Aug. SeriTj. ccclxii, n" 29, t. v, col. 1435 et 143G
* Sed iiolite iterum carnali cogitationecontristari, quia si fjrte aliquis vestrum steterit et dixerit quolidie Amen et Alléluia, tœdio niarcescet et in ipsis vo2ibus dormifabit. .. Non sonistranseuntibusdicemus Aruen Alléluia, sed affeclu animi. Quid est enim Amen Pquid Alléluia ? Amen' Est verum: Alléluia, Laudate Deum.... Deus veritas est, ii.comuiutabilis, sine defectu, sine provectu, sine detrimento,slne auiçmenlo, sine alicujus falsitatisinclinatione, perpétua elstabilis, et semfer incorruptibilis maliens.... Amen utique dicemus, sed insatiabili satietate. Quia
(( choses d'une manière toute charnelle, et ne dites pas « ici que si quelqu'un entreprenait, étant debout, de (( répéter toujours Amen, Alléluia, il serait bientôt con- <( sumé d'ennui, et s'endormirait enfin tout en répétant (( ces paroles. Cet Amen, cet Alléluia ne seront point ex- <( primés par des sons qui passent, mais par les sentiments « de l'âme embrasée d'amour. Car que signifie cet Amen ? « que veut dire cet Alléluia ? Amen, Il est vrai ; Alléluia, « Louez Dieu. Dieu est la vérité immuable, qui ne connaît (( ni défaut, ni progrès, ni déchet, ni accroissement, ni (( le moindre attrait pour la fausseté : éternelle et stable, (( elle demeure toujours incorruptible. Ainsi nous dirons « effectivement Amen, mais avec une satiété insatiable : « avec satiété, parce que nous serons dans une parfaite (( abondance ; mais avec une satiété toujours insatiable si « l'on peut parler ainsi, parce que ce bien, toujours sa- (( tisfaisant, produira en nous un plaisir toujours nouveau. u Autant donc que vous serez insatiablement rassasié de la (( vérité, autant direz- vous par cette insatiable vérité : (( Atnen, il est vrai. Reposez-vous et voyez : ce sera unsab- (( bat continuel. Et telle sera la vie des saints, telle l'action <( de leur paisible inaction. Là il y aura une grande stabi- (( lité, et l'immortalité même de notre corps sera attachée <( à la contemplation de notre Dieu. Ne craignez donc pas
enim non deeril aliqiiid, ideo satietas : quia vero illud quod non deerit semper delectabit, ideo quaedam, si dici potest, insatiabilis satietas erit. Quam ergo insatiabiliter satiaheris veritate, tam insatiabili veritate dices: Amen *.. . Vacale et videte.... sabbatum perpeUiiim **.... Ethaeceritvitasanctorum, hœcactioquietorum ***. . Stabilitasibi magna eril, et ipsa immortaluas corporis nostri jam suspeudetnr in conteniplalione Dei.... Noli timere ne non poisis semper laudare quem semper poteris amare *'**.
• .s. Aug. Serni. ccclxii, n, 29, ubi siiprà.
*• Ibi'l. n. 28.
♦** 76«W. II. 30, col. 1*37.
•*** Jn Psal. Lxxxni, n. 8, t. iv, col. 381 . ,
« de ne pouvoir toujours louer celui que vous pourrez <( toujours aimer, n
« 1 Quand on dit que tout le reste nous sera désormais « soustrait, et que Dieu fera le sujet continuel de noire « délectation, l'âme, accoutumée à se délecter dans la « multiplicité des objets, se trouve comme angoissée. Cette <( âme charnelle, attachée à la chair, dont les ailes engluées « par ses mauvaises cupidités l'empêchent de voler vers <( Dieu, se dit: De quoi jouirai-je quand je ne mangerai, <( ne boirai, ni ne vivrai plus avec ma femme? quel plaisir u me restera-t-il alors ? C'est la maladie et non la santé qui « vous fait goûter ce plaisir imaginaire. Les malades sont « sujets à certaines envies : ils brûlent d'ardeur pour une « telle eau, ou pour un fruit de telle espèce, et les souhai- <( tent si passionnément qu'ils s'imaginent devoir jouir de u l'objet de leur désir. La santé revient, et ces appétits <( s'évanouissent. Le malade commence d'avoir du dégoût « pour les choses qui lui causaient un appétit si immodéré,
' Quando dicitur qiiod cœtera subtrahunlur et solus Deus erit quo delec emur, quasi angustatur anima quae consuevit multis delectari et dic.t ,s.bi anima carnalis, carni addlcta, visco malarum cupiditatim involutas pennas habens ne volet ad Deum, dicit sibi : Quid mihi erir ub. non manducabo, ubi non bibam, ubi cum uxore non dormiam ^ quale gaudmm mihi tune erit ? Hoc gaudium tuum de œgritudine est' non de san.tate . Sunt quaedam œgrotantium desideria: ardent desideno au ahcujus fontis aut alicujus romi. et sic ardent ut exist.n'ent
2. nH -, ; l''?" •^'f ''"' '"*'• ^'"'^ ^«"'^««^ et périt cupiditas quod des.derabat. fastidit; quia hoc in illo febris quœrebat. . Cùm mul a s.nt œgrotantium desideria quae ista sanitas tollit :.... sic omnià toUit immortaliias, quia sanitas nosira immortalitas est *
Spes laclat nos, nutrit nos, confirmât nos.
