‹ Sermons de BossuetChapitre 64 sur 71 · XXXVII. — Du corps · texte numérisé non relu

XXXVII. — Du corps

Le corps n'est qu'une victime que la charité consacre ; en l'immolant, elle le conserve, afin de le pouvoir toujours immoler; une masse.de boue qu'on pare d'un léger ornement à cause de l'àme qui y demeure. Si un roi était obligé de demeurer dans quelque pauvre maison, ornement passager, quelque rayon de la magnificence royale. Ainsi cette terre et cette poussière qui forme notre corps, est revêtue de quelque

cclaten faveur de l'àme qui doit y habiter quelque temps. Toutefois c'est toujours de la poussière, qui au bout d'un terme bien court retombera dans la première bassesse de sa naturelle corruption.

Plût à Dieu que je m'ensevelisse avec Jésus-Christ pour être son cohéritier! Car que faisons-nous, chrétiens, que faisons-nous autre chose lorsque nous flattons ce corps, que d'accroître la proie de la mort, lui enrichir son hutin, lui engraisser sa victime? Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant, soutien nécessaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'accorder et à chaque moment il faut rompre? O inconcevable union et aliénation non moins surprenante ! Malheureux homme que je suis ! Et vous vous attachez à ce corps mortel, et vous hàtissez sur ces ruines, et vous contractez avec une amitié immortelle ?

Je ne sais pourquoi je suis uni à ce corps mortel, ni pourquoi étant l'image de Dieu, il faut que je sois plongé dans cette boue. Je le hais comme mon ennemi capital, je l'aime comme mon compagnon de mes travaux; je le fuis comme ma prison, je l'honore comme mon cohéritier.

Regarder la vie comme un faux ami; fermer les sens, vivre hors de la chair et du monde, recueilli en soi, conversant avec soi et avec Dieu. Mener une vie au-dessus de tout ce qui est visible et recevoir les idées divines, toujours nettes et immuables, nullement mélangées des formes terrestres, errantes et vagues, que le mouvement des choses humaines nous imprime. Être par ce moyen, et devenir de plus en plus un miroir très-net de Dieu et des choses divines : s'élever à la lumière par la lumière, c'est-à-dire, à la plus claire par la plus obscure: goûter par avanie la viecélesle.

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