CINQUIÈME SERMON
POUR LA
FETE DE LA CIRCONCISION '
Vocabis nomen ejusJesum: ipse enim salvuçi faciet populum suum a peccatis eorum.
Vous donnerez à l'en font le nom de Jésus, c'est-à-dire celui de Sauveur; car c'est lui gui sauvera le peuple de ses péchés. Mat th. i, 21.
Un nom donné par l'ordre de Dieu doit aussi être expliqué par le même ordre; jamais nous ne serons capables d'entendre les mystères admirables du nom de Jésus, si le Saint-Esprit ne nous les découvre. Il le fait aussi, chrétiens ; et il nous apprend dans mon texte que la raison précise et essentielle pour laquelle ce divin nom est dû par excellence au Fils de Marie, c'est qu'il est envoyé pour sauver son
1 Prêché probablement en 1GG9, selon M. Lâchât
2 Ici encore les premiers éditeurs avaient pris de trop grandes libertés vis-à-vis du texte de Bossuet. <c Ils avaient supprimé l'exorde, dit M. Lâchât, fait du premier point un morceau détaché, mêlé le troisième point avec le même point du sermon précédent et mis bout à bout les deux péroraisons, auxquelles Déforis avait joint une autre péroraison qu'on trouvera plus loin et l'allocution au prince de Coudé. » Les éditeurs de Versailles avaient déjà mis à part la troisième péroraison qu'ils faisaient suivre de l'allocution au prince de Condé. Mais c'est M. Lâchât qui remit toutes les diverses parties dans leur ordre, et rendit aux deux sermons leur intégrité.
peuple de la tyrannie du péché. De même que s'il disait : 11 y a plusieurs Jésus et plusieurs Sauveurs. Les uns ont mérité ce beau litre pour avoir délivré les peuples d'une longue captivité, les autres pour les avoir sauvés ou des périls de la guerre ou des horreurs de la lamine. Celui-ci est Sauveur par un autre' titre; son caractère particulier, c'est qu'il nous sauve de tous nos péchés ; et c'est pour cela que nous délivrant du plus grand de tous les malheurs, il mérite d'être nommé et le Sauveur véritable, et Tunique libérateur, et le Jésus par excellence : l[jse enim salvum faciet popuium sinnn a peccatis eorvm *. Ainsi toute la grandeur du nom de Jésus, c'est de nous désigner personnellement celui qui est envoyé de Dieu pour ôter les péchés du monde, et c'est aussi cette délivrance que j'ai dessein de vous faire entendre pour célébrer dignement la gloire d'un nomsi auguste.
Or, messieurs, j'ai appris de saint Augustin que cette grâce de délivrance de tous nos péchés a trois parties princip;iles et essentielles. Jésus, dit-il, est l'Agneau de Dieu, et il ôte les péchés du monde en trois façons ditférentes, {( et parce qu'il remet ceux qu'on a commis, et parce qu'il (( nous aide pour n'en plus commettre, et parce que par {( plusieurs périls et par plusieurs exercices il nous mène (( enfin à la vie où nous ne pouvons plus en commettre (( aucun : » Et dùnittcndo gvœ facta sunt, et odjuvando ne fiant, et perducendo ad vitam uhi fieri omnino non possint ^ . Et en effet, chrétiens, si nous méditons attentivement comment le péché nous tient captifs, il nous sera aisé de connaître que cette misérable servitude consiste en trois choses. Lorsque nous l'avons commis, il a sa tache inhérente en nous et sa coulpc qui nous infecte. Et quand
\]:(it/h 1, 21.
' V(er.imiei /.Co7it. Julian. lib. ii, ii' Si.