Bossuet avait placé dans son manuscrit ces textes latins, dans l'ordre ou nous les rangeons ici. C'étaient autant de matériaux qui deva ent servira compléter son discours: ils nous ont paru mériter d'étreTc donnes de suite, pour mieux faire sentir le dessein de l'auteur, qui en
Ih, Hp"!.?""' "'i' '" ^'■'"^"'^ ^"'^^""« Ph'"«^e«' q^e nous avons eu som de conserver dans notre traduction. (EdiL de Déforis,)
* S. Avg. Serm. ccui, n. 7, col. 1053 et 1054.
(( parce que ce n'était pas lui , mais la fièvre , mais la ma- (( ladie qui cherchait ces choses. Or, comme il y a beauce coup de désirs de malades que la santé dissipe, ainsi « l'immortalité enlève toutes les cupidités, parce que notre .'( santé consiste dans l'immortalité. L'espérance nous al- (. laite, nous nourrit, nous fortifie. »
Les esprits inquiets n'entendent pas cette joie : « Ce {( peuple inquiet qui veut toujours être en mouvement et a ne sait point se reposer ne plaît point au Seigneur : )> Hœc dicit Dommus populo qui dilejcit movere pedes suos, et non quievit, et Domino non placuit^ : « Goûtez et voyez. « Restez en repos et voyez :» Gustate et videte. Vaeateet videte 2. Ils ne connaissent point d'action sans agitation, et ne croient pas s'exercer s'ils ne se tourmentent: Vacate et videte: a Restez en repos et voyez. » Action paisible et tranquille. Voulez -vous, mes frères, que je vous en donne quelque idée? Souffrez que je vous fasse réfléchir encore une fois sur l'action qui vous occupe dans cette église.
Vous m'écoutez, ou plutôt vous écoutez Dieu qui vous parle par ma bouche. Car je ne puis parler qu'aux oreilles; et c'est dans le cœur que vous êtes attentifs, où ma parole n'est pas capable de pénétrer. Je ne sais si cette parole a eu la grâce de réveiller au dedans de vous cette attention secrète à la vérité qui vous parle au cœur ? je l'espère, je le conjecture. J'ai vu, ce me semble, vos yeux et vos regards attentifs ; je vous ai vus arrêtés et suspendus, avides de la vérité et de la parole de vie. Vous a-t-elle délectés? vous a-t-elle fait oublier pour un temps les embarras des affaires, les boins empressés de votre maison, la recherche trop ardente des vains divertissements? Il mêle semble, mes frères, vous étiez doucement occupés de la suavité de la parole. Qu'avez-vous vu ? qu'avez-vous goûté? quel plaisir secret
* Jerem. xiv. lO.
2 Vml. XNMii, 8;XLv, 10.
a touché vos cœurs ? Ce n'est point le son de ma voix qui a été capable de vous délecter. Faible instrument de l'esprit de Dieu ; discours fade et insipide, éloquence sans force et sans agrément; c'est ce qu'on peut par soi-même. Ce qui vous a nourris, ce qui vous a plu, ce qui vous a délectés, c'est la vue de la vérité.
