‹ Sermons et allocutions de circonstanceChapitre 7 sur 8 · JOAN., II · texte numérisé non relu

JOAN., II

Il vous dit, par la bouche d'un de ses saints : Que la communion de ce jour me soit un gage de vos communions futures. Que votre vie soit si sainte et si pure désormais, que toujours vous soyiez dignes de me recevoir : Sic vive ut quotidie merearis accipere. (S. Aug.) Ne soyez pas comme tant d'autres, si touchés le jour de leur première Communion , et depuis , hélas ! si changés ! Enfants, ils se promettaient un si pieux avenir ! Hommes, ils ont oublié ce qu'enfants ils adoraient : Après avoir goûté des fruits de la terre, après s'être égarés peut-être dans les plaisirs coupables, ils ont trouvé bien fade, amère peut-être la manne que Dieu leur offrait à son autel. (Jos., v, 12.) Peut-être Dieu a-t-il même refusé de recevoir ces coupables au banquet des enfants : Non est bonum sumere panem filîortim et mittere canibus. (Matth., xv, 26.)

Vos parents et vos amis, si heureux de vous accompagner à la sainte Table, de vous y voir monter, parés de votre innocence ; votre pasteur surtout, le gardien de vos âmes, se repentiraientils jamais des honneurs qu'ils vous ont prodi-

gués en ce jour? Auraient-ils la douleur de constater, aux grands jours, votre tiédeur ou votre abstention ? Le jeune David, pour avoir manqué de se rendre avec ses compagnons-au banquet que leur offrait Saiil, remplit d'amertume le cœur de ce roi qui, alors, l'aimait comme un père : Le roi, dit l'Ecriture, voyant la place de David i?wccupée, refusa de dire ce jour-là un seul mot , sachant bien que, pour s'abstenir ainsi, David devait n'être point pur et sans reproche. (I Reg., xx, 24-28.)

Vous ne voudriez pas, M. E., contrister à ce point ceux qui vous aiment sur la terre. Vous allez tout à l'heure faire la même promesse à votre Mère du Ciel. Marie vous a livré ce matin le corps adorable de son fils. C'est à elle que vous avez recommandé votre première Communion. C'est sous ses auspices que vous voulez mettre votre vie tout entière. Demandez-lui de vous conserver toujours dignes de communier. Puissiez-vous toujours lui demander avec la même confiance cette hostie encore embaumée des parfums de sa virginité, ce fruit de ses entrailles, et toujours le recevoir avec son aveu, comme de sa main !

Enfants, ne contristez jamais votre Mère du Ciel f Mais gardez-vous aussi de tout ce qui pourrait contrister l'Esprit-Saint : C'est en son nom que vous avez été faits enfants de Dieu au jour de votre baptême. (Eph., iv, 30.) Votre bap-

8ERMONS 21

tême est un poids sur vos épaules, et un poids que vous ne sauriez rejeter. Pondus baptismi. (Tertullien.) C'est, pour le soldat du Christ un insigne d'honneur. Si vous désertiez l'étendard de la foi, cet insigne vous accuserait devant Dieu et devant les hommes : Baptisrnus ornât Christi militera, convincit desertorem. (S. Cyprien.) Vous allez renouveler les promesses qu'au jour de votre baptême on a faites pour vous. C'est de plein gré, en toute connaissance de cause, que vous allez vous engager à faire de l'Evangile la règle de toute votre vie; à demeurer, jusqu'à votre dernier jour, ce que vous êtes au soir de votre première Communion.

Nous serons tous les témoins de vos serments. Vous les ferez entre les mains du représentant de Dieu dans cette paroisse. Tant qu'il y aura ici un prêtre, un temple, un autel ; tant que le Pain eucharistique sera distribué à cette table sainte, votre place y sera marquée : ne la laissez point vide. Le Psalmiste disait de Dieu qu'il était la joie de notre matin et du soir de notre existence : Exitus matutini et vespere delectabis. (Ps. lxiv, 9.) M. E., votre matin, c'est aujourd'hui. Votre soir sera le jour de votre mort. Puissiez-vous partir pour l'éternité avec l'hostie aux lèvres ! Après beaucoup de communions bien faites, que Dieu vous en réserve une dernière, pareille à celle de ce jour : Exitus matutini et vespere delectabis. Amen.

Renouvellement des Promesses du Baptême *.

Et hœc quidem fuistis , sed abluti estis in nomine Domini nostri Jesu Christi.

