I. Cor. XV, 2G
Quand l'ordre des siècles sera révolu, les mystères de Dieu consommés, ses promesses accomplies, son Évangile annoncé par toute la terre; quand le nombre de nos frères sera rempli, c'est-à-dire quand la sainte société des élus sera complète, le corps mystique du Fils de Dieu composé de tous ses membres, et les célestes légions, où la désertion des anges rebelles a fait vaquer tant de places, entièrement rétablies par cette nouvelle recrue; alors il sera temps, chrétiens, de détruire tout à fait la mort, et de la reléguer pour toujours aux enfers d'où elle est sortie : Et
* Ou ne voit pas précisément pour quel jour l'auteur avait destiné ce sermon : il nous a paru qu'il n'y en avait pas auquel il pût mieux convenir qu'à celui des Morts, d'autant plus que nous n'en avons point trouvé (le direct pour leur commémoration. (Edit de Déforis,)
SUR LA RÉSURRECTION DERNIÈRE. 9<j
inferms et mors mlssi sunt in stagnum ignis i : a Alors l'en- <( fer et la mort furent jetés dans l'étang de feu; » comme il est écrit dans l'Apocalypse \ Il est écrit que « Dieu n'a
' Apoc. XX, 14.
J^Mainte.ianl tout semble être sourd à la voix de Dieu, puisque les
nr.m^'!n "''""'' V'"' insensibles, auxquels tou.efois il a do^u.é.Vt des
?nuti l/Z.r '' '' P"'"''' '' "" ^«^"^ P^"^"- ^'y ^«""^ettre ; ei alors toute la nature sera ammee pour l'entendre
éteme'npT^''' V^'' infidèles cet Eva-.glle* de vie et de résurrection
anCnnt i i ' '"''"^ '^''^''"'' ^' ^^''^''^ les raisonnements qu oppose ic. la sagesse humaine à la puissance de Dieu et à la gloire
chrétT/nV"!""''' Pl^/^^^j""^'^."^ «-^Parée. Mais, puisque je parle à des moins naturel . que le la.t qu'.ls ont sucé dès leur e..f..nce, je n'ai pas
de ce? tn'i." '''"'/'' ''"^^ P''^"^^^' par un long dis.ours la reaHté ae ces trois présents, mais seulement de vous préparer à les recevoir en ce dernier jour de la justice de Dieu, et de s'a mau! libérale
I« mrMp'nr '-'^'.''^""'^ ^"' "'"'^ ^'^'^^ ^"''^ '«"^ préparer, comme a partie principale pour recevoir en nos corps ces dons pncieux. J'ai
toutes Mr'"" ^«/«"«/^''•e voir que ces saintes préparations sont der^.nHP, '1'"'" renfermées dans celles de la pénitence. Que vous S «:.:?''"' ^'. P?'^«"^«? que vous vous retiriez de tous vos pèches, que vous preniez des précautions pour ne tomber plus que vous
vo Schu^:' r'^-"r"^f P^'^ ""« sat. faction convenable, la honte de
nnl^^.^' I ' '"'""^^ ^' ''''^ ^ '^ S--^^^' ^^'^"«'•'•^ à vos corps une vie nouvelle : es sages précautions pour n'y plus mourir, assure-
lp?;.in7/ T^\ '■'""'o^t^J'^é : le zèle de satisfaire un Dieu irrité par les saintes hum.l.alions de la pénitence, méritera d'être revêtu d'une gloire toute .l.v.ne. Deux [paroles du Fils de Dieu adressées aux morts ... la première, aux pécheurs, pour le. appeler à la pénitence; la seconde, aux morts ensevelis, pour les rappeler à la vie : la première, disposition a rendre la seconde salutaire. 11 faut commencer par l'âme, pour préparer le corps à la vie. Pour joindre ces deux choses, et \à pénitence dont voici le ten.ps, et la résunection des morts, qui, par 1 ancienne institution de cette paroisse, doit être prêchée aujourdhui dans cette chaire.. .. r j
0 Jésus vous vous êtes réservé à vous-même de prononcer la parole qui appellera les morts à la résurrection générale; mais vous voulez ^niPn'Lrr'l'"''.?''^"' ^'"' "^"'^^^ vivifier par leur conversion, narTlP n'.rl /' ' ''' P"" '"' "^'"i^t'^es, donnez-moi donc votre parole par la grâce de votre Esprit-Saint et l'intercession. . . .
fp.^f! ^"'^"/l""^ ^« ■'■'•e est l'extrait d'un autre exorde fait sur ce lexie: vemt hora tn qua omîtes qui sunt in monument is audient voceni
(( pas fait la mort S » niais qu'elle est entrée dans le monde (( par l'envie du diable 2 » et par le péché de l'homme. Mais l'homme, en consentant au péché, s'est assujetti à la mort; ainsi, contre l'intention du Créateur, l'homme qui était sorti immortel de ses saintes et divines mains, est devenu mortel et caduc par la malice du diable.
Or le Sauveur étant venu sur la terre pour dissoudre l'œuvre du diable, il détruira premièrement le péché; et après, par une suite nécessaire d'une victoire si illustre et si glorieuse, il abolira aussi la puissance et l'empire de la mort. Ainsi l'Apôtre s'écrie : « 0 mort, où est ta victoire?» Ubi est, mors, Victoria tua ^ ? Mais il faut ici remarquer que tant qu'il restera sur la terre quelque vestige du péché, la mort ne cessera de tout ravager, et exercera toujours sur le genre humain sa dure et tyrannique puissance. Mais à la consommation des siècles, après que le règne du péché sera détruit sur la terre, que toute la pompe du monde sera dissipée, et enfm que tout ce qui s'élève contre la gloire de Dieu sera renversé, alors Jésus-Christ attaquera sa dernière ennemie qui est la mort; et tirant tous ses enfants d'entre ses mains, il les délivrera pour jamais de cette cruelle, dure et insupportable tyrannie : JXovissima inimica destrnetur.