Ainsi Marie, sœur de Marthe, était attentive aux pieds de Jésus et écoutait sa parole. Ne vous étonnez pas de cette comparaison. Car encore que nous ne soyons que des hommes mortels et pécheurs, c'est cette même parole que nous vous prêchons. Ainsi elle s'occupait du seul nécessaire, et prenait pour soi la meilleure part qui ne pouvait lui être ôtée. Qu'est-ce à dire qui ne peut lui être ôtée? Les troubles passent, les affaires passent, les plaisirs passent, la vérité demeure toujours et n'est jamais ôtée à l'âme qui s'y attache ; elle la croit en cette vie, elle la voit en l'autre; en cette vie et en l'autre elle la goûte, elle en fait son plaisir et sa vie. Mais si cette vérité nous délecte quand elle nous est exprimée par des sons qui passent, combien nous ravira-t-elle quand elle nous parlera de sa propre voix éternellement permanente ! Ombres, énigmes, imperfection [ici-basj. Quelle sera notre vie lorsque nous la verrons à découvert ! Ici nous proférons plusieurs paroles, et nous ne pouvons égaler même la simplicité de nos idées: nous parlons beaucoup et disons peu. Combien donc sommes-nous éloignés de la grandeur de l'objet que nos idées représentent d'une manière si basse et si ravalée ! Et toutefois cette expression telle quelle de la vérité [nous plaît]. Là une seule parole découvrira tout : Semel locutus est Deus * : a Dieu a parlé une fois, » et il a tout dit. Il a parlé une fois,et en parlant il a engendré son Verbe, sa parole, son Fils en un mot. C'est en ce Verbe que nous verrons
Psal. \.\i, 11.
tout; c'est en cette parole que toute vérité sera ramassée. Et nous ne concevons pas une telle joie ? Vacate et videte : « Restez en repos et voyez; d sortez de l'empressement et du trouble, quittez les soins turbulents. Écoutez la vérité et la parole : Gustate et videte: Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux, et vous concevrez ce ravissement, ce triomphe, cette joie infinie, intime, de la Jérusalem céleste.
Mais, mes frères, pour parvenir à ce repos il ne nous faut donner aucun repos. Nul travail quand nous serons au lieu de repos ; nul repos tant que nous serons au lieu de travail. Pour être chrétien, il faut sentir qu'on est voyageur ; et celui-là ne le connaît pas qui ne court point sans relâche à sa bienheureuse patrie. Écoutez un beau mot de saint Augustin: Qui non gémit peregrinus, non gaudébit civis ^ : « Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne « se réjouira pas comme citoyen. » Il ne sera jamais habitant du ciel, parce qu'il séjourne trop volontiers sur la terre; et s'arrôtant où il faut marcher, il n'arrivera pas où il faut parvenir.
Mes frères, nous ne sommes pas encore parvenus, comme dit le saint apôtre 2 ; notre consolation, c'est que nous sommes sur la voie, Jésus-Christ est a la voie, la vérilé (( et la vie ^ ». C'est à lui qu'il faut tendre et c'est par lui qu'il faut avancer. Mais, mes frères, dit saint Augustin, «cette voie veut des hommes qui marchent: » \'ia isfa ambulantes quœrit ; c'est-à-dire, des hommes qui ne se reposent jamais, qui ne cessent jamais d'avancer; en un mot, des hommes généreux et infatigables : Via ista ambulantes quœrit. Tria sunt gênera hominum quœ odit, remanen-
> In Psal, cxLViii, n» i, t. iv, col. Ic:,').
2 Pfii/ip. m, 12.
3 Joan. Xiv, G.
DE TOUS LES SAINTS. Of
fem, rétro redeuntem, aberrantem i. Écoutez : (( Elle ne peut u souffrir trois sortes d'hommes: ceux qui s'égarent, ceux <( qui retournent, ceux qui s'arrêtent: » ceuxqui se détournent, ceux qui s'égarent, ceux qui sortent entièrement de la voie; ceux qui suivent leurs passions insensées, et qui se précipitent aux péchés damnables.
