PS. CXLII
Amen.
Bénédiction de Mariage '
Mon Frère, Ma Sœur,
Parmi les rares spectacles de bonheur que le monde peut offrir à nos regards, en voici un qui toujours nous émeut.
Deux cœurs dignes l'un de l'autre, viennent, dans l'élan de leur jeunesse, se jurer, au pied des autels, fidélité inviolable dans une communauté de vie qui embrasse le temps sans réserve, et qui doit avoir son écho dans l'éternité.
Cet engagement est très grave et très doux à la fois. Les circonstances heureuses qui en augmentent la solennité extérieure, la présence de ces parents, de ces nombreux amis et de ces
1 Allocution prononcée à Beauvoisin. — Notre feuille Certificat de Publication de Mariage, avec avis et instruction, et notre feuille pour Demandes de dispenses, sont adressées franco, contre : les 10, 0 fr. 30; les 100, 2 fr. ; les 1.000, 15 fr.
prêtres vénérés qui sont venus joindre leurs vœux personnels aux bénédictions que l'Eglise va répandre sur vous par le ministère de votre pasteur, tout cela ajoute encore à l'éclat de cette cérémonie.
Mon Frère et ma Sœur, le plus grand honneur qui ait jamais été fait aux solennités du Mariage, le voici : Ii y avait des noces à Cana en Galilée. Le Sauveur Jésus y fut convié avec sa Mère et ses disciples. Y eût-il jamais fête nuptiale plus honorée et plus enviable? Et cependant, pareille et aussi honorée sera désormais la plus modeste des noces chrétiennes. Pour y répandre la joie, l'affection et la vie, Jésus y sera convié. Vous savez par quel prodige délicat la puissance du Christ changea en un vin exquis l'eau des citernes de Galilée. Il vient maintenant transformer l'amour terrestre des époux en une affection divine qui peut seule rassasier leurs cœurs insatiables. Il vient, et ce bonheur qu'ils ont entrevu et espéré, il le consacre en stabilité, en durée, en profondeur. Sa grâce est l'arôme qui garde les affections de vieillir, qui enchaîne les volontés mobiles sous l'autorité austère de l'honneur et du devoir.
Le mariage chrétien incline les cœurs sous le joug d'un devoir inviolable, et les lie par une chaîne indissoluble qui symbolise et assure l'éternité même des plus pures affections. Quelle gloire, pour l'homme, de pouvoir ainsi se donner
tout entier, et de n'avoir plus le droit de se reprendre! Quelle puissance dans ce Sacrement, pour assurer à deux âmes une énergie mystérieuse qui garantisse l'austérité des devoirs qu'elles contractent et l'inviolabilité des obligations qu'elles s'imposent!
Chrétiens, tous les deux, et familiers de la vertu, il vous est aisé de comprendre et de goûter cette suave doctrine.
Vous, ma Sœur, qui tremblez un peu en songeant qu'il vous faut laisser la maison paternelle et vous séparer de ceux que vous avez toujours finalement aimés, allez sans crainte à vos nouveaux devoirs. La grâce de Dieu vous y attend. Le souvenir des exemples domestiques et les leçons des maîtresses dévouées qui ont formé votre jeunesse vous y tracent la voie. Confiez votre avenir à Dieu qui va vous bénir, et à l'homme de cœur qui va recevoir vos serments en vous donnant les siens.
L'estime dont il jouit, les convictions religieuses qu'une famille chrétienne a déposées dans son âme et qu'il a entretenues et développées lui-même, vous sont garants qu'ils est et qu'il demeurera'digne de vous. Il vous sera un appui sûr, un protecteur digne de toute votre confiance.
Que votre sollicitude soit d'embellir par vos aimables vertus et par cette délicatesse qui ne se dément jamais, son existence et ses labeurs. Rendez-lui son intérieur plein de charme. Dé-
tournez de lui les amertumes et les tristesses : augmentez ses joies et ses espérances en les partageant.
