‹ Sermons et conférencesChapitre 1 sur 12 · CHEZ BARBOU FRÈRES, IHP.-LIB · texte numérisé non relu

CHEZ BARBOU FRÈRES, IHP.-LIB

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SUR

fostqaliin impleti sunt dies purgationîs ejus secundUm legem Domini, talerunt illam in Jérusalem, ut sisterent eum Domino..., et ut darent hostiam :par turturum autduospulloscolumbarum.

Après qiie les jours de sa purification furent accomplis, selon la loi de Mofse, ils le portèrent k Jérusalem pour le présenter au Seigneur , et donner ce qui devait être offert en sacrifice : deux fourterelles ou deux petits de colombes.

Saint Luc , ch. 2, v. 2â et 24.

Quelle est celle qui parait aujourd'hui dans le temr pie, à la porte du tabernacle^ oifrant à Dieu son premier-^né, et, pour le racheter, présentant non un a^eau, l'offrande des riches, mais le sacrifice des pauvres y deux tourterelles ou deux petits de colom-? bes? Quelle est celle^^i à qui le vieillard Siméon adresse ces terribles paroles: « Cet enfant est établi comme un signe de contradiction , et votre âme sera percée d'un glaive?»

C'est la première des créatures, l'honneur et la gloire de Jérusalem, celle dont le roi-prophète a dit :^ Vous avez placé sur sa tête une couronne brillante de pierres précieuses; c'est la tige revêtue de fleurs qui

ne flétrissent jamais, la branche qui, sans racines , reverdit dans le tabernacle, la porte orientale du sanctuaire que vit Ezéchiel et qui ne sWvrait qu'à Dieu, le buisson qui brûle sans se consumer, la toison brillante de Gédéon que la rosée entoure et ne mouille pas, le sanctuaire où devait habiter la Divinité, Tarche d'alliance, le temple de Salomon, la vierge d'Isaïe , la seconde Eve , l'étoile de Jacob , celle dont Rachel, Judith , Esther, n'étaient que des figures, et, pour tout dire avec un évangéliste, elle est Marie , de qui est né Jésus , appelé le Christ : De quâ natus est Jésus , qui vocatur Christus. C'est sous ces images que nous trouvons Marie annoncée dans l'Ecriture , et son Fils et l'Eglise lui adressent les plus doux versets des Psaumes et du Cantique des Cantiques.

Jamais vertu dans aucune femme ne fut plus grande, et la vertu est la perfection de notre àme. Selon sainte Catherine de Sienne , si nous pouvions contempler des yeux du corps une âme dans l'état de grâce, nous serions si charmés de la voir surpasser toutes les fleurs, tous les astres , tout l'univers, qu'il n'est personne qui ne voulût mourir pour une semblable beauté. Dites , mes chers auditeurs, ce que doit être la sainte Vierge, qu'un ange salua de ces mots : Vous êtes pleine de grâce; dites ce que doit être Marie, en qui le Verbe et l'Esprit saint résident. Rien ne m'effraie autant que d'avoir à retracer les grandeurs de Marie, s'écriait saint Bernard ; ce que les autres saints ont eu entre eux tous, Marie seule l'a possédé tout entier. Dieu Ta créée comme un monde tout spécial pour lui. Aussi a-t-elle pu dire : Je suis préparée dès l'éternité : Ab œterno ordinata sum.

Pourquoi une créature si parfaite a-t-elle été soumise aux purifications delà loi? pourquoi cette vierge, encore plus pure après son enfantement , s'est-elle tenue éloignée du temple pendant quarante jours , elle qui avait mis au monde le maitre du temple? pourquoi son Fils, le Fils de Dieu, est-il présenté dans la maison de son Père comme un enfant dénué de tout? pourquoi celui qui devait changer la loi se soumet -il à la loi ? pourquoi tant d'obscurités , tant de contradictions apparentes, tant de mystères? Ab ! c'est que tout ce qui se passe dans le temple est fait pour nous ; pour nous , mélange de misère et de grandeur , de force et de faiblesse, véritable abime de contradiction et de ténèbres*, pour nous, créés dans la gloire et tombés dans l'opprobre. Une grande réparation s'accomplit. Dieu nous sauve de la même manière que notre ennemi nous avait perdus. Une femme avait été le principe de notre ruine, une femme est le principe de notre salut. Les deux sexes ont coopéré à notre mort , ils contribuent tous deux à notre résurrection. Une femme nous est donnée pour mère à la place d'une autre femme, une humble au lieu d'une superbe. Toute la destinée humaine est expliquée : la chute et la rédemption, l'innocence et la douleur , Jésus-Christ et Marie ouvrent au repentir le chemin du ciel fermé depuis la faute d'Adam et d'Eve.

Marie, acceptant le sacrifice de l'esprit, consommant le sacrifice du cœur , répare la désobéissance d'Eve; elle nous apprend le culte que nous devons à Dieu , l'adoration en esprit et en vérité , et nous révèle la gloire qui en est la suite. Aussi Marie est-elle la plus grande des créatures par les lumières qui lui ont

10 LA SAINTB VIERGE

découvert la grandeur de Thumilité et de Tesprit do sacrifice, parTamour qui lui en a fait accepter les rigueurs, parla gloire qui a récompensé en elle Tacceptadon de la mort de son Fils, Tel sera le partage de ce discours.

Implorons l'Esprit saint, afin que nous puissions imiter la vie et la mort du Fils et de la Rfère, du nouvel Adam et de la nouvelle Eve,

Açe y Maria,

PBJBMIXBJB PAATIB.

Fille des rois, des grands-prétres et des patriar^ ches, descendante de David, Marie était pauvre par suite de la captivité de Babylone, qui avait changé toutes les conditions dans la Judée. Elle habitait la petite ville de Nazareth , dans Thumble demeure de Joachim et d'Anne, son père et sa mère. Devenue l'épouse d'un simple artisan, elle s'était unie à lui pour protéger et cacher sa virginité. Vouée au temple dès sa plus tendre enfance, elle méditait sans cesse en elle-même les vérités révélées, et la chute des anges, et cette grande promesse faite à Abraham que toutes les nations de la terre seraient bénies en un Fils de sa race. Elle voyait cette promesse transmise d'Isaac à Jacob , de Jacob à Juda , de Juda à David -, et, comme le scepr tre sorti de Juda était alors entre les mains d'un prince iduméen, elle croyait, selon la prédiction de Jacob, les jours du Messie arrivés. Tout-à-coup l'ange qui avait parlé à Paniel et à Zacharic parait devant elle«

LA SAINTE VIBRGB. 11

Dès que Tange lui a dit : Je vous salue , Marie pleine de gràee, vous êtes bénie entre toutes les femmes , Marie se trouble. Ignorant le monde, dont elle était ignorée, Marie descendait encore au-dessous de rhumble situation où le ciel l'avait fait naître par la sublime humilité d'un cœur qui ne s'ouvrait qu'aux saintes inspirations de Dieu; elle avait suivi la vor lonté divine en faisant vœu de rester vierge : aussi vous la voyez plus inquiète de l'idée de renoncer à la virginité que flattée de l'honneur qui lui est offert. Marie entend dire qu'elle va devenir la mère du Messie, que app Fils régnera éternellement ; elle saitque Satan p^utse transformer en ange de lumière, elle hésite.

Que cette demeure pauvra.et obscure , où se passe la première scène de rincarnalîon , contraste avec les délices et lam^gnificeocederEden, où un ange aussi vint parler à Eve l Que de leçons à recueillir si l'on compare les deux mères du genre humain , la mère des morts, la mère des vivans : d'un côté, l'humilité, la pauvreté, l'obéissance ; de l'autre, les richesses, 1 èr clat , la gloire, tout ce qui perd , tout ce qui sauve. Eve était reine du monde , tout lui avait été assujetti ; brillante de beauté ^ elle était immortelle, elle s'enivra d'elle-même.

L'ange qui lui apparut est celui dont Ezéchiel a dit: a Tu habitais dans les délices du Paradis, toi le sceau de la ressemblance divine, plein de sagesse et parfait en beauté. Tes vêtemens étaient couverts de topazes , de jaspes, de chrysolithes, de saphirs, demeraudes. Placé sur la montagne sainte de Dieu , tu marchais au milieu des pierres étincelantes. » Mais cet ange, devenu rebelle , veut entraîner dans sa chute Adam et

12 LA SAINTE VIEKGe.

Éve^ destinés à le remplacer dans la gloire; c'est au milieu des artifices , c'est par des insinuations, c^est sous la forme d'un serpent qu'il se manifeste. Eve ^ au lieu de le repousser y l'écoute; elle aspire à devenir semblable à Dieu, elle se laisse entraîner aux paroles de range des ténèbres y elle cueille le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal , et tout change à l'instant pour elle; dégradée par le péché , condamnée à mort y chassée du Paradis terrestre , elle enfante avec douleur une postérité maudite.

