DIMANCHE DE LA QUINQUAGÉSIME
Préoccupation de l'esprit, dépravation de la volonté, causes de l'aveuglement des hommes sur la passion du Sauveur. Dispositions essentielles pour connaître les choses de Dieu. Souffrances : combien nécessaires à une vie chrétienne : dans quels sentiments il faut les recevoir et les supporter.
Ipsi nihil horum intellexerunt, et erat verbum istud absconditum ab eis, et non intelligebaiit quœ dicebantur.
Les apôtres ne comprirent rien dans tout ce discours et que le Fils de Dieu leur fit de sa passion, et ces choses leur étaient cache'eSf et ils n'entendirent point ce qu'il leur disait. Luc. viir, 34.
L'histoire sacrée de l'Évangile nous représente les saints apôtres en trois états différents depuis leur vocation. Elle nous les représente premièrement dans une grande io-norance des célestes vérités; ensuite nous les voyons dans une incrédulité manifeste; enfin ils nous sont montrés pleins de lumières et de connaissances, et tellement éclairés qu'ils éclairent eux-mêmes tout le monde. Lorsque Jésus Christ était avec eux, leur entendement grossier ne pénétrait pas les mystères. Quand il se retira du monde
• Prêché vers I0."»0, selon M. Lâchât.
le scandale de la croix les troubla de sorte qu'ils en perdirent la foi. Enfin, quand le Saint-Esprit fut descendu, leur foi fut établie immuablement, et toutes les ténèbres qui enveloppaient leurs esprits furent dissipées. Ne nous persuadons pas que ces divers changements nous soient inutiles; tout se fait ici pour notre salut. Les saints Pères nous ont appris que non-seulement ces hommes choisis de Dieu nous ont instruits par leur sainte et salutaire doctrine ; mais encore qu'ils nousontappuyés par leurs doutes, qu'ils ont affermi notre foi par leur incrédulité; et je puis bien ajouter qu'ils nous ont aussi enseignés parleur ignorance. C'est pour cela, chrétiens, que la voyant si bien marquée dans les paroles de notre Évangile que j'ai récitées, j'ai cru que je devais m'appliquer à vous proposer aujourd'hui les instructions admirables que le Saint-Esprit veut que nous tirions de l'ignorance oii étaient nos maîtres, lorsque, se laissant encore guider par leurs sens, ils entendaient si peu les secrets de la sagesse éternelle. Mais comme c'est un ouvrage divin de faire sortir la lumière du sein des ténèbres, et que c'est par un tel ouvrage que Dieu a commencé la création de l'univers^ Dixit de tenebris lumen splendescere ^ ; avant que de nous engager dans une semblable enlreprise, appelons à notre secours sa toute-puissance, et demandonslui tous ensemble la grâce de son Saint-Esprit par l'intercession de labienheureuse Vierge, en lui disant avec l'ange : Ave, Maria.
Quand Jésus-Christ propose aux peuples avec des paroles sublimes les impénétrables secrets qu'il a vus dans le sein de son Père; quand il enveloppe dans des paraboles les mystères du royaume de Dieu, afin, comme il dit luimême, que les hommes ingrats et superbes « en voyant ne
1 II. Cor. IV, G.
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' (( voient point, et en écoutant n'entendent point ^ ; » on ne doit pas s'étonner beaucoup, chrétiens, si les apôtres ne comprennent point ces mystérieux discours. Mais qu'ils n'aient pu concevoir les choses que le Fils de Dieu leur dit aujourd'hui en termes si clairs, je vous confesse, mes frères, que j'en suis surpris. En effet, écoutez, je vous prie, de quelle sorte il leur parle dans notre évangile. (( Nous montons, leur dit-il, en Jérusalem; et toutes les (( choses que les prophètes ont écrites du Fils de l'homme, a seront bientôt accomplies : car il sera livré aux Gentils, « il sera moqué, flagellé, on lui crachera au visage; et « après l'avoir fouetté, ils le feront mourir, et il ressusci- (( tera le troisième jour 2. » Je vous demande, messieurs, en quelle partie de ce discours vous trouvez de l'obscurité : au contraire, ne paraît-il pas que tout y est fort intelligible ? Il spécifie tout fort distinctement ; et il ne s'était pas énoncé en termes plus clairs, quand les apôtres lui dirent en un autre endroit : « Maître, vous nous parlez à cette (( heure tout ouvertement, et vous n'usez d'aucune figure « ni parabole : » Ecce nunc palam loqueris, et proverbium mdlum dicis 3. Et toutefois admirez que Jésus ayant dit ces choses sans aucune ambiguïté, saint Luc remarque aussitôt qu'ils ne comprirent rien en tout son discours : et comme si c'était peu de l'avoir observé une seule fois, il continue en disant : « Cette parole leur était cachée : » et enfin il ajoute encore : « Et ils n'entendaient pas ce qu'il « leur disait. »
Certainement ce n'est pas en vain que l'évangéliste insiste si fort sur cette ignorance des apôtres : il veut que nous entendions, par ces fréquentes répétitions, combien étaient épais les nuages qui enveloppaient leurs esprits; et tout
