‹ Sermons de BossuetChapitre 63 sur 71 · XXXVI. — De la guerre · texte numérisé non relu

XXXVI. — De la guerre

La guerre est une chose si horrible, que je m'étonne comment le seul nom n'en donne pas de l'horreur : en quoi je ne puis souffrir l'extrême brutalité des anciens, qui avaient fait une divinité pour la guerre, au lieu qu'un esprit qui ne s'occupe qu'aux armes est, non un dieu, mais une furie. S'il venait un homme ou du ciel ou de quelque terre inconnue et inacessible, où la malice des hommes n'eût pas encore pénétré, à qui on fit voir tout l'appareil d'une bataille et d'une guerre, sans lui dire à quoi tant de machines épouvantables, tant d'hommes armés seraient destinés, il ne pourrait croire autre chose, sinon que l'on se prépare contre quelque bête farouche ou quelque monstre étrange, ennemi du genre humain. Oue si on venait à lui dire que cela se prépare contre des hommes, il ne faut point douter que ce récit ne lui fit dresser les cheveux, qu'il n'eût en abomination une si cruelle entreprise, et qu'il ne maudît mille et mille fois ceux qui l'auraient conduit en une terre si inhumaine. Mais encore souffrons que les nations se battent les unes contre les autres, puisque telle est notre inhumanité et notre fureur, que lorsque nous nous trouvons séparés de quelques fleuves, ou quelques montagnes, ou par quelques légères différences de langage ou de mœurs, nous semblons oublier que nous avons une nature commune. iMais des peuples qui se sont associés ensemble sous les mêmes lois et le môme gouvernement, afin de se prêter un secours mutuel ; que ces peuples, dis-je, se détruisent eux-mêmes par des guerres sanglantes, cela passe à la dernière extrémité de la fureur.

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