De votre côté, mon Frère, vous serez le chrétien loyal et fort sur lequel un cœur fidèle et tendre peut s'appuyer avec sécurité. Par vos condescendances, par votre dévouement, vous rendrez aussi chère que douce à votre épouse l'autorité dont vous revêtent, à son égard, la famille, la société et la religion.
Vos beaux-parents se dépouillent en votre faveur de celle qui était le plus précieux trésor de leur foyer. Leur confiance vous honore et vous oblige. Que votre tendresse réponde à leur générosité.
Et maintenant, mon Frère, ma Sœur, obéissez à l'ordre de Dieu et à la loi de l'humanité. Fondez ce foyer où vous trouverez le repos de l'esprit, la sécurité du cœur, l'espérance du lendemain, les joies solides et pures de la famille.
Aimer et être aimés sera votre force et votre bonheur.
Devant l'autel de Jésus-Christ et en son nom, j'en exprime l'espérance. J'en fais le souhait. Avec l'Eglise, au nom de tous ceux qui vous aiment, je le demande pour vous au Dieu très bon qui reçoit vos serments.
Qu'il vous soit à jamais une force, un guide, un père et un ami f Qu'il écarte de votre chemin les épines qui déchirent et les malheurs qui
brisent. Que son amour cache toujours pour vos âmes une douceur consolante dans les inévitables épreuves. Que Jésus-Christ, dont vous êtes les enfants bénis, vous assure un foyer paisible et respecté, et vous réserve les douces joies promises aux consciences droites et aux nobles cœurs.
Pour la même circonstance \
Mon Frère, Ma Sœur,
Un doux devoir m'appelle à bénir aujourd'hui, au nom de Dieu, votre union.
Permettez-moi, avant de répandre sur vous ces bénédictions célestes, de vous dire, en quelques mots, comment il faut comprendre cette grande chose qui se nomme le mariage chrétien.
Le mariage est l'une des plus graves démarches par où s'enchaîne votre liberté. C'est un contrat dont votre bonheur même est l'objet. C'est un serment que l'amour le plus pur et le plus profond vous dicte. C'est une vie nouvelle dans
1 Allocution prononcée à Beauvoisin. — Si la mariée appartient à la Congrégation des Enfants de Marie, lui offrir notre Cachet de la Congrégation des Enfants de Marie, fond or, 22 x 32. Prix, franco : l'unité, 0 fr. 60 ; les 10, 5 fr. ; les 100, 40 fr.
laquelle vous entrez et que la mort seule pourra entraver, bien que la mort doive reconnaître son maître dans cet amour qui en est le principe, et qui survit à tout.
Le mariage a pour fin et pour terme dernier cette chose sainte : le foyer, la famille. Il a pour objet l'aide mutuelle, le perfectionnement moral des époux. Il crée des devoirs de toutes les heures et de tous les jours. Le bras de l'époux ne doit-il pas sans cesse être étendu pour soutenir, dans l'épreuve, la compagne de son choix ? Le cœur de l'épouse ne doit-il pas être la source inépuisable de cette tendresse dont l'homme est avide et dont il a besoin ?
Le mariage fonde le foyer que rien n'ébranle, dont chaque pierre est sacrée, qu'on ne peut briser sans crime : le foyer, qui est la serre chaude de l'effusion mutuelle, le nid des enfants, l'asile sacré d'une humanité forte et superbe.
Ce foyer, l'homme ne doit point le profaner. Il ne doit point trahir cet amour. Il doit toujours garder ces serments. Aux bons comme aux mauvais jours, il doit veiller sur ces berceaux.
Que de devoirs et combien sacrés, mon Frère, ma Sœur !
Votre fidélité sera assurée par la fermeté de la parole sincère que vous donnez à Dieu. Elle le sera aussi par la profession que vous ferez désormais de la vérité et de la vertu, du sacrifice et du devoir. Dieu sera le lien de vos cœurs. Les
espérances éternelles assureront le contact de vos deux âmes.
Vous, mon Frère, vous demanderez au Père qui est aux cieux les qualités douces et fortes qui font les chefs.
