QUATRIÈME SERMON
Les désir?! des natures intelligentes pour la félicité. Leurs erreurs à cet ëgard. Où se trouve la véritable félicité, en quoi elle consiste, quels sont les raayens pour y parvenir; quelle est la voie qui y conduit.
Ut sit DevL$ omnîaÀn omnibui, i)i«u sera tout en tous.
1 Cor.. \v, 28.
Le roi-prophète fait une demande, dans le psaume trentetroisième, à laquelle vous jugerez avec moi qu'il est aisé de répondre : « Qui est l'homme qui désire la vie et souhaite de voir des jours heureux? » Qui est hqmo quivult vitam, diligit dies videre ôo/zos'? A cela, toute la nature, si elle était animée, répondrait, d'une même voix, que toutes les créatures voudraient être heureuses. Mais surtout le? natures intelligentes n'ont de volonté ni de désir que pour leur félicité; et si je vous demande aujourd'hui si vous voulez être, heureux, quoique vos bouches se taisent, j'en- .tendrai le cri secret de vos cœurs qui me diront, d'un commun accord, que sans doute vous le désirez, et ne désirez autre chose. Il est vrai que les hommes se i:eprésentent la
1. Ce sermon est imparfait. Il manque plusieurs feuillets daas l'original; nons mettons d«s points, qui avertissent des lacunes qui s'y trouvent. (Èdk. d« DiWoris.)
i. Ps. .uxiu, 12
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félicité sous des formes différentes : les uns la recherchent et la poursuivent sous le nom de plaisir, d'autres sous celui d'abondance et de richesses, d'autres sous celui de repos, ou de liberté, ou de gloire; d'autr&& sous celui de vertu. Mais enfin tous la recherchent, et le barbare et le Grec, et les nations sauvages et les nations polies et civilisées, et celui qui se repose dans sa maison, et celui qui travaille à la campagne, et celui qui traverse les mers, et celui qui demeure sur la terre. Nous voulons tous être heureux, et il n'y a pien en nous ni de plus intime, ni de plus fort, ni de plus naturel que ce désir.
Ajoutons-y, s'il vous plaît, messieurs, qu'il n'y a rien aussi de plus raisonnable. Car qu'y a-t-il de meilleur que de souhaiter le bien, c'est-à-dire la félicité? Vous donc, ô mortels qui la recherchez! vous recherchez une bonne chose ; prenez garde seulement que vous ne la recherchiez où elle n'est pas. Vous la cherchez sur la terre, et ce n'est pas là qu'elle est établie, ni que l'on trouve ces jours heureux dont nous a parlé le divin Psalmiste. En effet, ces beaux jours, ces jours heureux, ou les hommes toujours inquiets les imaginent du temps de leurs pères, ou ils les espèrent pour leurs descendants; jamais ils ne pensent les avoir trouvés, ou les goûter pour eux-mêmes. Vanité, erreur et inquiétude de l'esprit humain ! Mais peut-être que nos neveux regretteront la félicité de nos jours avec Is môme erreur qui nous fait regretter le temps de nos devanciers : et je veux dire en un mot, messieurs, que nou? pouvons ou imaginer des jours heureux, ou les espérer, ou les feindre; mais que nous ne pouvons jamais les posséder sux- la terre.
Songez, ô enfants d'Adam I au paradis de délices, d'où vous avez été bannis par votre désobéissance : là se pea- Baient les jours heureux. Mais songez, ô enfants de JOsub- Christ! à ce nouveau paradis dont son satig nous a ouvert l« passage : c'est, là que vous verre»- ies beaux jou^s. Ce sont
ici les jours de misères, les jours de sueurs et de travaux, ies jours de gémissemeiits et de pénitence, auxquels noua pouvons appliquer ces paroles du prophète Isaïe : PoptUf" meus, qui te beatum dicunt, ipsi te decipiunt^ : « Mon peuple, ceux qui te disent heureux, t'abusent et renversent toute ta conduite. » Et encore : « Ceux qui font croire à ce peuple qu'il est heureux sont des trompeurs; et ceux dont on vous vante la félicité sont précipités dans l'erreur : » Et eru7it qui béatifie ant populum istum seducenfes et qui beat-tfican- Ua\ prœcipitati^.
Donc, mes frères, où se trouve la félicité et la véritable vie, sinon dans la terre des vivants? Qui sont les hommes heureux, sinon ceux qui sont avec Dieu, dont nous célébrons aujourd'hui la fête? Ceux-là voient de beaux jours, parce que Dieu est la lumière qui les éclaire. Ceux-là vivent dans l'abondance, parce que Dieu est le trésor qui les enrichit. Ceux-là enfin sont heureux, parce que Dieu est le bien qui les contente, et que lui seul est tout à tous, selon les paroles de mon texte, omnia in omnibus.
Saint Augustin explique ces mois de i'Apôlre par une excellente paraphrase : Commune spectaculum erit omnibus Deus, commune gaudium erit omnibus Deus, communis pax er'it omnibus Deus^ : « Dieu, dit-il, tiendra lieu de tout aux bienheureux; il sera leur commun spectacle, ils le verront; il sera leur commune joie, ils en jouiront; il sera leur paix, ils le posséderont à jamais sans inquiétude et sans trouble. » De sorte qu'ils seront véritablement heureux, parce qu'ils auront dans celle vision le plus noble exercice de leur esprit, .dans cette jouissance la joie parfaite de leur cœur, dans cette paix l'affermissement immuable de leur repos. C'est ce que nous a dit saint Augustin... Écoutez l'apôtre