Eve avait été séduite par la promesse d'être semblable à Dieu; Marie entend dire qu'elle va devenir la mère de Dieu y elle attend en silence l'inspiration du Très-Haut. Vierge, il faut qu'elle consente à devenir mère; mère, à immoler son Fils.

Vierge sainte , s'écrie saint Bernard , tous les hommes, tous les siècles, sont suspendus à vos lèvres; l'ange attend une réponse, et nous une parole de pitié. Voilà qu'on nous offre le prix de notre rançon , nous serons délivrés à l'instant si vous y consentez. Créés à l'image de Dieu, nous nous sommes perdus ; vous pouvez aider à nous rétablir par une parole : c'est ce que vous demandent Adam et sa postérité bannis du Paradis, et le patriarche Abraham; tous se prosternent à vos pieds sacrés, parce que de vous dépendent la consolation des misérables , la rédemption des captifs , le salut de tout l'univers. Donnez , s'il vous plaît, cette réponse que le ciel, la terre et les enfers attendent. Dieu même, qui a tant aimé la beauté de votre ème, désire de votre bouche la réponse parla- (|ueile il a résolu de sauver le monde. Dieu vous crie (lu haut du ciel : Ma bien-aimcc, faites entendre

voire voix, prononcez une parole passagère ^ et vous concevrez la parole élemelle. Un ange, une vierge, dans rhumble demeure de Marie , décidaient du sort du monde : un ange envoyé par le Créateur; une vierge représentant toutes les créatures 5 un ange , une vielle plus angélique que l'ange même.

Entendez enfin son humble réponse : Ecee ancilla Domini; voici la servante du Seigneur. Marie D*a pas oublié que Dieu devait susciter au démon un ennemi dans une femme, que cette femme devait écraser la tète du serpent. Elle se souvient que Dieu a promis à la famille de David un signe , et ce signe était une vierge enfantant un Fils , TEmmanuel , le Dieu avec nous. Elle consent à la volonté de Dieu, elle renonce à toutes ses pensées, elle se dépouille de tous les sentimens de son cœur pour accomplir la parole divine. Elle déclare que tout ce qui est en elle appartient à Dieu , elle prononce le mot de la rédemption : Qu'il me soit fait selon votre parole : Fiat mihi secundùm verbum luum,

puissance! ô prodige d'amour pour Marie! A peine a-t-elle prononcé ce mot: Fiat^ qu'il soit fait, toutes les prédictions s'accomplissent, les désirs des patriarches, l'attente des nations^ sont remplis, un ciel nouveau parait au*dessus de nous, les intelligences célestes s'étonnent, la nature divine s'unit à la nature humaine. Marie possède dans son sein l'espérance de la terre, la gloire des siècles, la joie de l'univers. Une parole a changé toutes les lois de la nature: une vierge demeurant vierge conçoit un Fils, un Dieu est homme, un homme est Dieu -, une femme devient le sanctuaire de la Divinité,

femme de Nazareth était inondée de toutes les clartés du ciel, les sages de la Grèce et de Rome étaient plongés dans les plus profondes ténèbres. La soumission de son esprit l'associait à la rédemption ; Torgueil des philosophes qui voulaient tout comprendre les laissait incertains sur les premières vérités. Qu'ils sont petits ces grands génies avec leurs vains systèmes , auprès de cette humble femme qui connaissait le grand secret caché aux puissances de Tair et renfermé dans les profondeurs de l'Ecriture, l'alliance de l'humanité et de la divinité ! Et aujourd'hui encore ne voyons-nous pas les esprits superbes s'éloigner de la foi parce qu'ils veulent sonder les profondeurs inaccessibles de la majesté divine ? La foi est un acte du cœur, corde crediiur. C'est de la volonté plus que de l'intelligence que vient la foi. Un esprit superbe, un cœur orgudlleux, ne croiront jamais la religion de l'humilité et de l'amour.

Marie fut donc la plus grande des créatures par sa foi. Vous allez voir maintenant que la soumission du cœur en elle fut aussi parfaite que l'humilité de l'esprit.

DSUZZXMS PARTIS.

Pour prouver que Marie fut la premi^e des créatures par son amour , il nous suffira de montrer qu'elle eut pour Dieu l'amour le plus parfait, l'amour d'une mère. De tous les sentimensde l'humanité sur la terre, l'amour maternel est le plus pur. Mélange de dévouement et de faiblesse, l'amour conjugal avait entraîné

Adam à partager la faute d'Eve-, il ne pouvait sauver le monde puisqu'il l'avait perdu , c'était à la femme , mais à la femme mère, à régénérer l'univers: aussi toute la puissance d'affection donnée à la femme se trouve dans l'amour maternel, unie à tout ce que cette affection peut avoir de sainteté.

Qu'y a-t-il de plus profondément gravé dans notre cœur que le souvenir d'une mère? Et pourquoi ? Parce qu'elle s'occupe de son fils sans songer à elle. Les yeux de l'enfant se mouillent involontairement quand il pense à sa mère, caria vie de sa mère, pour lui, est une vie de sacrifice. Aussi Dieu, dans l'Ecriture, se sert sans cesse de cette image de la maternité : « Une mère , dit-il aux Juifs, peut-elle oublier son enfant, le fruit de ses entrailles? et quand elle l'oublierait , moi je ne vous oublierai jamais. y>

Une mère connait-elle un autre intérêt, d'autres plaisirs que ceux de son fils? La santé, la maladie , la tribulation, la joie , tout lui est indifférent quand elle est inquiète pour lui. Cherchez sur la terre une patience plus étonnante dans les contradictions et les souffrances, une générosité , une immolation de soi* même plus complète que dans une mère ! Que l'intérêt de son fils réclame qu'elle s'arrache au sommeil , qu'elle porte le poids du jour et de la chaleur , qu'elle aille à travers les villes et les campagnes, qu'elle monte au supplice, rien ne peut l'arrêter. Que les rois se prosternent aux pieds de son fils, elle sera dans le silence: l'amour qu'elle a pour lui est plus doux que tous les honneurs qu'il reçoit. Parmi toutes les mères, quelle mère montrera plus de tendresse à son fils que Marie, dont toute la vie peut être appelée uneimmo-

lation perpétuelle? La plupart des mères trouvent ai moins dans leurs illusions sur l'heureux avenir di leurs enfans un soulagement à leurs soins et à leuri veilles ; mais il n'y avait pas d'illusion pour Marie! Les livres saints avaient levé tous les voiles devant sd regards, et Jésus souffrant et crucifié était sans cessé présenta sa pensée. Pendant tout le temps , dit un orateur chrétien, qu'elle le vit croître sous ses yeux, elle ne cessa d'avoir la déchirante pensée qu'il croissait pour le sacrifice. Elle ne put écarter de son esprit les images du jardin de^ Olives, du Prétoire et du Calvaire. Tout ce qui fait la consolation des autres mères se changeait pour elle en tourment : s'il tendait vers elle se^ mains innocentes, elle croyait déjà les voir chargées de chaînes ou percées de clous qui devaient les attacher à un infâme gibet ; s'il souriait à sa mère , s'il fixait sur elle de tendres regards ou sollicitait ses caresses, elle se représentait ses yeux éteints et mourans, son visage inondé de sang et de larmes , tout son corps déchiré. C'était un supplice de chaque instant , que tout renouvelait et que son amour seul put lui faire supporter.

Marie n'avait pas une volonté , un sentiment, une inclination qui ne fût en union avecson Fils; elle était identifiée à toutes les pensées, à tous les desseins de son Fils. Son Fils veut vivre pauvre, elle accepte la pauvreté; son Fils déclare qu'il aime tous ceux qui font la volonté de son Père , elle n'est unie à son Fils que parles liens de la religion; son Fils veut mourir, Marie est conduite, non au Thabor, mais au Calvaire. On a dit du sacrifice d'Abraham : Dieu n'aurait pas demandé ce sacrifice à une mère , il l'a demandé à Marie.

La voilàaux pieds de la croix, cette vierge mèred'un Fils, et de quel Fils ! Elle le voit couvert de plaies, livré à la rage de ses ennemis, couronné d'épines, ten* dant les bras à un peuple furieux 5 son sang coule de toutes parts, elle ne peut l'arrêter; il a soif, elle ne peut le désaltérer; elle l'entend se plaindre que son Père l'a délaissé, elle ne peut le soulager ; elle voit dans le mépris celui qui est aurdessus des anges, le saint des saints entre des scélérats.