Encore que ce triomphe de Jésus-Christ sur la mort ne s'accomplira qu'à la fin des siècles, il se commence dès la vie présente; et au milieu de ce siècle de corruption, l'œuvre de notre immortalité se prépare. Que devons-nous
Filii Dei.etc. {Joan. v, 28.) Bossuet l'avait composé pour adapter ce sermon à un autre jour et à un autre lieu : comme il s'y trouvait plusieurs choses entièrement conformes au premier exorde, nous nous sommes bornés à en extraire ce qu'il y avait de dilVérent, pour le donner ici en note. {Edit. de Défovis.)
t Sap. I, 13.
3 Sap. II, 24.
:' 1. Cor. \v, :>:».
îêssuscUen !"•?"' * ''''''""°" "' '' g^^- q- "°l7rZT \ T "°"' P''°P''^« t^°'^ P""«Pes de ré-
Chri l t r";"' '' -"^^"-Ghrist, le corps de Jésus- Chr s lespnt de Jésus-Christ. La parole de Jésus-Christ: « Le temps vient ou tous ceux qui sont dans les sépulcres « entendront la voix du Fils de Dieu : « Ven>t kor!t^Z omnesgursunl m monumentis oudient voeem FUii DeA Le
« éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour • >, Oui manducat mearn caméra habet vitam cetema^, ',,1 ^
1 esprit de cela, qui a ressuscité Jésus habite en vous celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les mort ' « donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esp U -qu. est en vous : „ Quod si Spiritus .>',,«■ l2
fr::„r ""f ' '-^ -^"^ nous^deLnde cetpa^ cet Esprit! ™"' ' '' '°''' ■■ '' •ï"'^'^'-- le nous
PREMIER POINT
Dieu aui ITaH"'''"»"" ''^"'^ P=«'°"'^ du Fils de cÏ raûtre d '?r '"'^ ""^^'^^ ''""« ^ ■=» «" des sièc2l ni JrV" '"'''' '" "''^'<' P^-^'-^"'- Écoutez r,^Hfé In ^ '•^'P'"'' '''"<ï"'^'"« de saint Jean : « En eià veL":?', J^ ™"^ '^ '''^' '"''-- vient, et elle est deja venue, où les morts entendront la voix du Fils de
d£'X r"' '^"'■'-'-dront, vivront. ,. AZaLl, d'co vobu, graa vemt ,,ora, et nunc est, guando mort
• Joan. V, 28.
* l^nd, vj, 56.
' Hom. VII f, 11.
audient vocem Filii Dei ; et quiaudierint, vivent K a L'heure (( vient, et elle est déjà. » Remarquez ; donc cette parole ne regarde pas la consommation des siècles. Les morts entendront la voix du Fils de Dieu; c'est ce qu'il a dit auparavant : « Celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui « qui m'a envoyé, est passé 2 de la mort à la vie : 0 Transiet de morte ad vitam. Mais voici encore une autre parole : « L'heure vient ; » il ne dit plus, Elle est déjà ; « que tous « ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix, et « ceux qui auront bien fait sortiront pour ressusciter à la « vie, et ceux qui auront mal fait sortiront pour ressusciter «à leur condamnation K n Voilà donc deux paroles adressées aux morts, parce qu'il y a deux sortes de morts; ou plutôt il y a deux parties en l'homme, et toutes deux ont la mort. 'a L'âme, dit saint Augustin *, est la vie du « corps, et Dieu est la vie de l'âme : » ainsi, comme le corps meurt quand il perd son âme, l'esprit meurt quand il perd son Dieu. Cette mort ne nous touche pas, parce qu'elle n'est pas sensible; et toutefois, chrétiens, si nous savions pénétrer les choses, cette mort de nos corps, qui nous paraît si cruelle, suffirait pour nous faire entendre combien celle du péché est plus redoutable. Car si c'est un si orand malheur que le corps ait perdu son âme, combien plus que l'âme ait perdu son Dieu. Et si nos sens sont saisis d'horreur en voyant ce corps froid et insensible abattu par terre, sans force et sans mouvement; combien est-il plus horrible de contempler l'âme raisonnable, cadavre spirituel et tombeau vivant d'elle-même, qui, étant séparée de Dieu par le péché, n'a plus de vie ni de sentiment que pour rendre sa mort éternelle? C'est donc a
1 B^ossuel lemarque dans son manuscrit, «lue le grec porte le passé; transivif. {Edil de Di'foris.) i Joati, V, 24, 28, 21).
* Senn. ccl\xui, ii° 1, l. v, col. 1105.
ces morts spirituels, c'est aux âmes pécheresses que Jésus- Christ adresse sa voix pour les appeler à la pénitence. Venu hora, et mine est : u L'heure vient, et elle est déjà. » Que si vous me demandez d'où vient qu'il adresse encore à la fin des siècles une seconde parole aux morts qui sont gisants et ensevelis dans les tombeaux, je vous le dirai en un mot, parce que la chose est assez connue. L'âme a péché par le ministère et même en quelque sorte par l'instigation du corps; et c'est pourquoi il est juste qu'elle soit punie avec son complice. L'âme s'est aussi servie dans les bonnes œuvres du ministère du corps qu'elle a pris soin de dompter, afin, comme dit l'Apôtre \ que la justice de Dieu s'assujettît à elle-même nos membres, et leur fit porter le joug honorable de Jésus-Christ et de l'Évangile. Ainsi ce corps, qui a eu sa part aux travaux, doit être aussi appelé comme un compagnon fidèle à la société de la gloire.