Un chef commande et dirige. Mais on ne dirige sagement qu'autant qu'on se dévoue. On ne se dévoue que dans la mesure où l'on aime. On n'a le véritable amour que si l'on sait conserver son âme noble et par conséquent religieuse, si l'on aime à lever les yeux vers le ciel, si, dans toutes les circonstances de la vie, on sait regarder vers Dieu.
Pour vous, ma Sœur, le dévouement, l'oubli de vous-même sera votre rôle, et ce rôle vous sera facile et doux. Vous aimez et vous êtes chrétienne. C'est là ce qui trempe les âmes, ce qui assure l'honneur et la douceur du foyer.
Allez donc maintenant, l'un et l'autre, la main dans la main, à travers les rudes sentiers de la vie. A cette destinée que Dieu vous fait et que vous acceptez en ce jour, soyez tous deux fidèles. Soyez des exemples de ce que peuvent des croyants intelligents et des cœurs dévoués. Le bon Dieu bénira ce foyer où vous lui donnerez la première place : il consacrera votre amour pour le temps et pour l'éternité.
Pour la même circonstance *.
Mon Ere re, Ma Sœur,
Parmi les spectacles consolants de ce monde, où il y en a si peu, je n'en sache pas de plus beau que celui d'un jeune chrétien conduisant au pied des autels l'épouse de son choix, et venant réclamer pour elle et pour lui les fécondes et fortifiantes bénédictions du Ciel.
Et parmi les fonctions du ministère sacerdotal, je n'en sache pas de plus auguste et, en môme temps, de plus douce, que de servir d'intermédiaire et à vos vœux pour les faire monter jusqu'au Ciel, et à la grâce que nous allons appeler en vous, par la vertu du saint sacrifice, comme une rosée salutaire.
Un jeune chrétien veut prendre rang dans
1 Allocution prononcée h Nimes. — Association de la Sainte Famille, notice, règlement, etc. Prix, franco : les 10, 0 fr. 20; les 100, 1 fr. 50; les 1.000, 14 fr.
la société, se créer un foyer honnête et respecté. Ii sait le prix du bonheur paisible et la grandeur de la vie, quand elle est embaumée par la vertu et l'honneur.
Il aime ce qui est noble et beau : de bonne heure il a vécu dans un milieu chrétien. Il sait à quoi l'obligent les saines traditions puisées au foyer paternel. Il hérite d'un passé sans tache, il veut accroître encore l'honneur familial.
Vous serez, Monsieur, le digne continuateur des vertus généreuses qui font les chefs de famille considérés, et vous trouverez, dans la satisfaction de votre conscience et dans le bon renom dont vous jouirez, une précieuse récompense.
A côté de vous, c'est une jeune chrétienne, trop faible pour marcher seule à travers la vie, pleine de confiance en cette affection dont vous lui avez donné déjà des preuves, dont vous allez lui renouveler le serment devant les autels. Elle s'abandonne désormais à vous sans réserve. Elle vous choisit pour guide, pour arbitre souverain de son repos et de son bonheur.
Conduits par la divine Providence qui sait nous préparer nos destinées, et faire tourner les événements à la félicité de ceux qu'elle aime, vous vous êtes rencontrés sur le chemin de la vie, et vous vous êtes dit, vous, mon Frère, que vous n'auriez pas d'autre compagne, vous, ma Sœur, que vous n'auriez point d'autre appui.
Et aujourd'hui, vous venez, dans l'enceinte sacrée, affirmer le don mutuel que vous faites de vous-même, de votre liberté, de tout votre avenir.
Et voici que Dieu lui-même, souriant à vos légitimes espérances, du haut des cieux, étend sur vous sa main paternelle et vous bénit. La Religion, votre bonne et tendre mère, intercède pour ses enfants, demande pour eux les secours célestes et la lumière d'en haut.
Ah ! de grand cœur, au nom de l'Eglise, nous saluons votre généreuse bonne volonté.
