‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 30 sur 33 · A F^LIX ET A DRUSILLE · texte numérisé non relu

A F^LIX ET A DRUSILLE

Quelques jours après, Félix, avec Drnsille sa femme, qui était Juive, envoya chercher Paul, et il Pentendit parler de la foi en Christ. Et comme Paul discourait de la justice, de la tempérance et du jugement à venir, Félix, tout effrayé, lui dit: Pour maintenant, Ta-f en ; quand j'aurai le loisir, je te rappdlerai.

Actes xxiv. t4, is.

Mes frères, quoique le « règne » des fidèles « ne soit point de ce monde S » ils donnent pourtant, au milieu de leur bassesse, des marques de grandeur et d'autorité. Ils sont comme Jésus-Christ. 11 s'était dépouillé jusqu'à « prendre la forme de serviteur. » Cependant il exerçait souvent celle de maître. On voit sortir du sein de cette misère, dans laquelle il s'était plongé volontairement, des rayons de divinité. Arbitre de la nature, il commande aux vents et aux flots; il calme les orages et les tempêtes ; il donne la santé aux malades et la vie aux morts; il impose silence aux rabbins ; il fait tète à Pilate même; et il dispose du paradis, dans le temps

^ Jean xviii* 86.

qu'il est lui-même percé de clous et attaché à une croix. Voilà le portrait des fidèles. Ils sont « morts. Leur vie est cachée avec Christ en Dieu ; et s'ils espéraient pour cette vie seulement, ils seraient les plus misérables des créatures. » Cependant ils font paraître je ne sais quoi de supérieur. Leur gloire n'est pas tellement cachée, qu'on n'en voie quelquefois l'éclat : semblables à ces enfants des rois, qui, étant inconnus dans une province étrangère, laissent échapper dans leurs discours et dans leur maintien des indices de leur grandeur.

Nous pourrions justifier cette vérité par divers exemples. Arrêtons-nous à celui de notre texte. Nous y découvrirons ce mélange de grandeur et de bassesse, d'ignominie et de gloire, qui fait la condition du fidèle sur la terre. Voici saint Panl, un fidèle, un apôtre, un saint; le voici traîné de tribunal en tribunal et de province en province : tantôt devant les Romains, tantôt devant les Juifs, tantôt devant le sacrificateur de la synagogue, tantôt devant le procurateur de César. Le voici arrive de Jérusalem à Césarée, et sommé de comparaître devant Félix. Ne reconnaissez-vous pas à ces traits un chrétien qui marche dans la voie étroite, et qui suit le chemin des tribulations qui lui a été frayé par son maître? Mais considérez-le de près : examinez ses discours et sa contenance , vous y verrez une fermeté, une hardiesse, une fierté même, qui vous feront reconnaître quelque chose de grand dans la personne de saint Paul. Il prêche Jésus-Christ, dans le temps même qu'il a été persécuté pour l'avoir prêché. 11 est prédicateur quoique dans les chaînes. Il fait plus : il attaque son juge sur son tribunal. Il parle, il presse, il tonne. Il lui semble qu'il exerce déjà la fonction de juge du monde, que Dieu a réservée aux saints. Il fait

trembler Félix. Félix se sent entraîné par une force majeure. Il ne peut plus écouter saint Paul sans pâlir, et il est obligé de le renvoyer. « Quelques jours après, Félix, avec Drusille sa femme, envoya chercher Paul, et il l'entendit parler de la foi en Christ, etc. »

Nous voyons ici trois objets dignes d'arrêter nos yeux. I. Un prédicateur habite qui montre un discernement tout particulier dans le choix de ses matières. II. Une conscience effrayée, bouleversée, au souvenir de ses crimes et de ce jugement redoutable où ils doivent être pesés. III. On y voit enfin un pécheur touché, mais non pas converti ; un pécheur qui veut se sauver, mais qui renvoie sa conversion : conduite, hélas! trop ordinaire. Vous apercevez déjà, mes frères, le sujet de cet entretien : que Paul traite, devant Félix et devant Drusille, de la justice, de la tempérance et du jugement à venir ; que Félix tremble ; et qu'il renvoie saint Paul : trois réflexions qui partageront ce discours. Puisse-t-il faire sur vos cœurs, sur des cœurs chrétiens, le même effet que fit saint Paul sur l'âme d'un païen ! mais puisse-t-il avoir plus d'influence sur votre vie ! Ainsi soit-il.

I. Que Paul prêche, devant Félix et devant Drusille, la justice , la tempérance et le jugement à venir, c'est le premier objet ^q notre méditation. Mais, avant que de porter plus loin nos pensées, il faut vous dire un mot de ce Félix et de cette Drusilley qui vous les fasse connaître et qui serve de fondement à cette première partie.

Depuis que « le sceptre » s'était « retiré de Juda, » et que la nation des Juifs avait été subjuguée par Pompée, les empereurs romains y envoyaient des intendants. Claude occupait le trône des Césars, lorsque

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