SUR LES CARACTÈRES DES DEUX ALLIANCES
se sert à la fin du repas, au grand étonnement de la compagnie. 0 vin admirable et plein de mystères, fourni par la charité de Jésus aux prières de la sainte Vierge ! Je vous demande, mes sœurs, quel intérêt prend le maître de sobriété à ce que cette compagnie ne soit pas sans vin. Était-ce chose qui méritât que sa toute-puissance y fût employée? Était-ce en une pareille rencontre oii il devait commencer à manifester sa gloire ; et un ouvrage de cette nature devait-il être son premier miracle ? Croyez-vous que ceci soit sans mystère? à Dieu ne plaise, âmes chrétiennes, que nous ayons une telle opmion de notre Sauveur. Il est la sagesse et la parole du Père : tous ses discours et toutes ses actions sont esprit et vie; tout y est lumière, tout y est inteUigence, tout y est raison. 0 Sagesse éternelle, éclairez par votre Esprit-Saint notre faible et impuissante raison, pour nous faire entendre la vôtre.
Dans cette histoire miraculeuse, tout me représente le Sauveur Jésus. Il y est lui-même en personne: mais si j'ose parler de la sorte, il y est encore plus en mystère. Il est invité selon la vérité de l'histoire; et si nous le savons entendre, il est lui-même l'Époux selon la vérité du mystère. C'est une chose connue que Jésus est l'époux des âmes fidèles. Et néanmoins, si vous me le permettez, je vous déduirai sur ce point quelques vérités chrétiennes merveilleusement pieuses.
Dieu remplit le ciel et la terre, et il se trouve en tous lieux, comme l'enseigne la théologie : mais il sait encore se communiquer d'une façon toute particulière aux créatures intelligentes : Ad Ipsum vememus, et mansionem apud eum faciemus \ « Nous viendrons à lui, et nous ferons en (( lui notre demeure. » Certes il est incompréhensible, mes sœurs, comment la nature divine s'unit aux esprits purs
* Joan. XIV, 23.
par de chastes embrassements; et bien que ce soit un secret ineffable, si est-ce toutefois que les Écritures divines nous le représentent en diverses manières et par de différentes figures. Tantôt elles nous disent que Dieu est une fontaine de vie, qui, se répandant en nos âmes, les lave et les nettoie, leur communique une divine fraîcheur, et é tanche leur soif ardente par les ondes de ses vérités : Fons aquœ salientis i... Quemadinodwn desiderat cenms ad fontes aquarum 2, a Comme le cerf altéré soupire après les eaux « des fontaines. » Tantôt elles nous le décrivent tout ainsi qu'une douce rosée, qui arrosant nos esprits comme par une féconde humidité, y fait germer les semences célestes: Rorate, cœli, desuper^. Quelquefois elles nous le représentent à la manière d'un feu consumant, qui pénétrant toutes nos puissances, dévore toutes les affections étrangères, et épure nos âmes comme l'or dans une fournaise : Ignis consumem est *. Elles nous disent ailleurs que Dieu est une nourriture admirable : car de môme que toutes les parties de nos corps attirent à elles une certaine substance sans laquelle elles défaudraient, et ensuite se l'incorporent par la vertu d'une secrète chaleur que la nature leur a donnée ; ainsi seraient nos âmes destituées de toute vigueur, si, par de fidèles désirs que le Saint-Esprit leur excite, elles n'attiraient à elles-mêmes cette vérité éternelle qui seule est capable de les sustenter. C'est ce qui nous est signifié par ce pain des anges, qui est devenu le pain des hommes, pain céleste que « nous désirons par un appétit de vie (( éternelle, que nous prenons par l'ouïe, que nous rumine nous par l'entendement, que nous digérons parla foi : » In causam vitœ apijetendus, et devorandus auditu, et rumi-
' Ihid. IV, 1 i .
s Ps. XLl, 1.