I. — De Dieu et du culte qui lui est dû
Autant que nous sommes purs, autant pouvons-nous imaginer Dieu : autant que nous nous le représentons, autant devons-nous l'aimer : autant que nous l'aimons, autant ensuite nous l'entendons.
En cette vie, il faut en partie que Dieu descende à nous ; c'est ce qu'il fait par la révélation. Il faut aussi que nous montions à lui ; c'est ce que nous faisons par la foi. Sans cela, nous n'aurions jamais de société avec Dieu ; cette bonté inestimable demeurerait comme resserrée en elle-même, et l'homme resterait éternellement dans son indigence.
Porvàunum est necessarium^ : toute multiplicité est ici foudroyée; il faut que tout, soit ravagé, pour nous ramener à cette heureuse unité qui fait notre santé et notre bonheur.
Dieu nous cherche quand nous le cherchons: Trahe me; pose le curremus*: il ne nous quitte jamais le premier ; mais il faut faire effort pour le retenir, autrement il se retire et nous tombons dans l'abîme ; « nous nous égarons dans un pays fort éloigné, » in reyionem longinquam *.
Si nous avons sincèrement cherché notre Dieu, disons donc : Tenui eum, nec dimittam s. Qu'est-ce que ce Tenui? Ce sont les bons mou-
1 Dans le* nombre presque infini de feuilles volantes, chargées de ratures, de renvois, de corrections de toute espèce, que les premiers éditeurs eurent sous les yeux, ils ne trouvèrent pas toujours la place de chaque fragment ; ils recueillirent les réflevions que Bossuet avait écrites parfois sur les marges de ses manuscrits; ils recueillirent des morceaux qui étaient comme les épaves des discours perdus. C'est ce résidu, pour ainsi dire, qu'ils ont présenté sous ce titre de pensées morales et chrétiennes, et qu'ont reproduit toutes les éditions complètes.
2 Luc. x, M.
3 Cant. i, 3.
* Luc. xv, 13.
S Cant. ni, 4.
vemcnts, les attraits de la grâce, les instructions, tout ce qui nous parle de Jésus-Clirist ; s'en souvenir, en converser, se renouveler dans l'amour des vérités saintes, dans le désir d'y conformer ses sentiments et sa conduite; se tenir ainsi toujours inviolablement attaché à Jésus- Christ, afin qu'après avoir dit avec vérité durant le cours du voyage : Non dimitlam, nous le disions avec assurance dans la gloire.
Parce que nous connaissons Dieu, nous l'aimons ; parce que nous ne le comprenons pas, nous l'adorons.
Ce n'est pas Dieu, mais nous qui croissons par le culte que nous lui rendons : nous venons, non pour le faire descendre à nous, mais pour nous élever à lui ; il ne rebute pas toujours quand il diffère, mais il aime la persévérance et lui donne tout.
Vert adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate l. Il faut éviter trois faux cultes : l'erreur, l'hypocrisie, la superstition. L'erreur n'adore pas Dieu tel qu'il est : il n'est tel que dans l'Église catholique. L'hypocrisie ne montre pas l'homme tel qu'il est. La superstition mêle l'un et l'autre, et en est un monstrueux assemblage: c'est ce que saint Paulin exprime très-bien par ces paroles : Superstiiioui religiosa, religioni profana -.
Non in manufactis templis habitai 3 : « Dieu n'habite point dans les « temples bâtis par les hommes. » Les temples ne sont pas élevés comme pour y renfermer la Divinité, mais afin de recueillir nousmêmes nos esprits en Dieu. Ce Dieu qui est immense, les hommes s'imaginaient pouvoir le ramasser en un temple ou dans des statues, au lieu qu'il fallait songer à recueillir en lui leur esprit dissipé.