Plus elle aime, plus elle soviffre. Les femmes qui aor compagnaient Marie au Calvaire pleuraient, Marie ne pleure pas. Elle ne pleure pas, dit saint Ambroise, die est debout, au milieu des bourreaux, au milieu des ténèbres, des tremblemens de terre et des morts ressuscites; elle est mère, sans doute, mais elle est mère de Dieu, son âme est traversée p^r un glaive ; mais sa vertu est plus forte que sa douleur, son amour plus fort que la mort.

Le Fils et la mère offrent un m^e holocauste pour les pécheurs, tous deux ont la même ardeur de mourir pour le salut du monde. Tous deux peuvent s'écrier : vous qui passez par le chemin , regardez et dites s'il est une douleur semblable à la mienne. Sur la croix, aux pieds de la croix, vous voyez deux sacrifices, deux victimes, les plus grandes douleurs, la douleur d'un Dieu, la douleur d'une mère; vous voyez deux autels au Calvaire, la croix de Jésus-Christ et le cœur de Marie.

Femme, voilà votre fils, dit Jésus-Christ à m mère en lui montrant saint Jean , et le grand évéque de Meaux ajoute : « Femme qui souffrez avec moi, soyez féconde avec moi, soyez mère de ceux que j'enfante

par mon sang et par mes blessures. » Cette parole la tue, cette parole la rend féconde , et elle nous engendre d'un cœur déchiré d'une affection sans mesure. Aussi saint Epiphane^ faisant allusion au sacrifice perpétuel de la Vierge Marie, dit qu'elle a été la première croix sur laquelle Dieu a immolé son Fils.

Marie, en acceptant la croix avant la naissance de son Fils, a mérité de devenir la mère de Dieu; en acceptant de vivre après la mort de Jésus-Christ, elle a mérité de devenir la mère des hommes. Marie est mère de Jésus-Christ et de tous les hommes par la douleur et par l'amour.

Après la descente du Saint-Esprit, Marie ne parut ni au milieu des apôtres ni parmi les disciples de Jésus- Christ. Nourrie par saint Jean à Ephèse, sa vie, commencée dans l'humilité, finit dans l'humilité. Marie était la plus humble des femmes parce qu'elle était la femme qui aimait le mieux. Obéir, se taire, se cacher, voilà la vie de l'amour. Rien ne prouve mieux que Marie était en communication avec le monde invisible que cette absence complète de tout rapport avec les hommes, le trait essentiel de sa vie. Elle agissait devant le monde des esprits, et les hommages des hommes n'étaient rien pour celle qui ne voyait que Dieu et les anges. Que pouvait être le temps pour celle qui ne songeait qu'à l'éternité?

La sainte Vierge est la véritable mère, elle est cette femme dont saint Jean a dit : Elle criait au milieu des angoisses afin de former le Christ en nous. Parmi les délices du Paradis , Eve nous présente le fruit de mort; parmi les cris et les larmes, Marie nous présente le fruit de vie. Le plaisir nous a tués, la douleur nous

viviGe. Eve unie à l'orgueil du démon, à la faiblesse d'Adam, nousaperdus par Tattrait des sens, Marie associée à Tamour fécond du Père , à la mort vivifiante du Filsy nous a enfantés dans le sang de Jésus-Christ, devenu Tholocauste de l'univers. L'amour de Dieu a maintenant pour symbole la maternité, et du cœur de Marie les trésors de la grâce se répandent aujourd'hui sur tous les hommes. Aussi l'image de Dieu sur la terre, ce n*est plus le soleil, c'est le cœur d'une mère : c'est une mère qui a enfanté la vie de l'univers; c'est une mère qui, suivant la belle expression de saint Epiphane, est l'autel de la miséricorde, le commun propitiatoire de l'union. Tout passe donc par le cœur d'une mère dans cette admirable théologie catholique. Sublime contemplation, symbole éclatant de l'amour 1 Dieu a tiré le premier Adam du limon de la terre, il a tiré le second Adam du cœur d'une mère.

Le monde, depuis Adam et Eve, se perpétue sous les noms d'époux et d'épouse; depuis Jésus-Christ et Marie, il se régénère sous ceux de fils et de mère. Ainsi le seul amour qui fût resté pur, l'amour de mère, cet amour né dans la souffrance, devient la source du salut, la régénération du monde, le principe de la grâce, la porte du ciel.

Aussi, mes frères, nous devons tous, à l'exemple de Jésus-Christ et de Marie, offrir à Dieu le sacrifice sans réserve de notre esprit et de notre cœur, l'holocauste de tout nous-mêmes.

De même qu'il nous faut imiter Marie par la soumission de notre esprit aux mystères, de même nous devons l'imiter par la soumission de notre cœur à la volonté de Dieu dans tous les événemens de la vie. Quel-

22 LA SAINTE YIER6B«

les que soient nos anxiétés, nos souffrances, nous devons penser que Marie a su accepter la croix de son Fils, et que Jésus-Christ Ta portée; aucun sacrifice ne doit nous coûter , parce qu'il n'en est pas de comparable aux leurs. On manque également de foi quand on ne dit pas à Dieu : Que votre volonté soit faite , et non la mienne ^ et lorsqu'on ne lui dit pas : Parlez, Seigneur y votre serviteur vous écoute. La perfection de Tamour ici-bas est donc de souffrir. Dieu a donné à son Fils la pauvreté, les humiliations, la mort, el Jésus-Chris a voulu que sa mère souffrit comme lui. L*indigence, l'obscurité, les séparations, la douleur, ne sont donc pas les véritables maux, puisque Dieu les a destinés à son Fils, puisque Jésus-Christ les a réservés à sa mère. Ah ! dans cette nuit profonde où nous sommes plongés , combien de fois ne nous arrive-t-il pas de sentir que, dans nos cœurs, dans nos esprits, il y a quelque chose que rien ne saurait satisfaire? C'est ce qui ne peut être rempli dans le ciel que par Dieu , et sur la terre, que parle dévouement et par le sacrifice. Marie régnait sur le monde , qui ne la connaissait pas, parce que tous ses sentimens étaient au-dessus du monde, parce qu'elle dominait son propre cœur par son union complète avec Dieu. Voilà ce qui a fait sa gloire, voilà pourquoi elle est devenue la reine du ciel. Ce sera le sujet de la troisième partie.

T&OZSX^BOE VABTTA

Si Vcâ\ n'a point vu, si Toreille n'a pas entendu , si le cceur de l'homme n'a point compris ce que Dieu réservé ati moindre de ses élus, qui pourra comprendre et encore moins expliquer de quelle gloire Dieu récompense le plus parfait des sacrifices ?Qui pourrait peindre Marie s'élevant du fond du désert, reçue dans le ciel par Jésus-Christ, portant dans ses mains la couronne de l'immortalité, placée à côté de son divin Fils, au-dessus des ordres de tous les esprits bienheureux, en sorte qu'on a pu dire d'elle : Elle est au-dessous de Dieu et au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu ? Marie es la fille, la mère, l'épouse de Dieu, fille du Père, mère du Fils^ épouse du Saint-Esprit.

C'était un grand ouvrage de préparer une demeure, non pas à l'homme, mais à Dieu^ pour être la mère du Verbe, il fallait que tout en elle fut Dieu, excepté ele-même. Idées trop élevées, l'esprit de l'homme craint de s'égarer en les exposant. Je le sens, je ne dois que rassembler ici tous les rayons de lumière répandus dans les livres saints et dans la tradition , et recueillis par l'Eglise sur la gloire de Marie.

La maternité divine rapproche Marie de Dieu le Père, que le concile de Trente appelle la source, l'origine de toute la divinité. Si nous avons un Dieu sauveur, nous le devons au Père, qui Ta produit dans rélernité, et à la Vierge-Mère, qui l'a produit dans le temps par la douleur et par l'amour.

Marie est mère et reine des vierges. Je vois à votn droite, Seigneur, une reine revêtue d'une robe d'or oi brille une merveilleuse variété. Toute la gloire de h fille du Roi vient de son cœur. Ses vétemens soat resplendissans de broderies. Que toutes les vierges viennent après elle. Elle est la vierge unique, elle est vierge et mère.

Il n'y a que Dieu le Père et la sainte Vierge qui aienl produit un Dieu. C'est ce qui faisait dire au cardinal saint Pierre Damien : Que toute créature se taise et tremble et ose à peine envisager l'immensité d'une si grande gloire !

Pouvons-nous être étonnés , puisque Marie est unie à toute la gloire du Père , qu'elle partage toute la gloire du Fils? Elle est associée à la rédemption de l'humanité par son union aux douleurs et à la passion de son Fils. Comme son Fils, Marie n'apporta point en naissant le principe de la mort, la tache du péché originel ; comme son Fils, elle ne connut pas la corruption du tombeau -, comme son Fils, elle fut accueillie par toute la cour céleste. Après la gloire de son Fils, en est-il une plus grande dans les cieux ? Un corps si pur ne pouvait être sujet à la dissolution ; une gloire si grande ne pouvait subir les outrages de la mort. Où le péché n'est pas, la mort n'a point de droit à exercer.