1 Marc. IV, 12.
2 Luc. xviii, 31, 3.», 33.
3 Juan. XVI, 29.
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ensemble il nous avertit qu'il ne faut point passer ici légèrement, mais nous arrêter avec attention, et sérieusement réfléchir sur une telle ignorance. Or, mes frère?, pour me conformer à l'intention de l'auteur sacré et à celle du Saint-Esprit, j'ai dessein de vous proposer les réflexions que j'ai faites. Ce que je découvre d'abord, c'est qu'il ne suffit pas que le soleil luise, et que les flambeaux soient allumés, si la vue est mal disposée, et que la clarté se présente en vain, lorsque les yeux sont malades. Mais quel était cet aveuglement qui empêchait les apôtres d'entendre des paroles si manifestes, et de voir, pour ainsi dire, dans un si grand jour? C'est ce qu'il nous faut rechercher ; et c'est là qu'en trouvant la cause qui oft'usque leur intelligence, nous connaîtrons les empêchements qui obscurcissent aussi si souvent la nôtre. Pour pénétrer ce secret, conférons un autre passage avec celuici : c'est une excellente méthode pour entendre les Écritures; je m'en servirai en ce lieu, et saint Luc nous expliquera les sentiments de saint Luc.
Après qu'il a rapporté, dans son neuvième chapitre, un discours du Sauveur des âmes sur le sujet de sa passion et de sa mort, semblable à celui qu'il tient dans l'évangile de ce jour, il remarque pareillement que les apôtres n'y comprirent rien : « Et les disciples, dit-il, n'entendirent point « cette parole, et elle était comme voilée devant eux, en {( sorte qu'ils n'en sentaient pas la force ; et ils craignaient (( de l'interroger sur cette parole : » At illi ignorabant verhum istud^ et crat velatvm ante eos, vt non sentirent illud : et timebant eum inlerrognre de hoc verbe ^ Cette ignorance les tient quand Jésus leur parle de sa passion. Je vois, si je ne me trompe, les deux causes de l'aveuglement. Si les apôtres n'entendent pas les patoles très-évidentes du Sau-
1 Luc. IX, 45.
S98 SUR l'utilité DES SOUFFRANCES.
veur Jésus, c'est que non-seulement leur esprit, mais encore leur volonté, est mal disposée. Premièrement ils n'entendent pas, parce qu'ils ont l'esprit occupé par d'autres pensées, et obscurci par les préjugés qui naissent des sens; et voilà ce voile qui est devant eux, et les empêche de voir. Et evat velatum ante eos. Secondement ils n'entendent pas, parce qu'ils refusent de chercher Téclaircissement nécessaire; ils craignent d'être éclaircis; et ils ne découvrent pas la lumière, à cause qu'ils détournent les yeux délibérément. « Ils appréhendaient, dit l'évangéliste, « de l'interroger sur cette parole : » Et timebant eum interrogare de hoc verbo. Voilà donc les deux grands obstacles qui nous empêchent d'entendre les paroles de Jésus- Christ : obstacle de la part de l'entendement, qui, prévenu de ses pensées, et couvert de ses préjugés comme d'un voile ténébreux, ne peut pénétrera travers ce voile qui lui couvre les vérités évangéliques, ni le percer par ses regards : obstacle de la part de la volonté, qui fuit l'éclaircissement, et ne veut pas être instruite. Telles sont les causes profondes de l'aveuglement des mortels sur la passion du Sauveur. L'esprit préoccupé ne peut recevoir la lumière ; la volonté dépravée l'évite et la craint. 0 Jésus! dans quelque évidence que vous exposiez le mystère de vos souffrances, les hommes n'entendront jamais ; et notre aveuglement sera sans remède, si nous ne déracinons ces deux maux extrêmes qui nous empêchent de voir : la préoccupation dans l'esprit, et une crainte secrète dans la volonté qui nous fiiit appréhender la lumière. C'est aussi ce que j'entreprends, avec le secours de la grâce, dans les deux parties de mon discours.
PREMIER POINT
Saint Thomas voulant nous décrire ce que c'est qu'un
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bon entendement, et quel est l'homme bien sensé, dit c'est celui dont l'esprit est disposé comme une glace nette et bien unie, « oii les choses s'impriment telles qu'elles sont, « sans que les couleurs s'altèrent, ou que les traits se cour- (( bent et se défigurent : » In quo objecta non distorta, sed simplici intuitu recta videntur ^ Qu'ily a peu d'entendements qui soient disposés de cette sorte ! que cette glace est inégale et mal polie ! que ce miroir est souvent terni, et que rarement il arrive que les objets y paraissent en leur naturel ! Mais il n'est pas encore temps de nous plaindre de nos erreurs : il en faut rechercher les causes; et tous les sages sont d'accord que l'une des plus générales, ce sont nos préventions, nos vains préjugés, nos opinions anticipées.