Je n'entreprends pas de vous dire tous les égarements et tous les détours; mais je vous veux donner une marque pour reconnaître la voie, la marque de l'Évangile, celle que le Sauveur nous a enseignée. Marchez-vous dans une voie large, dans une voie spacieuse, y marche-t-on bien aise, y marche-t-on avec la troupe et la multitude, avec le grand monde, etc. : ce n'est pas la voie de votre patrie. Vous n'êtes pas sur la voie, c'est la voie de perdition ; le chemin de votre patrie est un sentier étroit et serré. Le train et l'équipage embarrassent dans cette voie, je veux dire l'abondance, la commodité. Les vastes désirs du monde ne trouvent pas de quoi s'y étendre. Les épines qui l'environnent se prennent à nos habits et nous arrêtent. Tous les jours il nous en coûte quelque chose, tantôt un désir, tantôt un autre; comme dans un chemin difficile le train diminue toujours ; et tous les jours dans un sentier si serré, il faut laisser quelque partie de notre suite, c'est-à-dire quelqu'un de nos vices, quelqu'une de nos passions, tant qu'enfin nous demeurions seuls, nus et dépouillés, non- seulement de nos biens, mais de nousmêmes. C'est Jésus-Christ, c'est l'Évangile [qui nous le disent]. Qui de nous est tous les jours plus à l'étroit?
Ceux qui retournent en arrière, ils sont sur la voie, mais ils reculent plutôt que d'avancer. Entendons et pénétrons : vous avez embrassé la perfection, vous avez choisi la retraite, vous vous êtes consacré à Dieu d'une façon
* Serm. (h Cantic. Novo, n» 4, t. vi, col. 69 \
particulière, vous avez banni les pompes du monde, vous avez appréhendé de plaire trop. Yous avez recherché les véritables ornements d'une femme chrétienne, c'est-à-dire la retenue et la modestie, retranchant les vanités et le superflu. La prière, la prédication, les saintes lectures ont fait votre exercice le plus ordinaire. Yous vous lassez dans cette vie : vous ne sortez pas de la voie, vous ne vous précipitez pas aux péchés damnables, mais vous faites néanmoins un pas en arrière. Yous prêtez de nouveau l'oreille aux dangereuses flatteries du monde; vous rentrez dans ses joies, dans ses jeux, et dans son commerce; vous prodiguez le temps que vous ménagiez; vous ôtez à la piété ses meilleures heures. Si vous ne quittez pas votre modestie, vous voulez du moins qu'elle plaise, et vous ajoutez quelque chose à cette simphcité qui vous paraît trop sauvage. Ah ! cette voix intérieure du Saint-Esprit qui vous poussait dans le désert avec Jésus-Christ, c'està-dire, à la solitude et à la vie retirée, vous la laissez étourdir par le bruit du monde, par son tumulte, par ses embarras : vous n'êtes pas propre au royaume de Dieu. (( Celui-là n'y est pas propre, dit le Fils de Dieu, qui (( ayant mis la main à la charrue regarde derrière*.» Il ne dit pas qui retourne, mais qui regarde en arrière. Ce ne sont pas seulement les pas, mais les regards mêmes qu'il veut retenir: tant il demande d'attention, d'exactitude, de persévérance. Songez à la femme de Lot et au châtiment terrible que Dieu exerça sur elle -, pour avoir seulement retourné les yeux du côté de la corruption qu'elle avait quittée. Yous faites injure au Saint-Esprit et à la vocation divine, à cet esprit généreux qui ne sait point se relâcher ni se ralentir : vous ramollissez sa force, vous retardez sa divine et impétueuse ardeur; et par une juste punition
1 Luc. IX, G>.
2 Gen. XI, 2G.
il VOUS abandonnera à votre faiblesse. Vous aviez si bien commencé! Vous vous repentez d'avoir bien fait: vous faites pénitence de vos bonnes œuvres, pénitence qui réjouit non l'Église, mais le monde; non les anges, mais les démons.
Mais il y en a encore d'autres : elle ne souffre pas même ceux qui s'arrêtent, ceux qui disent : J'en ai assez fait, je n'ai qu'à m'entretenir dans ma manière de vie: je ne veux pas aspirer à une plus haute perfection, je la laisse aux religieux : pour moi, je me contente de ce qui est absolument nécessaire pour le salut éternel. Nouvelle espèce de fuite et de retraite : car pour arriver à cette montagne, à cette sainte Sion, dont le chemin est si roide et si droit, si l'on ne s'efforce pour monter toujours, la pente nous emporte et notre propre poids nous précipite. Tellement que, dans la voie du salut, si l'on ne court, on retombe ; si on languit, on meurt bientôt ; si on ne fait tout, on ne fait rien : entm marcher lentement, c'est rendre la chute infaillible.
