SUR LA SAINTE ENFANCE
mélange de choses si sagement rassemblées, sinon de se laisser jeter insensiblement avec Joseph et Marie dans cette sainte admiration que je hs dans mon Évangile? Erant pater ejus et mater mirantes : « Son père et sa mère étaient étonnés. » Je ne puis vous dire, mes sœurs, combien de grâces étaient renfermées dans cet étonnement sacré ; un recueillement très-profond, une secrète attention à ce qui se passe, une attente respectueuse de je ne sais quoi de grand et de relevé qui se prépare, une dépendance absolue des desseins cachés de Dieu, un abandon aveugle à sa grande et occulte providence. Voilà les saintes dispositions, ou plutôt voilà les grandes vertus qui sont renfermées dans cette admiration de la sainte Vierge : Erant mirantes ; ^lyQ^'^evQ que nous entrerons dans ces mêmes sentiments par son entremise, que nous lui allons demander avec les paroles de l'ange. Ave.
(( Qui est celui, dit le Sage, qui a mesuré les hauteurs c( du ciel et les profondeurs de l'abîme ^ ? » c'est-à-dire : Qui est celui qui a pu comprendre, et les grandeurs infinies d'un Dieu considéré en lui-même, et les profondes bassesses d'un Dieu anéanti pour l'amour de nous? L^in et l'autre secret est impénétrable à la créature ; et comme elle s'y perd en les contemplant, il ne lui reste qu'à les adorer avec un étonnement religieux. Aussi voyons-nous, dans les saintes lettres, que les anges, qui voient face à face la gloire et la majesté d'un Dieu régnant, sont contraints de baisser la vue et de se cacher devant lui comme étonnés de sa grandeur ; et les hommes qui sont appliqués par un ordre particulier à contempler les profondeurs d'un Dieu abaissé, ne pouvant trouver le fond d'un si grand abîme, sont jetés dans un pareil étonnement, ainsi que nous le lisons dansnotre Évangile : Erant pater ejus et mater mirantes : « Son père et sa mère étaient étonnés. »
» Eccl. I, 2.
J'ai déjà remarqué, mes sœurs, que cet étonnement religieux est le véritable sentiment de l'âme par lequel nous devons honorer les profondes et inconcevables conduites de Dieu dans l'enfance de son Fils ; et, pour entrer comme nous devons dans cette sainte disposition, considérons attentivement toutes les circonstances particulières de l'histoire de ce Dieu enfant. Ainsi mon dessein n'est pas aujourd'hui de vous parler simplement de la naissance de notre Sauveur, mais de vous représenter comme en raccourci tous les mystères de sa sainte enfance, auxquels ce temps est consacré, avec leurs secrets rapports à l'œuvre de la rédemption de notre nature; afin que, contemplant d'une même vue, autant que le Saint-Esprit nous l'a révélé, tout l'ordre et l'enchaînement des desseins de Dieu sur cet enfant, nous nous perdions dans l'admiration de ses conseils et de sa sagesse : Erant mirantes. Voilà, mes très-chères sœurs, le dessein que je me propose; mais, de peur que nos esprits ne s'égarent, je réduirai à trois points cette pieuse méditation de l'enfance du Sauveur des âmes. Cet enfant a été découvert au monde; il a été caché au monde ; il a été persécuté par le monde. 11 a été découvert; et les pasteurs, et les Mages, et le vénérable vieillard Siméon, et Anne, cette sainte veuve, en sont des témoins fidèles. Ensuite il a été caché; et sa fuite précipitée en Egypte, et la retraite obscure de Nazareth en sont une preuve suffisante. Tl a été persécuté ; et la cruelle jalousie d'Hérode, et le meurtre des saints Innocents le font bien connaître. Tels sont les trois sujets d'admiration que j'ai à vous proposer en Jésus enfant. Les voies nouvelles et imprévues par lesquelles Dieu le manifeste, les ténèbres profondes et impénétrables dans lesquelles Dieu le retire et le cache; les persécutions inopinées par lesquelles Dieu l'exerce; et par lui sa sainte famille : ce sont les trois vérités que je veux considérer avec vous, mes sœurs, afin