Laissez-nous vous rappeler en peu de mots les grandes leçons de la foi, les devoirs du mariage chrétien. Vos aspirations ne seraient pas satisfaites si je les oubliais, et mon ministère demeurerait incomplet.
Que le Christ, roi des siècles, règne parmi vous. Qu'il préside à votre foyer. Que la crainte de Dieu soit, avec son amour, le stimulant de votre conduite. Que l'union la plus intime règne entre vous, et que rien ne puisse jamais l'altérer ou la rompre.
Vous, mon Frère, ayez des trésors d'affection, de dévouement, de bonté pour celle qui se donne à vous.
Vous, ma Sœur, donnez-lui en retour ce qui est si rare et si précieux en ce monde : un peu de bonheur.
Ainsi, appuyés l'un sur l'autre, vous entrerez
dans la société, pour l'édifier et pour contribuer à sa perfection, pour votre part. Vous lui donnerez des enfants sains de corps et d'àme, que vous élèverez pour l'Eglise et pour la patrie. Vous réaliserez la famille chrétienne telle que les exemples de vos parents vous ont appris à l'aimer, et telle que Dieu se plaît à la bénir et à la faire croître et prospérer, pour la terre et surtout pour le Ciel.
Pour la même circonstance 1
Mon Frère, Ma Sœur,
La foi vous amène au pied de l'autel pour implorer l'assistance de Dieu dans cette circonstance importante de votre vie. Vous venez à la fois contracter un engagement entre vous deux et avec votre Dieu. Vous vous promettez l'un à l'autre une union, une fidélité, une assistance réciproque et irrévocable; et vous promettez à Dieu une égale fidélité à observer les préceptes qu'il a donnés aux époux chrétiens.
Ainsi notre sainte Religion, dont nous sommes les enfants, préside à tous les actes de notre vie. Ainsi le Dieu que nous servons nous donne sans cesse de nouvelles preuves de son amour de père, de sa tendre sollicitude, en intervenant avec bonté dans tout ce qui intéresse
1 Allocution prononcée à Beauvoisin.
notre bonheur, en étendant sur nous sa main bénissante.
A mesure que vos serments monteront vers le ciel, du ciel descendront sur vous les secours dont vous avez besoin pour en remplir les obligations.
Dieu connaît vos obligations et vos serments : il daigne proportionner ses grâces à leur gravité et à leur étendue.
Ils sont nombreux, mon Frère et ma Sœur, les devoirs que vous assumez en ce jour.
Devoir d'édification envers le monde à qui vous devez l'exemple d'une famille chrétienne, qui vit soumise à Dieu et à son Eglise, qui en pratique exactement les préceptes, qui conserve avec soin au foyer le saint dépôt de la foi de nos pères.
Là sera la vraie, l'abondante source de vos joies les plus pures, et le gage précieux de votre bonheur.
Un second devoir vous est imposé, c'est celui d'une affection réciproque, d'un amour mutuel qui fera de vos peines, de vos douleurs, comme de vos jouissances et de vos joies, un seul et même sentiment éprouvé par deux cœurs ; d'un amour qui sait supporter un froissement, qui ne s'altère point à la moindre contrariété, mais qui grandit, au contraire, et se fortifie de jour en jour, dans la patience et le courage si nécessaires dans le cours de la vie commune.
De vos sacrifices, de vos travaux et de vos peines sera formée la couronne que Dieu vous réserve au Ciel. Cette espérance doit consoler votre âme. et la remplir de courage.
Pour vous rendre vos devoirs agréables et faciles, vous avez votre mutuelle et vive affection. Vous avez aussi le secours puissant d'un sacrement institué par Notre-Seigneur Jésus- Christ, par bonté pour les hommes, afin de leur procurer, au cours de leur union, toutes les grâces célestes dont ils ont besoin. L'effet de la bénédiction que vous allez recevoir s'étendra à toute la suite de vos jours.