Ne menez pas une vie moitié sainte et moitié profane, moitié chrétienne et moitié mondaine, ou plutôt toute mondaine et toute profane; parce qu'elle n'est qu'à demi chrétienne et à demi sainte. Que je vois dans ce monde de ces vies mêlées I On fait profession de piété, et on aime encore les pompes du monde. On est des œuvres de charité, et on abandonne son cœur à l'ambition. « La loi est (( déchirée, et le jugement ne vient pas à sa perfection : » Lacer ata est lex, et non pervenit ad finem judichun i. La loi est déchirée, l'Évangile, le christianisme n'est en nos mœurs qu'à demi; et nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité. Nous réformons quelque chose dans notre vie; nous condamnons le monde
1 Hab. 1, 4.
dans une partie de sa cause ; et il devait la perdre en tout point, parce qu'il n'y en ajamais eu de plus déplorée. Ce peu que nous lui laissons marque la pente du cœur.
Écoutez donc l'Évangile : Contendite *. « Efforcez-vous. » En quelque état [que vous soyez], « faites effort, » contendite. Si pour avancer à la perfection, combien plus pour sortir du crime? Marchez par la voie des saints : ils ne sont pas tous au même degré ; mais tous [ont pratiqué] le même Évangile, u II y a plusieurs demeures dans la «maison de mon Père 2,» mais il n'y a qu'une même voie pour y parvenir, qui est la voie de la croix, c'est-à-dire la voie de la pénitence. Si cependant Dieu vous frappe, etc., ne vous laissez pas abattre. « Ne craignez pas, petit trou- « peau : » Nolite timere, pmillus grex ^. U vous corrige, il vous châtie ; ce n'est pas là ce qu'il faut craindre : iS'e timeas flagellari, sed exhœredari ^ : «Ne craignez pas que u votre Père vous châtie : craignez qu'il ne vous déshérite. » En perdant votre héritage, vous perdrez tout ; car vous le perdrez lui-même. Et ne vous plaignez pas qu'il vous refuse tant de biens qu'il accorde aux autres. Si vous voulez qu'il vous exauce toujours, ne lui demandez rien de médiocre, rien moins que lui-même, « rien de petit au (( grand: n A magno parva^ : son trône, sa gloire, sa vérité, etc.
1 Luc. XIII, 24.
2 Joan. XIV, V.
' Luc. XII, Zl.
'* S. Auq, in Psnî. Lwwui. Serm. 11, n» 2, t. iv, col. 9iG. 5 S. Grég. Naz. Ep. cvi, t. l,p. 8i9,édit. 1609.
FRAGMENT
d'un discours SLR LE MÊME SUJET,
Où, à l'occasion de la solennité des bienheureux, il est parlé des fidèles qui achèvent de se purifier dans le purgatoire. Couinient leur sainteté est-elle confirmée ?
Puisque l'Église unit de si près la solennité des bienheureux qui jouissent de Dieu dans le ciel, et la mémoire des fidèles qui, étant morts en Notre-Seigneur sans avoir encore obtenu la parfaite rémission de leurs fautes, en achèvent le payement dans le purgatoire ; je ne les séparerai pas par ce discours, et je vous représenterai en peu de paroles quel est l'état où ils se trouvent. Je l'ai déjà dit en deux mots, lorsque je vous ai prêché que leur sainteté était confirmée, quoique non consommée encore. Mais encore que ces deux paroles vous décrivent parfaitement l'état des Ames dans le purgatoire, peut-être ne le comprendriezvous pas assez, si je vous en proposais une plus ample explication.
