VI NOTICE
préféra l'exil à l'apostasie et se retira à Genève, emmenant avec lui son fils Jacques, à peine âgé de neuf ans. Le jeune exilé fit des études brillantes dans la ville de Calvin ; mais il les interrompit bientôt pour s'illustrer dans les armes. Les persécutions que les protestants enduraient en France avaient soulevé de bonne heure l'indignation de cette âme ardente, et, chaque jour, les récits des réfugiés échappés avec peine à leurs bourreaux venaient raviver ces souvenirs douloureux de sa première enfance. A peine âgé de quinze ans, il entra comme simple volontaire dans le régiment formé par le marquis de Ruvigny, créé lord Galloway par Guillaume IIL Ce régiment, composé en grande partie de protestants fugitifs', avait été levé pour le service de Victor-Amédée , duc de Savoie, alors engagé dans la coalition européenne contre Louis XIV. Saurin se signala dans cette rude guerre, qui avait pour théâtre les montagnes du Piémont, par la patience avec laquelle il supporta les privations et les fatigues, et par la bravoure brillante qu'il déploya sur les champs de bataille. Une adion d'éclat lui valut une récompense làéritée : il fut nommé enseigne et reçut un drapeau. Mais le jeune combattant, qui allait être un jour le modèle des vertus chrétiennes et l'éloquent défenseur de la foi calviniste, île fut pas toujours fidèle, au milieu de la licence des camps, à ces principes de morale irréprochable, à ces mœurs rigides et puritaines qui se Irans^ mettaient alors héréditairement dans les familles pro* testantes. Lorsqu'en 1696» Victor-Amédée, vaincu par Catinat et mal secondé par ses alliés, conclut la paix
SUR JACQVBS SAURIN. V|I
UTec la France, Saurin vint reprendre à Genève ses élodes, dont il avait été distrait pendant quatre ans. Il suivit les cours de théologie et de philosophie de Trouchin, de Pictet, de Léger et du célèbre Alphonse Turetr tini. Mais ses maiti^es ne reconnurent plus en lui leur ancien disciple, et plus d'une fois ils furent obligés de lui adresser de sévères censures. Un jour, emporté par la fougue du raisonnement appliqué aux choses saintes^ il exposa avec feu ses doutes religieux. Le professeur récouta silencieusement, puis, se levant, il se contenta de lui dire avec une certaine émotion : < Jeune honune, va comme ton cœur te mène, mais souviens-toi que, pour toutes ces choses, Dieu t'amènera en jugement. » 11 avait frappé ^uste. Saurin se retira triste et pensif. Le repentir le transforma. 11 abandonna les liaisons qui avaient failli le perdre, et se livra tout entier à l'étude. Ses succès effacèrent le souvenir de ses erreurs. Bientôt bn ne s'entretint à Genève que de son talent oratoire. Le temple de l'Auditoire ne suffisait plus à la foule qui accourait pour l'entendre. 11 fallut un jour ouvrir la cathédrale aux innombrables fidèles qui se pressaient à ses discours. A peine consacré au ministèt^, il fut appelé en Angleterre en 1701 , et nommé ministre de l'Église française de Londres, où le célèbre prédicateur Tillotson, qu'il choisit pour modèle, donna le dernier degré de p^ection à son admirable talent. Il se maria dans cette capitale, mais Tiiisalubrité du climat et l'affaiblissement de sa santé ne lui permirent pas d'y faire un long fiéjour. Au bout de quatre ans , il donna sa démission et revint en Hollande, où il avait déjà fait un premier