Ou si vous vouliez que je vous apporte une raison plus sublime et plus digne encore de la majesté du Sauveur: il était juste que le Fils de Dieu ayant pris un corps aussi bien qu'une âme, et ayant uni l'homme tout entier à sa divine personne, il fit sentir sa puissance au corps et à l'âme, et qu'il soumît 1 homme tout entier à l'autorité de son tribunal. C'est pourquoi, après avoir parlé aux morts spirituels pour ressusciter leurs âmes, il parle à la fin des siècles aux morts gisants dans les sépulcres, pour les en faire sortir et leur rendre la vie : Et qui audierinf, vivent : « Et ceux qui l'entendront, vivront. »
Quand donc cette heure dernière sera arrivée, à laquelle Dieu a résolu de réveiller les élus de leur sommeil, une voix sortira du trône et de la propre bouche du Fils de Dieu, qui ordonnera aux morts de revivre. « Os arides, os « desséchés, écoutez la parole du Seigneur ; » Ossa arida,
' îiom. Vf, 3, 19.
audite verbum Domini^. Au son de cette voix toute-puissante qui se fera entendre en un moment de l'orient jusqu'à l'occident, et du septentrion jusqu'au midi, les corps gisants, les os desséchés, la cendre et la poussière froide et insensible, seront émus dans le creux de leurs tombeaux; toute la nature commencera à se remuer ; et la mer, et la terre, et les abîmes se prépareront à rendre leurs morts qu'on croyait qu'ils eussent engloutis comme leur proie, mais qu'ils avaient seulement reçus comme un dépôt pour le remettre fidèlement au premier ordre. Car, mes frères, (( Jésus qui aime les siens, et les aime jusqu'à la fm ^, » prendra soin de ramasser de toutes les parties du monde leurs restes toujours précieux devant lui. Ne vous étonnez pas d'un si grand effet; c'est de lui qu'il est écrit qu'il « porte tout l'univers par sa parole très-efficace ^. » Toute la vaste étendue de la terre et les profondeurs des mers, et toute l'immensité du monde, n'est qu'un point devant ses yeux. 11 soutient de son doigt les fondements de la terre : l'univers entier est sous sa main. Et lui, qui a bien su trouver nos corps dans le néant même d'où il les a tirés par sa parole, ne les laissera pas échapper à sa puissance au milieu de ses créatures. Car cette matière de nos corps n'est pas moins à lui pour avoir changé de nom et de forme : ainsi il saura bien ramasser les restes dispersés de nos corps qui lui sont toujours chers, parce qu'il les a une fois unis à une âme qui est son image, qu'il remplit de sa grâce, et qui sont toujours gardés sous sa main puissante, en quelque coin de l'univers que la loi des changements ait jeté ses restes précieux. Et quand la violence de la mort les aurait poussés jusqu'au néant, Dieu ne les aurait pas perdus pour cela ; car « il appelle ce qui n'est pas
' Ezech. XXXVII, i .
' Joan. XIII, 1.
^Uebiw.'à.
SUR LA RÉSURRECTION DERNIÈRE. lOi
(( avec la même facilité que ce qui est : » Vocans ea quœ non sunt, tanquam ea quœ simt K Et Tertullien a raison de dire que a le néant est à lui aussi bien que tout : » Ejus est nihilum ipsum, cujus et totum 2,
Ayant donc ainsi rétabli les corps de ses bien-aimés dans une intégrité parfaite, il les réunira à leurs âmes saintes, et ils deviendront vivants ; il bénira cette union, afin qu'elle ne puisse plus être rompue, et il les rendra immortels. Il fera que cette union sera tellement intime, que les corps participeront aux honneurs des âmes ; et par là nous les verrons glorieux. Tels sont les magnifiques présents que Jésus-Christ fera en ce jour à ses élus par la puissance de sa parole. Il les fera sortir de leurs tombeaux pour leur donner la vie, l'immortalité et la gloire; la mort ne sera plus, et toutes les marques de corruption seront abolies : Novissima inimica destruetur mors. 0 puissance de Jésus-Christ! ô mort glorieusement vaincue! ô ruines du genre humain divinement réparées !
Mais, mes frères, avant que la mort soit anéantie, il faut que le péché soit détruit, parce que c'est par le péché que la mort a régné sur la terre. Souvenez-vous donc, mes frères, de ce que nous avons dit au commencement, que Dieu n'a pas fait la mort : au contraire, comme il a créé l'âme raisonnable pour habiter dans le corps humain, il avait voulu au commencement que leur union fût indissoluble; et c'est peut-être un des sens qu'il faut donner à cette parole du Psalmiste : Corpus autem aptasti mihi K « Vous m'avez approprié un corps : » de même que s'il eut dit comme en son nom au Créateur : 0 Seigneur, vous avez fait mon âme d'une nature bien différente du corps ! car après avoir formé ce corps avec de la boue, c'est-à-dire
* Hom. IV, 17.
2 Apolog. n" 48.
^ Psal. XXXIX, 7. Hebr,, x, 5.
avec une terre détrempée, ce n'est plus ni de la terre, ni de l'eau, ni du mélange du sec et de l'humide, ni enfin d'aucune partie de la matière que vous avez tiré l'âme que vous avez mêlée dans celte masse pour la vivifier. C'est de vous même, c'est de votre bouche que vous l'avez fait sortir ; vous avez soufflé un souffle de vie, et l'homme a été animé, non par l'arrangement des organes, non par la température des qualités, non par la distribution des esprits vitaux, mais par un autre principe de vitalité, que Dieu a tiré de son propre sein, par une nouvelle création, toule différente de celle qui a tiré du néant et qui a formé la matière. C'est pourquoi quand il veut former l'homme, il recommence un nouvel ordre de choses, une nouvelle création : Faciamus hominem *. « Faisons l'homme. » C'est un autre ouvrage, une manière différente de tout ce qui précède ; rien encore qui lui soit semblable.