Le même saint Thomas remarque qu'il y a un certain mouvement dans nos esprits qui s'appelle précipitation ; et je vous prie, messieurs, de le bien entendre. Ce grand homme, pour nous le rendre sensible, nous l'explique par la ressemblance des mouvements corporels '^. Il y a beaucoup de différence entre un homme qui descend, et un homme qui se précipite. Celui qui descend, dit-il, marche posément et avec ordre, et s'appuie sur tous les degrés : mais celui qui se précipite, se jette coçime à l'aveugle par un mouvement rapide et impétueux, et semble vouloir atteindre les extrémités sans passer par le milieu. A ppliquons ceci, avec saint Thomas, aux mouvements de l'esprit. La raison, poursuit ce grand homme, doit s'avancer avec ordre, et marcher, aller considérément d'une chose h l'autre ; si bien qu'elle a comme ses degrés par oii il faut qu'elle passe avant que d'asseoir son jugement: mais l'esprit ne s'en donne pas toujours le loisir; car il a je ne sais quoi de
1 II. 2. Quœst, Li, art. 3.
« II. 2. Quœst, LUI, art. 3.
eOO SL'[\ L'UTILITE DES SOUFFRANCES.
vif qui fait qu'il se hâte toujours et se précipite. Il aime mieux juger que d'examiner les raisons, parce que la décision lui plaît et que l'examen le travaille. Comme donc son mouvement estfort vif etsa vitesse incroyable, comme il n'est rien de plus malaisé que de fixer la mobilité et de contenir ce feu des esprits, il s'avance témérairement, il juge avant que de connaître : il n'attend pas que les choses se découvrent et se représentent comme d'ellesmêmes, mais il prend des impressions qui ne naissent pas des objets, et, trop subtil ouvrier, il se forme lui-même de fausses images. C'est ce qui s'appelle précipitation ; et c'est la source féconde de tous les faux préjugés qui obscurcissent notre intelligence.
En effet, messieurs, ces préventions et ces opinions anticipées sont autant de nuages devant l'esprit, autant de taches sur ce beau miroir, qui empêchent que la vérité n'y soit imprimée. Vous sollicitez un juge, vous vous excusez envers un maître, vous voulez instruire un égal; vous le trouvez prévenu : ô le grand et inutile travail! ô que vos paroles sont faibles, et que vous vous consumez par un vain effort ! L'esprit est engagé et a pris sa forme ; les idées qui sont déjà au dedans repoussent tout ce qui vient du dehors : Et conversum est retrorsum judiciiun, et justitia longe stetit ; quia cornât in platea veritas, et œquitas non potuit ingredi * : « Le jugement s'est retiré de nous, et la justice (( s'est tenue éloignée, parce que la vérité a été renversée u dans les places publiques, et que l'équité n'y a trouvé (( aucune entrée. » La vérité se présente, on ne la voit plus, on ne l'entend plus. Combien de fois on ferme l'oreille aux plaintes des innocents! Ah ! mes frères, donnons-nous garde de cette dangereuse précipitation. Laissons agir les raisons, laissons faire les choses; c'est-à-dire, recevons les
1 Is. LIX. 14.
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impressions que la vérilé fera sur notre esprit; mais n'en prenons point de nous-mêmes. Apprenons à arrêter cette mobilité inquiète, car ensuite, pour l'ordinaire, on ne revient plus : et comme si notre entendement avait fait son effort, il semble n'avoir plus d'activité que pour suivre l'impression qu'il s'est donnée à lui-même, et s'engager dans la route qu'il a commencée ; car ces pernicieuses préoccupations nous troublent tellement la vue, que « la lumière « de nos yeux n'est plus avee nous : » Lumen oculorum meorum et ipsum non est mecum ^ ; et nous enchantent de sorte, si vous me permettez de parler ainsi, que nous ne sommes capables de voir ni les objets qui se présentent, ni même ce voile obscur qu'elles nous mettent subtilement devant les yeux.
Considérez les apôtres : vous avez ouï les paroles par lesquelles le Fils de Dieu leur explique les opprobres de sa passion et l'ignominie de sa mort prochaine; et vous avez reconnu qu'il n'y a rien ni de plus clair ni de plus formel. Toutefois vous le voyez: ils sont tellement occupés de la fausse imagination des grandeurs mondaines (car c'est là ce qui les tient arrêtés), du règne temporel du Messie, de son trône, de ses triomphes, qu'ils se figurent semblables à ceux que le monde admire, qu'ils ne peuvent comprendre ses discours. Et remarquez, chrétiens, qu'ils avaient déjà entendu que Jésus était le Fils de Dieu. Saint Pierre l'avait confessé, lorsqu'il avait rendu au nom de tous ce témoignage admirable que la chair et le sang ne lui avaient point révélé; témoignage qui changea Simon en Pierre, et le fit véritablement fils de la colombe, et le fondement de l'Église : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant 2. » Mais aussitôt qu'il commence à parler des traitements
< Ps, XXXVII, 10.
