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SUR LA PROVIDENCtS 143
pirn tout saisi de joie dans le spectacle de son propre ouvrage. Où il ne faut pas s'imaginer que Dieu ressemble aux ouvriers mortels, lesquels, comme ils peinent beaucoup dans leurs entreprises et craignent toujours pour l'ôvénement, sont ravis que l'exécution les décharge du travail et les assure du succès. Mais Moïse, regardant les chose? dans une pensée sublime, et prévoyant en esprit qu'ua jour les hommes ingrats nieraient la Providence qui régit le monde, nous montre dès l'origine combien Dieu est satisfait de ce chef-d'œuvre de ses mains, afin que, le plaisir de le former nous étant un gage certain du soin qu'il devait prendre à le conduire^ il ne fût jamais permis de douter qu'il n'aimât à gouverner ce qu'il avait tant aimé à faire et ce qu'il avait lui-môme jugé si digne de sa sagesse.
Ainsi nous devons entendre que cet univers, et particulièrement le genre humain, est le royaume de Dieu, que lui-môme règle et gouverne selon des lois immuables ; et nous nous appliquerons aujourd'hui à méditer les secrets de cette céleste politique qui régit toute la nature, et qui, enfermant dans son ordre l'instabilité des choses humaines, ne dispose pas avec moins d'égards les accidents inégaux qui mêlent la vie des particuliers, que ces grands et mémorables événements qui décident de la fortune des empires.
Grand et admirable sujet, et digne de l'attention de la cour la plus auguste du monde I Prêtez l'oreille, ô mortels ! et apprenez de votre Dieu môme les secrets par lesquels il vous gouverne; car c'est lui qui vous enseignera dans cette chaire, et je u'entrepre,ids aujourd'hui d'expliquer ses conseils profonds qu'autant que je serai éclairé par ses oracles infaillibles.
Mais il nous importe peu, chrétiens, de connaître par quelle sagesse nous sommes régis, si nous n'apprenons aussi à nous conformer à l'ordre de ses conseils. S il y a de
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l'art h bien gouverner, il y en a aussi à bien obéir. Dieu donne son esprit de sagesse au prince* pour savoir conduire les peuples, et il donne aux peuples l'intelligence pour être capables d'être dirigés par ordre, c'est-à-dire qu'outre la science maîtresse par laquelle le prince commande, il y a une autre science subalterne qui enseigne aussi aux sujets à se rendre dignes instruments de la conduite supérieure, et c'est le rapport de ces deux sciences qui entretient le corps d'un État par la correspondance du chef et des membres.
Pour établir ce rapport dans l'empire de notre Dieu, tâchons de faire aujourd'hui deux choses. Premièrement, chrétiens, quelque étrange confusion, quelque désordre même ou quelque injustice qui paraisse dans les affaires humaines, quoique tout y semble emporté par l'aveugle rapidité de la fortune, mettons bien avant dans notre esprii que tout s'y conduit par ordre, que tout s'y gouverne pai maximes, et qu'un conseil éternel et immuable se cache parmi tous ces événements que le temps semble déployeï avec une si prodigieuse incertitude. Secondement, venons à nous-mêmes ; et, après avoir bien compris quelle puissance nous meut et quelle sagesse nous gouverne, voyona quels sont les sentiments qui nous rendent dignes d'une conduite si relevée. Ainsi nous découvrirons, suivant la médiocrité de l'esprit humain, en premier lieu les ressorts et les mouvements, et ensuite l'usage et l'application de cette sublime politique qui régit le monde; et c'est tout le sujet de ce discours
PREMIER POINT
Quand je considère en moi-môme la disposition des choses numaines, confuse^ inégale, irrôguliôre, je la oi^na-
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pare souvent à certains tableaux que l'on montre assez ordinairement dans les bibliothèques des curieux comme un jeu de la perspective. La première vue ne vous montre que des traits informes et un mélange confus de couleurs, qui semble être ou l'essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante. Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait regarder par un certain endroit, aussitôt toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaifte façon dans votre vue, toute là confusion se démêle, et vous voyez paraître un visage avec ses linéaments et ses proportions, où il n'y avait auparavant aucune apparence de forme humaine. C'est, ce me semble, messieurs, une image assez naturelle du monde, de sa confusion apparente et de sa justesse cachée que nous ne pouvons jamais remarquer qu'en le regardant par un certain point que la foi en Jésus-Christ nous découvre.
« J'ai vu, dit l'Ecclésiaste, un désordre étrange sous le soleil; j'ai vu que l'on ne commet pas ordinairement, ni la course aux plus vîtes, ni les affaires aux plus sages, ni la guerre aux plus courageux ; mais que c'est le hasard et l'occasion qui donne tous les emplois, qui règle tous les prétendants :» iVec ve/octwm esse Gursum,neG fortium bellum... sed tempus casumque in omnibus^ : « J'ai vu, dit le même Ecclésiaste, que toutes choses arrivent également à l'homme de bien et au méchant, à celui qui sacrifie et à celui qui blasphème : » Quod universa œque éventant jasto et iinpio.,., immolanti victimas etsacrificia contemnenti :... eadem cunctis evpniunt. Presque tous les siècles se sont plaints d'avoir vu l'iniquité triomphante et l'innocence affligée ; mais , de peur qu'il n'y ait rien d'assuré, quelquefois on voit, au ooûtraire, l'innocence dans le trône et l'iniquité daus le sup-