Que si cette théologie ne vous ennuie pas, j'ajouterai, chrétiens, que Dieu avait fait cette âme d'une nature immortelle. Car pour laisser à part les autres raisons qui nous montrent cette vérité, il suffit de considérer celle que nous apporte l'Écriture sainte ; c'est que Dieu l'a faite à son image, qu'elle est participante de la vie de Dieu ; elle vit en quelque façon comme lui, parce qu'elle vit de raison et d'intelligence, et que Dieu l'a rendue capable de l'aimer et de le connaître, comme lui-même s'aime et se connaît. C'est pourquoi étant faite à son image, et étant liée par son fond à son immortelle vérité, elle ne tient point son être de la matière, et n'est point assujettie â ses lois : de sorle qu'elle ne périt point, quelque changement qui arrive au-dessous d'elle, et ne peut plus retomber dans le néant, si ce n'est que celui qui l'en a tirée, et qui l'ayant faite à son image, l'attache à lui-même comme à son principe, là-
* Gen, I, "lii.
che la main tout à coup, et la laisse aller dans cet abîme. Toutefois, comme elle est dans le dernier ordre des substances intelligentes, c'est en elle que se fera l'union entre les esprits et les corps, afin que tout soit disposé comme par degrés. Dieu a fait des substances séparées des corps : Dieu les peut faire en divers degrés, c'est-à-dire plus ou moins parfaites ; et en descendant toujours on pourra enfin venir à quelqu'une qui sera si imparfaite qu'elle se trouvera en quelque sorte aux confins des corps' et sera de nature à y être unie. Lh, en descendant toujours par degrés du parfait à l'imparfait, on arrive nécessairement aux extrémités et comme aux confins où le supérieur et l'inférieur se joignent et se touchent. Car je crois qu'on peut entendre facilement que tout est disposé dans la nature comme par degrés, et que le premier principe donne 1 être et se répand lui-même par cet ordre et comme de proche en proche. Ainsi l'âme raisonnable se trouvera naturellement unie à un corps, a Vous m'avez (( approprié un corps : » Corpus autem aptaHimihi.
Mais ce mot d'approprier un corps a une plus particulière sigmfication; car il faut nous persuader que l'âme raisonnable parle et dit à son Créateur: Comme vous m'avez faite immortelle en me créant à votre image, vous m'avez aussi approprié un corps si bien assorti avec moi, que notre paix et notre union serait éternelle et inviolable, si le péché venant entre deux n'eût troublé cette céleste harmonie Comment est-ce que le péché a désuni deux choses si bien assorties ? Il est aisé de l'entendre par cette excellente doctrine de saint Augustin : car, dit-il, c'est une loi immuable de la justice divine, que le mal que nous choisissons soit puni par un mal que nous haïssons. De sorte que c'a été un ordre très-juste qu'étant allés au péché par notre choix la mort nous ait suivis contre notre gré, et que « notre « âme fût contrainte de quitter son corps par une juste
(( punition de ce qu'elle a abandonné Dieu par une dépra- « vation volontaire : » Spiritus, quia volens deseruit Deum^ deserit corpus invitiis *.
C'est, mes frères, en cette sorte que « le péché étant (( entré dans le monde, la mort, comme dit l'Apôtre, y est a entrée par le même moyen 2. » C'est pourquoi le Fils de Dieu ne détruit la mort qu'après avoir détruit le péché ; et avant que d'adresser aux morts, à la fin des temps, la parole qui les ressuscite, il adresse dans le cours des siècles à tous les pécheurs, sa parole, qui les convertit et qui les appelle à la pénitence. C'est cette parole que nous vous portons. Plût à Dieu que nous pussions détacher de notre parole tout ce qui flatte l'oreille, tout ce qui délecte l'esprit, tout ce qui surprend l'imagination, pour n'y laisser que la vérité toute simple, la seule force et l'efficace toute pure du Saint-Esprit, nulle pensée que pour convertir ! 0 morts, c'est donc à vous que je parle, non à ces morts qui gisent dans ce tombeau et reposent en paix et en espérance sous cette terre bénite ; mais à ces morts parlants et écoutants, (( qui ont le nom de vivants et qui sont morts en efi'et : » Nomen hahes quod vivas et mortuaes ^; qui portent leur mort dans leur âme, parce qu'ils y portent leur péché. Écoutez, ô morts spirituels : c'est Jésus-Christ qui vous appelle pour ressusciter avec lui. a Pourquoi voulez-vous mourir, mai- <( son d'Israël * ? » Sortez de vos tombeaux, sortez de vos mauvaises habitudes. Ah ! que je vous relève aujourd'hui : mais avant de vous relever, que je vous abatte.
« Encore quarante jours, et Ninive sera détruite : »
Adhuc quadraginta dies, et Ninive subverlelur '\ Dieu les me-
1 De Trinif. lib. iv, 11° 10, t. viii, col. 820.
^Rom. V, 1?.
^ Apoc. m, 1.
* Ezech. XXX m, II.