2 Matth. xvii 16.
inhumains que lui feront les anciens du peuple et les scribes, et de sa croix ; non-seulement ils n'entendent plus, mais encore ils le contredisent de toute leur force, jusqu'à s'en faire appeler Satan. « A Dieu ne plaise, Seigneur, disent- ((ils; cela ne vous arrivera pas: Absit a te, Domine, non « erit tibi hoc K Allez, Satan, dit Jésus à Pieri'e, vous m'êtes a un scandale, parce que vos sentiments ne sont pas selon (( Dieu, mais selon les hommes. » Étrange effet de la prévention I les apôtres se sont élevés au dessus du ciel et de toute la nature, pour contempler Jésus-Christ dans le sein de son Père céleste, et découvrir le secret de sa génération éternelle ; et ils ne peuvent entendre le sacré mystère de ses humihations. Et toutefois, chrétiens, n'est-il pas bien plus difficile de croire qu'un homme soit Fils de Dieu, que de croire qu'un homme soit exposé aux accidents communs de l'humanité? Le chemin n'est-il pas de beaucoup plus long et la chute bien plus étrange du ciel en la terre, du sein du Pore céleste dans celui d'une créature mortelle, que de là à la mort et au sépulcre? Et néanmoins les apôtres ont bien entendu cette première démarche, et ils ne peuvent entendre que leur maître fasse la seconde ; ils'ne peuvent s'i ^ maginer ni qu'il souffre ni qu'il meure. J'ai même remarqué que la résurrection choque leur esprit, parce que pour ressusciter il faut mourir; et ils ne conçoivent pas que le Sauveur se rabaisse jusque-là: tant ils s'étaient mis dans l'esprit quetout devait être grand et magnifique dans le Fils de Dieu ! tant ils s'étaient rempli l'imagination des opinions judaïques touchant le règne pompeux de leur Messie I C'est pourquoi, dans quelque évidence que Jésus-Chrisl leur puisse parler de sa croix et de ses souffrances, ils ne peuvent rien comprendre dans ses paroles; a et leur pre- (( mier préjugé est un voile qui les empêche d'en sentir la
1 Md. 22, 23.
(( force : » Et crat velatum ante eos, ut non sentirent illad *. Que si vous me demandez d'où naissait dans les saints apôtres une si violente préoccupation, je vous le dirai, messieurs, en peu de paroles: c'est qu'ils voulaient juger des desseins de Dieu selon la mesure du sens humain. Je l'ai déjà dit, messieurs, que ce qui est cause que nous jugeons mal, c'est que nous jugeons précipitamment, et que notre esprit trop prompt se laisse emporter, penche d'un côté ou d'un autre, avant que de bien entendre ; parce que, si notre esprit évitait cette précipitation, il aimerait mieux s'arrêter et demeurer en suspens, que de prendre maison parti. Mais il faut encore ajouter qu'à l'égard des choses divines, quelque soin que nous apportions à les pénétrer, et avec quelque considération que nous balancions, pour ainsi dire, notre jugement, nous sommes toujours téméraires et précipités, lorsque nous espérons connaître, ou que nous osons juger par nous-mêmes. Pour connaître les choses de Dieu, il faut que Dieu nous enseigne, et forme lui-môme notre jugement: Et erunt omnes doclbiles Dei^.., docti a Domino ^\ a Et ils seront tous enseignés de Dieu, (( instruits du Seigneur. » Car il est tellement au-dessus de nous, que tout ce que nous en pouvons penser de nous-mêmes, nous est un obstacle invincible pour entendre ce qu'il est. C'est pourquoi ce sublime théologien, dont saint Denis aréopagite ne désavouerait jamais la doctrine ni les sentiments, dans ce traité admirable qu'il a composé de la théologie mystique, dit que nous ne sommes capables d'entendre Dieu que par une entière cessation de
toute notre intelligence : Wé.ar\ç t^ç yvoWswç àvEvspyyiata 3. Il faut entendre, mes frères, que tout l'effort que nous faisons de nous-mêmes pour connaître Dieu, ce premier
