‹ Sermons de BossuetChapitre 38 sur 71 · V. — De l'Église · texte numérisé non relu

V. — De l'Église

On cherche vainement dans la médecine un remède unique et universel, qui remette tellement la nature dans sa véritable constitution, qu'il soit capable de la guérir de toutes ses maladies. Ce qui ne se

Joan. i. 9.

trouve pas dans la médecine, se trouve dans la science sacrée. Chaque hérésie, son remède particulier ; remède général, l'amour de l'Église, qui rétablit si heureusement le principe de la religion, qu'il renferme entièrement en lui-même la condamnation de toutes les erreurs, la détestation de tous les schismes, l'antidote de tous les poisons, enfin la guérison infaillible de toutes les maladies.

Ce jour-là, mes très-chères sœurs, auquel Dieu vous ouvrant les yeux..., vous doit être et plus cher et plus mémorable que votre propre naissance, plus cher même que votre baptême. C'est la marque de son efficace qu'il ne perde pas sa vertu, même dans des mains sacrilèges. Mais que sert d'avoir le baptême ? La marque de la milice dans les troupes est une marque d'honneur ; en un soldat fugitif, c'est le témoignage de sa désertion. Ainsi le baptême, qui est la marque de la milice chrétienne, dans l'Église est une marque d'honneur ; dans le schisme, une conviction de la révolte. Plût à Dieu non-seulement rappeler à votre souvenir le jour que vous vous êtes données à l'Église, mais encore renouveler votre première ferveur ! Pour cela, je vous dirai ce que c'est que la sainte Église : je vous montrerai d'abord ce qu'elle est à Jésus-Christ et à ses enfants ; et je vous ferai voir ensuite ce qu'elle est en elle-même dans la société de ses membres. Par le premier, vous apprendrez ce que nous lui sommes ; par le second, comment et en quel esprit'nous y devons vivre.

Qu'est-ce que l'Église ? C'est l'assemblée des enfants de Dieu, l'armée du Dieu vivant, son royaume, sa cité, son temple, son trône, son sanctuaire, son tabernacle. Disons quelque chose de plus profond : l'Église, c'est .lésus-Christ ; mais Jésus-Christ répandu et communiqué.

Jésus-Christ est à nous en deux manières : par sa foi, qu'il nous engage ; par son esprit, qu'il nous donne. Les noms d'Épouse et celui de corps sont destinés à représenter ces deux choses.

L'Église est mère et nourrice tout ensemble. Mère, contre ceux qui disent qu'elle n'était plus. L'Ëulise est aussi nourrice; car elle a du lait. Manière de rechercher la vérité, des hérétiques et des catholiques : ceux-là par l'esprit particulier. C'est ce qui les a divisés de l'Église ; c'est ce qui les divise entre eux. Cet esprit particulier, c'est le glaive de division qu'ils ont pris en main pour se séparer de l'Église; par le même, ils se sont divisés entre eux. Les catholiques cherchent au contraire la vérité avec l'unité, l'autorité de l'Église : Vision est Spiritui sancto et nobis l.

Pour être filles de l'Église, il faut aimer sa doctrine, aimer ses cérémonies; rien à dédaigner quand on voit que le Saint-Esprit a admiré

1 Act. xv, 28.

jusqu'aux franges de son habit: In fimbrm aureis l ; que l'Époux a été charmé même d'un de ses cheveux -. Tout ce qui est dans l'Eglise respire un saint amour, qui blesse d'un pareil trait le cœur do l'Époux.

Venez être membres vivants ; venez à l'Épouse, soyez épouses. Venez à l'Épouse par la foi ; soyez épouses par l'amour. Les sociétés hérétiques se vantent d'être l'Épouse ; mais écoutez les noms qu'elles portent : Zvingliens, Luthériens, Calvinistes. Ce n'est pas là le nom de l'Époux ; ce sont des épouses infldèles, qui ayant quitté l'Époux véritable, ont pris les noms de leurs adultères.

Vuli cœlum novum et terram novam 3. Renouvellement de toutes choses par l'Église : relation de toutes choses à l'Église, et de l'Eglise à toutes cboses. Hors de l'Église, la lumière éblouit ; dans l'Église, l'obscurité illumine, parce que Dieu, qui aveugle avec la lumière, éclaire quand il lui plaît avec de la boue.

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