5 Joan. 111, 4.
SUU LA RÉSURRECTION DERiNIÈRE. 109
nace de les renverser, et ils se renversent eux-mêmes en détruisant jusqu'à la racine leurs inclinations corrompues : Subvertitur plane, dum calcatis deterioribus studiis admeliora convertitur : subvertitur plane, dum purpura in cilicium, afflaentia in jejunium, lœtilia mutatur in fletum i. De quoi vous plaignez-vous, ô Seigneur ? vous avez dit que Ninive serait renversée; en effet, elle est renversée en tournant en bien ses mauvais désirs. « Ninive est véritablement ren- « versée, puisque le luxe de ses habits est changé en un sac « et un cilice, la superfluité de ses banquets en un jeûne « austère, la joie dissolue de ses débauches aux saints gé- « missements de la pénitence. » 0 ville utilement renversée ! Paris, dont on ne peut abaisser l'orgueil, dont la vamté se soutient toujours malgré tant de choses qui la devraient déprimer, quand te verrai-je renversée? Quand est-ce que j'entendrai cette bienheureuse nouvelle- Le règne du péché est renversé de fond en comble • ses femmes ne s'arment plus contre la pudeur, ses enfants ne soupirent plus après les plaisirs mortels, et ne livrent plus en proie leur âme à leurs yeux: cette impétuosité, ces emportements, ce hennissement des cœurs lascifs est supprime : ceux qui ont attenté sur la couche de leur procham, [sont aujourd'hui chastes] : le bien d'autrui [est enfin restitue ?]. . . « Et les trésors d'iniquité sont encore dans ton « coffre comme un feu prêt à te dévorer : » Et adhuc in arca tua ?gms thesauri iniquitatis qui dévorant te 2 Tu crois te les être appropriés par l'usage de tant d'années : tout est renversé. Mais relevez-vous, sortez de ces tribunaux, salutaires tombeaux des pénitents, venez à la table des enfants venez a la vie, venez au pain véritable que Moïse n'a pu' donner à nos pères 3 : venez au corps de Jésus, qui est le second principe de résurrection et de vie.
l^-Eucher. Homit.de pœnit. NiniviLTub/iJ. PP rvr col ni • 2 Mtch, VI, 10. —^Joan, vi,3>. " ' ' '
SECOND POINT
Le corps de Jésus-Christ est premièrement le modèle de notre résurrection. Un architecte qui bâtit un édifice, se propose un plan et un modèle : Jésus-Christ se propose son propre corps. « Il transformera notre corps tout vil et « abject qu'il est, afm de le rendre conforme à son corps « glorieux : )) Reformabit corpus humilitatis nostrœ configuratum corpori claritatis suœ *. Il en est secondement le gage : « Si les morts ne ressuscitent point, Jésus-Christ <( n'est donc point ressuscité : » Si moiHui non résurgent, neque Christus resurrexit 2 : « les prémices de la résurrec- « tion : » Primiliœ dormientium ^ : le grain de froment. <( A la fm des siècles, dit saint Augustin, tout le genre hu- <( main se lèvera comme une seule moisson ; l'essai en a <i été fait dans le principal grain : » Sed generis humani una in fine sœculi messis assurget : tentatum est experimentum in principali grano ^. Il est en troisième lieu le principe d'incorruption s. La corruption par le sang : de même l'immortaHlé. D'où vient donc qu'il faut mourir et être assujetti à la corruption? [C'est que nous portons une] chair de péché : de là chargée d'infirmités et de maladies. Allez dans les hôpitaux durant ces saints jours pour y contempler le spectacle de l'infirmité humaine : là vous verrez en combien de sortes la maladie se joue de nos corps. Là elle étend, là elle retire ; là elle relâche, là elle engourdit ; là elle cloue un corps perclus et immobile, là elle le secoue tout entier par le tremblement. Pitoyable variété î diversité surprenante I Chrétiens, c'est la maladie qui se joue comme il lui plaît de nos corps, que le péché a abandonnés à ses
1 Philip, m, 21. — ' I. Cor. xv, 13. — » Ihid. 24. *S. Aug. Serm. ccciai, n» 10, t. v, col. 1411. » S. Cyril. Alex, in Joan. lib. iv, cap. 1 1.
SUR LA RÉSURRECTION DERNIÈRE. lli
cruelles bizarreries. 0 homme, considère le peu que tu es ; regarde le peu que tu vaux : viens apprendre la liste funeste des maux dont ta faiblesse est^enacée. Et la fortune pour être également outrageuse, ne se rend pas moins féconde en événements fâcheux. Le secours qu'on leur donne, image du grand secours que leur donnera un jour Jésus-Christ en les affranchissant tout à fait. Mais en attendant il faut qu'ils tombent pour être renouvelés ; ils ne laisseront à la terre que leur mortalité et leur corruption. Il faut que ce corps soit détruit jusqu'à la poussière : la chair changera de nature, le corps prendra un autre nom : même celui de cadavre ne lui demeurera pas longtemps. La chair deviendra un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue : tant il est vrai que tout meurt en eux jusqu'à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ces malheureux restes : Post totum ignohilitatis elogium, cuducœ in originem terram, et cadaveris nomen;et de istoqunque nomine periturœ in nullum indejam nomen[ia omnis jam voeu bu li morteni *.
Mais ayant participé au corps du Sauveur, principe de vie [ne participons plus au péché, principe de mort]. Nous recevons par le baptême un droit réel sur le corps de Jésus- Christ ; donc sur sa vie, sur sa grâce, sur son immortalité. Ne renonçons point à ce droit, ne le perdons pas. Le j)lus beau droit de l'Église comme une épouse. Deux espèces de communion, le droit, et l'actuelle participation 2. Nous demeurons toujours dans la communion du mystère, nonseulement dans l'actuelle participation, mais dans le droit de communier.
« Le corps n'est pas pour la fornication, mais pour le ' Seigneur, « et le Seigneur pour le corps : » Corpus non for-
* Tert. de lies, carnis^ n» 4.
