‹ Sermons de Bossuet (volume 2)Chapitre 66 sur 76 · II. -x · texte numérisé non relu

II. -x

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mène par les sentiers droits : laissons les voies détournées à ceux qui ne craignent pas de hasarder leur éternité. Aimons ce qui abat le règne du péché, la tyrannie de la convoitise, ce qui fait vivre l'esprit. Si cette voie est pénible, consolez-vous, chrétiens : la voie des passions ne l'est guère moins ; elle l'est même beaucoup davantage : ce n'est pas seulement la raison qui les combat, elles se contrarient les unes les autres; le monde les traverse. Nul ne fait moins ce qu'il veut, que celui qui veut faire tout ce ■qu'il veut : car pendant que chacun s'abandonne à ses volontés, elles se heurtent mutuellement; et pendant que je lâche la bride à ma volonté, je me trouve arrêté tout court par la volonté d'autrui, qui n'est pas moins violente, ull est plus aisé à ceux qui aiment Dieu de retrancher leurs u cupidités, qu'à ceux qui aiment le monde de les rassasier (( quelquefois : » laies cupiditates facilius resecantur in eis qui Deum diligunt, quam in eis qui mundum dilignrd aligiiando satiantur i. Quiconque ne résiste pas à ses volontés, il est injuste au prochain, incommode au monde, outrageuxà Dieu, pénible à lui-même. Modérons-les donc plutôt dans la source môme : que ce soit plutôt la raison qui retienne nos volontés précipitées, qu'une malheureuse nécessité qui ajoute au désir d'avoir, la rage de n'avoir pas. Si la vertu est un fardeau, celui que le monde impose est beaucoup plus dur : et le joug de Jésus-Christ n'est pas seulement le plus honnête, mais encore le plus doux et le dIus léger : Onm meum kve'^.

Mais pendant que vous vous ferez à vous-même une sainte violence pour mortifier en vous les mauvais désirs et dompter vos passions déréglées ; ne croyez pas, ô enfants de Dieu, que ce bon Père vous laisse en repos de son côté.

t i5. Aug. Epist.ccw, ad Bonif. w" C, t. ii, col. 813. -i Matth. XI, 30.

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Autrefois durant la loi de Moïse, il promettait les fruits de la terre à ceux qui marchaient dans ses commandements. Il n'en est pas de la sorte sous celui qui a dit dans son Évangile^ que « son royaume n'est pas de ce monde ^. » Au contraire, depuis qu'il s'est livré lui-môme à la mort, et à la mort de la croix, comme une victime volontaire, il veut que nous croyions, malgré tous nos sens^ que les souffrances sont une grâce et les persécutions une récompense. « Personne, dit le Fils de Dieu, ne quittera les (( avantages du monde pour moi et pour TÉvangile, qu'il (( ne reçoive le centuple dès le temps présent, avec des (( persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle : » Qui non accipiet centies tantum, nunc in tempore hoc,... cwn persecidionibus, et in fiUuro sœculo vitam œternam '^. Pour la peine d'avoir tout quitté, vous recevrez d'autres peines. Tous n'entendent pas cette parole; mais qui a des oreilles pour écouter, qu'il écoute ; qui a le cœur ouvert à l'Évangile, qu'il entende ces vérités, et qu'il adore leur salutaire rigueur. Oui, je le dis encore une fois, les grandes prospérités ordinairement sont des supplices, et les châtiments sont des grâces. « Car qui est le fils, dit l'apôtre ^, (( que son père ne corrige pas ? car le Seigneur châtie (( miséricordieusement les enfants qu'il aime. Ainsi per- (( sévérez donc sous sa discipUne. Que s'il néglige devons (( corriger, poursuit le grand Paul, c'est donc qu'il ne (( vous tient pas pour des enfants légitimes, mais pour des (( enfants d'adultère : » Ergo adulteri, et non filii estis. S'il vous épargne la verge et la correction, craignez qu'il ne vous réserve au supplice.

11 n'est pas à propos que tout nous succède : il est juste que la terre refuse ses fruits à qui a voulu goûter le fruit

1 Joan. xviii, 36.

2 Marc. X, 29, 30.

3 Hebr, xii, 6, 7, 8.

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défendu. Après avoir été chassés du paradis, il faut que nous travaillions avec Adam, et que ce soit par nos fatigues et par nos sueurs que nous achetions le pain de vie. Quand tout nous rit dans le monde, nous nous y attachons trop facilement; le charme est trop puissant et l'enchantement est trop fort. Ainsi, mes frères, si Dieu nous aime, croyez qu'il ne permet pas que nous dormions à notre aise dans ce lieu d'exil. Il nous trouve dans nos vains divertissements, il interrompt le cours de nos imaginaires félicités, de peur que nous ne nous laissions entraîner aux fleuves de Babylone, c'est-à-dire, au courant des plaisirs qui passent. Croyez donc très- certainement, ô enfants de la nouvelle alliance, que, lorsque Dieu vous envoie des afflictions, c'est qu'il veut briser les liens qui vous tenaient attachés au monde, et vous rappeler à votre patrie. Le soldat est trop lâche qui veut toujours être à l'ombre ; et c'est être trop délicat que de vouloir vivre à son aise en ce monde et en l'autre. Il est écrit : « Malheur à vous qui (( riez, car vous pleurerez un jour i. u Ne t'étonne donc pas, chrétien, si Jésus-Christ te donne part à ses souffrances, afln de t'en donner à sa gloire, et s'il te fait sentir les piqûres de tant d'épines qui percent sa tête. Est ce être maltraité que d'être traité comme Jésus-Christ ? Est-ce être maltraité que d'être inquiété où le plus grand malheur c'est d'être en repos?