1 Luc. IX, 45.
2 Joan. VI, 45; Is. liv, 1?.
3 De myat. Theol. cap. i.
Être, toute notre activité et notre pénétration naturelle ne sert qu'à obscurcir et confondre notre intelligence ; nous ne faisons que tournoyer. 11 ne suffit pas de nous élever au-dessus des sens avec Moïse sur la montagne, dans la plus haute partie de l'esprit ; il faut imposer silence à nos pensées, à nos discours et à notre raison, et entrer avec Moïse dans la nuée, c'est-à-dire, dans les saintes ténèbres de la foi, pour connaître Dieu et ses vérités. Que s'il est si fort au-dessus de nous, ne s'ensuit-il pas aussi qu'il ne pense pas comme nous, qu'il ne résout pas comme nous? mais plutôt, comme il dit lui-même par son prophète Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies (( ne sont pas vos voies ; car autant que le ciel est élevé (( par-dessus la terre, autant sont élevés mes conseils au- (( dessus de vos conseils, et mes voies au-dessus de vos (( voies ^ »
Et il ne faut pas distinguer ici les grossiers d'avec les subtils; car la plus haute subtilité de l'esprit humain, qu'est-ce autre chose devant Dieu qu'une misérable ignorance ? C'est pourquoi il parle ainsi dans son Écriture : « Où sont les sages, où sont les savants, où sont les doc- (( teurs? n'est-ce pas moi qui ai confondu toute la sagesse (( du siècle ^ ? » Et ailleurs : Qui dat secretonnn scrutatores quasi non sint^ ac judices terrœ relut inane fecit ^ : (( C'est « lui qui anéantit ceux qui se mêlent de pénétrer les se- (( crets, et réduit à rien les pensées de ceux qui entre - « prennent de juger de toutes choses. »
Et, en effet, écoutons ce que dit le Fils de Dieu dans notre évangile : u Nous allons à Jérusalem, et ce qui est écrit du Fils de a l'homme sera accompli : » Quoi ! les prophéties de son règne ? nullement. « 11 sera hvré entre
1 h. LV, 8, 0.
2 I. Cor. \, 20.
3 Is. XL, 23.
(( les mains des Gentils, et il sera moqué, flagellé, attaché f( à un bois infâme. » 0 Dieu ! quel est ce mystère ? Appelons ici pour un moment notre sens humain, et voyons si nous en pouvons espérer quelque secours. Seigneur, que nous dites-vous? vous êtes notre Dieu, notre Rédempteur ; vous êtes venu pour nous délivrer de la main de nos ennemis, et régner sur nous éternellement : pourquoi donc tant d'opprobres, tant d'ignominies? 0 profondeur des conseils de Dieu, et hauteur impénétrable de ses pensées ! Jésus-Christ se fait admirer par sa doctrine céleste ; on admire l'autorité avec laquelle il enseigne. Ceux qui venaient pour le prendre et se saisir de sa personne sont pris eux-mêmes ; et, comme arrêtés intérieurement par la force de ses discours, ils s'écrient, ravis et hors d'euxmêmes : (( Jamais homme n'a parlé comme celui-là : » Niinquam sic locutus est homo sicut hic homo ^ Jésus-Christ étonne le monde par ses miracles, il éclaire les aveuglesnés, il fait marcher les paralytiques, il délivre les possédés, il ressuscite les morts : ce n'est pas là qu'il nous sauve. Jésus-Christ est livré à ses ennemis, et se laisse écraser comme un ver de terre : c'est là qu'il devient notre Rédempteur. 0 Dieu ! qui le pourrait croire ? Il ne nous rachète pas en se montrant Dieu; il nous rachète en se rabaissant au-dessous des hommes : il ne nous rachète pas en faisant des miracles incompréhensibles ; il nous rachète en souffrant des indignités inouïes. C'est pour cela que nous voyons dans son Évangile que pendant que tout le peuple était étonné d'un miracle qu'il venait de faire, Omnibus inirantibus in omnibus quœ faciebat^ il parle ainsi à ses disciples: a Mettez, vous autres, ces paroles dans vos (( cœurs: le Fils de l'homme sera livré entre les mains des « hommes : » Ponite^ vos, in cordibus vestris sermoncs istos :
Joan. VII, 4G.
Filins enim hominis fnturum est nt iradatur in manus hominum 1. De même que s'il eût dit : Cette nation infidèle s'attache seulement à mes miracles ; mais vous, qui êtes mes disciples, je veux que vous vous attachiez à mes souffrances : ne regardez pas tant les maux que je guéris dans les autres, que ceux que j'endurerai moi-même pour votre salut. Sachez que j'opérerai votre salut, non en guérissant dans les autres les maux corporels, mais en les souffrant moi-même: « Mettez ceci dans vos cœurs. » Voyez qu'il parle de sa passion comme d'ufie chose incompréhensible, à laquelle l'esprit répugne, et qu'on a peine à y faire entrer quand il est préoccupé des pensées du monde.