« Ces deux dernières phrases sont des notes marginales.
nicafîom, sed Domino, et Dominus corpori ^. Il fait notre corps semblable au sien, un temple. Solvite templum hoc 2 : (c Détruisez ce temple. » Nous devons l'orner comme un temple avec bienséance, je le veux bien ; mais toujours avec dignité : rien de vain, rien de profane. Donc, ô sainte chasteté, fleur de la vertu, ornement immortel des corps mortels, marque assurée d'une âme bien faite et véritablement généreuse, protectrice de la sainteté et de la foi mutuelle dans les mariages, fidèle dépositaire de la pureté du sang, et qui seule en sait conserver la trace ; viens consacrer ces corps corruptibles, viens leur être un baume éternel et un céleste préservatif contre la corruption ; viens les disposer à une sainte union avec le corps de Jésus-Christ ; et fais qu'en prenant ce corps, nous en tirions aussi tout l'esprit.
TROISIEME POINT
Je l'ai déjà dit, mes frères, mais il faut le dire encore une fois, que durant ce temps de corruption Dieu commence déjà dans nos corps l'ouvrage de leur bienheureuse immortaUté. Oui, pendant que ce corps mortel est accablé de langueurs et d'infirmités, Dieu y jette intérieurement les principes d'une consistance immuable ; pendant qu'il vieillit. Dieu le renouvelle ; pendant qu'il est tous les jours exposé en proie aux maladies les plus dangereuses et à une mort très-certaine. Dieu travaille par son Esprit-Saint à sa résurrection glorieuse. De quelle sorte s'accomplit un si grand mystère? Saint Augustin, qui l'a appris du divin apôtre, vous l'aura bientôt expliqué par une excellente doctrine.
Mortels, apprenez votre gloire : terre et cendre, écoutez
» I. Cor. VI, 13 ' Joan. II, 10.
SUK LA BÉSURRECTiON DERNIÈRE. 113
attentivement les divines opérations qui se commencent en vous II faut donc savoir, avant toutes choses, que le Samt-Espril habite en nos âmes, et qu'il y préside par la chante qu d y répand. Comment ^ette divine opération s etend-e lesurlecorps? Écoutez un mot de saint Augustin et vous 1 entendrez : „ Celui-là, dit ce saint évêque, pos- « sede le tout, qui tient la partie dominante : „ Totum tmsidet qui principale tenet K « Or en nous, poursuit ce «grand homme, il est aisé de connaître que c'est l'âme « qui tient la première place, et que c'est à elle qu'ap- « partient l'empire. ,, De ces deu.x principes si clairs, si indubitables, saint Augustin tire aussitôt cette conséquence tacile : « Dieu tenant cette partie principale, c'est-à-dire « 1 ame et l'esprit, par le moyen du meilleur, il se met er « possession de la nature inférieure; „ par le moven du prince, il s acquiert aussi le sujet ; et dominant sur l'âme qm est la maîtresse, il étend sa main sur le corps, l'assujettit a son domaine, et s'en met en possession. C'est ainsi que notre corps est renouvelé parla grâce du christianisme. 1 change de maître heureusement, et passe en de meilleures mains: par la nature il était à l'âme, par la corruption Il servait au vice, par la grâce et la religion il est a Dieu.
Il se Mi comme un sacré mariage entre notre esprit et 1 esprit de Dieu ; ce qui fait que « celui qui s'attache au « clivm Esprit, devient un même esprit avec Dieu: » qui adhœret Domino, mus spiritus est \ Et comme on voit dit
1 ertulhen , dans les mariages, que la femme rend son é poux maître de ses biens, et lui en cède l'usage ; ainsi l'âme en s unissant à l'esprit de Dieu, et se soumettant à lui comme a son époux, lui transporte aussi tout son bien comme étant le chef et le maître de cette communauté bienheu-
[STm.cLw.u- (;,t. V, col. 777.
^ I. Cov. \\, 17.
reuse, « La chair la suit, dit Tertullien, comme une partie « de sa dot ; et au lieu qu'elle était seulement servante de c( l'âme, elle devient servante de l'esprit de Dieu. » Seqmtur animam nubentem spiritui caro, ut dotale mancipium ; et jam non animœ famula, sed spiritm K En effet, ne voyez-vous pas que le corps du chrétien change de nature, et qu'au lieu d'être simplement l'organe de l'âme, il devient l'mstrument fidèle de toutes les saintes volontés que Dieu nous inspire . Ou'est-ce qui donne l'aumône, si ce n'est la main? Qu'estce qui confesse ses péchés, si ce n'est la bouche? Qu'estce qui les pleure, si ce n'est les yeux? Qu'est-ce qm brûle du zèle de Dieu, si ce n'est le cœur? En un mot, dit le saint apôtre, « tous nos membres sont consacrés à Dieu, et doi- (( vent être ses hosties vivantes K » Qui ne voit donc que le Saint-Esprit se met en possession de nos corps, puisqu'ils sont les instruments de sa grâce, les temples où il se repose en sa majesté, et enfin les hosties vivantes de sa souveraine
grandeur?
Mais poussons encore plus loin ce raisonnement, et lirons la conséquence de ces beaux principes. Si Dieu remplissant nos âmes s'est mis en possession de nos corps, donc la mort, ni aucune violence, ni l'effort de la corruption ne peut plus les lui enlever. Tôt ou tard Dieu rentrera dans son bien, et retirera son domaine. Le fils de Dieu a prononcé que « nul ne peut rien ravir des mains de son H Père. Mon Père, dit-il, est plus grand que toute la na- (( ture : » Nemo potest rapere de manu Patris mei \ Et en effet, ses mains étant si puissantes, nulle force ne les peut vaincre ni leur faire lâcher leur prise. Ainsi Dieu ayant mis sur nos corps sa main souveraine, s'en étant saisi par son Esprit-Saint, que l'Écriture appelle son doigt, et en étant
» Tert. de Anima, n« 41.
« Hom. XII, l.
