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* Utat. IV, 2i.
DES DEUX ALLIANCES. olo
nandiis intellectu^et fide digerendus ^ Telles sont à peu près les comparaisons dont se servent les Écritures, pour nous faire en quelque sorte comprendre cette sainte union de la nature divine avec les âmes élues. Mais de toutes ces comparaisons, la plus douce, la plus aimable et la plus ordinaire dans les saintes Lettres est celle où notre grand Dieu est comparé à un chaste époux, qui, par un sentiment de miséricorde, épris de l'amour de nos âmes, après mille amoureuses caresses, après mille recherches de ses saintes inspirations, s'unit enfin à elles par des embrasse ments ineffables; et les ravissant d'une certaine douceur, que le monde ne peut entendre, les remplit d'un germe divin, qui fructifie en bonnes œuvres pour la vie éternelle.
Trois conditions du mariage. Union : Erunt duo in carne una 2 : « ils seront deux dans une seule chair. » Douceur : Faciamus adjutorium : Il est seul, « donnons-lui un aide; » il est doux d'être aidé. Fécondité : Crescite et multiplicamini ^ : « Croissez et multipliez. » C'est ce que l'apôtre saint Paul nous enseigne, lorsqu'il dit aux chrétiens que de même que le mari et la femme ne sont qu'une môme chair, ainsi « qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui : )) Qui adhœret Domino unus spiritus est ^ ; doctrine que le saint apôtre a trouvée si utile à nos âmes, qu'il la répète en divers endroits, qu'il serait trop long de vous rapporter.
Or, d'autant que nous sommes déchus de cette première pureté qui nous égalait aux anges dans l'innocence de notre origine, étant devenus charnels et grossiers, nous ne pourrions plus soutenir les approches de la nature divine, si elle ne s'était premièrement rabaissée. Et de là
* Terlull. de Rester, carnis^ L^ 37,
2 Gen. II, 24.
^ lUd. 18.
*I. Cor. VI, 17.
vient que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à son père, pour rappeler les âmes des hommes à cet heureux mariage avec Dieu, dont elles avaient violé la sainteté par l'infamie de leur adultère, est descendu du ciel en la terre; il s'est revêtu de chair ; il a déposé cette majesté terrible, ou plutôt il en a tempéré l'éclat; il a pris nos faiblesses, afin d'être en quelque façon notre égal, et a voulu que, par la nature humaine qu'il a daigné avoir commune avec nous, nous trouvassions un chemin assuré à la nature divine, de laquelle nous nous étions éloigné par une funeste désobéissance. C'est ce charitable Époux deTÉgUse, c'est-à-dire, des âmes fidèles, que l'apôtre nous dépeint [dans l'épître] aux Éphésiens *. C'est le plus beau des enfants des hommes, qui a aimé son épouse laide, afin de la faire belle. Il l'est venu chercher dans la terre, afin de la conduire en triomphe dans la céleste patrie. Il a donné son âme pour elle, il l'a lavée de son sang, il l'a nettoyée en l'eau du baptême par des paroles de vie ; son royaume est sa dot, ses grâces sont sa parure. C'est cet Époux, chères sœurs, qui fait aujourd'hui son premier miracle, et représente en son premier miracle ce qu'il est venu faire en ce monde. Ses disciples croient en lui en ce jour : c'est le commencement de l'Église. Il garde son meilleur vin pour la fin du repas: c'est l'Évangile pour le dernier âge, qui doit durer jusqu^i la consommation des siècles. Ce vin, il le tire de l'eau, et il change cette eau en vin : c'est qu'il change la loi en Évangile, c'est-â dire, comme je m'en vais l'exposer, la figure en vérité, la lettre en esprit, la terreur en amour. Disons quelque chose de ces trois changements : mais disons seulement les points capitaux, à cause du peu de temps qui nous est uonné ; le reste demeurera à votre méditation.
^ Cap. V, 27.
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PREMIER POINT
C'est de lui qu'il est écrit en la Genèse, (( que l'homme laissera « son père et sa mère, afin de s'attacher à sa femme i. » Car, à parler selon l'usage des choses humaines, c'est plutôt la femme qui quitte la maison paternelle pour habiter avec son mari ; mais, selon l'intelligence spirituelle, Jésus est cet homme par excellence, qui a quitté son père et sa mère pour s'attacher à sa chère épouse. 11 a quitté en quelque sorte son père, lorsqu'il est descendu du ciel en la terre, suivant ce qu'il a dit en plusieurs endroits, qui retournait à son Père. Il a quitté la Synagogue sa mère, qu'il l'avait engendré selon la chair, afin de s'attacher à l'Église, son unique épouse, qu'il a ramassée des nations idolâtres.
