IV. — De la Vérité
Les hommes haïssent la vérilé qui les reprend : ils ne veulent pas la connaître, de crainte qu'elle ne les juge ; mais elle ne perd point son droit, et ils la perdent elle-même. Ceux qui nous reprennent nous signifient la sentence de Dieu contre nos vices. La loi qui est en Dieu la prononce; les hommes qui nous reprennent la signifient ; la lumière de la conscience la veut mettre à exécution.
Deux moyens de connaître la vérité : premièrement en elle-même ; secondement par l'autorité, sur la foi d'autrui. Dans le premier, point de soumission. C'est à Dieu seul de faire connaître la vérité en l'une et l'autre manière, parce que « c'est lui qui éclaire tout homme qui « vient au monde : » Illuminât omnein honiinem venientem in hune mundum *. Il ne peut ni tromper ni être trompé. Quand les hommes attestent, opinion et doute; au contraire quand Dieu parle, la foi et la conviction. Or il est juste que Dieu soit adoré en ces deux manières ; la vérité qui se découvre, et l'autorité qui fléchit doivent dominer. La vue, dans l'autre vie : la foi et la soumission sont pour la terre. 11 faut que la vérité soit découverte; en attendant pour s'y préparer, que son autorité soit révérée. Vous perdez quelque chose du vôtre, le droit déjuger qui nous est si cher que nous voulons nous mêler de juger de tout, même des choses les plus cachées : le sacrifice, non-seulement des sens, mais de la raison même.