» Joan. X, 'id.
déjà en possession ; Ô chair, j'ai eu raison de le dire, qu'en quelque endroit de l'univers que la corruption te jette et te cache, tu demeures toujours sous la main de Dieu. Et toi terre, mère tout ensemble et sépulcre commun de tous les mortels, en quelques sombres retraites que tu aies englouti, dispersé, recelé nos corps, tu les rendras tout entiers ; et plutôt le ciel et la terre seront renversés, qu'un seul de nos cheveux périsse ; parce que Dieu en étant le maître, nulle force ne peut l'empêcher d'achever en eux son ouvrage.
Ne doutez pas, chrétiens, « que si l'Esprit immortel qui « a ressuscité le Seigneur Jésus habite en vous, cet Esprit « qui a ressuscité Jésus-Christ, vivifiera aussi vos corps (( mortels à cause de son esprit qui habite en vous K » Car cet Esprit tout-puissant, infiniment délecté de ce qu'il a fait en Jésus-Christ, agit toujours en conformité de ses divines opérations ; et pourvu qu'on le laisse agir, il achèvera son ouvrage. Nulle puissance du monde ne peut empêcher son action, et nous seuls pouvons lui être un obstacle • parce que les dons de Dieu demandent, ou une fidèle coopération, ou du moins une acceptation volontaire. Laissonsnous donc gouvernera l'Esprit de Dieu, laissons-lui dompter nos corps mortels. Si nous voulons qu'il déploie sur eux toute sa vertu, laissons-lui les assujettir à sa divine opération. Détachons-nous de nos corps pour nous attacher fortement à l'Esprit de Dieu. Car que faisons-nous chrétiens, lorsque nous flattons notre corps, que faisons-nous autre chose que d'accroître la proie de la mort, lui enrichir son butin, lui engraisser sa victime? Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel I et quel traitement te ferai-je *? S je t'affaiblis, je m'épuise ; si je te traite doucement, je ne puis éviter ta force qui me porte à terre, ou qui m'y re-
* llom. vir, tl.
tient. Que ferai-je donc avec toi, et dç quel nom t'appellerai-je, fardeau accablant, soutien nécessaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre, ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'ac corder, et à chaque moment il faut rompre ? 0 inconcevable union, et aliénation non moins étonnante ! Puis-je me détacher de ce corps? Puis-je aussi m'y attacher avec tant de force, et contracter avec ce mortel une amitié immortelle ? « Malheureux homme que je suis ! Hélas ! qui (( me délivrera de ce corps de mort ^ ? »
C'est le commun sujet du gémissement de tous les véritables enfants de Dieu. Tous déplorent leur servitude, tous ressentent avec douleur que « ce fardeau du corps opprime « l'esprit : )> Corpus quod corrumpitiir aggravât animam ^ : lui ôte sa liberté véritable. C'est pourquoi le grand saint Amboise nous enseigne gravement que notre esprit n'étant dans le corps qu'en passant, nous ne devons pas lui permettre de s'attacher à cette nature dissemblable, mais que nous devons tous les jours rompre nos liens, afin que l'esprit se renfermant en lui-même conserve sa noblesse et sa pureté. Deux liens, ceux de la nature, et ceux de l'affection. Pour le premier, c'est à Dieu à rompre : pour l'autre, c'est à nous à prévenir : « Je meurs tous les jours, » dit l'Apôtre : Quotidiè morio ^. Par la première union l'àme est en prison et en servitude, le corps la domine, et s'en rend le maître. Secouons ce joug, tirons-nous de cette indigne dépendance : il se fera une autre union par laquelle l'àme dominera. «Étudions-nous chaquejour, dit saint Ambroise, (( à mourir, afin que notre âme par cette séparation apte prenne à se retirer des cupidités corporelles ; qu'élevée (( au-dessus des sens, les inclinations terrestres ne puissent
1 Rom. VM, 24.
s Sap. i\, 15.
3 1. Cor. XV, ai
SUR LA HÉSURRECTIOiN DERNIÈRE. in
« l'atteindre et s'y coller ; et qu'elle éprouve ainsi unesorte «de mort, afin de ne point encourir la peine de la mort. .. ■V; gmtidmnus usus m nobis offMusque moriendi, ut per Mam, quam Aximus, segregationem à corporeh cupiditatibm, anma nostra se dkcat extro.l,ere, et quasi in sublimi locatà qu^lerrenœ adiré libidines et eam sibi glutinare non possint\ susctptat mortis maginem, ne pœnam mortis imurrat ' C'est pourquoi dans la fonction qui est donnée à notre âme d'animer et de mouvoir les organes corporels, le même saint Ambro.se avertit de ne se plonger pas tout à fait dedans «t de ne se mêler pas avec eux : Non credamus hidc cornori nec mtsceamus cum illo animam nostram \ mais plutôt que nous les touchions d'une main légère comme un instrument de musique : Summis, ut ita dicmn, digitis sicut ne,-vorum sonos, ita puhat carnis istius passiones
On se pique de délicatesse, comme on se pique d'esprit ou de grandeur. Une tendre éducation Une personne si
Uiere.....Cesom extrême du corps estindignedu chrétien. A ous voudriez vous rendre immortels : la moindre douleur la moindre faiblesse vous accable et vous décourage • vou abandonnez tous les exercices de piété. Vous craignez d'échaulTer ce sang, cette tête déjà trop émue, et ce tempérament SI faible, si délicat. Que ne vous serv;z-vous plutôt de cette occasion favorable, pour rompre ces liens trop
iZil\ 7 1 ■'"''' P'"'*'"' 'i''' ^^ "^ture vous aide!
qu elle tire les hens SI elle ne les brise pas tout à fait encore^
Apprenez a regarder ce corps, dont la faiblesse vous appe-
antit, non plus comme une demeure agréable, mais
ZZ^r ''""" '"''°^'""^= "°" plus comme' votre organe, mais comme votre empêchement et votre fardeau • « Je SUIS captif de ce corps, et captif trop assujetti ; je
' ne FUk lies,,,;: lih. „, „« 40, t. „, col. I H i .