Vous avez été tout cela, mais vous avez été lavés au nom de Xotre-Seigneur Jésus-Christ.

(I Cor., vi, 11.)

Mes Enfants,

Après avoir fait le tableau de la société païenne, de ses erreurs monstrueuses et de ses crimes plus monstrueux encore," saint Paul adresse aux Corinthiens les paroles mêmes que j'ai prises pour texte de ce discours : « Mes frères, tels vous voyez les païens, tels vous

i Sermon prêché à Garrigues (Hérault), le 29 juin 1890. — Notre feuille d'Extraits de Baptême, renfermant avis, instruction et pratique, est adressée franco contre : les 10, 0 fr. 30; les 100, 2 fr. ; les 1.000, 15 fr.

fûtes autrefois. Vous avez été tout ce qu'ils sont. » Et hœc quidem fuistis.

Mais de peur d'ébranler, par une parole en apparence aussi dure, des âmes encore novices dans la foi, l'Apôtre s'empresse de corriger toute l'amertume de ce souvenir par le tableau de leur état présent. Oui, dit-il, vous avez été tout cela, et hœc quidem fuistis, mais vous avez été lavés au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, sed abluti estis m nomine Domini nostri Jesu Cfaisti. Quel est ce bain salutaire, quelle est cette onde réparatrice qui, de païens criminels et idolâtres, a fait, tout à coup, des amis et des adorateurs du vrai Dieu ? Vous l'avez tous nommé : c'est le Baptême, dont nous nous plaisons en ce moment à rappeler le souvenir cher à notre cœur. Les fidèles de Corinthe avaient été baptisés, comme nous l'avons été nous-mêmes, au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ : ils étaient devenus chrétiens.

En vous adressant aujourd'hui la parole de saint Paul, je voudrais, M. E., vous faire connaître les merveilleux effets que le baptême a produits en vous, afin de vous en faire aimer et respecter le sacré caractère imprimé dans vos âmes, et de vous mieux rappeler les obligations qu'il vous impose.

Je vous montrerai donc, et ce que vous étiez avant votre baptême, et ce que vous êtes devenus par votre baptême ; ce que vous étiez

avant d'entrer dans le bercail de l'Eglise, ce que vous êtes devenus, lavés au nom de Jésus-Christ. Et haec qtiidem fuîsiis, sed ciblutiestis in nomme Domini nostri Jesu Christi.

Qu'est-ce, M. E., qu'un païen? C'est, en luimême, une âme fragile et portée au mal. C'est, à l'égard de Dieu, un ennemi, un débiteur insolvable. L'Eglise le regarde comme un étranger, et le démon l'appelle son esclave. Tel est aussi le chrétien avant son baptême. Tels fûtes -vous, M. E., au moment de votre naissance. Et haec quidem fuistis.

1° La raison n'avait point encore brillé dans votre âme ; votre volonté restait inerte et endormie ; votre cœur battait à peine sous l'action de la vie, et ce cœur, cette volonté, cette intelligence étaient déjà pervertis, portés au mal, remplis d'iniquité.

Triste suite du péché originel, la triple concupiscence dont parle l'Apôtre saint Jean les tenait sous sa domination tyrannique.

Votre cœur était le siège de l'amour insensé de vous-même. Il ne devait battre que pour le plaisir de la chair et la volupté des sens. De luimême, il vous poussera, sans entraves et sans retenue, vers tout ce qui est bas. vil, sensible. Il vous éloignera de ce qui est élevé, noble et grand.

Si vous oubliez Dieu, votre fin suprême, si vous recherchez la créature pour la préférer à Dieu, votre cœur vous y aura poussé ; car, dans votre cœur, règne une terrible concupiscence, la concupiscence de la chair. Concupiscentia camis. (I Joan., II, 16.)

Tout aussi éprise d'elle-même, notre volonté est livrée, en naissant, à Fégoïsme et à l'amourpropre. Ses premiers désirs seront pour le bienêtre : les biens de la terre auront seuls le privilège d'exciter sa perverse convoitise. Concupiscentia oculorum.

Votre raison, née pour s'humilier devant Dieu et reconnaître son empire, subit la triste influence de l'esprit de révolte, et s'élève, par un fol orgueil, au-dessus de Dieu, au-dessus des hommes. C'est la troisième concupiscence. Superbia vitœ.

Voilà, M. E., ce que vous étiez, en vous-mêmes, avant le baptême. Voilà l'œuvre du premier péché en votre âme. Quelle perversité, quelle malice et surtout quelle faiblesse !

