SUR LE MÊME SUJET
Les prophètes étaient vaincus par notre malice ; les docteurs ne profitaient pas ; la loi était faible et parlait vainement ; les anges mêmes et les archanges travaillaient inutilement au salut des hommes, dont la volonté ne suivait pas le bien où elle était excitée. Le Créateur est venu lui-même, non avec éclat ni avec un appareil superbe, de peur d'alarmer son serviteur fugitif et égaré de ses lois (cpuyàSa rwv voy.oiv). Il ne veut pas effrayer sa proie, la proie qu'il voulait prendre pour son salut. S'il était venu noblement, le monde eût attribué son changement à sa dignité, à sa puissance, à ses l'ichesses, à son éloquence, à sa doctrine. Tout est humble, tout est pauvre, tout est obscur, méprisable ; afin qu'il paraisse que la seule Divinité avait transformé le monde : une mère pauvre, une patrie encore plus pauvre ; dans une crèche, pour se montrer la pâture même des animaux irraisonnables : car les Juifs étaient plus brutaux que les brutes mômes. Étant riche, s'est fait pauvre. Condescendance.
Une vertu céleste prit la forme d'une étoile, pour con-
> Bossuet cite en tête de ces pensées Thomélie de Théodote d'Ancyre, sur la naissance du Sauveur, qui fut lue dans le concile d'Éplièse': il renvoie plus bas à deux autres homélies du même auteur ; et par la comparaison que nous avons faite, nous nous sommes convaincu que le fond de ces pensées est tiré des trois homélies de Théodote. On les trouve au tome III des Conciles du père Labbe, col. 988 et suiv [Édit. de Déforis.)
380 SUR LA NATIVITE
(luire les Clialdéens par une nature qui leur fût connue et familière. Le même qui a attiré les Mages fait la solennité présente, non couché dans la crèche, mais posé sur cette table sacrée. La crèche a enfanté cette table : il a été posé en celle-là, afin qu'il pût être mangé en celle-ci. Cette crèche a représenté cette table magnifique. Cette Vierge a produit ce nombre innombrable de vierges. La pauvreté de Bethléem a bâti ces temples magnifiques. Ces pauvres langes ont produit la rémission des péchés. A'oyez ce qu'a produit la pauvreté; combien elle a engendré de richesses. Pourquoi avez-vous honte de sa pauvreté, qui a produit tant de biens inestimables? Pourquoi lui ôtez-vous ses plaies, qui ont fait la guérison des nôtres ?
Nos membres {membra virginis), qu'il a pris, n'ont rien de honteux, puisque Dieu les a formés ; mais c'est nous qui avons fait outrage à notre nature, en la livrant à nos convoitises. 11 n'a pas méprisé notre nature, quoique nous l'ayons outragée nous-mêmes.
Dieu accoutumé de paraître aux hommes sous des formes sensibles. Le feu qui ne brûle point. Le juge parmi les criminels, qui ne condamne personne : juge parmi les condamnés qui n'envoie personne au supplice : juge qui ne juge pas, mais qui enseigne; qui ne condamne pas, mais qui guérit. La clémence de ce feu mystique qui pardonne au buisson, figure de la clémence de Jésus- Christ. Il éclaire, et ne consume pas ; il brille, et ne brûle pas ; il fait du bien, bien loin de blesser et de nuire. Dieu ne trouve rien de honteux de ce qui peut donner le salut aux hommes.
La pensée devient intelligible parla parole, palpable par l'écriture: ainsi le Verbe. Votre pensée [Xo'yoç] est votre enfant en quelque sorte ; vous l'enfantez une seconde fois, quand vous la rendez sensible : ainsi le Père. La parole
que je prononce en moi se répand sur tous : propre à un chacun comme à tous.
Dieu habite dans l'homme plus noble que tout le reste, que le soleil, etc., parce qu'il est libre, maître de soimême.
Comme celui qui déchire le papier où est écrite la loi du prince, viole sa parole, qui, inviolable par elle-même, est violée et comme déchirée dans le corps dont elle s'est revêtue : ainsi le Verbe de Dieu;
Il est venu à son serviteur, non avec la majesté d'un maître; car il aurait étonné son fugitif; l'attirant par son humilité à la familiarité, à la liberté, en se faisant conserviteur, afin que nous devinssions maîtres.
Le Verbe s'est approprié un corps, se l'est rendu propre, et en ce corps toutes les passions de ce corps : il se les est donc appropriées. Il ne faut point dire que Dieu habite en Christ, comme dans une autre personne ; ni que Christ est adoré, parce qu'il est uni au Verbe ; ni qu'il est adoré avec lui, parce que c'est la même adoration. Il ne faut point séparer par la pensée ni par l'inteUigence le Verbe et le Christ, en les unissant seulement de parole, comme faisait Nestorius.Mais toutes les fois que nous nommons le Verbe, nous devons entendre que l'homme est aussi compris sous ce nom : ainsi quand nous nommons Jésus, nous y comprenons le Verbe. C'est ce qui est expliqué passim, mais très-bien, dans l'homélie de Theodotus.