Vous saurez donc, mes sœurs, que Jésus étant la fin de tous les ouvrages de Dieu, tout ce qui s'est fait d'extraordinaire depuis l'origine du monde ne regardait que lui seul. Lisez les Écritures divines, vous verrez partout le sauveur Jésus, si vous avez les yeux assez épurés. Il n'y a page où on ne le trouve. Il est dans le paradis terrestre, il est dans le déluge, il est sur la montagne, il est au passage de la mer Rouge, il est dans le désert, il est dans la terre promise, dans les cérémonies, dans les sacrifices, dans l'arche, dans le tabernacle; il est partout; mais il n'y est qu'en- figure. Ainsi a-t-il plu à notre grand Dieu, comme dit l'apôtre aux Galates ^, de nous élever peu à peu, comme des enfants, à la connaissance de ses mystères. Par une infinité d'exemples sensibles, réitérés durant plusieurs siècles par des similitudes de choses cor-
1 Cnp. II, '24.
2 Jôx/. i\■^^.
porelles, qui faisaient impression sur nos imaginations, il nous a doucement conduits à l'intelligence de ses vérités ; il nous a fait entendre les grandes choses qu'il préparait pour notre salut. Considérez, je vous prie, tout ce grand attirail de la loi mosaïque. Pourquoi charger ce peuple de tant de différentes cérémonies, qui étaient toutes fort laborieuses, et néanmoins d'elles-mêmes incapables de rendre rhomme plus agréable à Dieu ? Car il est évident, mes très-chères sœurs, que ni tant de purifications corporelles, ni tous ces bains externes, ni ce nombre infini de pénibles observations, ni l'odeur de l'encens ou de la graisse brûlée, ni le sang des animaux égorgés, n'étaient pas choses qui par elles-mêmes pussent plaire à notre grand Dieu, qui, étant un pur esprit, veut être adoré en esprit et en vérité. Mais il ordonnait toutes ces choses ; afin que tout ce pompeux appareil et que toute cette majesté extérieure de la rehgion judaïque fussent des figures de son cher Fils; et c'était cette considération qui lui rendait ces choses agréables pour un temps, bien qu'elles fussent indifférentes de leur nature. Donc, comme l'enseigne l'apôtre, depuis l'origine du monde jusqu'à la résurrection du sauveur Jésus, (( tout arrivait en figure à nos pères : » Omnia ia figuris contingebant illis ^. C'est pourquoi l'admirable saint Augustin dit que ni dans la loi de nature, ni dans la loi mosaïque, il n'y voit rien de doux, sll n'y lit le sauveur Jésus. Tout cela est sans goût ; c'est une eau insipide, si elle n'est changée en ce vin céleste, en ce vin évangélique que l'on garde pour la fin du repas, ce vin que Jésus a fait, et qu'il a tiré de sa vigne élue. Voulez -vous que nous rapportions quelques traits de l'histoire ancienne, et vous verrez combien elle est insipide, si nous n'y entendons le Sauveur. Nous en dirons quelques-uns des plus remarquables, avec
1 I. Cor. x, 11.
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le docte saint Augustin i ; car de raconter en détail tout ce qui nous parle de notre Sauveur, les années n'y suffiraient pas.
Voyez dans le paradis terrestre, voyez cet homme nouveau que Dieu a fait selon son plaisir. Il lui envoie un profond sommeil, pour former d'une de ses côtes la compagne qu'il lui destinait. Dites-moi, dit saint Augustin, qu'était-il nécessaire de l'endormir pour lui tirer cette côte? Était-ce point peut-être pour lui diminuer la douleur? Ah! que cette raison serait ridicule! Mais que cette histoire est peu agréable, que cette eau est fade, si Jésus ne la change en vin ! Ajoutez-y le sens spirituel, vous verrez le Sauveur dont la mort fait naître l'Église ; mort qui est semblable au sommeil, à cause de sa prompte résurrection, et de la tranquillité avec laquelle il la subit volontairement. Sa mort fait donc naître l'Église. On tire une côte au premier Adam, pour former sa femme, pendant un sommeil tout mystérieux; et pendant le sommeil du nouvel Adam, après qu'il a fermé les yeux avec la même paix que les hommes sont gagnés du sommeil, on lui ouvre son côté avec une lance, et incontinent sortent les sacrements par lesquels l'Église est régénérée. Que dirais-je ici de Noé, qui seul rétablit le monde enseveU dans les eaux du déluge, qui repeuple le genre humain avec le petit nombre d'hommes qui restait dans sa famille? N'était-ce pas le Sauveur, l'unique réparateur des hommes, qui, par le moyen de douze hommes qull envoie par toute la terre, peuple le royaume de Dieu et remplit tout le monde d'une race nouvelle? Que dirais-je du petit Isaac, qui porte lui-[même le] bois sur lequel il doit être immolé, pendant que son père se prépare, selon les ordres de Dieu, à le sacrifier sur la montagne? 0 spectacle
