XXII. — De l'orgueil
C'est un orgueil indiscipliné qui se vante, qui va à la gloire avec un empressement trop visible ; il se fait moquer de lui : c'est au contraire un orgueil habile, que celui qui Ya à la gloire par l'apparence de la modestie.
Quelques-uns semblent mépriseiTopinion des autres: Ce sont des hommes, disent-ils; mais ils s'admirent eux-mêmes, ils mettent leur sou-
1 Thnoth. vi, 17.
2 Ibid.
3 Ibid. 18.
verain bien à se plaire à eux-mêmes, comme si eux-mêmes n'étaient pas des hommes.
Quiconque a cette pensée, veut plaire aux autres ; mais il feint de se contenter de soi-même, pour l'une de ces deux raisons : premièrement, parce qu'il ne peut acquérir l'estime des autres, et il s'en console en se prisant soi-même : secondement, par une certaine fierté qui fait que désirant l'estime des autres, il ne veut pas la demander et veut l'obtenir comme une chose due; en quoi il est d'autant plus possédé de cette passion, qu'il la couvre davantage. Mais il croit toujours y arriver par cette voie; et la gloire le charmera d'autant plus, qu'il l'aura acquise en la méprisant : c'est comme un tribut qu'il exige pour marque d'une plus grande souveraineté et indépendance, comme s'il était au-dossus même de l'honneur.
La modesiieet la modération dans les honneurs peut venir de ces principes mauvais : premièrement, l'âme est contente et hume tout l'encens en elle-même, ce qui devrait être au dehors est au dedans et y rentre bien avant; secondement, l'extérieur paraît affable, ce qui fait quelque montre de modestie, et souvent cela vient de ce que l'âme contente en elle-même et pieine de joie, la répand sur ceux qui approchent, et les traite bien, comme au contraire une humeur chagrine décharge sa bile sur eux par un superbe dégoût.
XYIII. — De l'ambition.
Si l'on désire les fortunes extraordinaires pour satisfaire l'ambition, la foi se ruine. On veut toujours s'élever au-dessus de sa condition, jusqu'à être Dieu : E levât um est cor tuum, et dixisti : Deus ego sum, et in cathedra Dei sedi ; et dedisti cor tuum quasi cor Dei l : « Votre o cœur s'est élevé, et vous avez dit en vous même : Je suis un Dieu, et « je suis assis sur la chaire de Dieu; et votre.cœur s'est élevé comme si « c'était le cœur d'un Dieu. » Ecce ego ad te, Pharao, qui dicis : Meus est fluvius, et ego feci memetipsum 2 : « Je viens à toi, Pharaon, « qui « dis : Le fleuve est à moi, et c'est moi qui me suis fait moi-même. » Si l'on cherche à élever sa maison et à l'agrandir, qu'on pense que les clirétiens ont une postérité qui ne dépend pas des grandeurs de ce monde. Si l'on aspire à une autre éternité que celle que Dieu promet, qu'on se souvienne que Dieu renverse tous ces projets ambitieux. C'est ainsi qu'il ruina la maison d'Achab, la maison de Jébu; et que tous les jours il en fait disparaître tant d'autres appuyées sur les mômes fondements.
1 Ezeeh, xzmi, 2.
2 Ibid. xxix, 3.
Quand quelqu'un est arrivé au haut degré des honneurs auxquels ' l'ambition aspire, on dit : Il ne doit plus avoir de regret à mourir; et c'est précisément le contraire, parce que rien ne coûte plus que de quitter ce qu'on a aimé si passionnément.