SUR LA VIGILANCE CHRÉTIENNE
« et les flûtes se trouvent avec le vin dans vos festins : vous «n'êtes point attentifs à l'œuvre du Seigneur; vous ne « considérez point les ouvrages de ses mains. C'est pour « cela que mon peuple sera emmené captif, parce qu'il n'a « point eu l'intelligence... C'est pour cela que l'enfer a « étendu ses entrailles et qu'il a ouvert sa gueule jusqu'à « l'infini : et tout ce qu'il y a de puissant, d'illustre et de (( glorieux dans Israël avec tout le peuple y descendra en . « foule. »
Une place confiée [à des suldats qui ne veillent pas est toujours en péril]: la négligence [du commandant la laisse] sans garde : elle est livrée aux ennemis en tant qu'en lui. Les trésors sont déjà pillés : les hommes ne jugent que par les événements malheureux.
Ceux qui ont en garde votre vaisselle, vos pierreries, vos trésors; s'ils négligent de les garder, les perdent en tant qu'en eux est, encore que le voleur ne vienne pas. On ne les châtie pas néanmoins toujours, parce que l'on n'aperçoit la faute de cette négligence que quand le malheur est arrivé. Alors on crie, alors on s'échauffe : la faute n'est pas qu'on ait pris, mais qu'on a laissé aller à l'abandon : si on ne l'a fait plus tôt, c'a été bonheur et non conduite. Les hommes punissent les fautes selon qu'ils les connaissent, et Dieu de même. Il impute donc la négligence d une âme qui se met à l'abandon, comme une perte déjà arrivée, parce qu'il connaît le mal de la négligence.
[Mais qui peut nous tirer du sommeil de cette négligence, si ce n'est la main de celui qui nous sauve?] a Supposez « un homme, dit saint Augustin i, qui d'abord ne cherche « rien, qui vit selon le vieil homme, avec une sécurité sé- {( duisante ; qui s'imagine qu'après cette vie qui doit finir « un jour, il n'y a plus rien à attendre pour lui : en un
1 In Ps. CM, no 4, t. iv, col. 120G. Cité en marge du manuscrit.
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{( mot représentez-vous un homme qui néglige et aban- (( donne entièrement les intérêts de son salut, dont le (( cœur est abîmé dans les plaisirs du monde, et comme « enseveli dans les délectations mortelles. Afm qu'un tel (( homme soit excité à implorer la grâce de Dieu, pour (( qu'il commence à devenir soigneux, et qu'il s'éveille (( comme d'un sommeil, ne faut-il pas que la main de « Dieu le remue? Mais cependant il ignore encore par qui (( il a été éveillé : » Fac enim hominem primo nihil quœrentem, secundum vitam v^erem seductoria securitata viventem, nihil putantem aliud esse post hanc vitam quandoque fmiendam, negligentem quemdam et socordem, obriitum cor habentem illecebris mimdi, et mortiferis delectationibus consopitum : ut excitetur iste ad quœrendam gratiam Dei, ut fiât sollicitus, et tanquam de somno evigilet, nonne manus Dei excitât eum ? Sed tamcn a quo sit excitatus ignorât,
Vigilate, uttendite^: « Veillez, prenez garde à vous. » Faire garde comme dans une place de guerre : garder les sens : « N'en pas laisser les portes sans une bonne sen- (( tinelle 2. » Prendre garde à ce qui entre dans la place. Un espion avec une mine innocente, il gagne tantôt l'un, tantôt l'autre; [et la] défection devient générale. Les grandes passions ont commencé par des désirs qui paraissaient innocents ^.
Il faut savoir qui entre et qui sort ; d'où viennent ceux qui entrent, et où ils vont ; avec qui ils conversent, et ce qu'ils pratiquent : ainsi des désirs : donc attention continuelle. Ocidus meus deprœdatus est animaiu meam ^ : u J'ai « livré mon âme en proie à mes yeux. »
» Marc. Mil, 33.
a'A^po'jpr.Tcov Oup(ov. Bossuet a iii?erë dans son manuscrit ces mots grecs tirés de saint Clénjenl d'Alexandrie. [Etif de Dérori^.) » S. Gt'€0,or. Ny^s. in Kcdesiast. Uom. viii, t. i, p. 400, 'ifil. '■* Lam. III, 51 .