Disons donc, messieurs, avant toutes choses, ce que veut dire cette sainteté que nous appelons confirmée ; et afin de l'entendre sans peine, posez pour fondement cette vérité, qu'il y a une différence notable entre la mort considérée selon .a nature, et la mort considérée et envisagée selon les connaissances que la foi nous donne. La mort considérée selon la nature, c'est la destruction totale et dernière de tout ce qui s'est passé dans la vie : In illa die peribunt ornnes cogitationes eorum *. « En ce jour-là toutes u leurs pensées périront. » [Le Psalmiste] regardait la mort selon la nature; mais si nous la considérons d'une autre
* Vsal. CXLV, 3.
manière, c'est-à-dire selon les lumières dont la foi éclaire nos entendements, nous trouverons, chrétiens, que la mort, au lieu d'être la destruction de ce qui s'est passé dans la vie, en est plutôt la confirmation et la ratification dernière. C'est pourquoi le Sauveur ^ a dit : Ubi cmderit arboï\ ibi erit^ : « Où l'arbre sera tombé, il y demeurera (( pour toujours. » C'est-à-dire, tant que l'homme est en cette vie, la malice la plus obstinée peut être changée par la pénitence, la sainteté la plus pure peut être abattue par la convoitise. Gémissez, fidèles serviteurs de Dieu, de vous voir en ce lieu de tentations, où votre persévérance est toujours douteuse, à cause des combats continuels où elle est exposée à tous moments.
Mais quand est-ce que vous serez fermes et éternellement immuables dans le bien que vous aurez cl:oisi ? Ce sera lorsque la mort sera venue confirmer et ratifier pour jamais le choix que vous avez fait sur la terre de cette meilleure part qui ne vous sera plus ôtée : grand privilège de la mort qui nous affermit dans le bien, et qui nous y rend immuables. Que si vous voulez savoir, chrétiens, d'où lui vient cette belle prérogative, je vous le dirai en un mot par une excellente doctrine de la divine Épître aux Hébreux. Saint Paul nous y enseigne, mes frères, que la nouvelle alliance que Jésus-Christ a contractée avec nous, n'a été confirmée et ratifiée que par sa mort à la croix =^. Et cela pour quelle raison ? C'est à cause, dit ce grand apôtre, (jue cette mort est un testament : .\ocum /estamentwu K Or, nous savons par expérience que le testament n'a de force qu'après la mort du testateur; mais quand il a rendu i 'esprit, aussi le testament est invariable : on n'y
1 CVst 1 Kcclésinste qui dit ce que Bojsuet attribue au Sauveur. {Edif '<e Df-foris.) ^ Eccl. \\.:\ 3 / ehv. IX, 15, H), 17.
* 1. ( or. XI, l'Ô.
peut ni ôter ni diminuer : Nemo detrahit 1 aut superord,nat 2. Et c'est pour cela, chrétiens, que notre Sauveur nous apprend lui-même qu'il scelle son testament par son sang : Novum testamentum in meo sanguine K Jésus-Christ fait son testament ; il nous laisse le ciel pour notre héritage, Il nous laisse la grâce et la rémission des péchés • bien plus, il se donne lui-même. Voilà un présent merveilleux. Mais il meurt sans le révoquer : au contraire il le conhrme encore en mourant. Cette donation «est invariable et éternellement ratifiée par la mort de ce divin testateur! Reconnaissez donc, chrétiens, que la mort de Notre-Seigneur est une bienheureuse ratification de ce qu^il lui a plu de faire pour nous : mais il veut aussi en échange que notre mort ratifie et confirme ce que nous avons fait pour Im. Il a confirmé par sa mort le testament par lequel il se donne à nous; il ne s'y peut plus rien changer; et il demande aussi, chrétiens, que nous confirmions parla nôtre le testament par lequel nous nous sommes donnés à lui. Ce qui se pouvait changer avant notre mort, devient éternel et irrévocable aussitôt que nous avons expiré dans les sentiments de la foi et de la charité chrétienne. C'est pourquoi, ô morts bienheureux, qui êtes morts en Notre- Seigneur. dans la participation de ses sacrements, dans sa grâce, dans sa paix et dans son amour, j'ai dit que votre sainteté était confirmée. Votre mort a tout confirmé • et en vous tirant du lieu de tentations, elle vous a affei^iis en Dieu pour l'éternité tout entière. Mais pourquoi donc disons-nous que leur sainteté si bien confirmée, n'est pas encore consommée? Cela dépend d'une autre doctrine qu il faut encore que je vous explique, pour vous renvoyer bien instruits de la foi de la sainte Église touchant le purgatoire.
^ Bossuet suit ici la leçon du grec. (EdU. de Défovis.) Gahit. iH, 15. — 3 L^^c. XXII, 20.
SERMON
POUR