2° Vis-à-vis de Dieu, vous étiez, à la fois, ennemis et débiteurs; ennemis par votre haine originelle; débiteurs : à cause de son éternelle justice qui ne peut laisser le crime impuni.

Nous avons tous péché en Adam : telle est la foi de l'Eglise. En même temps que nous participons à la vie naturelle de notre premier père, nous partageons sa rébellion, sa désobéissance, son péché. Or, le péché, c'est la haine de Dieu.

Fils d'Adam, nous naissons fils de colère. Héritiers d'Adam, nous naissons héritiers de sa haine. Encore enfants, nous désobéissons à Dieu, nous foulons aux pieds ses commandements, nous lui déclarons la guerre.

Dieu peut-il laisser impunie une révolte aussi insensée ? Non. Sa justice s'y oppose. Il doit venger sa gloire et glorifier son nom outragé. Une satisfaction est devenue nécessaire pour punir l'homme et exalter Dieu. Et tant que nous n'aurons pas été punis, tant que Dieu n'aura pas été exalté par notre châtiment, nous demeurerons ses ennemis et ses débiteurs. La justice est inexorable ; elle est rigoureuse. Il faut rendre à Dieu la gloire que nous lui avons ravie et payer la dette de notre désobéissance et de notre ingratitude.

Jetés, par notre naissance, dans la nécessité d'acquitter une dette énorme, où en trouveronsnous le moyen, avant le baptême? Où sont nos œuvres? où sont nos mérites ? Hélas ! notre premier père ne nous en a point transmis, et nous sommes dans ^impossibilité d'en acquérir de nous-mêmes. Il ne nous reste donc que le premier aveu de notre misère et de notre pauvreté. Débiteurs par nature, nous restons, au même titre, débiteurs insolvables.

3° Or, à côté de nous, est une société spirituelle, fondée par un Homme-Dieu et dépositaire de ses trésors. Ses richesses sont immenses, sa libéralité infinie. L'Eglise catholique pourrait

nous fournir une abondance de mérites pour acquitter notre dette et racheter notre liberté. Mais l'Eglise ne nous connaît pas. Elle refuse de compatir à nos peines et de satisfaire pour nous. Suis-je obligée, dit-elle, de juger ceux qui me sont étrangers ? Quid mihi de lis qui foris sunt judicare ? (I Cor., y, 12.) Or, vous êtes né, vous demeurez, à son égard, un étranger. Vous n'avez part ni à ses privilèges, ni à ses droits.

Le père de famille ne jette pas aux petits chiens le pain destiné aux enfants. L'Eglise sera sourde à vos prières, et avare de ses trésors, tant que vous demeurerez hors de son sein et que le baptême ne vous aura pas élevés au rang de ses enfants.

4° Pourrait-il en être autrement? Etranger à l'Eglise, ne l'êtes-vous pas aussi à Dieu ? N'êtesvous pas, par votre faute originelle, l'esclave humilié du démon ?

Lorsque Adam et Eve consentirent à transgresser le commandement du Seigneur, c'était pour suivre le perfide conseil de l'antique serpent. Ils voulaient échapper à Dieu; ils tombèrent entre les mains de l'ennemi de Dieu.

Satan enchaîna ses esclaves : ils étaient la conquête de ses discours mensongers et séducteurs. Nous devions hériter des chaînes et de la captivité de nos premiers parents.

Tant que le baptême ne nous a pas délivrés, nous subissons ce cruel empire : nous gémissons sous son joug humiliant.

Voilà, M. E., ce qu'est, vis-à-vis du démon, de l'Eglise, de Dieu, ce qu'est en lui-même tout homme venant en ce monde.

Voilà ce que vous avez été, avant votre baptême, par le seul fait de votre naissance et votre qualité d'enfants d'Adam. Et hœc quidem fuistis.

Vos parents chrétiens, M. E., n'ignoraient point ces tristes effets de la faute originelle. Lorsqu'ils vous considéraient, dans leur tendresse, ils gémissaient en voyant la faiblesse de votre nature, votre opposition à Dieu et à l'Eglise, et le terrible esclavage sous lequel vous tenait le démon. Ils ont voulu remédier à tant de maux, réparer toutes ces ruines, et faire de vous des hommes nouveaux. L'Eglise a secondé leurs vœux : elle vous a lavés, au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, dans les eaux régénératrices du baptême.