Le corps de Marie est devenu, comme le corps de son Fils, impassible, immortel, inaltérable, plus brillant que les astres, resplendissant de la gloire de son âme et de la gloire divine. Comme au nom de son Fils, tout genou fléchit à son nom sur la terre, dans les cieux, aux enfers. Les mérites du Fils obtiennent tout du Père, les mérites de la Mère obtiennent tout du

Fils> elle n'a pas la toute-puissance qui ordonne, mais elle a la toute-puissance qui supplie ^ omnipotentia supplex. Touchante hiérarchie de grâce et de miséricorde ! Un temple, un autel, s'élèvent partout pour la sainte Vierge près de ceux que Famour et la recon. naissance élèvent à Jésus-Christ. L'un et l'autre consolent toutes les douleurs de la terre» et sont l'asile de toutes les infortunes.

Le cœur de l'homme ne peut s'ouvrir à l'amour du Fils qu'il ne s'ouvre à l'amour de la mère. L'homme ne peut voir Jésus sur l'autel qu'il ne le voie auparavant dans les bras de Marie. La miséricorde est à jamais dans le ciel. Le ciel est l'empire du Fils et de la mère.

Venez , dit Jésus-Christ à Marie, venez , ô ma bienaimée, et je mettrai ma gloire en vous. Nul ne m'a donnéplus que vous dans mon humanité, nul ne recevra plus que vous de ma divinité. Vous m'avez revêtu de votre chair mortelle, je vous revêtirai de ma splendeur céleste ; vous avez voilé sur la terre le soleil de ma divinité, je vais vous revêtir de ce soleil durant les années éternelles *, vous m*avez nourri de votre lait, je vous nourrirai de ma substance divine.

Ce n'est pas tout encore : Marie, épouse du Saint- Esprit , élève tous les hommes avec elle. C'est parce qu'elle est l'épouse du Saint-Esprit qu'en vertu d'un décret iinmuabledela justice divine, Marie contribuera éternellement à toutes les opérations de la grâce sur le salut des hommes. Marie, fille, mère, épouse de Dieu, associée à la toute-puissance du Père, à la science du Fils , à l'amour du Saint-Esprit , unie à la divinité tout entière, participe à la Trinité, dit saint Bernard;

elle est sur le trône de Dieu, entre les bras de son Fils, dans le midi étemel.

C'est là sans doute le mystère caché sous le voile de ce sublime symbole montré à saint Jean : « Un grand signe apparut dans le ciel , une femme revêtue du soleil. »

Ainsi se trouve accompli c^t oracle des premiers jours qui annonçait la régénération de Thumanité par la femme. Le Saint-Esprit a couvert Marie de ses ailes, la femme a écrasé la Céte du serpent; l'humanité, abaissée par le prince des ténèbres, s'est élevée jusqu'à la Divinité. L*infini de la miséricorde se découvre dans ce mystère. Les femmes chrétiennes , en prenant Marie pour modèle, ont contribué à la régénération du monde; elles ont changé les lois et les préjugés barbares, elles ont adouci tes mœurs, préparé rabolitîon de l'esclavage, tempéré l'autorité , ennobli l'obéissance. Que l'on compare la condition des femmes parmi les peuples chrétiens et parmi les nations infidèles, et l'on retrouvera l'œuvre du Saint-Esprit , l'intervention bienfaisante de Marie. Partout où Marie n'est pas connue , on ne voit que les filles d'Eve , et la tête du serpent n'est pas écrasée.

Divine Marie, avancez-vous avec assurance, entrez en possession de tous les biens de votre Fils, usez du ciel avec la confiance d*une fille et d'une mère, disposez de toutes les splendeurs de Dieu avec le pouvoir d'une épouse , agissez avec Tautorité d'une reine; tout esta vous, vous êtes la fille, la mère, l'épouse; vivez , régnez , jouissez éternellement.

Et nous, mes frères, allons tous vers Marie, jetonsnous à ses pieds , prions par elle le Père , le Fils , fe

LA SAINTE VIEBGf. 27

Saint*Esprh. Implorons sa médiation toute-puissante > mais n'oublions jamais que notre confiance en elle ne peut reposer que sur Fimitation de ses vertus. Son humilité a fait sa grandeur. LTglise^ en faisant retentir les voûtes sacrées des louanges de la mère de Dieu , s'écrie: «Quelle est celle-ci qui s'élève du désert , comblée de délices , et appuyée sur son bien-aimé ? C*est l'autel du ciel , ara tœlL » Mais elle ajoute: « C'est la plus humble des vierges. » Marie n'est la première des créatures que parce qu'elle a toujours voulu paraître là dernière ; elle n'est la reine de gloire que parce qu'elle a toujours été la plus humble des femmes, celle dont le sacrifice a été le plus parfait.

La leçon est complète maintenant pour nous^ nous savons comment nous pouvons nous perdre ou nous sauver, nous savons que dans les humiliations et tes abaissemens, pour parler le langage des hommes , se trouvent au plus haut degré l'élévation et la grandeur. Les reines , les impératrices , qui vivaient au temps de Marie , seraient bien étonnées , si elles revenaient au inonde, de voir aujourd'hui sur les autels de l'univers l'image de cette jeune femme obscure de Na-. zareth , qu'elles n'ont pas connue. Et pourquoi sa gloire ? Parce que sa vie se rapportait non au temps , mais à l'éternité, non aux hommes, mais à Dieu. El pourquoi l'oubli où ces filles d'Eve sont tombées? Parce qu'elles ont sacrifié l'avenir au monde et à ellesmêmes. Soyons comme la nouvelle Eve et le nouvel Adam , mes chers auditeurs , grands par la soumission de notre esprit à la parole divine et par l'entière adhésion de notre cœur à tous les événemens. Il y a deux actions de Dieu sur nous, l'une de sa providen-

ce y l'autre de son divin esprit : toutes deux ont pour but notre perfection et notre bonheur. Régl(ms notre vie par la loi, ne nous laissons jamais aller aux murmures ni à rimpatience ; mais ne cherchons pas le bonheur en unissant dans notre amour Dieu et les vanités du monde : nous n'aurions ni les avantages de la religion ni ceux de l'indiRerence. Les hommes qui se plaignent de ne pas trouver la paix dans la religion n'offrent à Dieu qu'une partie de leurs cœurs , réser* vaut le reste pour le monde et pour leurs passions. Âh ! vous qui m'écoutez, ne sortez pas d'ici sans avoir lait au Très-Haut y comme Marie , le sacrifice de votre volonté y sans avoir consacré à Dieu ce que vous avez de plus cher. Sacrifiez à Dieu la passion dominante de votre cœur^ cet attachement qui trouble votre vie , cet esclavage des sens qui vous déshonore , cette fascination de votre esprit, cet enchantement de votre cœur qui vous tyrannise. Les passions remplissent notre âme de chagrins , de jalousie , de remords et de désespoir. La piété seule nous donne la paix. Voyez s'il y a un chrétien observant toute la loi qui soit malheureux y et s'il est un seul homme servant le monde qui soit heureux. Les trois personnes réunies dans le temple, Siméon, Anne et Marie, nous apprennent tous les genres de sacrifices : Siméon, le détachement de la vie; Anne, le mépris des attraits sensiblés ; Marie, la soumission de l'esprit et du cœur. Par le sacrifice de votre cœur et de votre esprit vous devieiidrez les fils de Dieu, les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ. Votre corps sera le temple du Saint-Esprit; la lumière de Dieu même éclairera votre raison, l'amour de Dieu dirigera votre cœur. Mais que faut-il

pour arriver à cet état de perrection et de bonheur? Affermir votre foi. Voilà pourquoi je me propose, dans ces jours de salut où l'Eglise appelle ses enfans à recueillir les leçons et les mérites du Fils de Marie, de vous développer les dogmes , les preuves et la morale du Christianisme, c'est-à-dire les objets de la foi , les motifs de la foi , les conséquences de la foi. Tout ce que je dirai aura pour but de vous faire connaître la religion dans son ensemble si parfait et si sublime. Vous verrez que la morale sort tout entière des dogmes, et que notre foi est toute raisonnable. Obsequium rationabile.

Vierge sainte, c'est dans votre sein qu'a pris naissance l'auteur et le consommateur de notre foi. Puisse ma parole, grâce à votre intercession, le faire naître dans les cœurs! Divine Marie, ayez pitié de nous , de nous , enfans d'Adam , qui , malgré notre misère , écoutons encore trop avidementle prince des superbes. \ous lui avez écrasé la tète , obtenez-nous de vaincre notre vanité et notre orgueil ; souvenez-vous de vos douleurs et des douleurs de votre Fils supportées pour nous; obtenez- nous d'être humbles, doux, charitables , afin qu'après avoir participé sur la terre à vos vertus , nous soyons reçus dans les tabernacles éternels pour connaître ce que vous connaissez , aimer ce que vous aimez , et contempler à jamais votre gloire. Ainsi soit-il.