Panmlus natus est, datus est, Admirabilis i : « Un petit enfant nous est né, un fils nous est donné, il s'appelle l'Admirable : )) qui détruit le royaume où il est né, qui s'en fait un nouveau, de ses ennemis et de ceux qui ne le connaissaient pas, par la croix; subjuguant par amour : Deducet te mirahiliter dextera tua ~ : o Votre droite vous fera faire
^ fs. IX, 6.
* Ps. XLIV, C.
«desprogrès miraculeux et étonnants. » C onsiliarius : Conseiller, qui (( renverse tous les raisonnements humains, et (( tout ce qui s'élève avec hauteur contre la science de « Dieu : » Consilia dest mentes ; et omnem altitudinem extoUentem se adversus scientiam Dei^. Deus fortis : « Dieu fort, » qui soutient nos faiblesses par les siennes; car ce qui paraît en Dieu faiblesse est « plus fort que la force de tous (( les hommes : )> Quod infrmum est Dei, fortius est hominibus '2. Pater futuri sœculi : « le Père du siècle futur : » tout réservé au temps à venir : rien au présent. Prînceps pacis : u Le prince de la paix. )> Pacem relinquo ^ : ((Je (( vous laisse la paix : n Fax huic domui : (( Que la paix soit (( dans cette maison : » Revertetur ad vos ^ : (( Votre paix (( reviendra à vous: » Pacem ei qui longe est, et qui prope ~^: « La paix à ceux qui sont éloignés comme à ceux qui se (( trouvent proche : » (( La paix qui surpasse toutes pen- <i sées, qui garde les (( cœurs et les esprits en Jésus- <i Christ : » Pax Dei quœ exsuperat omnem sensum^cuslodiat corda vestra et inteliigenfias in Christo Jesu ^.
La chair a été ennoblie, et non la divinité dégradée. Dieu relève ce qu'il prend, et ne perd pas ce qu'il communique.
Le grand pape saint Léon ^ nous enseigne que les œuvres qu'un Dieu Sauveur a accomplies pour notre salut, ne sont pas seulement des grâces, mais des secours; que tout ce qui nous rachète, nous parle ; enfin, que tous les mystères sont des exemples : si bien que le chrétien doit imiter tout ce qu'il croit.
• II. Cor. X, 4, 5.
•^ 1. Cor. I, 25.
3 Joan. \\\, 27.
'* Matl/i. X, 12, I j.
^ Is. LVU, 19.
^ P h lit pp. IV, 7.
"' Serm. xxiv, vi Nativit. Dom. t. i, p. ICO.
Apparuit gratia Dei : « La grâce de Dieu nous a paru. )) Dans tous les mystères que Dieu accomplit pour notre salut, il y a toujours trois choses à considérer. Tous les mystères contentent nos désirs par quelque don, dirigent nos mœurs par quelque exemple, excitent notre espérance par quelque promesse (car tout ce qui s'accomplit dans le temps, a son rapport à la vie future). Si bien qu'il faut toujours y considérer la grâce qu'ils nous apportent, les instructions qu'ils nous donnent, la gloire qu'ils nous proposent. L'Apôtre n'a rien omis, et conduit successivement les fidèles par tous ces degrés. Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus /wminibus ^ : a La grâce de Dieu (( notre Sauveur a paru à tous les hommes : » là il nous propose la grâce que Jésus naissant nous apporte. Erudiens nos 2 : (( Elle nous a appris : » là il nous découvre les vertus que Jésus naissant nous enseigne. Expcctantes beatam spem 3; « étant toujours dans l'attente de la béatitude « que nous espérons : » là il nous fait voir le grand et admirable spectacle que Jésus naissant nous fait attendre.
Après avoir expliqué ce pieusement... Que si le monde nous appelle à ses spectacles, nous attendons un autre spectacle, Jésus-Christ nous fait attendre un retour. Il est venu pour semer, il viendra pour recueillir ; [il est venu] pour confier le talent, [il viendra] pour en exiger le profit ; [il est venu] pour détruire la fausse gloire, [il viendra] pour établir la véritable.
Nostrœ cœnœ, nostrœ nuptiœ nundum sunt^ : « Nos jeux, (( nos fêtes, nos banquets ne sont pas encore prêts. » Laissez-moi achever le temps de mon deuil. La vie chrétienne,
1 Tit. H, 1 1.
2 Ibid. 12.
"Ibid. II, 13.
* le.rtuU. de Spectac, n» 28.
la vie pénitente [est un] deuil spirituel : [nous sommes] consacrés à la mort par le saint baptême. [Le pécheur] déplore la mort, non de son époux ni de son père, mais de son âme, la perte de son innocence. État de l'Église, est un état de viduité et de désolation : [elle a] perdu en son époux plus de la moitié d'elle-même.
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