‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 15 sur 33 · SUR JACQUES SAURIN. XXV · texte numérisé non relu

SUR JACQUES SAURIN. XXV

le croyons» d'être rangé parmi les chefs-d'œuvre les plus accomplis de l'éloquence sacrée.

c Après avoir écouté nos exhortations, recevez nos vœux. D'abord je me tourne vers les murs de ce palais ^ » où se forment ces lois d'équité et de justice qui font la gloire et la félicité de ces provinces... Nourriciers de l'Église, nos maîtres et nos souverains, Dieu veuille affermir ce pouvoir que vous soutenez avec tant de gloire! Dieu veuille maintenir entre vos mains les rênes de cette république que vous conduisez avec tant de sagesse et avec tant de douceur ! . . .

c Je me tourne aussi vers vous, illustres personnages, qui représentez dans ces provinces les premières têtes du monde chrétien, et qui faites voir en quelque manière, au milieu de cette assemblée, des princes, des électeurs, des républiques, des rois. Dieu veuille ouvrir tous ses trésors en faveur de ces hommes sacrés, qui sont des dieux sur la terre, et dont vous portez l'auguste caractère ; et, pour leur faire soutenir dignement le poids du pouvoir suprême ! Dieu veuille leur conserver des ministres tels que vous êtes, qui sachent faire aimer et craindre tout ensemble l'autorité souveraine!...

c Nous vous bénissons aussi, sacrés lévites du Seigneur, ambassadeurs du roi des rois, ministres de là nouvelle alliance, qui portez écrit sur vos fronts la sainteté à VÉtemel^ et sur vos poitrines les noms des

' De Téglise où prêchait Saurin, on apercevait le palais où siégeaieht les Étala-Généraux des Provinces-Unies.

XXVJ . NOTICB

enfants d'Israël ^ Et vous, conducteurs de oe troii^ peau, qui êtes comme associés avec nous dans rœavrà du mimstère. Dieu veuille vous animer du zélé fle^sa {ûaisonl...

« Recevez lios voeux, pères et mères de famille, heu*? reux de vous voir renaître en d'autres vousrmèoieejE plus heureux encore de metti^ dans rassemblée des {Mr^miers^nés ceux que vous mîtes dans cette vallée de misères: Dieu veuille que vous fassiez de vos maisons des sanctuanres à sa gloire et de vos enfants de» of« frandes à celui qui est le père des esprits et le Déni dt toute chair */

€ Recevez nos vœux, gens de guerre, vous qui^ après tant de combats , êtes appelés à de nouveaux oom^ bats encore; vous qui» après être échappés, à tant de périls , voyez une nouvelle carrière de pàrils qui vous est ouverte encore : puissiez-vous avoir le. Dieu des batailles combattant sans cesse pour vous I puis-* siez-vous voir la victoire constamment attachée à vos pas! puissiez-vous, en terraàsant Tennemi, faire l'ér preuve de cette maxime du sage, q\x% eslni qui mai'trise son coeur vaut mieux que celui qui prend des villes^.

« Recevez nos vœux, jeunes gens : puissies-voun être à jamais préservés de la contagion de ce monde^ dans lequel vous venez d'entrer 1 puissiez-yous vouera votre salut le temps précieux dont vous jouissiez 1 puissiez'^

^ Exode xxviiu 29 et 36.

^ Hébr. xn. 9. Kombr. xti. Si.

* Proverb, xti. 32.

SUR JAOftUBS SAURIN. XXYH

•VOUS imÎB BOiiTiiiir de votre Créateur pendant les jeun -de votre j^nesae*.

c Recevei no» vœux , vi^llards, qui avez déjà un pied danile tombeau^ disons plutôt déjà voh'eefÉur au oiel, (À. e^ «f t voù!^ trésor * : puissiei*voûs voir Ykemmê intériemrfortifté, à mesure qaeYeâsiéri9ur se détruit* I pnissîei^voi» voir réparées par les forces de votre âme ies faibtesiiM de voire corps» et les pcHles des tabernacles élenieli s^ouvrir, lorsque la maison de poussière 4»x)ulerà sons ses fondemepts!

« Recevez lioé vcbiix:, contrées désolées, qui êtes de» jHiia tant d'années le théâtre sanglant de la plus san» glante guerre qui fut jamais : puisse l'épée de rÉfëraeU 9id9r^âe tant de sang, enfin rentrer dans iefourream ^ ! puisse l'ange exterminateur, qui ravage vos eampagnes, arrêter enfin ses exécutions sanguinaires >... puisse la losée du oie) succéder à cette pluie de sang qui vous couvre depuis tant d'années!

c Nos vœux sc»it->ils épuisés? Hélas! dans ce jour de joie, oid>lierions*nous nos douleurs? Heureux habitants de ces {^évinces, importunés tant de fds du réoit de nos misères; nous nous réjouissons de votre prospérité, refueeriex-vous votre compassion à nos maux ? Et vous, lisons retirés, du feu\ tristes et vénérables débris de nos malheureuses Églises, mes chers frères; que les

* ficelés. 91, 3.

' Matth. Yi. 2!. ' Î.Cor. Yi. 16.

* Jérém. ZLYU. 6.

* Amos IT. i.

XXVill NOTICE

malheurs du temps jetèrent sur ces bords, oublierans*» nous les malheureux restes de nous-mêmes? Gémisseiments de captifs, sacrificateurs sanglotants, vierges dolentes, fêtes solennelles interrompues , chemins de Sion couverts de deuil, apostats, martyrs, sanglants objets, tristes complaintes, émouvez tout cet auditoire ! Jérusalem^ si je f oublie^ que ma droite s'oublie elle'même] que ma langue s'attache à mon palais si je ne me souviens de toi, si je ne fais de toi le principal sujet de ma joie *. Jérusalem^ que la paix soit dans tes murs, et la prospérité dans tes palais ! Pour t amour de mes frères et de mes amis , je prierai pour ta paix*. Dieu veuille être touché, sinon de l'ardeur de nos vœux, du moins de Texcès de nos misères; sinon des malheurs de notre fortune, du moins de la désolation de ses sanctuaires; sinon de ces corps que nous traînons par tout l'univers, du moins de ces âmes qu'on nous enlève! »

Ce retour sur la persécution .des protestants de France ramène la pensée de Saurin sur le monarque persécuteur. Il s'arrête un instant. Le silence et l'attention redoublent. On s'attend à un cri de colère; mais la religion arrête la malédiction déjà placée sur ses lèvres, et en fait descendre des paroles de pardon et une prière sublime :

« Et toi, prince redoutable que j'honorai jadis comme mon roi, et que je respecte encore comme le fléau du

' P8. cxxxvii. 5 et 6.

* Ps. cxiii. 7 et 8.

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