SUR

Li MORT.

Statatam est hominibus semel oiori.

Il y a un arrêt de mort prononcé contre tous les hommes.

Saint Paul, Êp. aux Héb., ch. ix, v. 27.

L'Eglise nous donne aujourd'hui un grand ensei- ;nementpar les cendres dont elle marque notre front, i ce sacrement de notre mortalité , pour parler comme laim Grégoire de Nysse,' nous révèle notre origine et îotre destinée. Sortis delà poussière, souvenez-vous lue vous retournerez en poussière, parce qu'un arrêt de mort a été prononcé contre tous les hommes. Siatuium est hominibus semel mori.

Hais devions- nous connaître la mort? Non, mes frères, quoi qu'en disent des rêveurs modernes, la Q^ortest un châtiment, la punition d'un grand crime; elle est, comme l'a dit énergiquement l'Apôtre, la solde du péché, stipendia peccati. En vain de prétendue sages voudraient-ils aujourd'hui faire de la douleur et de la mort les conditions d'un être fini, la conscience du genre humain leur crie, comme la révélation lue telle n'a pas été au commencement la destinée

de l'homme , et que la mort et la douleur sont ep trées dans le monde par le péché.

Tous les peuples ont cru que Thomme avait et d'abord innocent et heureux, et que nous étions puni pour une faute originelle. Tous ont vu dans la mor une punition , tous ont pensé qu'il y avait pour la na ture humaine un grand crime à expier. L*idée d( l'homme déchu et dégénéré se trouve dans tous ]é temps et dans tous les lieux, a dit l'incrédule luimême. L'homme est en effet un mélange de grandeui et de misère inexplicable ; c'est un roi détrôné , un édifice détruit dont le faite s'est écroulé sur les fondemens y et sous ses ruines on découvre encore les ves^ tiges de son ancienne grandeur.

Oui, nous naissons dans le péché , oui, nous, nais sons éloignés de Dieu. Gomment expliquer autrement le désordre de notre nature, les anxiétés de l'esprit, la tristesse du cœur, les souffrances du corps? Sr la nature humaine n'était pas livrée à une corruption originelle, pourquoi la douleur V pourquoi la mort? La morti peine affreuse, demi-néant, image du néant tout entier; la mort! qui, avant de dissoudre mon corps, jette dans mon esprit les plus profondes ténèbres sur l'avenir de mon âme; la mort ! moment terrible où, déjà séparé de ce qu'il aime, couvert des obscurités du tombeau, l'homme, suspendu sur le néant, ne tient plus à la vie que par un acte de foi, d'espérance et d'amour.

L'œuvre de Dieu a été altérée parce que l'homme, sorti du néant et non de la substance divine, s'es( éloigné de son Créateur par le choix libre de sa volonté.

Alors un ordre nouveau est intervenu. Un arrêt le mort a été prononcé contre les hommes , et une nanifestation nouvelle de la puissance, de la sagesse t de la bonté divine a placé Thomme dans une con- [îtion plus élevée que la première, en sorte que nous mouvons dire avec l'Église : « Dieu , vous avez dmirablement établi la dignité de la nature humaile, vous l'avez plus merveilleusement rétablie, puis- [ue Jésus-Christ nous a rendus participans de sa lature divine, comme il s'est fait participant de notre lumanité. » L'homme est donc déchu de sa dignité iremière; mais il aspire à la recouvrer par une lutte [uî ne finira qu'avec la vie. Ainsi le christianisme seu^ lous explique le mystère de la vie, seul il nous ex- )lique le mystère de la mort, seul il nous fait com- >rendre la justice et la miséricorde de Dieu, la granleur et la misère de l'homme.

En portant le coup terrible qui révélait sa colère , Dieu a montré qu'il était toujours le père du genre humain. La mort, ce décret de justice, est devenue un décret de miséricorde. Elle punit le péché, elle détache des faux biens, elle répare le péché, elle attache aux biens réels. Tel sera le partage de ce discours.

Vierge divine, vous qui priez pour nous à l'heure de notre mort afin de nous enfanter à la vie , je vous implore aujourd'hui; mère des vivans, médiatrice du genre humain, apprenez-moi à parler dignement du grand mystère de la vie et de la mort^ de la chute et de la rédemption. Ave^ Maria.

PAEMZànZ VA&TXB.

L'homme est condamné à mort dès sa naissance, i] meurt dans son étre^ dans ses amis , dans tout ce qui l'environne. Dès que nous sommes revêtus de ci corps misérable, nous tendons à la mort. Tous Id momens de la vie nous y conduisent. Nous en serons plus près demain qu'aujourd'hui, aujourd'hui plu qu'hier-, dans quelques heures plus qu'en ce moment Tout le temps de notre vie est une course continuelfc vers le tombeau.

Il suffît d'exister pour mourir. Celte terre, ce s(H leil qui nous éclaire, ces étoiles qui brillent sur no^ têtes, s'en iront en poussière. Tout ce que nous avon^ fait pour le monde sera comme la cendre que nou^ venons de recevoir.

L*homme passe au milieu des images. In imagini perlransit homo. « Vanité des vanités, dit Salomon^ et tout n'est que vanité. Qu'a de plus l'homme de Xoni le travail dans lequel il se consume sous le soleil? Une génération passe, une génération vient-, mais la terre demeure la même. Le soleil se lève et se couche et revient aux lieux d'où il est parti ^ le vent souffle vers le midi et retourne vers le nord, et, après mille circuits, il revient aux lieux d'où il est sorti pour souffler encore une fois. Qu'est-ce qui a été? Ce qui sera. Qu'est-ce qui a été fait? Ce qui sera fait. Rien de nouveau sous le soleil. J'ai été roi d'Israël , j'ai vu tout ce qui se fait sur la terre, et tout est vanité et affliction d'esprit.

« Toutes choses ont passé comme l'ombre, comme le courrier qui se hâte, comme le vaisseau qui fend la nier agitée et qui ne laisse aucune trace, aucun sentier dans les flots. Notre vie est comme la poussière que le vent emporte, comme l'écume légère poussée par la tempête, comme la fumée que le vent dissipe, comme la mémoire d'un hôte d'un jour qui s'éloigne.» Tout nous quitte à chaque instant, et nous pouvons dire avec l'Apôtre : Je meurs tous les jours, quotidiè morioT.

Cependant, au milieu de ce misérable étal de misère et de dégradation, nous sentons tous une révolte intérieure quand on nous parle de la mort, nous agissons toujours comme si nous étions immortels ; cendre et poussière, nous nous croyons des dieux. Aussi Satan veut encore nous séduire. Mais à quel artifice a-t-il recours? Il ne nous dit plus comme autrefois à nos premiers parens : Vous ne mourrez pas y nequaquam morieminL II ne trouverait personne qui voulût le croire. Il cherche à nous tromper par ces paroles : Vous ne mourrez pas aujourd'hui, vous ne mourrez pas demain-, et, comme nos premiers parens , nous succombons à ses artifices , nous nous laissons prendre à ses suggestions. Nous croyons que nous aurons du temps, que notre heure n'est pas venue; nous nous disons que Dieu est trop bon pour nous perdre, qu'un moment suffit au repentir, et nous évitons ainsi de nous préparer à la mort, oubliant, dans notre inconcevable folie, que, si Dieu a promis le pardon, il n'a pas promis le lendemain.

Mais cette mort dont nous cherchons à écarter les images, que nous éloignons sans cesse de notre pen-

sée, elle est le témoignage sensible , la preuve ma infeste, FinelTaçable punition du péché d'Adam , le terrible enseignement de la justice divine exposé à tous les yeux -, et , pour vous convaincre de celte vérité, nous allons vous montrer Télonnant rapport qui existe entre la faute et le châtiment.

Rappelez- vous, mes frères, toutes les circonstances de la chute. Placé dans le paradis terrestre, rhomme avait reçu l'immortalité. Image visible du Dieu invisible, destiné à la possession éternelle de la gloire céleste , il se laissa séduire à Tattrait des sens, son cœur écouta Eve plutôt que Dieu, et, dans l'orgueil de son esprit, il crut qu'il pouvait par lui-même devenir semblable au Très-Haut.