Alors, il s'est produit en vous une transformation totale. L'œuvre du péché a été remplacée par l'œuvre de la grâce. A la faute du vieil Adam a succédé l'expiation du nouveau. Tout ce que vous étiez avant le baptême, vous avez cessé de l'être. Désormais la parole de saint Paul vous convient en toute vérité : Et hœc quidem fuistis, sed abluti estis in nomme Domini nosiïi Jesu Christi.

1° Il est, M. E., un signe spirituel et ineffaçable, par lequel les fidèles de Jésus-Christ sont distingués de ceux qui ne le sont pas. C'est le caractère. Le baptême nous imprime le caractère de chrétiens. Sur notre âme faible et débile, Dieu marque l'empreinte de son sceau. C'est une prise de possession. Le caractère distingue l'âme, mais aussi la modifie, l'élève, la perfectionne. L'homme devient, par le caractère, un homme nouveau, aussi fort, noble et généreux, qu'il était autrefois faible, bas, égoïste. A la triple concupiscence de l'intelligence, du cœur et de la volonté, a succédé une triple aspiration vers la souveraine vérité, le souverain bien, vers Dieu.

Sans doute, le caractère n'a pas anéanti les penchants de notre nature. Sans doute, il n'a pas arraché de notre être les dernières racines du mal, mais il nous a rendu la lutte possible et la victoire toujours assurée.

A ce titre, le baptême produit dans notre nature intime les plus merveilleux changements.

2° Il produit aussi un changement complet et tout en notre faveur dans nos rapports avec Dieu.

Par la faute originelle, nous étions les ennemis de Dieu. Nous étions ses débiteurs insolvables. En cette double qualité, nous devions fuir sa présence et redouter sa colère.

Insensés ! nous étions la faiblesse même, et nous osions déclarer la guerre au Tout-Puis-

sant ! Malheureux ! notre dette était immense, et notre pauvreté extrême.

Que s'est-il passé ? Le Tout-Puissant a bien voulu oublier nos bravades audacieuses. Il a consenti à payer lui-même nos dettes, à nous racheter, par sa miséricorde, des mains de sa justice.

Désormais, nous aimerons Dieu, et nous en serons aimés. Nous adorerons ses perfections infinies. Nous en recevrons aide et secours en cette vie, en attendant la récompense du ciel.

Tels sont, M. E., les caractères de cette amitié surnaturelle que le baptême établit entre Dieu et l'homme. Dieu lui-même nous en donne l'assurance. Vous êtes mes amis, dit-il, et non mes serviteurs, mes esclaves. Vos amici mei estis... jam non dicam vos servos... vos autem dixi amicos. (Joan., xv, 14.) Vous êtes mes amis, et le premier effet de cette amitié sera de vous attacher pour toujours à mon Eglise.

3° Vous ne serez plus, pour elle, des étrangers, mais des enfants. N'est-elle pas mon épouse bien-aimée ? Sa gloire ne consiste-t-elle pas à recevoir de moi ses enfants ? Entrez donc dans son sein. Vivez à l'abri de son autorité. Que sa doctrine soit la règle de votre foi, ses commandements, la loi de votre amour ! Le baptême est le signe dont elle marque ses enfants : elle ne saurait vous méconnaître désormais et vous priver jamais de ses faveurs. Toujours, elle sera votre nlère. Toujours, vous serez ses enfants.

4° L'Eglise, M. E., constitue un corps parfait dont Notre-Seigneur Jésus-Christ est le chef et dont vous êtes les membres.

C'est du chef que nous vient la vie, le mouvement, la grâce. Le chef personnifie, par son rôle, l'Eglise tout entière. Appartenant à l'Eglise, vous appartenez donc à son chef. Membres de l'Eglise, vous êtes donc membres de Jésus-Christ.

Quelle dignité ! M. E., quelle grandeur i Une créature née dans le péché, née sous l'esclavage du démon, et devenue, par le baptême, membre du Dieu trois fois saint, partie intégrante du Fils de Dieu !

Comme le bras reçoit du cœur sa force et sa vie, comme le cep puise dans le tronc de la vigne la sève qui le vivifie, ainsi recevez-vous de Jésus- Christ une surabondance de vigueur spirituelle. Ainsi puisez-vous en lui cette grâce sans laquelle vous ne pouvez rien, sans laquelle vous n'êtes rien.