Ranimez, en ce moment, votre foi, votre confiance en Dieu. Recueillez-vous dans la prière. Que l'ardeur de vos vœux touche le cœur de Dieu et vous le rende propice et généreux dans ses bienfaits.
Et puisse ce bonheur que vous vous pro mettez, que vos parents et vos amis désirent pour vous, ne point tromper votre espérance, mais au contraire la réaliser pleinement, et être pour vous le chemin providentiel qui vous conduira l'un et l'autre, inséparablement unis, au bonheur céleste réservé aux bons chrétiens et aux époux fidèles!
Ainsi soit il.
Vêture et profession religieuse ,
Induxi vos in terrant Carrneli, ut comederetis fructum ejus, et optimata illius.
Je vous ai introduit dans les solitudes sacrées du Carmel, afin que vous y récoltiez des fruits de salut et que vous y surabondiez de trésors spirituels.
(Jérémie, n, 7.)
Telles sont les paroles que nous venons vous adresser aujourd'hui, au nom de l'Eglise, Mes Sœurs, car, à partir de ce jour, votre sainte vèture et votre profession ne nous permettent plus de vous appeler autrement.
Telles sont aussi les paroles que vous aimez le plus à entendre en ce jour à jamais mémorable.
Depuis longtemps déjà, votre âme soupirait
1 Sermon prêché au monastère des Pauvres Clarisses de La Nouvelle, le 8 décembre 1892.
après l'aurore de ce beau jour. Après une retraite tout embaumée de piété, de pureté, d'amour, vous en sentez à cette heure tout le prix. N'est-ce pas que vos vœux les plus chers sont enfin comblés, que les espérances de votre vie entière sont réalisées, que toute votre attente est remplie ? Vous surabondez de joie comme devait en surabonder le saint roi David quand il lui fut donné de réaliser l'ambition de toute sa vie : entrer dans la citadelle redoutable de Sion, s'y fortifier contre ses ennemis, y goûter un repos trop longtemps attendu. Quis deducet me in civitatem munitam ? (Ps. cvn, 11.)
Voici, Mes Sœurs, déjà presque achevée, et magnifiquement embellie par les soins de votre digne et dévouée protectrice, la Sion terrestre où vous vous proposez, avec la grâce de Dieu, de fixer votre séjour. Nous sommes venus pour vous y introduire au nom de l'Eglise, et, il faut bien le dire, pour vous y enfermer. Innocentes, vous y serez soumises à une vie rigoureuse. Nées pour la liberté, vous y serez captives. Vous y ensevelirez, dans la nuit du cloître, des qualités que le monde eût peut-être admirées. Et nous, nous sommes accourus de toute part, pour contempler ce grand et extraordinaire spectacle.
Ah ! qui donc vous pousse, Mes Sœurs, qui donc vous oblige à entreprendre ainsi contre vous-mêmes, contre votre liberté, contre vos aises, contre vos attaches terrestres ? Ah ! qui
vous pousse ? C'est le besoin irrésistible de vos cœurs. Qui vous entraîne ? C'est l'appât des fruits de salut que vous allez cueillir dans cette solitude sacrée. Je vous ai introduit, dit le Seigneur, dans les solitudes sacrées du Carmel, afin que vous y récoltiez des fruits de salut et que vous y surabondiez de trésors spirituels.
Quels sont, Mes Sœurs, ces fruits de salut que vous allez recueillir à pleines mains dans ce cloître ? Quels sont les trésors que vous allez y amasser ?
Vous trouverez, dans cette sainte maison, pour toutes délices et pour toute satisfaction, mille contraintes à votre liberté, mille austérités corporelles, une obscurité pareille à l'obscurité du tombeau.
Mais, qui donc vous oblige à vous imposer un joug si pesant ? Ah ! vous ne le savez que trop : le fond de notre nature humaine a été tellement perveiti par le péché, que nous sommes, pour ainsi dire, pétris d'indépendance, de mollesse et d'un vain désir de nous répandre au dehors. C'est pour régler votre liberté indocile, Mes Sœurs, que vous vous imposez aujourd'hui les contraintes de la vie religieuse. C'est pour dompter la molle délicatesse de vos sens, que vous en embrassez les • austérités . C'est pour vous recueillir en Jésus-Christ et pour expier votre coupable désir de paraître, que vous en acceptez les obscurités.