Adam pécha donc dans ses sens, dans son esprit et dans son cœur. Ces trois désordres, introduits dans le paradis terrestre, sont encore les trois désordres de notre nature. Volupté, curiosité, orgueil, voilà encore les trois tentations dont parle TApôtre , le perpétuel combat de la vie humaine! Le fruit était beau à voir, bon à manger-, le démon promettait à nos premiers parens que leurs yeux s'ouvriraient, qu'ils seraient comme des dieux. profondeur des Ecritures! ô lumière prophétique de l'Esprit saint! L'histoire est encore ici une prédiction ! Le récit de la première chute s'applique encore à toutes les chutes 1

L'homme , ayant perdu Dieu , n'a plus trouvé que lui-même-, et de lui-même, dit saint Augustin , il faut qu'il tombe plus bas, parce qu'il ne peut s'arrêter ni à son àme ni à son corps, et ses désirs s'égarent parmi les objets sensibles.

Pareille à une eau qui, du sommet d'une montagne, coule premièrement sur un rocher élevé où elle se disperse et se précipite dans l'abîme, l'âme raisonnable tombe de Dieu sur elle-même, et de là plus bas encore. Comme elle ne se nourrit plus de vérité et d*amour, seul aliment qui puisse la satisfaire, elle va demander le bonheur à la poussière et à la fange.

Hommes si avides des biens qui passent, approchez d'un tombeau. Venez et voyez. Privée de mouvement et de vie, pâle, froide, immobile, votre chair change de nature j elle retourne à la terre, elle n'est plus qu'un cadavre , un débris encore tout fumant de la foudre qui l'a frappé. La chair a été coupable^ l'homme se plaisait à l'embellir^ à la parer; il en faisait une idole, elle devient un objet de dégoût et d'horreur. Elle n'est plus que pourriture, dit Job; elle a dit au néant : Vous êtes mon père ; et à la corruption : Vous êtes ma mère et ma sœur! Les vers sont maintenant ses délices, mes vêtemens, dit encore Job, auront horreur de moi. N'est-ce pas là l'expiation du désordre des sens? L'homme n'est-il pas puni dans son corps par une juste sévérité? La punition n'est-elle pas ici proportionnée à l'offense.'*

Adam avait péché dans son cœur. Au lieu de placer en Dieu son principal amour, il lui avait désobéi pour plaire à Eve, sa compagne. Et vous, fils d'Adam, que faites-vous encore aujourd'hui? Nés pour être spirituels dans votre chair, vous devenez charnels même dans votre cœur. Répandus hors de vous, vous appelez beauté, lumière, douceur, grâce, joie, bonté, ces images passagères où Dieu laisse tomber quelques

rayons de sa grandeur et- de sa gloire. Vous mettez voire bonheur à aimer des créatures et à en être aimés; vous cherchez votre félicité dans ces Ggures mobiles de la beauté et de Tamour, et vous leui sacrifiez Dieu, la beauté immuable, Tamour éternel. Venez et voyez. La peine sera encore ici une suite de Toffense. Nous ne sommes pas seulement frappés en nous-mêmes , mais dans les objets de nos affections. La mort se multiplie par ce qu'elle nous enlève. 11 faut quitter cet ami, ce frère, ce protecteur, cette épouse chérie, cet enfant que vous aimez. La mort; l'horrible mort, jette son voile entre eux et vous. En vain vous pressez de vos mains leurs mains défaillantes j en vain vous voulez retenir leur àme qui s'éloigne et qui n'est plus à vous; en vain vous voulez garder leurs corps, ces restes précieux à votre tendresse: une odeur fétide se répand autour d'eux et vous défend d'en approcher. Vous-mêmes, vous serez forcés de les rendre à la terre, d'où ils sont sortis. Vous direz comme ce roi frappé dans Israël : Siccine séparai amara rnors'f Est-ce ainsi, mort cruelle, que tu nous sépares? Ah! s'écriait le pape saint Grégoire, si vous êtes sensibles aux charmes d'une beauté mortelle, pensez à ce qu'elle sera dans la nuit du sépulcre. Rien n'est plus propre à éteindre les feux de la passion que de se représenter dans les horreurs de la mort ce qu'on aime revêtu du faux éclat de la vie.

Voilà donc une seconde conséquence de la faute d'Adam. Non-seulement la mort nous ravit tout ce qut^ nous aimons, elle renverse tout ce que nous avions édifié pendant notre vie, elle détruit jusqu'à notre souvenir. On ne parlera plus de nous , on ne pensera

LA M01\T. 4t

plus à nous, les larmes de nos amis sécheront, le Heu où nous habitons ne nous connaîtra plus, nous serons livrés à Voubli comme un mort effacé du cœur: ObUvioni datas surn ianquàm moriuus à corde. Comme le nuage se dissipe et passe, ainsi celui qui descend dans Tabime ne remontera plus. L^arbre qu'on a coupé n*est pas sans espérance; il peut reverdir, il porte de nouveaux rejetons : quand sa racine aurait vieilli dans la terre, quand son tronc serait mort dans la poussière, il germerait à rapproche de Teau , et ses feuilles renaîtraient comme au jour où il fut planté. L*homme, lorsqu'il est mort, et dépouillé et consumé , où est-il? Que ses enfans soient dans la gloire ou dans l'ignomi* nie , il ne le saura pas.

Mais un coup plus terrible est réservé à la troisième offense, au crime de l'esprit, à Forgueil, à ce crime de rintelligence qui change les ténèbres en lumière et la douceur en amertume, qui appelle mal le bien et bien le mal, et qui livre le cœur et les sens de l'homme au délire de ses pensées.

Adorateurs de la raison humaine , vous qui êtes sages à vos propres yeux, et qui croyez à voire prudence, venez et voyez Tétonnant miracle de la puissance divine, qui, pour confondre votre orgueil, a placé, pour ainsi dire, le néant dans la vie. Dieu va rendre sensible à Thomme le néant dans lequel il a mérité de rentrer. L'homme avait voulu se faire dieu, il vient un moment où il ne sait plus même s'il est un homme. Approchez d'un mourant : ses sens se troublent, les objets ne lui apparaissent plus que dans un nuage, son corps va tomber en poussière, et, comme il ne voit ni Dieu ni son âme, il ne comprend

pas où se réfugiera la vie au moment de la mort; il croit assister à la destruction de tout son être. Lui , qui n'avait pas cru à la mort pendant la vie , au moment de la mort il ne croit plus même à la vie. Regardez ceux qui l'entourent : quelle autre idée leur reste-t-il ? Bientôt il est jeté dans la terre , le nom de cadavre même ne lui reste pas-, il devient, ditTertullien, un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue. Il a passé comme un songe, comme une vision de nuit. Eh bien! dites, mes frères, cette séparation des deux substances, cette destruction du corps, cette disparition de l'âme, l'ombre de la mort répandue partout, ce demi-néant, cette image du néant tout entier, cette imitation du néant n'est-elle pas la création la plus étonnante de la justice divine? N'est-ce pas là le juste châtiment de l'orgueil, la preuve de la souveraineté de Dieu et du néant de l'homme ? Grands de la terre , vous êtes comme des dieux , on vous regarde comme les fils du Très-Haut, mais vous mourez comme les autres hommes , et, fussiez-vous sur le trône , le tombeau sera votre partage. Vous avez vu, mes frères, ces orgueilleux qui, durant leur vie , ont voulu s'égaler à Dieu : vous avez passé, ils n'étaient déjà plus. Comment, ditlsaïe, a cessé tout-à-coup ce maitre impitoyable, celui qui frappait les nations dans sa colère? Toute la terre s'est reposée en silence. Les cèdres du Liban ont vu avec joie ta ruine. Tu dors, ont-ils dit; qui maintenant s'armera contre nous? Les princes de la terre ont élevé leur voix dans le séjour de la mort, et ils ont dit : Eh quoi ! tu as été blessé comme l'un de nous , ta gloire est tombée dans l'abime , ton cadavre

est étendu sur la terre, les vers forment ton vêtement. Comment es-tu tombé du del, astre brillant, (ils de Faurore? Tu disais dans ton cœur : Je monterai par-dessus les eieux, je me reposerai près de l'aquilon, je serai semblable au Très-Haut. Et te voilà jeté au plus profond de l'abîme. Ceux qui le verront se pencheront vers toi, te regarderont de près, et diront : « Est-ce là cet homme qui a troublé la terre, qui a ébranlé les royaumes?» Ainsi tout est soumis à la mort y ainsi toutes les créatures se courbent devant le Tout-Puissant avant d'entrer dans le tombeau-, elles disparaissent toutes en sa présence, pour nous apprendre que Dieu seul vit et règne dans tous les siècles-, qu'il était hier, qu'il est aujourd'hui; que nous avons tous, tant que nous vivons, une vie d'emprunt; que Dieu seul est l'Éternel, que Dieu seul est la vie, que Dieu seul est grand, que Dieu seul est Dieu. Tous les mortels viennent dire successivement : Omnis homo vaniias^ tout homme est vanité; et l'Eglise peut faire entendre à tous ces belles paroles : Mémento homo quiapuhis es et in puherem re^erteris : Homme , souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.