En effet, que voient les yeux de la chair dans la passion de Jésus? que voient-ils, messieurs, autre chose que des témoins subornés, des juges corrompus, des soldats insolents, une populace irritée, et un innocent accablé par le concours de ses envieux, « et rangé avec les mé- (( chants ? » Et cum iniqids reputatus est ^. Mais faisons taire la raison humaine ; entrons dans les voies de Dieu, sous la conduite de Dieu même. Ces plaies sont notre santé ; celte croix c'est notre autel; cette couronne d'épines nous assure la couronne de gloire ; ce sang répandu est notre baptême; ce visage défiguré et ce corps déchiré inhumainement par les coups de fouet nous promettent l'immortahté. « 0 merveille ! s'écrie ici le philosophe martyr, je (( veux dire saint Justin 3, ô échange incompréhensible, (( et surprenant artifice de la sagesse de Dieu ! Dieu frappe (t son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables (( et pardonne aux hommes coupables pour l'amour de « son Fils innocent: un seul est frappé, et tous sont déli-
1 Luc. IX, 4i.
2 h'. LUI, 12. Marc, xv, 28.
3 Epùf. nd Diognet. n° 9, p. 238.
(( vrés ; le juste est déshonoré, et les coupables en même (( temps remis en honneur : l'innocent subit ce qu'il ne (( doit pas, et il acquitte tous les pécheurs de ce qu'ils doi- (( vent. Car qu'est-ce qui pouvait couvrir nos péchés, si ce (( n'était sa justice? comment peut être mieux expiée la « rébellion des serviteurs que par l'obéissance du Fils ? « L'iniquité de plusieurs est cachée dans un seul juste, (( et la justice d'un seul fait que plusieurs sont justifiés. » C'est ce que dit saint Justin, c'est ce qu'il a appris de l'apôtre. Voilà, mes frères, ce grand conseil de la sagesse de Dieu; conseil profond, conseil inconnu aux plus hautes puissances du ciel, que le Père, dit saint Justin, n'avait communiqué qu'à son Fils, et à l'Esprit éternel qui procède de l'un et de l'autre : conseil qui s'est découvert dans les derniers temps, et qui a fait, dit l'Apôtre ^ que la (( sagesse de Dieu a été manifestée par l'Église aux célestes « intelligences : » conseil dont la raison ne se doutait pas, et qui ne pouvait monter dans le cœur de l'homme; mais que ceux-là ont appris qui savent renoncer à leur propre sens.
Apportons à Dieu un esprit dompté ; apaisons nos entendements ; portons avec joie le joug de la foi, aimons ses saintes ténèbres, adorons Dieu humblement dans cette vénérable obscurité ; ne recherchons pas curieusement, mais adorons avec respect les choses divines. « Celui-là est savant, qui ne sait pas seulement où il faut « s'avancer, mais où il faut s'arreler 2 : » comme, dans un fleuve, celuilà le connaît qui sait où est le gué, et où les abîmes sont impénétrables, a La foi est le chemin à l'intelligence : » Sinon intellexisti^ credc; întellectus enim merces est fidei^. Quel sacrifice d'arrêter son esprit ! Si nous présentons à
1 Ephes. m, 9, 10.
2 Chnjsos. Homil. viii, in Epist. 11 ad Tinu t. xi, p. 711.
3 S. Aufi. tracf. xxix in Joan. n° G, t. )h, part. 11, col. 515.
Dieu un esprit vide de ses pensées propres, Dieu le remplira de ses lumières, o C'est une grande science de s'unir a à celui qui sait tout : » Magna scientia est scienti conjungi 1. Ne permettons pas à nos sens de mêler ici leurs images, ni à notre esprit ses vues, ni à notre jugement ses décisions, u Que la foi seule décide toutes les ques- « tions : » Quœstiones omnes nna ftdes solvat. S'il s'élève des doutes, écoutons les paroles de Jésus-Christ : car, comme dit le saint martyr que je vous ai déjà tant cité 2, (v Dieu a répandu dans les paroles de son Fils « je ne sais quoi de (( terrible et de vénérable, qui a la force d'abaisser les es- (( prits et de captiver les entendements. » Ne combattez pas les doutes par des raisons, ni par des disputes : combattez-les, mais par des œuvres ; modérez vos passions; fuyez vos plaisirs corrompus ; réprimez vos emportements. Que prétend le malin, quand il jette dans vos esprits des doutes subtils? Arrêter le progrès de vos bonnes œuvres, vous faire marcher incertains entre Jésus-Christ et le monde. Quand, dans un corps défaillant, vous avez peine à espérer l'immortalité, vous ne savez [ce que c'est que] la vie future ; vous flottez incertains entre les sens. Prenez une voie contraire pour réfuter tous les doutes et toutes les tentations qui combattent en vous l'Évangile : la pratique de l'Évangile : [mettezl la foi à couvert par les œuvres : votre esprit refuse de franchir ce pas, semblable à un cheval indompté ; poussez-le avec plus de force ; ne lui permettez pas de se relâcher. L'ennemi affaiblit la créance, pour que la volonté se ralentisse : engagez si fortement la volonté, qu'elle fortifie la créance. Mais vous entendrez mieux cette vérité dans ma seconde partie.
