‹ Sermons de Bossuet (volume 2)Chapitre 11 sur 76 · SLR LA VIGILANCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SLR LA VIGILANCE CHRÉTIENNE

Ilora est jam nos de somno surgere ; nunc enim propior est nostra salus, quam cum credidimus.

L'heure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement ; i>uisque nous sommes plus proches de notre salut^ que lorsque nous avons reçu la foi. Rom. xiii, 1 1 .

Suivre en chaque temps de l'année les dispositions que l'Église marque à ses enfants dans les épîtres et les évangiles.

Dans l'Avent, se préparer à l'avènement de Jésus-Christ : 11 est déjà venu comme sauveur, il faut l'attendre comme juge.

Propior est nostra salits ; « Notre salut est plus près ; » donc notre damnation. « Comment pourrons-nous l'éviter, a si nous négligeons l'Évangile du véritable salut? » Quomodo nos effugiemus, si tantam neglcj-crinuts solutnn ? Quam cum credidimus * : [Notre salut est plus près] que lorsque

Ilebr. II, 3.

SUR LA VIGILAiNCE CHRÉTIENNE. 1 i9

nous avons commencé à croire, à nous donner à Dieu à nous convertir. '

Ce qui nous a fait résoudre, c'est qu'on nous a fait entendre 1 : Hora est: « L'heure est venue. » A présent le jugement est encore plus près : donc à plus forte raison [c'est encore plus l'heure] : Hora est.

Bora est; h toutes les heures; demain encore plus qu'hier etc., parce que l'heure approche toujours, et que le temps presse davantage.

Bora est... nos de somno surgere : « L'heure est venue de « nous réveiller de notre assoupissement. » Le sommeil des pécheurs, le sommeil des justes.

Les pécheurs dans l'oubli des jugements de Dieu Ils s'imagment que Dieu dort, parce qu'ils dorment euxmêmes : nous jugeons des autres par nous-mêmes. Le paresseux, qui laisse aller les choses, ne s'imagine jamais l'activité de ceux qui sont contraires à ses prétentions Pendant qu'il dort, il croit que tout dort; et il n'est éveillé que par le coup. Ne croyons pas néanmoins que Dieu soit comme nous; ne jugeons pas de lui par nous-mêmes. Vigilabo super eos in malum 2 : « Je veillerai sur eux pour leur « malheur. » Emgilavit adversum te ^ : u 11 s'est réveillé « pour s'élever contre vous. »

Le breuvage d'assoupissement.

Le sommeil des justes. Ils s'endorment dans la vue des bonnes œuvres qu'ils ont faites : dans la vue du calme, ils lâchent la main, ils abandonnent le gouvernail ; ils perdent l'attention à eux-mêmes et à la prière : ils s'appuient sur leurs forces : ils périssent.

Le Deutéronome [nous inculque fortement] l'attention que Dieu oblige d'avoir à sa loi : « Écoutez, ô Israël : Le

' s. Chrysost. hic.

- Jerew. XLiv, 27.

3 Ezedi. VII, (i.

loO SUR LA VIGILANCE CHRETIENNE.

(( Seigneur votre Dieu est le Dieu unique : aimez donc le (( Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre « âme, et de tout votre pouvoir ; et que toutes les lois que {( je vous prescris aujourd'hui demeurent gravées dans u votre cœur. Vous les apprendrez à vos enfants, et vous « vous en entretiendrez, soit que vous demeuriez dans vos « maisons, ou que vous marchiez en voyage, soit que vous «. soyez couchés ou levés. Vous les lierez à votre main (( comme le signe de votre engagement ; et vous les pla- (( cerez sur votre front pour les avoir entre vos yeux. Vous « les écrirez aussi à l'entrée de vos maisons, et sur les jam- (( bages de vos portes K » [Or cette attention ici prescrite doit être] plus grande dans la loi nouvelle, parce que nous sommes chargés d'une obligation plus précise d'aimer; non chargés, car ce n'est pas une charge, mais l'allégement de tous les fardeaux.

Ce n'est pas assez d'être attentif dans le mal pour en sortir, dans le péril et la tentation pour la combattre : Vigilate et orate, ne intretis in tentationem 2 : a Veillez et priez, ({ afin que vous n'entriez point en tentation. » Faute de cette attention l'âme périt ; elle est à l'abandon.

On ne conçoit pas assez quel crime c'est que cette omission et ce défaut d'attention. [Le prophète Isaïe nous en représente toutes les funestes suites par ces paroles remarquables] : Cithara, et hjra, et tympanum, et tibia, et vinum in conviviis vestris : et opus Domini non respicitis, nec opéra manuum ejus consideratis. Propterea captivus ductus est popidus meus, quia non habuit scientiam... Propterea dilatavit infernus animam siiam et operuit os suum ahsque ullo termino: et descendent fortes ejus, et populus ejus, et sublimes gloriosique ejus ad eum^ : « Le luth et la harpe, les tambours

1 Dent. VI, G; xr, 18. Citations indiquées seulement dans le nianusciit. — 2 Matth. xvi, 41.

3 Is. V, 12, 13, l'i. Cité en marge du manuscrit.

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