Tout porte donc autour de nous les marques de la justice du ciel, et, quand nous voulons fonder ici-bas et nous faire une cité permanente, nous ressemblons à ces peuples qui élèvent leurs demeures sur un volcan à peine refroidi, quand le sol tremble encore de toutes parts.

Doutez maintenant, si vous le pouvez, de la chulc de l'homme et de la vengeance divine. Celle chule originelle, sans laquelle tout serait inexplicable, est

empreinte tout entière dans la misère et dans la mort de l'homme : Terre, terre, entends la voix du Seigneur : Terra j terra , audi vocein Domini

Voilà , mes chers frères, les leçons que nous donne la mort, et c'est ainsi qu'en nous punissant elle nous détache de la vie et de ses faux biens. Elle vous dit, à vous qui courez après les plaisirs du monde, que ces plaisirs vous égarent et vous trompent 5 à vous» séduits par Téclat des richesses et des honneurs que la gloire véritable est au-delà du tombeau; à vous entraînés par les charmes d'une vaine beauté, que tout est cendre et poussière. Elle vous répète que tout ce qui est dans ce monde est plus vain que la vanité même. Elle vous crie qu'il faut éviter d'imiter Adam, succombant dans le Paradis terrestre aux trois tentations , pour suivre l'exemple de Jésus-Christ , qui en a triomphé sur la croix.

Mes chers frères , ne vous faites pas d'illusions , la première mort subie par Adam, et que vous subissez vous-mêmes, cette mort qui depuis six mille ans atteint toute la race humaine, est une image delà seconde mort dont nous sommes menacés maintenant. Dieu vous dit encore aujourd'hui : Si vous mangez le fruit défendu, vous mourrez de mort, morte morierisy et le serpent nous tente par ces paroles : « Vous ne mourrez pas de la seconde mort , Dieu est trop bon pour punir la faute d'un moment d'un supplice éternel. » Prenez garde, cette parole du serpent, démentie par la première mort, le serait aussi cruellement par la seconde 3 apprenez par le spectacle terrible qui est sous vos yeux, par celte mort la voie du genre humain, viam unmrsœ ierrcBy ap-

prenez que la justice de Dieu a des lois inflexibles. Vous êtes avertis y TÂpôtre Ta dit, il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. Tout ce que je viens d'étaler devant vous de misère et de corruption dans la mort est une figure de ce qui sera réalisé en enfer. Mais éi Dieu est terrible dans ses vengeances^ il est plein de douceur pour les hommes de bonne volonté.

Jésus-Christ a voulu mourir pour queThommepùt revivre. Associons-nous donc à la mort du nouvel Adam , recevons-la avec le même esprit de sacrifice , acceptons-la comme le gage du salut, et nous serons rendus à la lumière et à la vie. Si un seul a péché , un seul a expié. L'unité est dans la faute , Tunité est dans la réparation. La mort , qui était un châtiment , devient un moyen d'amour , une preuve de la miséricorde divine. C'est ce que nous verrons dans la seconde partie.

DSVZZiMZ VARTZZ.

Depuis que la douleur et la mort étaient entrées dans le monde, les hommes tremblaient au seul nom de l'Eternel. Dieu apparaissait à tous les peuples comme le Dieu fort, le Dieu terrible. « Les douleurs de la mort m'ont environné , s'écrie le roi-prophète , les torrens de l'iniquité m'ont rempli d'épouvante, les horreurs du sépulcre m'ont investi. mon Dieu! vous vous êtes creusé une retraite au milieu de la nuit, la nuit garde votre tabernacle ; vous vous êtes enveloppé de la foudre et des tempêtes. Aux éclairs de vo-

tre visage, les nuées ont répandu la grêle et le feu ; les fondemens de la terre ont été mis à nu , à votre menace, Seigneur, au souffle de votre colère. »

Voilà sous quelles images le Dieu qui avait fait la mort se montrait aux nations. Cependant la miséricorde s'était manifestée le jour même de la justice. Dieu promît un rédempteur au moment où il punissait notre premier père. Quand le décret de mort fut rendu contre Adam, le Verbe divin s'offrit pour racheter Thomme. Il ne faut jamais séparer la miséricorde de la justice. La loi de grâce a toujours été annoncée au temps même de la loi de crainte. Le salut existe avant comme après la croix; le sang de Jésus-Christ a été offert dès le commencement du monde; c'est ainsi que Dieu a fait de la mort le moyen de remonter à la vie.

Dieu a eu pitié de l'homme , dit saint Irénée ; il l'a éloigné du Paradis terrestre et de l'arbre de vie , il l'a condamné à mourir pour mettre fin au péché , afin que, par la dissolution de sa chair, l'homme commençât â revivre.

Tout dans le Paradis terrestre souriait au premier homme; tout lui parlait de la bonté de Dieu, mais non de sa justice. L'homme ne connaissait pas les effets terribles du péché; il ne pouvait pas se figurer la mort. Dieu a changé la condition des êtres intellîgens et libres. Au lieu de les placer dans la lumière et dans la félicité, il se voile à leurs regards, mais pour les attirer; il les sépare de lui dans le temps, mais pour leur faire craindre une séparation éternelle; il les frappe de la mort du corps , mais pour leur faire redouter la mort de l'âme. La crainte, ce sentiment inconnu au premier homme, est devenue pour nous le

commencement de la sagesse ! Du décret de mort jaillissent des lumières que l'homme n'avait pas dans son immortalité.

Les maladies, les ténèbres, le feu , les angoisses de l'àme et du corps , toutes ces images de la justice et de la colère sont devant tous les yeux, et nous, ministres de la parole divine, nous pouvons parler de douleur et de mort à des esprits impérissables et immortels; nous pouvons, par la foi, les faire monter des obscurités à la lumière-, par l'espérance, tes élever de la douleur et de la mort à la félicité et à la vie; par i'amour , nous pouvons les faire passer de la crainte à la confiance , de la sauffrance à la joie. Et alors nous comprenons pourquoi ces trois vertus du Chrétien sont le triple lien entre l'homme et Dieu , lien qu'on ne peut pas rompre : funiculus triplex difficile rumpiiur*

Par une grâce admirable du Sauveur, la peine ^^y crime est devenue l'instrument de la vertu. La mort est aujourd'hui un moyen de salut en même temps qu'elle est une pénitence et une expiation. Notre mort y dit saint Augustin, est la peine du péché; la mort de Jésus-Christ est la réparation du péché.

Vous allez voir, en effet, mes chers auditeurs, comment toute la vie de Jésus-Christ sert à effacer l'offense faiteàDîeu par notre premier père, et vous admirerez encore ici le rapport de la réparation avec la faute, l'accord delà chute et de la rédemption.

Considérons d'abord Jésus -Christ voulant subir au déserties tentations de la race humaine, comme s'il avait eu à combattre en lui les trois cupidités qui la tyrannisent. A la tentation du fruit défendu, la tetcnla

tioii de convoitise, que répond-il ? « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » A la seconde tentation , la tentation de curiosité, qu'oppose Jésus? « Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu. » Enfin le Sauveur repousse la troisième tentation , la tentation de Torgueil, en disant : a Retire-toi, Satan; il est écrit : Vous adorerez le Seigneur, et n'adorerez que lui seul. »

Voyez Jésus-Christ entrant dans le monde : Mon Père, dit-il , vous n'avez pas voulu le sang des boucs et des génisses; vous m'avez donné un corps, et je viens vous l'offrir. Le corps de Jésus- Christ a remplacé toutes les victimes des anciens sacrifices. Le premier acte de Jésus-Christ, en entrant dans le monde , a donc été le sacrifice de son corps.

Dans tout le cours de sa vie mortelle, Jésus-Christ se propose la volonté de son Père. Au jardin des Olives, il s'écrie : Que votre volonté se fesse, et non la mienne. Au Calvaire, il rend le dernier soupir lorsqu'il a consommé tout ce que son Père voulait de lui ; sa vie est une vie toute de soumission et d'obéissance; sa mort, l'abandon de son œuvre entre les mains de Dieu. Il a été obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. N'est-ce pas là le plus parfeit exemple du sacrifice de l'esprit? Du haut de sa croix, Jésus-Christ a voulu voir tous ceux qu'il aimait le plus : sa mère, Madeleine et Jean, afin de montrer qu'il offrait toutes ses affections à Dieu, et voilà l'immolation du cœur ! La vie et la mort de Jésus-Clirisl ont donc été le véritable modèle du sacrifice que l'homme doit à Dieu en réparation du triple péché d'Adam, sacrifice du corps,

LA MOAT. 49

deTesprit et du cœur. Aussi les engagemens du. baptême et de la vie religieuse portent-ils les trois caractères du sacrifice de Jésus- Christ! L'homme 9 en renonçant à la chair , au monde , à Satan , s'engage à immoler tous les jours son corps , à sacrifier sa vo-. lontè à la volonté de Dieu , à renoncer à tous les biens de ce monde. La mort devient l'enseignement de la vie; les trois désordres de la vie terrestre sont répa-^ rés, la volupté, la curiosité ^ l'orgueil, la chair, le monde , Satan , sont vaincus.