DE NOTRE-SEIGiNEUR. 497
elle est effacée, il a encore ses appas trompeurs et ses tentations qui nous attirent. Et dans la plus grande rigueur de la résistance, Yoire même dans le sanctuaire et dans l'honneur du triomphe, encore que nous vivions sans péché, nous ne vivons pas sans péril, ayant toujours en nous-mêmes non-seulement la liberté malheureuse, mais encore la facilité tout entière, et certainement très-enticre, do céder à cet ennemi. Ainsi ce divin Jésus, pour être notre Jésus et nous sauver du péché dans toute son étendue, doit nous délivrer par sa grâce, premièrement de la coulpe, secondeuient de l'^attrait, troisièmement du péril. C'est ce qu'il fait, chrétiens; et il efface la coulpe par la grâce de la rémission, il nous sauve de l'attrait du crime par la grâce de son soutien, il nous tire de tout péril en nous conduisant à la vie heureuse où nous n'avons plus à craindre aucune faiblesse. C'est pourquoi le même saint Augustin rapporte toujours à ces trois effets les trois opérations de la grâce qui nous sauve de la tyrannie du péché ; et il dit que la coulpe en est effacée par la grâce qui nous régénère, que l'attrait et sa puissance est bridée par la grâce qui nous assiste, enfin qu'il est guéri sans retour et déraciné tout à fait par la grâce qui nous récompense K Yoilà, messieurs, les trois grâces par lesquelles le Fils de Dieu nous délivre de nos péchés et se montre notre Sauveur : par la première il nous justifie, par la seconde il nous exerce, par la troisième il nous couronne. En ces trois grâces est renfermé tout le salut que nous espérons en Notre-Seigneur. Voyons donc aujourd'hui, messieurs, combien chacun de ces trois bienfaits nous rend redevables au Sauveur des âmes, et célébrons- les par ordre dans les trois points de ce discours.
1 Noteuiarg, : Dei yratia régénérante impetrandum^ Dei grntiajuvanie fremandum, Dei gratia rémunérante sanandum. (Lib. ii, Cont. Juliftn. cap. iv.)
PREMIER POINT
Quand nous considérons la première idée que jette dans nos esprits le nom de Sauveur, rien ne nous paraît ni plus beau, ni plus grand, ni plus désirable. Ce nom met tous les hommes aux pieds de Jésus, lui donne autant de sujets et de créatures nouvelles qu'il délivre de captifs et qu'il affranchit d'esclaves, les attache à sa personne sacrée par les plus aimables de tous les liens, c'est-à-dire par les bienfaits, le fait les délices du. genre humain et l'objet éternel de notre amour K Mais certes quand on regarde à quoi engage ce nom, on est saisi de frayeur et on trouve qu'il y a de quoi frémir. Car la rémission de nos péchés ne nous a pas été accordée par une simple abolition, mais par une satisfaction actuelle. Vous savez que la justice divine a voulu être payée; et comme les pécheurs devaient à Dieu tout leur sang, lorsque Jésus a entrepris de les sauver il a obligé tout le sien, et il ne peut plus s'en réserver une seule goutte ^
C'est pourquoi, dès le même jour qu'il reçoit le nom de Sauveur, il commence à verser du sang par cette doulou-
' Il naît comme un banni. Il va à la cité de David, à la source de «on extraction royale; mais les siens ne l'ont pas reçu. Une ttable Comparatus est juwentis. lls'égale aux animaux par la demeure parc'e que les hommes se sont ravilis jusqu'à leur condition par leurs brutales
convoitises Il ne se sauve point à main armée, il se sauve comme
un esclave par la fuite. (Cette note sert à ramener le discours à la fête de rsoél.)
2 ^'ot^ marg.: Voyez les sacrifices anciens; comme on prodigue le sang ! 11 faut que tout nage dans le sang, et les victimes, et l'autel et lesprôti-es, et les peuples, et le livre même; qu'on répande le sang comme 1 eau. Je ne m'étonne pas qu'on prodigue celui des animauxmais celui du Fils .ie Dieu ne doit-il pas être rpargné?... Après que toutes ses veines seront épuisées, s'il y a encore dans le fond du cœur quelque secret réservoir, on le percera par une lance, iiine sanguims etfusi07ie non fit rennsm. {Ikbv. ix, 12.)