/>«»«.,./.„./. cap. ,x. uMO. l. ,,™l. 400. ^'Oïd. cap. ïH, II» 27, col. 401.
« m'affranchirai en souffrant, afin de ressusciter tout à fait (( libre K » L'âme sera démêlée de ce corps de mort qu'elle laisse au-dessous d'elle, et retirée dans sa propre enceinte 2. La faiblesse et la douleur qui agitent tout le corps forcent l'âme à s'en détacher; et la renfermant dans ses propres biens, lui font corriger une secrète délicatesse et un certam repos dans les sens, qui gagnent les hommes trop facilement dans une grande santé.
Que si rattache à la santé même et à la vie, est si vicieuse et si contraire à la dignité du christianisme, que dirai-je de la curiosité, de la vanité, de cette vivacité qu'on affecte tant sur le teint et sur le visage ? Faible et misérable créature, et vainement appelée à une beauté et à une gloire éternelle, vous ne sauriez sans regret voir tomber cette fleur d'un jour, ni passer cette couleur vive, ni cet air de jeunesse s'évanouir. Hélas I vous en avez honte, comme si c'était un défaut. Yous voulez cacher vos années, et nonseulement les cacher, mais résister à leur cours qui emporte tout, vous soutenir contre leur effort, et tromper leurs mains si subtiles qui ne cessent de vous enlever par mille artifices toujours quelque chose. Est-ce là cette gloire du corps de Jésus? Hé I laissez -vous dépomller de ce fragile ornement qui ne fait que nourrir votre vanité, vous exposer à la tentation, vous environner de scandales. Quittez l'amour de ce corps trop chéri et trop soigné : car si vous persistez à le tant chérir, ô que la mort vous sera cruelle I 0 que vainement vous soupirerez, disant avec ce roi des Amalécites : Siccine séparât amara mors ^ a Est-ce (( ainsi que la mort amère sépare de tout? » Quel coupl quel effort ! quelle violence !
1 s. lanat, Epist. ad Uom. iv.
t Cette plirase et quelques autres de ce paragraphe sont en marge du
""t'Note' marginale : une autre santé, une autre beauté, une autre vie.
Au contraire un homme de bien n'a rien à perdre en ce jour. La mortification lui rend la mort familière. Le détachement du plaisir le désaccoutume du corps. Il a depuis fort longtemps, ou dénoué, ou rompu les hens les plus délicats qui nous y attachent. Il ne s'afflige donc pas de quitter son corps ; il sait qu'il ne le perd pas. Il a appris de l'Apôtre que nous avons un double voyage à faire : Scientes quoniam dum sumus in corpore peregrinamur à Domino. . . Bonam voluntatem habemus magis peregiHnari à corpore, et prœsentes esse ad Dominum : a Nous savons que « pendant que nous habitons ce corps, nous sommes éloi- <( gnés du Seigneur... Nous aimons mieux sortir de la « maison de ce corps pour aller habiter avec le Seigneur 2. » Car tant que nous sommes dans le corps, nous voyageons loin de Dieu ; et quand nous sommes avec Dieu, nous voyageons loin du corps. L'un et l'autre n'est qu'un voyage, et non une entière séparation, parce que nous passons dans le corps pour aller à Dieu, et que nous allons à Dieu dans l'espérance de retourner à nos corps. Ainsi lorsque nous vivons dans cette chair, nous ne devons pas nous y attacher comme si nous y devions demeurer toujours ; et lorsqu'il en faut sortir, nous ne devons pas nous aflliger comme si nous n'y devions jamais retourner. Par là étant délivrés des soins inquiets de la vie et des appréhensions de la mort, lorsque notre dernière heure approche, nous nous endormons en paix et en espérance. Car que crains-tu, âme chrétienne, dans les approches delà mort? Crains-tu de perdre ton corps? Mais que ta foi ne chancelle pas ; pourvu que tu le soumettes à l'Esprit de Dieu, cet Esprit tout puissant te le rendra meilleur, saura bien te le conserver pour l'éternité. Peut-être qu'en voyant tomber ta maison, tu appréhendes d'être sans retraite: mais écoute le divin
*l. lieg XV, 32.
* II. Cor. VI, 8. Cette citation est en marge du manuscrit.
Apôtre : « Nous savons, dit-il aux Corinthiens, nous ne « sommes pas induits à le croire par des conjectures dou- « teuses ; mais nous le savons très-assurément et avec une « entière certitude, que si cette maison de terre et de boue « dans laquelle nous habitons, est détruite, nous avons une u autre maison qui n'est pas bâtie de main d'homme, lace quelle nous est préparée au ciel ^ » 0 conduite miséricordieuse de celui qui pourvoit à tous nos besoins ! « Il a « dessein, dit excellemment saint Jean Chrysostome ^, de « réparer la maison qu'il nous a donnée : pendant qu'il la « détruit et qu'il la renverse pour la rebâtir toute neuve, il « est nécessaire que nous délogions. )) Car que ferions-nous dans ce tumulte et dans cette poudre? Et lui-même nous offre son palais, il nous y donne un appartement pour nous faire attendre en repos l'entière réparation de notre ancien édifice. Ne craignons donc rien, mes frères ; songeons seulement à bien vivre : car tout est en sûreté pour le chrétien. Tu n'oses pas, chrétien, tu te défies de tes œuvres ; songe donc à cette assurance ^.
« II. Co}\ V, 1.
^ Homil, in dict. Apost. De dormientibus^ etc. l. i, p. TGi.
' Cette dernière phrase est en marge du manuscrit.
POUR
LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT