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^02 SERMTON
core ne puisse nous tou mer en une amertume m fini® ; et nous serions trop novices dans l'histoire de la vie humaine, si nous avions encore besoin qu'on nous prouvât cette vérité. Posons donc que ce qui peut arriver, ce que vous avez vu mille fois arriver aux autres, vous arrive aussi à vous-mêmes. Car, sans doute, mes frères, vous n'avez point parmi vos titres de sauvegarde contre la fortune ; vous n'avez ni de privilèges ni d'exemptions contre les communes faiblesses. Faisons donc qu'il arrive que l'espérance de votre fortuné, que votre bonheur, vos établissements, soient troublés, renversés par quelque disgrâce imprévue, votre famille désolée par quelque mort désastreuse, votre santé ruinée par quelque cruelle maladie, si vous n'avez quelque Keu d'abri où vous vous mettiez â couvert, vous essuierez tout du long la fureur des vents et de la tempête. Mais où trouverez-vous cet abri? Jetez les yeux de tous côtés ; le déluge a inondé toute la terre, les maux en couvrent toute la surface, et vous ne trouverez pas même où mettre le pied. Il faut chercher donc le moyen de sortir de toute l'enceinte du monde.
Il est vrai qu*il y a une partie de nous-mêmes sur laquelle la fortune n'avait aucun droit : notre esprit, notre raison, notre intelligence. Et c'est la faute que nous avons faite : êe qui était libre et indépendant, nous l'avons été engager dans les biens du monde ; et par là nous l'avons soumis, comme tout lé reste, aux prises de la fortune. Imprudents! la nature même a enseigné aux animaux poursuivis, quand le corps est découvert, de cacher la tête; nous, dont la partie principale était naturellement à couvert de toutes les insultes, nous la produisons toute au dehors, et nous exposons aux coups ce qui était inaccessible et invulnérable. Que reste-t-il donc maintenant, sinon que, démêlant du milieu du monde cette partie immortelle, nous l'allions établir dans la cité samic que Dieu nous a préparée?
Peut-être que vous penserez que vous ne pouvez vous établir où vous n'êtes pas, et que je vous parle en vain de la terre et de la sûreté du port pendant que vous voguez au milieu des ondes. Eh quoi! ne voyez-vous pas ce navire qui, éloigné de son port, battu par les vents et par les flots, vogue dans une mer inconnue? Si les tempêtes l'agitent, si les nuages couvrent le soleil, aïorâ le sage pilote, craignant d'être emporté contre des écueiîs, commande qu'on jette l'ancre, et cette ancre fait trouver à son vaisseau la consistance parmi les flots , la terre au milieu des ondes, et une espèce de port assuré dans l'immensité et dans le tumulte de l'Océan. Ainsi, dit le saint apôtre : « Jetez au ciel votre espérance, laquelle sert à votre âme comme d'une ancre ferme et assurée : » Quam sicut anchoram habemus ammœ tutam ac firmam^. Jetez cette ancre sacrée, dont les cordages ne rompent jamais dans la bienheureuse terre des vivants, et croyez qu'ayant trouvé un fond si solide, elle servira de fondement assuré à votre vaisseau jusqu'à ce qu'il arrive au port.