reuse circoncision. Mais s'il faut qu'il en donne tant pour avoir seulement le nom, à quoi se doit-il attendre quand il en faudra opérer l'effet? Sans doute il faudra un déluge entier pour noyer les péchés du monde ; et nous ne devons regarder ce premier sang que verse la circoncision, que comme un léger commencement, comme un gage que Jésus-Christ donne à la justice divine qui l'oblige à la dette entière, enfin comme des prémices qui lui consacrent toute la masse et la lui dévouent. Ainsi la circoncision et la qualité de Sauveur nous mène à la croix : c'est là que la victime est immolée, c'est là que le sang se déborde par toutes les veines, c'est là que s'accomplit la rémission des péchés et l'expiation du monde. Écoutez ici les belles paroles du philosophe martyr, je veux dire de saint Justin * : « Un seul est frappé, dit-il, et tous sont guéris; le juste est déshonoré, et les criminels sont rétablis dans leur honneur. Cet innocent subit ce qu'il ne doit pas, et il acquitte tous les pécheurs de ce qu'ils doivent. Car qu'est-ce qui pouvait mieux couvrir nos péchés que sa justice? Comment pou- • vait être mieux expiée la rébellion des serviteurs que par l'obéissancejdu Fils? L'iniquité de plusieurs est cachée dans un seul juste, et la justice d'un seul fait que plusieurs sont justifiés. )) C'est ce que dit saint Justin, c'est ce qu'il a appris de l'Apôtre des Gentils. Yoilà, mes frères, ce grand conseil de sagesse de Dieu ; conseil profond, conseil inconnu aux plus hautes puissances du ciel, que le Père, dit ce saint martyr, n'avait communiqué qu'à son Fils; ajoutons, et à rEsprit éternel qui procède de l'un et de l'autre ; conseil qui s'est découvert dans les derniers temps et qui a fait dire à l'Apôtre que a la sagesse de Dieu a été manifestée <( par lÉglise aux célestes intehigences 2. » Qui, les anges
' Epist. ad Diogenet. 11° 9, p. 238.
- Ephes. III, 10.
sont étonnés de ce secret admirable, de cet échange incompréhensible, qui ait que Dieu en même temps se venge et s'apaise, exige et remet, punit nos péchés et les oubUe, frappe son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables, et pardonne aux hommes coupables pour l'amour de son Fils innocent. Mais nous que cette grâce regarde, nous ne devons pas seulement l'admirer avec les anges; plutôt nous devons penser à quoi elle nous oblige eiwev^ notre aimable Sauveur; et je vous prie, chrétiens, de vous y rendre attentifs.
Je ne puis mieux, ce me semble, vous représenter cette obligation que par l'exemple d'un criminel à qui le prince accorde sa grâce. Regardez, chrétiens, ce criminel qui, enfermé dans un cachot, n'attend plus que la dernière heure, qui ne sait s'il est vivant ou mourant, et » ne croit (( point à sa propre vie : » Non credes vitœ tiiœ S comme dit l'Écriture sainte. 11 est condamné, il est lié, il voit à ses côtés l'exécuteur armé du funeste tranchant qui doit dans - un moment abattre sa tête. Ou bien s'étant échappé, il se fie à peine à soi-même; fugitif, errant, vagabond, il croit que tout ce qui, luit le décèle que tout ce qui parle l'accuse, que tout ce qui remue machine sa perte. Au milieu de cet effroi et de ces alarmes, pendant qu'il fuit tout le monde et que tout le monde le fuit, qu'il ne sait où se retirer, parce qu'il enveloppe tous ceux qui le servent dans sa honte et dans ses malheurs; quand on lui apporte son abolition, il croit sortir du tombeau et recevoir une nouvelle naissance. Il considère le prince comme un second père qui lui rend la vie, la lumière, la société des hommes, en effaçant de dessus son frontla tache honteuse qui le condanmait à une éternelle inlamie. Il entre pour ainsi dire dans une nouvelle sujétion; il n'a plus rien à lui-même,
Dcuter. xxviii, CG.
DE iNÛTRK-SElGiSEUR. oOl
tout est au prince qui le sauve et qui le délivre. Tels, mes frères, devons-nous être en sortant du tribunal de la pénitence, après que les chefs de l'Église nous ont ouvert les prisons. Nous devons regarder le divin Jésus au nom duquel nous sommes absous, commecelui par qui seul nous vivons. C'est là qu'il faut éclater en actions] de grâces et dire avec le prophète Isaïe : « 0 cieux, louez Dieu avec nous; que les extrémités de la terre retentissent du bruit de nos louanges; que les montagnes tressaillent de joie; que les déserts, les bois, les rivages et enfin toute la nature se réjouisse, parce que le Seigneur nous a fait miséricorde : » Laudate, cœli, quoniam mùen'eordmm fecit Dominus ; jubilcde, extrema terrœ;resonafe, montes, laudationem, saltus etomne ligmim ejus, quoniam redemit Dominus Jacob, et Israël gloriabitur ^
Là nous devons commencer une vie nouvelle qui soit toute pour Jésus Christ ; et lui-même nous y excite par ces paroles touchantes du môme prophète : <( 0 Jacob, souvenez-vous de ces choses ; ô Israël, ô chr64.ien, ô homme nouveau, n'oubliez jamais mes bontés; vous êtes mon serviteur, et c'est moi qui vous ai formé de mes mains. Mais j'ai fait beaucoup davantage : C'est moi, dit ce grand Sauveur, qui ai effacé vos iniquités comme un nuage qui s'évanouit, et qui les ai dissipées comme une vapeur qui ne laisse plus dans l'air aucun vestige : retournez donc à moi, parce que je vous ai rachelé, dit le Sauveur 2. » Que si vous voulez savoir quelle doit être la mesure de l'amour qu'il attend de vous, connaissez-la par vos crimes. « Un homme avait deux créanciers, dont l'un lui devait cinq
1 7 va. XLiv, 23.
