SQ SERVON
^aint Paul était à Gésarée. Cet empereur s qui avait eu une servile éducation de son aïeule Lucia et de sa mère Antonia, et qui avait été nourri dans la timidité et dans la bassesse, fit paraître, dès qu*il fut élevé à l'empire, des marques du peu de soin qu'on avait pris de ^on enfance. Il n'avait ni courage ni grandeur d'âme. Celui qui était appelé à gouverner l'empire romain, et par cela à régner sur tout l'univers, abandonna son &me à ses afiranchis, et leur donna un pouvoir souverain sur son esprit. Félix était un de ses affranchis, c II exerça dans la Judée, » ce sont les termes d'un historien romain, « il exerça un pouvoir royal avec une âme mercenaire. » Deux vices surtout partageaient son camr : la volupté et Yavarice, Nous avons une preuve de son avarice immédiatement après notre texte, où il est dit qu'il envoyait chercher saint Paul, non pas pour en-» tendre de lui ces vérités de l'Évangile, que cet apôtre aimonçait avec tant de force, ou pour examiner si cette religion, contre laquelle les Juifs levaient l'étendard , était contraire au bien de l'État, mais parce qu'il espérait d'en retirer quelque somme d'argent pour sa rançon. Voilà l'effet de son avarice.
Josèphe en rapporte un de sa volupté, c'est son mariage avec Drusillé. Elle était Juive, comme le remarque notre texte. Le roi Azize, son premier époux, qui était païen, s'était soumis pour lui plaire à la plus rigoureuse cérémonie du judaïsme. Félix la vit. Il en fut ému. I) conçut pour elle une violente passion ; et, malgré les nœuds sacrés qui l'attachaient à un époux, il voulut s'en rendre le maître. U fut écouté. Drusillé rompit ses premiers engagements, et aima mieux contracter avec Félix un mariage illégitime, qu'entretenir les chastes nœuds qui la liaient avec Azize. Félix Romain, Félix
procurateur de la Judée et favori de César, lui parut une trop noble conquête. Tant il est vrai, pour le dii^ en passant, que la grandeur et la fortune sont des attraits auxquels on ne résiste qu'à peine, et contre lesquels la vertu la plus pure a besoin d'armer toute sa œnstance* Retenez ces deux caractères de Félix et Drusille. Saint Paul, devant ces deux personnages, traite de la foi en Christ; c'est-à-dire de la religion chrétienne, dont Jésus-Christ est l'auteur, le sujet, la fin et la substance ; et parmi les sujets divers de la religion chrétienne, il choisit la justice, la tempérance^ et le jugement à venir.
Voilà un beau texte, mes frères, mais un texte choisi avec art. Pour le bien comprendre, souvenez-vous du caractère que nous avons donné à Félix. Il était avare, luxurieux, et gouverneur de la Judée. Saint Paul prend trois sujets qui se rapportent à ces qualités. 11 parle à un avare : il traite de la justice; il parle à un homme luxurieux : il traite de la tempérance ; il parle à un gou^ vemeur de la Judée, à une de ces personnes qui se croient indépendantes et n'être responsable qu'à ellesmêmes de leur conduite : il traite du jugement à venir.
Mes frères, quand on prêche pour établir sa réputation, et qu'au lieu de chercher la gloire de Jésus-Christ on cherche la sienne propre, on prend des sujets propres à faire paraître son génie et à flatter ses auditeurs. Prêche-t-on en la présence d'un hérétique de profession, on ne prêchera que sur la morale; on aura honte de prononcer ces mois vénérables de traité, de satisfaction. Prèche-t-on devant ces persoftines bizarres qui se scandalisent lorsqu'on presse les devoirs de la religion, on fera venir partout Tclection, la réprobation, rirrcsislihilité de la grâce. Prêche-t-on en la présence
d'une cQur effrénée, on pressera la liberté évangélique et les miséricordes divines. Il y a un art d'allier (art véritablement détestable, mais art trop connu dans tous les siècles de rÉglise), il y a un art d'allier ses intérêts et son ministère. On ne renonce pas à son caractère. Un prédicateur politique tâche d'accommoder sa prédication avec ses passions. Ministre de Jésus-Christ, et ministre de son intérêt propre, « il est marchand de la parole, » pour m'exprimer avec saint Paul ; et, sur ce principe, si Félix avait marqué quelque désir de connaître l'Évangile, saint Paul avait une favorable occasion de faire sa cour d'une manière délicate. La religion chrétienne a des côtés favorables à tous les hommes. Saint Paul pouvait traiter quelqu'un de ces points qui eussent flatté ce gouverneur. Il pouvait lui parler de la grandeur des souverains, du rapport qu'ils ont avec l'Être suprême. Il pouvait lui dire que « le magistrat ne porte pas le glaive sans cause ' , » que Dieu leur dit luimême : « Vous êtes des dietix, et les enfants du souverain ^ » Mais tous ces détours et tous ces ménagements sont inconnus à notre apôtre. Il va chercher les passions de Félix dans leur centre ; il va forcer ce pécheur dans ses derniers retranchements; il attaque courageusement ce gouverneur avec « Tcpée de l'esprit ^ » et le marteau de la parole. Devant l'objet de sa passion et la matière de son crime, devant Drusille, il traite de la tempérance. Dans le temps que FéHx l'envoie chercher pour assouvir son avarice^ il lui parle de la justice. Lorsque ce gouverneur est au plus haut période de sa grandeur^ il l'entretient dujw^ewe»/ à venir. Prédicateurs de cour, confesseurs des princes, |>csles
' Rom. XIII. i — 2 jpj,„ ^^ 34^ pg L^xm. fi. — s Kp|,^s yi. 17.
publiques qui formez aujourd'hui la principale matière des foudres qui nous désolent, que ne puis-je vous animer par l'exemple de saint Paul, et vous faire rougir de votre lâcheté et de vos bassesses! Mes frères, vous connaissez un prince... Plût à Dieu le connussions-nous moins! Mais respectons l'éclat du diadème, et vénérons l'oint du Seigneur dans la personne de notre ennemi. Examinez les discours faits en sa présence : lisez ces sermons qu'on intitule pompeusement « sermons faits en la présence du roi; » et voyez ces autres écrits qui sont dédiés au vainqueur perpétuel, dont les combats furent autant de victoires, redoutable dans la guerre, adorable dans la paix. Vous n'y verrez qu'éloges et que flatteries. Qui est-ce qui a jamais foudroyé l'ambition et la luxure en sa présence? Qui est-ce qui a osé débattre les droits de la veuve et de Torphelin? Qui est-ce, au contraire, qui n'a érigé les plus grands crimes en vertus, et par un nouveau genre d'idolâtrie, fait servir Jésus-Christ luimême à la vanité d'un homme mortel?
Oh ! que saint Paul eût prêché d'une façon différente ! Devant Félix, devant Drusille, il aurait dit que « les impurs n'hériteront point le règne des cieux '. » Au milieu d'un peuple idolâtre, il eût dépeint, avec de vives couleurs, l'innocence opprimée, la foi des édils gémissante, le Rhin débordé de sang, le Palatinat fumant encore et enseveli dans sa propre cendre. Je m'arrête, et nous le répétons encore : respectons la grandeur sacrée des rois, et déplorons leur grandeur, qui les livre au poison dangereux de l'adulation et de la flatterie.
C'est ce qui donne lieu à une réflexion importante. Elle roule sur la nécessité qui engage les souverains à
' 1, r.or. VI. lu.