Mais, messieurs, pouf espérer il faut croire ; et c'est ce qu'on nous dit tous les jours. Donnez-moi la foi, et je quitte tout; persuadez-moi de la vie future, et j'abandonne tout ce que j'aime pour une si belle espémnce. Eh quoiî homme, pouvez-vous penser que tout soit corps et matière en vous? Quoi! tout meurt, tout est enterré? Le cercueil vous égale aux bêtes, et il n'y a rien en vous qui soit audessus? Je le vois bien, votre esprit est infatn*^ de tant de belles sentences, écrites si éloquemment en prose et en vers, qu'un Montaigne, je le nomme, vous a débitées, qui préfèrent les animaux à l'homme, leur instinct à notre raison, leur nature simple, innocente et sans fard, c'est ainsi qu'on parle, à nos raffinements et à nos malices. Mais dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez lî fine-
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ment de ï'hoinme qui s'imagine être quelque chose, compterez-vous encore pour rien de connaître Dieu? Connaître une première nature, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui nous distingue des bêtes? Tous les saintS; dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire, ont-ils vainement espérA en Dieu ? et n'y a-t-il que les épicuriens brutaux et les sensuels qui aient connu droitement les devoirs de l'homme? Plutôt ne voyez-vous pas que si une partie de nousmêmes tient à la nature sensible, celle qui connaît et qui aime Dieu, qui conséquemment est semblable à lui, puisque lui-même se connaît et s'aime, dépend nécessairement des plus hauts principes? Eh donc! que les éléments nous redemandent tout ce qu'ils nous prêtent, pourvu que Dieu puisse aussi nous redemander cette âme qu'il a faite à sa ressemblance. Périssent toutes les pensées que nous avons données aux choses mortelles ; mais que ce qui était né ca'pable de Dieu soit immortel comme lui. Par conséquent, homme sensuel, qui ne renoncez à la vie future que parce que vous craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non, non, n'y espérez plus : voulez-le, ne le voulez pas, votre éternité vous est assurée. Et certes, il ne tient qu'à vous de la rendre heureuse; mais si vous refusez ce présent divin , une autre éternité vous attend, et vous vous rendrez digne d'un mal éternel pour avoir perdu volontairement un bien qui le pouvait être.
Entendez-vous ces vérités? Qu'avez-vous à leur opposer? Les croyez-vous à l'épreuve de vos frivoles raisonnements et de vos fausses railleries? Murmurez et raillez tant qu'il vous plaira; le ToQt-Puissant a ses règles, qui ne changeront ni pour vos murmures ni pour vos bons mots ; et il saura bien vous faire sentir, quand il lui plaira, ce que vous refusez maintenant de croire. Allez, courez-en les
risques, montrez-vous brave et intrépide, en hasardant tous les jours votre éternité. Ah! plutôt, chrétiens, craignez de tomber en ses mains terribles. Remédiez aux désordres de cette conscience gangrenée. Pécheurs, il y a déjà trop longtemps que « l'enflure de vos plaies est sans ligature, que vos blessures invétérées n'ont été frottées d'aucun baume : » Vulnus et livor, et plaga tumens, non est circumli-' gâta, nec curaia medwamine, neque fota oleo^. Cherchez un médecin qui vous traite ; cherchez un confesseur qui vous lie par une discipline salutaire : que ses conseils soient votre huile, que la grâce du sacrement soit un baume bénin sur vos plaies. Ou si vous vous ête^j approchés de Dieu, si vous avez fait pénitence dans une si grande solennité, allez donc désormais et ne péchez plus. Quoi! ne voulez- ' DUS rien espérer que dans cette vie? Ah ! ce n'est point la raison, c'est le dépit et le désespoir qui inspirent de telles pensées. S'il était ainsi, chrétiens, si toutes nos espérances étaient renfermées dans ce siècle, on aurait quelque raison de penser que les animaux l'emportent sur nous. Nos maladies, nos inimitiés, nos chagrins, nos ambitieuses folies, nos tristes et malheureuses prévoyances qui avancent les m.aux, bien loin d'en empêcher le cours, mettraient nos misères dans le comble. Éveillez-vous donc, ô enfants d'Adam ! mais plutôt éveillez-vous, ô enfants de Dieu I et songez au lieu de votre origine.
Sire , celui-là serait haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaiterait pas votre gloire môme en cette vie, et qui refuserait d'y concourir de toutes ses forces par ses fidèles services. Mais certes je trahirais Votre Majesté, et je lui serais infidèle, si je bornais mes souhaits pour elle dans cette vie périssable. Vivez donc toujours heureux, toujours fortuné, victorieux de vos ennemis, père de vos peuples; mais vivez toujours bon, toujours juste, toujours humble et
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toujours pieux, toujours attaché à la religioo et protecteur de l'Église. Ainsi nous vous verrons toujours roi, toujours Auguste, toujours couronné, et en ce monde et en l'autre. Et c'est la félicité que je vous souhaite, d.vec le Pè?«, le Filîc 9t le Saint-Esprit.