Tels sont, M. E., les heureux effets du baptême. Il nous arrache à l'esclavage du démon pour nous rendre les membres glorieux de Jésus- Christ. Nous étions étrangers à l'Eglise, ennemis de Dieu, il nous rend amis de Dieu et enfants de l'Eglise. Faibles et méchants par nature, nous devenons, par le baptême, des hommes nouveaux, capables de toutes les vertus.

Oui, dirons-nous donc avec saint Cyprien, le

baptême orne et embellit le soldat de Jésus- Christ. Bapthmus ornât Christi militem.

Son caractère ineffaçable est comme la livrée du maître auguste que nous servons. C'est le signe de notre soumission et de notre obéissance.

En vain voudrions-nous l'effacer de nos âmes : il y demeurera toujours, pour notre gloire, si nous y sommes fidèles; pour notre ignominie, si nous essayons de nous y soustraire. Convhicit desertorem.

Ne soyons pas, M. E., de ces lâches déserteurs de la foi. Demeurons fidèles jusqu'au dernier instant de notre vie, afin de mériter d'être récompensés de notre fidélité par celui au nom duquel nous avons été lavés de la tache originelle. Sed abluti estis in nomine Domini nostri Jesa Christi.

A cette heure solennelle, nous en prenons le public engagement. Nous voulons que nos protestations de fidélité clôturent les joies de cette journée, et qu'elles assurent, avec notre persévérance ici-bas, notre bonheur dans l'autre vie.

Ainsi soit-il.

Cérémonie de la Confirmation \

Monseigneur 2,

Quand les Samaritains, convertis à la parole de l'apôtre Philippe, eurent été baptisés au nom de Jésus-Christ, Pierre et Jean vinrent, de Jérusalem, et à chacun de ces nouveaux chrétiens ils communiquèrent le Saint-Esprit, par l'imposition des mains. (Act., viii, 5-17.)

Telle est l'origine vénérable de la cérémonie qui, en ce jour, groupe autour de Votre Grandeur dix paroisses de ce beau doyenné d'Aimargues.

Ainsi, rien ne change, rien ne se perd dans l'Eglise. C'est la même foi qui éclate dans l'enthousiasme de ce peuple à la vue du Pontife que la divine Providence nous a envoyé. C'est la

1 Allocution prononcée à Aimargues, le 22 mars 1897. - Mgr Béguinot, évêque de Nimes.

même affirmation de la hiérarchie catholique dont l'Evêque, successeur des Apôtres et mandataire du Souverain Pontife, est parmi nous le chef vénéré. C'est enfin la même fonction auguste que vous allez remplir ; c'est à la manifestation du même surnaturel divin que nous allons assister.

Instruits par les pasteurs respectifs de vos paroisses, vous n'en êtes pas, Mes Enfants, à vous demander quel est l'objet de la cérémonie qui va s'accomplir pour vous. Nous ne craignons pas qu'au premier pasteur du diocèse vous puissiez dire, comme autrefois les Ephésiens à saint Paul qui venait les confirmer : « Nous ne savons pas même si le Saint-Esprit existe. Neque si Spiritus sanctus est audivimus. » (Act., xix, 2.)

Les Ephésiens n'avaient encore reçu que le baptême de Jean. A vous qui avez été régénérés par le Baptême de Jésus-Christ et qui avez été nourris du corps et du sang de ce même Jésus- Christ, des destinées nouvelles sont réservées.

Enfants privilégiés de Dieu et de l'Eglise, vous êtes l'espérance de l'avenir. Mais, pour réaliser ce que l'on attend de vous, il vous faut croître et grandir, devenir des hommes faits, atteindre à cette plénitude, à cette maturité de l'âge qui rend propre aux grands sentiments et aux vertus viriles. En vous, Mes Enfants, toutes ces vertus sont en germe : mais ces germes, qui les

développera? Votre ardeur naissante, qui l'entretiendra? Qui accroîtra votre courage généreux? Qui assurera votre fidélité, votre fermeté, votre constance dans le bien?

Qui vous donnera, comme à saint Pierre, que votre foi, désormais affermie, ne défaille jamais ? Qui vous confirmera, comme furent confirmés les Apôtres, inébranlables dans vos croyances?

Ah f pour réaliser les grandes choses auxquelles un chrétien est appelé, qui perfectionnera, qui consommera les dons précieux que vous reçûtes au Baptême ?