1 S. Aug. inPs. xxxvi, Serm. 11, ii» 2, t. iv, col. 2GG.
2 Exvosit. red. Confess. int. Oper. S. Just. p. -432.
SUR l'utilité des souffrances. f)09
SECOND POINT
C'était la coutume des apôtres, après que le Fils de Dieu avait enseigné quelque grand mystère, ou proposé au peuple quelque parole, de l'interroger en particulier sur les choses qu'ils n'avaient pas entendues ; et ils lui disaient ordinairement : Maître, expliquez-nous ce discours. Ce n'est donc pas sans mystère que saint Luc a remarqué si expressément que Jésus leur ayant parlé de sa passion, non-seulement ils ne comprirent pas ses paroles, mais encore u ils appréhendaient de l'interroger, et a de lui en demander l'intelligence : » Et timebant eiim inierrogare de verbo hoc ^ Par où vous voyez manifestement qu'une des causes de leur ignorance, c'est qu'ils fuyaient la lumière, et ne voulaient entendre en aucune sorte ce que Jésus leur disait de ses humiliations. D'oia leur vient ce sentiment inusité, et pourquoi est-ce que leur curiosité languit en ce point? Les interprètes remarquent que l'amour tendre et sensible qu'ils avaient pour le Fils de Dieu faisait qu'entendant parler de sa croix et de ses soufffrances, ils détournaient les oreilles, et no pouvaient consentir à de telles indignités. J'accorde cette vérité ; mais j'ai appris des saints Pères et des Écritures divines quelque chose de plus profond.
Je dis donc qu'ils comprenaient qu'ils auraient leur part aux travaux et à l'ignominie de leur Maître ; si bien que, lorsqu'il parlait de sa passion et de sa mort, ils voyaient assez clairement à quoi il les engageait. 11 les avait appelés pour le suivre et l'accompagner ; et ils ne doutaient nullement qu'ils ne dussent participer à tous les états de sa vie. C'est pourquoi j'ai observé dans son Évangile qu'ils
1 Luc. IX, 45.
avaient une grande pente et beaucoup de facilité à reconnaître ses grandeurs; parce qu'ils se laissaient flatter à une douce espérance d'entrer en société de sa gloire. Que les hommes croient facilement ce qui favorise leurs inclinations, et ce qui flatte leurs espérances! Ils entendaient parler avec joie de son règne, de ses victoires, de son auguste souveraineté, et même de sa divinité. Nous ne lisons pas^ si je ne me trompe, qu'ils eussent peine à recevoir ces magnifiques vérités; et il leur fâchait seulement qu'il ne déclarait pas assez tôt sa toute-puissance. Tl n'y a que les mystères de sa passion qu'ils ne veulent pas comprendre, de peur d'être enveloppés dans les disgrâces de leur Maître : aussi comme ils avaient vu en plusieurs rencontres la haine furieuse et envenimée qu'avaient contre lui les principaux de Jérusalem, quand ils virent qu'il y allait, ils furent saisis d'étonnement : et saint Marc a observé « qu'ils le suivaient en tremblant : » Et scquentes timebant ^ Et quand il se déclara sur les maux qu'il allait soutfrir, vous avez déjà vu, mes frères, combien ils appréhendaient ces paroles. En effet, saint Mathieu remarque que ce fut aussitôt après qu'il eut achevé ce qu'il leur avait dit de sa passion, que les deux enfants de Zébédée, comme pour changer de discours et dissiper ces idées funèbres, s'approchèrent pour lui demander les premières places de son royaume ^ : tant il est vrai qu'ils ne voulaient croire que les grandeurs de leur Maître pour y avoir part avec lui, et refusaient d'entendre parler de ses peines, par la crainte d'être appelés à cette société !
Mais j'ai pris garde au contraire, en lisant les saintes paroles de Jésus-Christ Notre-Seigneur, que c'est dans le même temps qu'il déclare le plus ses grandeurs divines,
1 Marc. X, 32.
2 M'itth. XX, VO.
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(ju^il appuie aussi le plus fortement sur ces humiliations. Quand ces deux disciples inconsidérés lui demandent les places d'honneur autour de son trône, il leur présente le calice de sa passion *. Au jour de sa glorieuse transfiguration, il s'entretient avec Moïse et avec Élie de la fin tragique qu'il devait faire en Jérusalem; et vous verrez, en saint Matthieu, que ce fut dans le temps précis qu'ils reconnurent sa divinité, qu'il s'attacha plus que jamais à les instruire des cruautés inouïes qu'il devait endurer à Jérusalem par la malice de ses envieux ^. Tout cela se fait-il en vain? et au contraire ne voyez-vous pas que le Sauveur veut faire entendre aux apôtres, et non-seulement à eux, mais encore à nous, à nous qui avons été baptisés en sa croix et en sa mort, qu'il n'y a point d'espérance d'avoir part à ses grandeurs, si nous n'entrons généreusement dans la société de ses souffrances?
