‹ Sermons de BossuetChapitre 40 sur 71 · VII. — De la pénitence · texte numérisé non relu

VII. — De la pénitence

Quand on accoutumait les premiers chrétiens, dès l'établissement du christianisme, à faire sur eux le signe de la croix dans toutes leurs actions saintes et profanes, à quelle autre fin pouvait-ce être, sinon pour marquer tous leurs sens du caractère de mort, et leur enseigner que s'ils avaient quelque vie et quelque satisfaction, ce ne devait pas être en eux-mêmes ? D'où nous pouvons inférer par la suite nécessaire de cette doctrine, et la signification grecque du mot de corps nous y peut servir, que nos corps sont comme des sépulcres où nos âmes sont gisantes et ensevelies. Partant gardons-nous bien de parer ces sépulcres du faste et de la pompe du monde ; mais plutôt revêtons-les comme d'un deuil spirituel par ia mortification et la pénitence. Chrétiens, voici le temps qui en approche; et les chaires et les prières publiques ne retentiront dorénavant que de la pénitence : toute l'Église s'unit pour offrir en esprit un sacrifice de jeûne. Nourrissons le nôtre de ce pain de larmes qui doit être la vraie viande des pénitents. Ré. pandons nos oraisons, devant la face de Dieu, d'une conscience véritablement affligée ; et n'épargnons point nos aumônes pour racheter nos iniquités, ouvrant nos cœurs sur la misère du pauvre. Voici, voici le temps de vaquer à ces exercices : Ècce nunc tempus acceptabi/e, ecce nunc (lies sa/ u lis *.

Mais, ô vie humaine, incapable de toute règle ! Si près des jours de retraite, la dissolution peut-elle être plus triomphante ? Ne dirionsnous pas qu'elle a entrepris de nous fermer le passage de la pénitence, et qu'elle en occupe l'entrée pour faire de la débauche un chemin à la pieté ? Certes, je ne m'étonne pas si nous n'en avons que la montre et quelques froides grimaces. Car, il est certain, la chute de la pénitence au libertinage est bien aisée ; mais de remonter du libertinage à la pénitence, mais sitôt après s'être rassasié des fausses douceurs de l'un, goûter l'amertume de l'autre, c'est ce que la corruption de notre nature ne saurait souffrir. Laissons donc au monde sa félicité ; préparons-nous sérieusement à corriger notre vie : autant que le monde s'eil'orce de noircir ces jours par l'infamie de tant d'excessives débauches, autant devons-nous les sanctifier par la pénitence et par une pieté sincère.

L'humilité est la disposition la plus essentielle dans la pénitence ; et pour l'acquérir, il faut découvrir et sentir toute la malice de son cœur :

1 II. Cor. i, 2.

or qui peut dire jusqu'où s'étend notre corruption ? Nous ne sommes innocents d'aucun crime par les dispositions que nous nourrissons, comme ceux qui ont disposition à certaines maladies par le vice de leur tempérament, quoiqu'ils n'aient pas le mal actuel.

Si vous voulez revenir sincèrement à Dieu et obtenir de lui le pardon de vos fautes, ne vous livrez pas à des conducteurs aveugles ; car ceux qui sortent d'entre leurs mains sont comme s'ils n'avaient point été traités. On s'en étonne ; on remarque toujours en eux les mêmes habitudes, les mêmes fréquentations, les mêmes inimitiés.

Allez-vous rechercher le chirurgien, le médecin qui vous flatte ou celui qui vous guérit ? Ce prophète lui a dit : Il vivra, et Dieu m'a dit qu'il mourrait de mort. Que ne le Iraitez-vous avec une sainte sévérité, en lui disant : Vous mourrez, comme Isaïe à Ëzéchias *, qui cependant le guérit ? « La plaie profonde de la tille de mon peuple me « blesse profondément; j'en suis attristé, j'en suis tout épouvanté : » Super contritions fi/iœ popu/i mei contritus sum et contristatus ; stupor obtinuit me -. « N'y a-t-il donc point de résine dans Galaad? Ne s'y « trouve-t-il point de médecin ? Pourquoi donc la blessure de la fille « de mou peuple n'a-t-elle point été fermée ? » Numquid résina non est in Galaad, aut medicus non est ibi ? Quare igitur non est obducta cicairix filiœ popu/i mei * ?

Puisse le Seigneur répandre sur nous un esprit de grâce et de prières, qui nous porte à pleurer sur la perte que nous avons faite, comme Israël sur la mort de Josias, le meilleur de tous les rois et les délices de son peuple : faisons un deuil universel, poussons de profonds gémissements ; pleurons avec larmes et avec soupirs, comme on pleure son fils unique ; soyons pénétrés de douleur, comme on l'est à la mort d'un fils aîné. Eh! serait-ce trop s'affliger, puisque c'est son âme, c'est soi-même qu'on doit pleurer? Soyons donc tous dans les larmes ; retranchons toutes les visites, comme au jour d'une grande affliction ; séparons-nous, famille à famille, chacun à part, les hommes séparément, les femmes de même, afin de célébrer le jeûne du Seigneur en retraite, en prières et en commence.

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