2 Note mm g. : Memenlo /torum, Jacob et Israël ^ quoniam servus meus es ta; formavi te, servus meus es tu; Israël, ne ohliviscaris mei, delevi ut nubem iniquitates tuas, et quasi nebulampeccata tua: reuertere ad me, quia redeuii te. (Isa. xliv, 21 et 22.)
cents deniers et l'antre en devait cinquante ; comme ils étaient tous deux insolvables, il leur quitta la dette entière. Lequel est-ce des deux qui l'aime le plus? Sans doute que c'est celui auquel il a remis davantage : allez et faites semblablement ^. » Où trouverez-vous assez d'amour pour le reconnaître ?
Mais surtout quelle serait votre ingratitude, si vous retombiez dans les mêmes crimes ! Je laisse les raisonnements recherchés; je veux vous représenter les obligations de cette amitié si saintement réconciliée. Souvenez-vous dans quels sentiments vous avez demandé pardon à votre Sauveur. Un pécheur pressé en sa conscience voit la main de Dieu armée contre lui, il voit l'enfer ouvert sous ses pieds pour l'engloutir dans ses abîmes : quel effroyable spectacle ! Dans la crainte qui le saisit, pressé de ce glaive vengeur tout prêt à frapper le dernier coup, il s'approche de ce trône de miséricorde, qui jamais n'est fermé à la pénitence. Ah ! il n'attend pas qu'on l'accuse, il se rend dénonciateur de ses propres crimes, et il sait bien qu'il faut avouer le crime quand on demande sa grâce. Il est prêt à passer condamnation pour prévenir l'arrêt de son juge : la justice divine se lève, il prend son parti contre lui-même, il confesse qu'il mérite d'être sa victime, et toutefois il demande grâce au nom du Sauveur. A ce nom qui calme les flots et les tempêtes, qui fait cesser les vents les plus orageux, qui apaise le ciel et la terre, on commence à l'écouter ; on lui propose la condition de corriger sa vie déréglée, de renoncer à ses amours criminels, à cet aveugle désir de plaire, à toutes ses intelligences avec l'ennemi. Il promet, il accorde tout: — Faites la loi, j'obéis. Tous l'avez fiiit, mes frères, souvenez-vous en ; ou jamais vous n'avez fait pénitence^ ou votre confession a été un sacrilège. Vous
' Luc. MI. il.
avez fait quelque chose de plus, vous avez donné Jésus- Christ pour caution de votre parole. Car étant le médiateur de la paix, il est aussi le dépositaire des paroles des deux parties : il est caution de celle de Dieu par laquelle il promet de vous pardonner, il est caution de la vôtre par laquelle vous promettez de corriger votre vie. Voilà le traité qui a été lait, et pour plus authentique conlirmation, vous avez pris à témoin son Corps et son Sang qui a scellé la réconcihation à la sainte table. Et après la grâce obtenue, vous cessez un acte si solennel ! Vous vous êtes repentis de vos péchés, vous vous repentez de votre pénitence. Vous aviez donné à Dieu des larmes et des regrets, gages précieux de votre foi ; vous les retirez de ses mains ; vous désavouez vos promesses, et Jésus-Christ qui en est garant, et son Corps et son Sang, mystère sacré et inviolable, lequel certes ne devait pas être employé en vain : qu'y aurait-il de plus outrageux et de plus indigne ? Après la grâce qui remet les crimes, soyons fidèles à user de celle qui nous aide à n'en plus commettre. C'est la seconde partie .
SECOND POINT
{Comme au sermon précédent.)