Daigne la Vierge Immaculée, notre très douce
SRR NIONS. 83
mère et modèle, en ce jour consacré à célébrer sa plus noble prérogative, nous assister, nous éclairer, nous bénir de sa main maternelle. Ave Maria.
Vous n'ignorez pas, Mes Sœurs, que, si la liberté est l'une des plus belles prérogatives de la nature humaine, il n'est pas rare qu'à force d'être déréglée en nous, elle ne nous soit pernicieuse.
Et je ne parle pas de ce dérèglement de la liberté qui consiste à transgresser hardiment et sans scrupules les lois de la vie chrétienne, à n'accepter aucun frein ni aucun maître, à dire avec les pécheurs superbes et avec le prince luimême des ténèbres : Non serviam. Je ne servirai pas. (Jér., ii, 20.) Loin de nous, loin de cette enceinte sacrée une telle liberté! Puissions-nous l'anéantir en nous pour toujours, la retrancher du fond même de notre nature ! Les pécheurs l'appellent liberté, et nous voyons clairement que ce n'est qu'une affreuse servitude. Nous sentons qu'à force de se laisser aller où l'on veut, on finit par arriver où Ton ne veut pas. Le dérèglement engendre la dure nécessité de l'expiation et de la peine. Il dévoue le pécheur à la vengeance divine. Il le rend captif de son péché, lui forge des fers, amasse sur sa tète un poids d'iniquité.
Il y a, Mes Sœurs, une autre sorte de dérèglement de la liberté humaine. Tel reconnaît qu'il y a des bornes au delà desquelles il n'est point permis d'aller; mais il se propose d'aller jusqu'au bout dans l'usage des choses permises. Comme s'il portait avec peine le joug de la vertu, il en adoucit le poids autant que possible ; s'il ne le secoue point tout à fait, c'est évidemment qu'un reste de crainte l'en empêche. Ah ! combien une telle disposition est dangereuse ! Combien une telle âme est exposée à franchir insensiblement les limites indécises qui séparent le vice de la vertu ! Quand une fois on a pris sa courte dans la vaste carrière des choses licites, on risque d'être emporté au delà par l'impétuosité de son élan. Oh î liberté, combien est-il donc difficile de te diriger ! Il n'y a pas de plus sûr moyen que de te refréner, de te resserrer, de te contraindre.
Vous le savez bien, filles de Sainte-Claire, vous surtout qui faites en cejour votre entrée dans la vie religieuse. Vous allez donner à votre liberté de nouvelles bornes, vous allez la resserrer à plaisir parmi les mille observances de la discipline du cloitre. Vous tenez de près votre liberté pour qu'elle ne vous entraîne pas à mal faire. Vous la privez de bien des satisfactions qui seraient permises, pour qu'elle ne s'égare point dans ce qui est défendu. Vous restreignez son jeu. Vous la réduisez à ce qui est strictement nécessaire. Votre vie va s'écouler dans la cap-
tivité volontaire de ce cloître, derrière ces grilles dont l'appareil menaçant étonne notre faiblesse. Vous vous entourez de précautions de tout genre. Vous vous asservissez à la sainte règle. Vous abdiquez toute volonté entre les mains de vos supérieurs. Le monde s'étonne. Mais le monde ne sait pas que là où règne V esprit de Dieu, là est la vraie liberté. (II Cor., ni, 17), que c'est le Christ qui seul nous donne la seule liberté désirable. Qua liber tate Christus nos liber avit. (Gal., iv, 31.) Il trouve étrange que vous abdiquiez en quelque sorte votre liberté. Ah ! il ne sait pas que ce n'est pas arrêter un fleuve que de l'endiguer, et que c'est, au contraire, en faciliter le cours normal et régulier. Mais le monde est tout entier placé en malignité. (I Joan., v, 19.) Vous, Mes Sœurs, la sainte Eglise vous introduit, en ce jour, dans les solitudes sacrées, afin que vous y récoltiez de doux fruits de salut.