La voilà, messieurs, cette parole que les apôtres n'en» tendaient pas, et qu'ils ne voulaient pas entendre : c'est qu'il faut souffrir, c'est qu'il faut mourir, c'est qu'il faut être crucifié avec Jésus-Christ. 0 qu'ils l'ont entendue depuis, lorsqu'ils s'estimaient si heureux d'être maltraités pour son nom? Mais nous, mes frères, l'entendons-nouS) cette parole fondamentale du christianisme? Chrétiens, enfants de la croix et des plaies de Jésus-Christ, qui n'ap^ prochez jamais de sa sainte table sans communiquer à sa mort et à ses blessures, songez-vous qu'il n'y a poinirde salut pour vous, si vous ne souffrez avec lui I 0 que ce discours est véritable mais aussi qu'il est dur aux sens ! ils ne veulent point qu'on l'approfondisse. Et que j'appréhende, mes frères, que vous ne craigniez de m'interroger sur cette parole ! mais aussi n'attendrai-je pas que l'on
1 Ihid. 22.
2 Luc. IX, 31. Malth. xvi, 21,
m'interroge : mais je vous dirai en finissant ce que Jésus- Christ et ses apôtres nous ont enseigné sur l'étroite obligation que nous avons tous de participer à sa croix.
Il y a deux sortes de peines qui exercent les enfants de Dieu, dont les unes résultent nécessairement de l'observation de ses saints préceptes, et les autres nous sont envoyées par une occulte disposition de son éternelle providence. Pesez donc, chrétiens, avant toutes choses, que la vie chrétienne est laborieuse, parce que la voie du ciel est étroite, et les préceptes de l'Évangile forts et vigoureux, qui vont à séparer l'homme de lui-même, à le faire mourir à ses sens, à lui apprendre à crucifier sa propre chair : car si le Sauveur des âmes est entré dans sa gloire par sa croix, il a donné la même loi à tous ceux qui marchent sous ses étendards. « Si quelqu'un veut venir après moi, (( qu'il se renonce soi-même, et qu'il porte sa croix tous « les jours et me suive ^. » A qui dit-il cette parole? est-ce aux religieux et aux solitaires? Ouvrez l'Évangile, lisez : Dicebnt autem ad omnes^ : u Et Jésus disait à tous. » Tous le voyez, c'est à tous qu'il parle, à vous, mes frères, qui écoutez, aussi bien qu'à moi qui vous prêche. 11 faut que nous entendions que la vie chrétienne est un travail sans relâche, parce qu'il faut à chaque moment nous arracher à ce qui nous plaît, combattre tous les jours nos mauvais désirs : C aro concupiscit adversusspiritiun'^ : «La chair a des désirs contraires à ceux de « l'esprit. » 11 faut craindre ce qui nous attire, pardonner ce qui nous irrite, souvent rejeter ce qui nous avance, et nous opposer nous-mêmes aux accroissements de notre fortune : car les moyens légitimes ordinairement sont bien lents, la voie de la vertu
1 Luc. ix/23.
2 Ibid.
3 Gai. V, 17.
longue et ennuyeuse; mais aussi les chemins abrégés sont infiniment dangereux.
Que les hommes aiment ici à être flattés ! ils veulent que nous leur fassions un Évangile commode, qui joigne le monde avec Jésus^ Christ. Ils consultent, ils font des questions sur la morale chrétienne. Tant que nous nous tenons sur les maximes générales de la régularité, ils écoutent tranquillement : que si l'on vient au détail; si l'on commence à leur faire voir les obligations particulières, si on leur annonce en simplicité les salutaires rigueurs des voies étroites de l'Évangile ; si on commence à leur faire voir que ces moyens de profiter ne sont pas permis, que ce commerce est pernicieux, et que « qui aime le péril y périra i ; » que ces grands divertissements qui semblent innocents sont très-dangereux, parce qu'ils emportent une étrange dissipation qui fait que l'homme s'échappe à lui. même; et qu'enfin il n'est pas permis au chrétien d'abandonner tout à fait son cœur, non-seulement aux plaisirs défendus ; Nec nominentur in vohis 2 : « Qu'on n'en entende « pas seulement parler parmi vous ; » mais même aux plaisirs Hcites, etc., nous éprouvons tous les jours qu'on nous arrête, qu'on nous détourne : on craint que nous n'enfoncions trop avant : on cesse d'interroger, et on appréhende de voir trop clair : Et timebant eum interrogare de verbo hoc.
«Celui-là,)) dit saint Augustin, est un véritable disciple de Jésus-Christ et de l'Évangile, qui a s'approche de ce « divin Maître, non pour entendre ce qu'il veut, mais pour « vouloir ce qu'il entend : » Optimus rmmster tuiis est, qui non magis intuetur hoc a te audire quod ipse voluerit, sed potius hoc velle quod a te audierit ^. Aimons donc qu'on nous
t EccL III, 27.
^ Ephes. V, 3.
^ Conf. lib. X, cap. xxvr, t. i, col. 184.