‹ Sermons de Bossuet (volume 2)Chapitre 36 sur 76 · SUR LA SAINTE ENFANCE · texte numérisé non relu

SUR LA SAINTE ENFANCE

que nous apprenions tous ensemble, et à recevoir ses lumières quand il se découvre, et à révérer ses ténèbres quand il se cache, et à nous unir à ses souffrances. Il se cache, aimons son obscurité; il se montre, suivons ses lumières; il souffre, unissons-nous à ses peines.

Jésus ne doit pas dégénérer de sa haute et admirable bassesse. S'il [y a] de la honte [de ce] qu'il se cache, [il y en a] bien plus de ce qu'il se découvre; [c'est pour se manifester à] de pauvres bergers : c'est à eux auxquels il envoie ses anges. Mon Sauveur, cachez-vous plutôt. Orgueil humain; on veut se faire connaître des grands, et on aime mieux la retraite et l'obscurité tout entière [que de n'être connu que des petits]. Mais mon Sauveur veut porter toute cette honte, et celle d'être caché, et celle d'être découvert seulement aux pauvres et aux méprisables du monde. Il ne faut pas s'étonner si celui qui est innocent s'attache premièrement où il trouve le moins de corruption, et où la nature est moins gâtée, [et tel est l'état des pauvres]. Leur condition met plus à couvert des égarements de la présomption, des folies et des extravagances de la vanité : il n'y trouve pas ce faste affecté, cet air superbe et dédaigneux ; mais s'il reste quelque trace de la justice et de l'innocence, c'est là ce qu'il cherche, [c'est parmi eux qu'elle se conserve]. N'importe qu'ils soient occupés à garder les bêtes : il y a plus d'innocence dans ces emplois bas que dans ceux que le monde admire ; plus de dépravation dans les affaires humaines, plus de malignité à conduire et à gouverner les hommes. Les animaux marchent d'une voie droite, les hommes se sont dévoyés. [On entrevoit] je ne sais quoi de plus innocent dans les créatures qui sont demeurées dans la pureté de leur être, sans avoir en rien altéré l'ouvrage du Créateur. Ce sont des esprits grossiers, mais ils ne se dissipent pas dans de vaines subtilités ; mais ils ne s'égarent pas dans des présomptions

extravagantes. Mais Dieu ne cherche pas dans l'esprit des hommes, la vivacité, la pénétration, la subtilité; mais la seule docilité et humilité pour se laisser enseigner de lui. Qu*il ne soit pas capable d'entendre, c'est assez qu'il le soit de croire. Rien n'est plus insupportable au cœur de Dieu, que des hommes qui s'imaginent, ou pénétrer ses mystères par leur subtilité, ou mesurer ses grandeurs par leurs pensées, ou attirer ses bienfaits par leurs seuls mérites, ou avancer ses ouvrages par leur industrie, ou lui être nécessaires par leur puissance. C'est pourquoi a Dieu a (( choisi peu de sages selon la chair, peu de puissants et 0 peu de nobles : » Non multi sapientes secundum carnem, non tnultipo tentes^ non multi nobiles ^ Il en vient néanmoins de ces sages, les Mages ; mais après l'étoile, mais toujours prêts à retourner par une autre voie : de ces riches et de ces puissants ; Topinion publique les a couronnés. Trois conditions : offrir son or à Jésus, ses richesses à ses membres : son encens, lui rendre hommage de sa grandeur : sa myrrhe, lui présenter au milieu des pompes du monde le souvenir de sa mort, la mémoire de sa sépulture : grand et agréable sacrifice de la main des grands!

Que nous sacrifions volontiers à Dieu des plaisirs médiocres! que nous mettons volontiers au pied de la croix des contradictions légères et des injures de néant! que nous sommes patients et humbles, lorsqu'il ne faut que donner à Dieu des choses qui ne coûtent rien à la nature ! Choisissez- moi toute autre croix: je veux bien souffrir; mais non pas cela : mais toujours celle qui arrive, c'est celle que nous refusons. Nous voulons bien des croix, pourvu qu'elles ne soient pas croix, des peines qui- ne soient pas peines, et des contradictions, pourvu que notre humeur n'en soit pas choquée. N'est-ce pas au médecin à nous mêler la médecine, à mesurer la dose?

' I. Cor. I, 2G.

PREMIER SERMOX

rOUR LA

FÊTE DE LA CIRCONCISION

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