Vous êtes venues, Mes Sœurs, demander à la règle de ce saint monastère des contraintes pour réprimer votre liberté. Vous y trouverez aussi des austérités pour réprimer les révoltes de vos sens.
La vie religieuse est tout entière réglée sur la conduite même que Dieu tient à l'égard des
hommes. Elle applique aux maux des âmes les remèdes qui leur conviennent le mieux. Dieu a permis qu'il y eût dans le monde deux sortes de maux : des maux qui nous affligent et des maux qui nous plaisent.
Qu'il y ait des maux qui nous affligent, ai-je besoin de le dire? Ne l'éprouvons-nous pas tous les jours, nous que la maladie, la douleur, la tristesse accablent ?
Mais il y a des maux qui nous plaisent et ce sont les plus dangereux. Il y a des maux qui nous flattent, qui nous allèchent et nous attirent. Ce sont ces fâcheuses imaginations qui troublent nos veilles et jusqu'à nos oraisons. Ce sont ces soufflets de la chair que l'ange de Satan n'épargne à personne, qu'il n'a pas même épargnés à saint Paul. (II Cor., xii, 7.) Notre plus grand mal, c'est d'être attachés, comme dit encore l'Apôtre, à ce corps de mort. (Rom., vu, 24.) Ah l ces maux qui nous flattent doivent attirer sur nos têtes des châtiments redoutables. Dieu se servira des douleurs qui brisent les âmes pour châtier les vaines douceurs que nous aurons goûtées dans nos corps.
Tous, en ce monde, ont à lutter contre leurs passions. Mais combien la conduite de beaucoup est incompréhensible ! Au lieu de heurter de front leurs passions, il en est qui les traitent délicatement. Ils attisent les ardeurs de ce feu. Ils nourrissent ces bêtes farouches, et les rendent
plus redoutables encore par leurs complaisances imprudentes.
Mais vous, filles de Sainte-Claire, combien votre conduite est bien réglée I Loin de traiter délicatement votre corps, vous l'affaiblissez tous les jours par les veilles,, par l'abstinence et par l'oraison. Vous le tenez sous le joug, comme un esclave rebelle et opiniâtre. Vous recherchez la souffrance comme le meilleur remède aux convoitises des sens. Ah ! vous avez choisi la bonne part. En vous introduisant, au nom de la sainte .Eglise, dans cette solitude sacrée, nous vous disons, comme disait à ses disciples le saint Précurseur : Allez, et portez de dignes fruits de pénitence, (Matth., m, 8.) Mais, de peur que votre esprit ne s'exalte parmi les observances d'une règle si sainte, Mes Sœurs, portez aussi des fruits d'humilité et de vie cachée.
Il ne sera pas dit, Mes Sœurs, qu'en ce jour consacré à célébrer l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, et dans une si sainte cérémonie, nous ayons passé sous silence celle dont tous les mystères sont pour nous de si précieux exemples. Aussi, me suis-je réservé de vous proposer, en la personne de Marie, le plus beau modèle de la vie cachée que vous allez embrasser en ce jour.
Marie s'est dérobée au monde. Elle a couvert du voile du mystère l'éclat de ses vertus sublimes. Elle a enveloppé sa vie entière d'une impénétrable obscurité. Pourquoi, Mes Sœurs, sinon parce qu'elle avait à cœur de sauvegarder jusqu'aux moindres dehors de la pudeur virginale, qui lui était si chère, et de l'humilité, qui ne le lui était pas moins? Pour être chaste et humble, il faut se cacher. La virginité, pour être parfaite et entière, doit fuir jusqu'aux regards humains. Elle doit craindre de perdre, par la vie extérieure, quelque chose de son intégrité et de sa force. Elle rêve après les solitudes sacrées où Ton se réserve tout entier aux regards de Dieu.