TROISIÈME POINT
C'est donc ici, chrétiens, la dernière grâce, l'assurance, le prix, la perfection et le comble de toutes les autres, d'être menés à la vie où nous serons impeccables, où nous jouirons éternellement avec les saints anges de cette heureuse nécessité de ne pouvoir plus être soumis au péché. C'est là le bonheur parfait, c'est le salut accompli, c'est enfin le dernier repos qui nous est promis en Notre-Seigneur. Le commencement de notre repos, c'est de pouvoir
ne plus pécher ; la fin de notre repos, c'est de ne pouvoir plus pécher. Le commencement de notre repos, c'est de pouvoir être justes; la fm de notre repos, c'est d'avou^ une assurance infaiUihle de ne déchoir jamais aux siècles des siècles de la grâce ni de la justice.
Pour entendre profondément la différence de ces deux repos, dont l'un est la consolation de la vie présente et l'autre est la félicité de la vie future, il faut remarquer, messieurs, que par la grâce du christianisme nous sommes très-assurés que notre Dieu ne nous délaissera pas, mais nous ne soQimes pas assurés que nous ne délaisserons pas notre Dieu ; c'est-à-dire, si nous l'entendons; que nous sommes assurés de Dieu, mais toujours incertains de nous et de notre propre faiblesse. Nous sommes assurés de Dieu ; car nous soQimes très-assurés a qu'il ne quil te point, (( si on ne le quitte : » 3o?î deserit, nisi desercUur K C'est la doctrine de tous les saints Pères, c'est la foi de tous les conciles, c'est l'espérance de tous les fidèles: si quelqu'un le nie, qu'il soit anathème ! La foi de Dieu nous est engagée, ainsi qu'il l'a assuré par son saint prophète : « Je vous ai (( épousée en foi : » Despondi te mihiùi /ide'^; et cette parole est sacrée, cette foi est inviolable; c'est à Jésus-Christ qu'elle est donnée, et son sang nous est le gage de sa vérité infaillible. C'est pourquoi tous les oracles divins nous assurent que le traité qu'il fait avec nous est un traité éternel : Feriam vobiscum pactum sempitennim ^ ; c'est-àdire que notre grand Dieu, toujours fidèle à sa vérité et à ses saintes promesses, ne quitte jamais de lui-même ceux qu'il a une fois admis à la nouvelle alliance, à la société de son Fils et à l'unité de ses membres. Mais si nous sommes bien assurés qu'il ne rompra pas le traité, nous
1 s. August. In sal. cxlv, n^ 9.
2 Ose. II, 20.
3 Isa, LV, 3.
DE NOTRE-SEIGNEUR. oOo
ne sommes pas assurés de ne le pas rompre. Il est vrai, cet Époux toujours fidèle ne fera jamais de divorce ^ ; mais cette âme, perfide et ingrate épouse, l'obligera peut-être à se séparer; et ainsi, dit le prophète Isaïe, « elle dissipe, <( elle yiole le pacte éternel : » Dissipaverunt fœdus sempiternum ^. Gomment est-il dissipé, s'il est éternel? a C'est à (( cause, dit ce prophète, que les hommes ont transgressé (( la loi ancienne et qu'ils ont changé le droit établi : » Transgressi sunt leges, mutaverunt jus ^ ; c'est-à-dire^ si nous l'entendons, que le pacte était éternel de la part de Dieu, mais qu'il a été rompu de la part des hommes. Celui qui est immuable est toujours prêt à demeurer ferme, mais celui qui est changeant a tout renversé en manquant à la foi donnée. Voilà donc, âmes chrétiennes, quelle est notre assurance durant cette vie ; voilà quel est notre repos durant cet exil. Grand et admirable repos ! car qu'y a-t-il de plus grand que d'être assuré de Dieu? Mais incertitude terrible ! car qu'y a-t-il déplus misérable que de n'être pas assurés de nous? Viendra donc enfin le dernier repos et l'assurance parfaite, où nous serons assurés de Dieu et non moins assurés de nous. Nous sommes déjà certains que Dieu ne peut pas nous manquer de lui-même; alors nous serons certains que nous ne pourrons jamais manquer à Dieu ; et notre fidélité, je l'oserai dire, ne sera pas moins assurée ni moins inébranlable que la sienne propre. Tel est ce jour de repos et de sabbat éternel qui nous est promis; voilà quels nous serons à la fm, sans fin, immuables comme Dieu même, saints comme Dieu même, impeccables comme Dieu même.
Comment, mes frères, pourra arriver à des homme?
1 Note marg, : Mais fidélité réciproque : que son amour est délicat ! que sa jalousie est scrupuleuse !
^ Isa. x\iv, 6.
3 Ibid.