Eiàt can. ab A.dr. Car. M. oblat.

I. Co2C Francof., otn. i, n; can. ui, "V; can. nr, T, vi, Tii ; Couc. Gall.

remarquerai seulement que les évoques ayant prononce seuls la condamnation de ?a nouvelle hérésie qu'on vit s'élever en Espagne*, ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Gomme son savoir éclatait dans toute l'Église autant que son équité, les nouveaux hérétiques le prièrent de se rendre l'arbitre de la cause*. Charlemagne, pour les confondre par eux-mêmes, accepta l'offre ; mais il savait comme un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le saint-siége avant toutes choses; il écouta aussi les autres évoques, qu'il trouva conformes à leur chef. C'est sur quoi se régla ce religieux prince; c'est par ce canal qu'il reçut la doctrine de l'Évangile et l'ancienne tradition de l'Église catholique : c'est de là qu'il apprit ce qu'il fallait croire ; et sans discuter davantage la matière, dans la kttre qu'il écrit aux nouveaux docteurs*, il leur envoie « Ibs lettres, les décisions et les décrets formés par l'autorif^é ecclésiastique, lea exhortant à s'y soumettre avec lui, et à ne se troire pas plus savants que l'Église universelle : c pejce que, ajoutait ce grand prince, après ce concours de l'autorité apostolique et de l'unanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d'être tenus pour hérétiques, et nous n'osons plus avoir de communion avec vous. »

Qu'on n'impute point à la b^ance des sentiments nouveaux; voilà tous ses sentiments du temps de Charlemagne ; mais Charlemagne les avait reçus de plus haut, et ils étaient venus des anciens Pères, et dès rorigine du christianisme. Le saintr-siège principalement, et le corps de Tépiscopat mû à son chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique confiée aux évoques par les apôtres; car c'est aussi à cette unité qu'il est dit :

i. CoDc. Francof., can. i.

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