Mais la pudeur de l'humilité n'est pas moindre. Elle semble encore plus timide et plus délicate. Elle ferme la porte sur elle-même, pour n'être point vue. Bien plus, elle craint presque de se voir elle-même et de découvrir ses propres mérites, persuadée qu'il vaut mieux considérer ce qu'il lui reste à faire.
Telles sont, Mes Sœurs, les leçons de la pudeur et de l'humilité. Pourquoi faut-il que tant de chrétiens et de chrétiennes soient si loin de les pratiquer; que, non contents de ne pas fuir les regards, ils emploient tous les artifices pour se les attirer I Grâce à la miséricorde divine, vous vous mettez en ce jour à couvert de ce reproche. Vous entrez dans un monastère
si saint, que, pour en exclure les regards trop hardis, on en bannit même les plus modestes» Cachez-vous, Mes Sœurs, dans la sainte obscurité de la clôture. Dites avec saint Bernard : « 0 solitude fortunée, vous êtes seule le vrai bonheur des âmes : o beata solitudo, o sola beatitudo. » O Eglise, ô pasteurs de nos âmes, introduisez-nous au plus tôt dans cette sacrée retraite afin que nous y récoltions des fruits de salut et que ?ious y acquérions des trésors spirituels.
Et maintenant, Mes Sœurs, il est temps de vous laisser accomplir le pieux dessein que vous avez, formé pour cette bienheureuse journée.
Votre piété s'ennuie, Ma Sœur, de porter si longtemps les livrées de la joie et la blanche parure de fête dont vous êtes maintenant revêtue. Vous soupirez après ce saint habit que l'Eglise va bénir pour vous.
Et vous, Ma Sœur, qui allez faire profession solennelle, que Dieu bénisse vos résolutions. Qu'il commande à la puissance de son bras, et qu'il daigne confirmer en vous ce qu'il y a accompli par sa grâce. Manda, Deus, virtnti tuœ ; confirma hoc, Deus, quod operatus es in nobis. (Ps. lxvii, 29. )
Ah î donnez-vous à lui sans réserve. Dieu déteste la rapine dans l'holocauste. (Is., lxi, 82.) Il vient à vous, Mes Sœurs, le divin époux de vos
âmes. Ah ! courez, par vos saints désirs, audevant de lui. Avec allégresse, embrassez cette sainte vie dont les sacrées observances ont séduit vos cœurs. Abdiquez votre indépendance et pliez votre liberté à toutes les contraintes qui en sont les précieuses sauvegardes. Embrassez les austérités franciscaines de votre règle : elles sont le remède dont vos âmes ont besoin pour jouir d'une parfaite santé spirituelle. Humiliezvous dans l'obscurité d'une vie inconnue aux hommes, connue de Dieu seul. Bienheureuse obscurité du cloître, divines austérités des observances, contraintes sacrées de la sainte règle, vous êtes notre plus douce joie, vous serez notre salut, notre gloire. Vous nous vaudrez un bonheur éternel parmi les anges et les saints.
Fêtes professionnelles et patronales.
A une société de secours mutuels, (Cf. Sermons et alloc. aux Hommes seuls, p. 67.)
A des ouvriers verriers, le jour de saint Laurent. ( Cf. Sermons et alloc. aux Hommes seuls, p. 80.)
A des ouvriers mineurs, le jour de sainte Barbe. (Cf. Sermons et alloc. aux Hommes seuls, p. 87.)
A des tertiaires franciscains.
(Cf. Sermons et alloc. aux Hommes seuls, p. 103. )
Départ des Conscrits '
(Cf. Allocution à des Co?iscrits, le jour de leur départ, dans nos Sermons et allocutions aux Hommes seuls, p. 94, ainsi que la manière d'organiser la Messe du départ.)
1 Feuille de route du soldat chrétien. Prix, franco : les 10. 0 fr. 10; les 100, 0 tr. 75; les 1.000, 7 fr.