Vienne l'Esprit d'en haut, le suprême sanctificateur, l'Ouvrier des merveilles divines; cet Esprit qui, à l'origine du monde, planait sur les eaux (Gen., i, 2) à peine créées, et qui, au commencement de l'Eglise, remplissait de ses ardeurs les Apôtres réunis au Cénacle; cet Esprit dont le prophète a dit qu'il réjouit l'Eglise, pareil à un fleuve impétueux qui féconde les cités : fluminis impetus lœti/îcat civitatem Dei (Ps. xlv, 5); cet Esprit qui fit les héros des temps anciens et les martyrs du Nouveau Testament; cet Esprit enfin si riche en trésors cachés, si prodigue de ses dons : esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science et de piété, esprit de crainte filiale du Seigneur. (Is., xi, 1-3.)

Voilà le secours précieux, l'auxiliaire divin que vous apporte le sacrement de Confirmation. Vous

voici dans un nouveau Cénacle, à la veille d'une nouvelle Pentecôte. Les deux vont s'ouvrir à la voix du Pontife, et à vous, pauvres enfants encore, mais dans un instant, soldats de l'Eglise et du Christ, le Saint-Esprit, avec tous ses dons, sera communiqué.

Qu'on apporte l'huile sainte mêlée de baume, symbole de l'abondance de la grâce et de la bonne odeur de la vertu. Que le Pontife la répande sur vos fronts. La place y est marquée par l'onction reçue au Baptême ; mais, tandis que cette onction n'était qu'une cérémonie figurative, ici l'institution divine lui donne une efficacité certaine et une puissance réelle.

Que le Pontife vous marque du signe de la croix, vous vouant ainsi au service du Christ, vous incorporant à sa milice, faisant de vous de nouveaux christs : car le parfait chrétien est un autre Jésus-Christ.

Votre front, si ouvert, si pur, doit refléter à jamais la grâce d'un si précieux bienfait. Il doit désapprendre à rougir de honte, comme aussi à pâlir de crainte toutes les fois qu'on voudra jeter sur vos croyances le mépris ou l'injure.

Mais l'huile sainte a-t-elle touché vos fronts ? aussitôt l'abondance des dons célestes se répand dans vos âmes. Le signe de la croix y a-t-il été tracé ? dans vos âmes une marque invisible est imprimée : c'est l'ineffaçable caractère de soldat de Jésus-Christ.

Soldats, soyez-le. Et savez-vous quelles qualités rares et précieuses font le soldat ?

Le soldat est fort ; il est fier ; il est discipliné.

Arrière désormais, et loin de vous, Mes Enfants, la faiblesse, la débilité de l'enfance. A vous l'énergie robuste de la virilité. Les luttes de la vie demandent qu'on soit fort. La victoire n'est promise qu'aux forts. Qui pourra arrêter dans sa marche le chrétien qui est fort? Si l'ennemi se présente et lui dit : « Renonce à ton Dieu, déserte ta foi ou tu vas mourir », il répond : « Ni les menaces, ni les tourments, ni la mort même ne m'émeuvent ou ne me font peur. » — « Mais qui es-tu pour parler ainsi ? » — « Je suis un confirmé, un soldat de Jésus- Christ. »

Une fois confirmés, vous serez forts et vous aurez le droit d'être fiers. Fiers de votre titre de chrétien, fiers de vos pratiques et de vos œuvres. Parmi les railleries des méchants, portez haut votre front. Eh quoi ? vous auriez peur qu'on se rie de vous? Vous auriez honte de prier en public, de saluer la croix ? Ayez honte du péché commis, du mensonge, du vice. Mais, envers et contre tous, soyez fiers d'être à Dieu.

Enfin, ayez du soldat l'esprit de discipline et le culte du devoir. Votre baptême vous liait au service de votre Dieu. Votre confirmation affermit, multiplie vos liens. Par votre docilité à l'Eglise votre mère, par la stricte observance de

ses commandements, par l'édification de vos actes et de votre vie, mieux que par des -paroles sans effet, vous confesserez Jésus-Christ.

Voilà, Mes Enfants, à quels devoirs honorables vous appelle désormais cette Confirmation que vous allez recevoir. Pouvons-nous compter que toujours vous leur serez fidèles ? Vous en prenez l'engagement sacré devant le Pontife du Seigneur. Vous en faites la promesse sincère aux pasteurs de vos paroisses, dont vous êtes la précieuse espérance. Que le Saint-Esprit vienne en vous; qu'il y demeure à jamais ; que sa grâce vous guide à travers la variété de vos voies et de vos destinées jusqu'à cette terre Promise du Ciel où nous l'adorerons éternellement avec le Père et le Fils, parmi les Saints et les Anges. Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam.

Page 1