Par conséquent, chré liens, montons avec Jésus-Christ en Jérusalem : prenons pari à ses opprobres et à ses souffrances : buvons avec lui le calice de sa passion. La matière ne manquera pas à la patience. La nature a assez d'infirmités, le monde assez d'injustices, ses afi'aircs assez d'épines, ses faveurs a%sez d'inconstances, ses rebuts assez d'amertumes, ses engagements les plus agréables assez de

1 Luc. VI, "25.

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captivités ; il y a assez de bizarreries dans le jugement des hommes, et assez d'inégalités, de contrariétés dans leurs humeurs. Ainsi, de quelque côté et par quelque main que la croix de Jésus- Christ nous soit présentée, embrassonsla avec joie, et portons-la du moins avec patience. « Re- « gardez, dit le saint apôtre, Jésus-Christ qui nous a « donné et qui couronne notre foi. Songez que, la joie (( lui étant offerte, il a préféré la croix, il a choisi la con- « fusion ; et maintenant il est assis glorieux à la droite « de son Père K » Voici une perte de biens, une insulte, une contrariété, une maladie : (.Pensez donc sérieusement (( à celui qui a souffert une si horrible persécution par la « malice des pécheurs, afm que votre courage ne défaille « pas, et que votre espérance demeure ferme : » Ut ne fatiqemini animis vestris déficientes^.

Quels vices avons- nous corrigés? quelles passions avonsnous domptées ? quel usage avons-nous fait des biens et des maux de la vie? Et populus ejus non est reversus ad perçu tientem se, et Dominum exercituum non exquisierunt '-^ : (( Le (( peuple n'est point retourné vers celui qui le frappait, et « ils n'ont point recherché le Dieu des armées. » Quand Dieu a diminué nos biens, avons-nous songé en même temps à modérer nos excès ? quand la fortune nous a trompés, avons-nous tourné notre cœur aux biens qui ne sont point de son ressort ni de son empire? au contraire, n'avons- nous pas été de ceux dont il est écrit : Dissipati sunt, nec compuncti'' ; « Ils ont été affligés sans être touchés de componction? » Serviteurs opiniâtres et incorrigibles, qui se révoltent même sous la verge, frappés et non corrigés, abattus et non humiliés, châtiés et non convertis.

1 Hebr. xii, 2.

2 Ibid. 3.

3 Is. IX, 13.

* Ps. xxxiv. 19.

GIS SUR l'utilité DES SOUFFRVNCES.

Pharaon endurcit son cœur sous les coups redoublés de la justice; la mer l'engloutit dans ses abîmes.

0 Dieu ! que nous recevons mal les afflictions ! Nous sentons la peine du péché, et nous n'en fuyons pas la malice. Notre faiblesse gémit sous les fléaux de Dieu, et notre cœur endurci ne se change pas. a Quand il appuie sa main, (( nous promettons de nous convertir ; s'il retire son glaive, (( nos promesses s'évanouissent ; s'il frappe, nous crions a qu'il nous pardonne ; s'il pardonne, nous le contraignons (( de redoubler ses coups :.» Si feriat, clamamus ut parcat: si parcit, iterum provocamus nt feriat i. L'impatience nous emporte, s'il tarde à nous secourir; nous redevenons insolents, s'il est prompt et facile à se relâcher. Quand nous sommes pressés par la maladie, nous demandons du temps pour nous convertir : si Dieu nous rend la santé, nous nous moquons, nous abusons de la patience qui nous attend : sous les coups, nous reconnaissons la justice qui nous châtie, et après nous oublions la bonté qui nous épargne.

Yous, qui n'avez que Dieu pour témoin; vous, qui êtes à la croix avec Jésus-Christ, non comme le voleur qui blasphème, mais comme le pénitent qui se convertit; prenez garde seulement, n'irritez pas Dieu par vos murmures, n'aigrissez pas vos maux par l'impatience. [Rappelez-vous les paroles consolantes que Jésus-Christ adresse à ce pécheur repentant] : « Aujourd'hui vous serez en paradis (( avec moi : )) Hodie mecum pris in paradiso -. Hodie, aujourd'hui ; quelle promptitude ! Mcann, avec moi ; quelle compagnie ! In paradiso, dans le paradis; quel repos !

» Ex. Miss. Gallic. t. w^Aannl. Eccl. Frnn:., p. 50.'). 2 Luc. xxm, 'i'^.

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