1 De Gènes, ad Litter, lib. ix, cap. xiii, n° 23, t. iir, part, i, col. 251.
d'inhumanité ! mais si j'y considère le sauveur Jésus, il devient un spectacle de miséricorde. C'est Jésus qui porte sa croix pour être immolé sur le mont de Calvaire, livré par son propre père ès-mains de ses ennemis, afin d'être une hostie vivante pour l'expiation de nos crimes. Et le chaste Joseph, vendu par ses frères et emprisonné par les Égyptiens, devenu par cette disgrâce le sauveur de ses frères et des Égyptiens, n'est-ce pas le sauveur Jésus mis à mort par les Juifs ses frères et par les Égyptiens, c'està-dire, par les idolâtres, et devenu par sa mort sauveur des Juifs et des idolâtres? Si je passe la mer Rouge avec les Israélites, si je demeure dans le désert avec eux, combien de fois y verrais-jc le Fils de Dieu, seul guide de son peuple dans le désert de ce monde, qui, les retirant de l'Egypte par l'eau du baptême, les conduit à la terre proanise ? Cette manne si délicieuse, qu'est-ce qu'une viande corporelle, si je nV goûte le Sauveur? Elle est fade, elle est insipide; peu s'en faut que je ne dise avec les Juifs : (( Notre cœur se soulève sur cette viande légère K » Mais quand j'y considère le sauveur Jésus, vrai pain des anges, vraie nourriture des âmes fidèles, dont nous nous repaissons à la sainte table;. ah! qu'elle est douce, qu'elle est savoureuse! Voyez le pavé du temple, voyez les habits sacerdotaux ; voyez l'autel et le sanctuaire tout trempés du sang des victimes, et le peuple Israélite lavé tant de fois de ce môme sang : que tout cela est froid, chères sœurs, si la foi ne m'y montre le sang de l'Agneau répandu pour la rémission de nos crimes, ce sang du Nouveau-Testament que nous offrons à Dieu sur ces terribles autels, et dont nous nous rassasions pour la vie éternelle!
En un mot, dit saint Augustin 2, si nous ne regardons
1 Nom. XXI, S.
s In Joan. Tract, ix, n» 3, t. m, part. 11, col. 3 Jl.
DES DEUX ALLIANCES. 52t
Jésus-Christ, toutes les Écritures prophétiques n^ont pas de goût ; elles sont apparemment pleines de foUe, du moins en quelques endroits. Que nous y goûtions le Sauveur, tout y est lumière, tout y est intelligence, tout y est raison. Voyez ces deux disciples qui vont en Emmaiis. Ils s'entretenaient de la rédemption d'Israël ; c'est le sujet de toute la loi ancienne : mais ils n'y entendaient pas les mystères du Rédempteur. C'était une eau sans force et sans goût : aussi sont-ils froids et languissants. « Nous espèce rions, disaient-ils, qu'il rachèterait Israël ^ : » nous espérions ; ô la froide parole ! Jésus approche d'eux, il parcourt toutes les prophéties, il les introduit au secret, au sens profond et mystérieux; il change l'eau en vin, les figures en vérité, et les obscurités en lumières. Les voilà incontinent transportés : Nonne cor nostrum ardens erat in nobis ^ ? « Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de (( nous-mêmes ? » C'est qu'ils avaient commencé à boire le vin nouveau de Jésus, c'est-à-dire la doctrine de TÉvangile. Cependant admirez, mes très-chères sœurs, les sages conseils de la Providence, qui, par une telle richesse d'exemples, nous enseigne une seule vérité qui est le Yerbe fait chair. Ah ! si nous avions les yeux bien ouverts, combien doux serait ce spectacle, de voir qu'il n'y a page, il n'y a parole, il n'y a, pour ainsi dire, ni virgule de la loi ancienne, qui ne parle du Sauveur Jésus. La loi est un Évangile caché : l'Évangile est la loi expliquée. Les philosophes nous disent que le vin n'est qu'une eau colorée, qui prend en passant par la vigne une certaine impression de ses quahtés, parce que cet élément est susceptible, de sa nature, de toutes altérations étrangères. Ainsi l'eau de la loi a'ncienne devient le vin de la loi nouvelle. C'est
^ Luc. XMV, îl, '-= Ihid. é2.
o22 S(JR LES CARACTÈRES
cette même eau de la loi mosaïque, qui, étant appropriée à Jésus-Christ, vraie vigne du Père éternel, prend une nouvelle forme et une nouvelle vigueur. Donc, mes sœurs, passons les nuits et les jours à méditer la loi du Seigneur. Cherchons Jésus partout, et il n'y aura endroit où il ne se montre à nos yeux. Et puisqu'il a plu à notre grand Dieu de nous présenter ce vin nouveau de son Évangile, mais de le présenter pur et sans mélange, débrouillé de la lie des figures et de l'eau des expressions prophétiques, n'ayons point désorm.ais d'autre breuvage que cette sainte et immortelle liqueur ; que notre esprit soit toujours à goûter la parole divine. Mais ne nous arrêtons point à la lettre; suçons l'esprit vivifiant que Jésus y a coulé par sa grâce . C'est notre seconde partie; et pour une plus grande brièveté, nous y attacherons aussi la troisième dans une même suite de raisonnement.