XXI. — Delà Cupidité
Pourquoi l'avarice est-elle une idolâtrie ? C'est que les richesses sont une espèce d'idole ; on y met sa confiance. Non sverqre in incerto divitiarum; sed in Deo vivo 2: « Ne point mettre sa confiance dans les ri- « chesses incertaines et périssables, mais dans le Dieu vivant, » non dans cette idole muette et inanimée.
Qui volunt divites fieri, incidunt in tenta tionem 3. Ceux qui veulent devenir riches : il n'a pas dit : Les riches, mais ceux qui veulent s'enrichir tombent dans la tentation de le faire par de mauvais moyens. On commence par les bons : ;1 ne manque plus qu'une injustice, une fausseté, un faux serment : Et in laqueum diaboli 4 : « Et « dans le piège du diable. » De soin en soin, piège, lacet : on ne peut plus sortir de ce labyrinthe de mauvaises affaires. Et desideria inuiilia et nociva, quœ mergunt homines in interitum et perditionem 5 : « Et « en des désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes « dans l'abîme de la perdition. » Primo inuiilia, « premièrement « inutiles ; » secundo nociva, « secondement pernicieux. » Car plusieurs de ceux qui étaient possédés du désir des richesses, « se sont écartés de la foi : » Erraverunt a fide 6. Fides est sperandarum substantia rerum, argumentum non apparentium 7 : « La foi est le fonce dément des choses que l'on doit espérer, et une pleine conviction de « celles qu'on ne voit point. » L'avarice veut voir et compter. Et inseruerunt se do/oribus muliis 8 : «Et ils se sont embarrassés en une
i I. Cor. xii, 27.
2 I. Timoth. vi, 17.
3 Jbid. 9.
* Ibid.
5 Ibid.
6 Ibid. 10.
7 Hebr. xi, 1.
8 I. Timoth. vi, in.
« infinité d'affl ici ions et de peines. » Les grands pleurs dans les grandes maisons.
Non sublime sape re ' : « N'avoir pas une haute idée de soi-même;» c'est-à-dire, premièrement, ne pas s'estimer beaucoup; secondement, ne point mépriser les autres ; troisièmement, ne leur pas faire injustice, comme si les lois n'étaient pas communes : ne les tenir bas qu'autant que cette sujétion leur est utile, non pour contenter notre humeur ou notre fierté naturelle. La puissance est de l'ordre de Dieu, non l'insulte, ni le mépris, ni l'injure, ni les avantages injustes.
Divitibus fiujus sœculi 2. Les véritables riches sont ceux qui ont faim des biens de l'autre. A ceux que le siècle appelle riches, prœcipe, « commandez : » ce sont des commandements. L'Apôtre prescrit des remèdes spécifiques aux différentes maladies : premièrement contre l'orgueil : Non sublime sapere ; secondement contre la confiance aux richesses, il montre que c'est une idolâtrie; troisièmement, bene ayere 3, « faire du bien, » contre la paresse. Ils croient n'avoir rien à faire qu'à se divertir : cela, c'est pour eux-mêmes. Ensuite pour le prochain : faci'e tiif>uere : « donner l'aumône de bon cœur ; » commitnicare: « participer» à leurs maux, pour participer à leur bénédiction et à leur grâce ; car celle de la nouvelle alliance est pour les pauvres.
On ne peut se rendre maître des choses en les possédant toutes; il faut s'en rendre le maître en les méprisant toutes.
Plus on a, plus on veut avoir : on agit par bumeur; l'humeur subsiste toujours; de là vient qu'on ne se contente jamais. La perte est plus sensible aux riches qu'aux pauvres ; et le désir d'avoir est aussi plus ardent dans les premiers : il faut en effet qu'il soit plus ardent, parce que la facilité est plus grande. Si l'on a tant d'ardeur lorsque le chemin était difficile, à plus forte raison quand on le trouve aplani. Ainsi la possession des richesses augmente le désir d'en amasser.