Pour vous associer à la rédemption et vous élever à Dieu , mes chers frères , pour éviter la seconde mort, il faut donc vaincre vos sens« vous dépouiller de toutes les affections que Dieu condamne, régler vos af- (eeûons les plus légitimes en les rapportant à celui <|ui en est la source, abattre l'orgueil de votre esprit : l'est ainsi qu'unis à Jésus-Christ vous réparerez , en suivant les traces du second Adam, le mal fait par le premier; c'est ainsi que, devenus sacrificateurs et victimes , vous offrirez à Dieu le véritable sacrifice , l'adoration en esprit et en vérité-, c'est ainsi que vous mourrez volontairement en esprit avant de subir la mort du corps. Dissipez l'illusion des objets exténeurs , détruisez l'ignorance de ce qui se passe dans voire cœur et le penchant que vous avez à vous esti< ^uer vous-même. Les objets extérieurs nourrissent nos passions, l'ignorance de notre cœur nous empêche de i^econnaitre sa faiblesse, et l'estime de nous-mêmes »ous fait omettre de demander la grâce si nécessaire ^aos tous les momens.

Par cette mort spirituelle, accomplie volontairement ^'"nous, nous nous détachons du ^npnde visiblç;^

rherbedelaprairie^ mais vous, Seigneur, vous vivez éternellement. Les deux périront , vous seul êtes toujours le même, vous seul subsistez éternellement^ ô roi immortel et invisible ; je ne suis rien , mais vous êtes; ma vie est en vous, j'espère en vous, je ne serai pas eonfondu a jamais.

Et maintenant , mes frères , vous comprenez toute votre destinée, la rédemption et la chute, la justice et la miséricorde; vous connaissez le secret de la vie et de la mort, la science du bien et du mal vous est dévoilée ; vous savez que vous serez un holocauste de justice si vous n'êtes pas un holocauste d'amour : un holocauste de justice si vous attendez que la mort vienne vous frapper avant de vous être immolé vous-même; un holocauste d'amour si , à l'exemple de Jésus-Christ, vous renouvelez tous les jours votre sacrifice. C'est à vous à choisir : voyez si vous voulez devancer volontairement le sacrifice que vous ferez nécessairement aux portes de l'éternité. Si vous n'avez pas appris à mourir en esprit avant de subir la mort du corps , vous serez comme ces victimes parées de fleurs et qu'on traîne forcément à l'autel. Et quel auditoire pourrait mieux comprendre les idées de dévouement et de sacrifice que celui dont je suis entouré? Parmi ceux qui m'entendent, il en est peu dont la famille n'ait son héros ou son martyr. Mais si vous savez vivre et mourir pour les Rois de la terre, si vous savez leur être fidèles, sachez donc, en renonçant à vous-même, vivre et mourir pour le Roi du ciel. Vous le savez, mes frères, le sacrifice est la vie des sociétés et des familles; nous appartenons tous à la patrie , nous lui devons tout notre sang. Que l'es*

LA MOAT. 53

' prit de sacrifice se retire, et. la société meurt 3 qu'il se retire de la famille^ la famille n'existe plus. La guerre , qui demande à tous les hommes le sacrifice de leur vie, n'existe que pour perpétuer parmi les hommes Tesprit de sacrifice. Les voluptés de la terre énervent les hommes et les peuples; le dévouement , l'immolation de soi-même^ grandissent les hommes et les nations. Les nations qui finissent dans les voluptés recommencent par la guerre. C'est par les idées de sacrifice que les liens de la société se fortifient, et que lamour du prochain nait dans les cœurs. Les nations qui, au lieu de Tesprit de sacrifice, laisseraient prévaloir les idées de $atis(action et d'utilité, pour parler le langage moderne, tomberaient dans Tégoïsme et seraient bientôt détruites. Est-il étonnant que le ciel, l'autre patrie, exige les mêmes sacrifices, et que la religion ne soit autre chose que l'immolation et le dévouement ?

C'est par la douleur involontaire que l'homme entre dans cette vie misérable , c'est par la douleur vo* lontaire qu'il entre dans la vie étemelle. L'image de la mère qui enfante un fils est l'image d'une àme qui s'enfante elle-même à une autre vie. C'est par les déchiremens et par les angoisses que l'homme liait à cette vie terrestre, c'est par le sacrifice et l'immolation que le Chrétien nait à la vie céleste. Le sacrifice c'est l'àme des sociétés chrétiennes, c'est la liberté de Thomme s'itnmolant volontairement à Dieu.

Mes chers frères, nous ressemblons ici-bas, dit saint Grégoire de Nysse , à l'enfant encore dans le sein de sa mère, enveloppé d'épaisses ténèbres, plongé dans la chair et dans le sang. L'enfant ne connaît pas

ce qui l'entoure. Si sa mère pouvait lui parler, elU lui dirait : Vous êtes en prison , dans les ténèbres d cependant, près de vous, il est un monde rempli d'habitans, la lumière les inonde, ils respirent le^f plus doux parfums, ils mangent des fruits délicieux. Comment Fenfant pourrait-il imaginer la lumière, \e9\ parfums et les fruits? Toutes les paroles de sa mèrei seraient pour lui un mystère incompréhensible. Encore quelques jours cependant, et cet enfant entrera dans ce monde où sa mère habite et qu'il ne voit pas !

Pour nous aussi ce monde est une prison , et nous sommes toujours au moment d'entrer dans cet autre monde , dans ce monde invisible où brille le soleil des esprits, mille fois plus beau que le soleil d'ici-bas; monde où nous serons inondés de lumière et d'amour, où nous contemplerons Dieu dans son essence, où la mort et la douleur ne pénétreront jamais. Mais nous ne pouvons être introduits dans ce monde que par le sacrifice et les déchiremens. Après les larmes viendra la joie. Une femme, lorsqu'elle enfante, dit notre Seigneur, est dans la tristesse, parce que son heure est venue; et, après qu'elle a enfanté son fils, elle ne se souvient plus de sa douleur, à cause de sa joie , parce qu'un homme est né au monde.

Pour arriver au séjour de la gloire, que faut-il donc, mes chers auditeurs? Vous le savez maintenant, il faut mourir deux fois, mourir volontairement, avant de subir la mort nécessaire et inévitable.

Deux grands spectacles sont devant nos yeux , la tombe et le Calvaire : la tombe, c'est-à-dire la mort naturelle , l'hommage forcé que le fils d'Adam rend à Dieu ; le Calvaire , Ihommage spirituel que le disciple

LA MORT. &â

de Jésus- Christ oJQTre avec le rédempteur. Si l'homme ne veut pas monter au Calvaire , s il ne veut pas mourir de la mort spirituelle , il n'en subit pas moins la mort naturelle, et, plus tard, la mort de l'àme. Si rhomme monte tout vivant au Calvaire, s'il accepte la mort spirituelle, il est uni aux mérites de Jésus- Christ, il expie, il répare, et il sort du tombeau avec son divin maître, vainqueur du monde et de la mort. Marchons donc sur les traces de Jésus-Christ. Ces jours où nous entrons sont les jours de miséricorde et de salut , parce qu'ils nous rappellent sans cesse à la pensée de la mort et du sacrifice , parce qu'ils nous présentent sans cesse la chute et la rédemption. Souvenons-nous dans tous les momens que nous devons mourir, La mort est terrible au pécheur; pour le juste elle est un heureux passage d'une vie remplie de misères à une vie toute de délices.

Détachons-nous de tout ce qui passe , nous ne savons ni lejour ni l'heure. Perçons ces saintes obscurités qui séparent deux mondes , le monde des réalités et le monde des illusions; un voile épais est répandu entre Dieu et nous , l'éternité est par-delà ce voile. Encore un peu de temps, ce voile se lèvera pour nous, et nous reverrons ceux que nous avons perdus , et nous posséderons à jamais celui qui nous a sauvés de la mort, celui qui est la résurrection et la vie.

Ainsi soit-il.

mêmes définir; rêverie ancienne de métempsycose qu'ils onl revêtue de formes nouvelles.

Tandis que ces prétendus philosophes nous ramènenl à de vieilles erreurs par voie de raisonnement , des poètes nous représentent les joies du Ciel comme insuffisantes pour les anges et pour l'homme.

N'entendons-nous pas répéter maintenant autour de nous : Quelle est donc cette félicité dont on nous parle? A quoi peuvent s'occuper les Bienheureux pendant Féternité ? Que veulent dire cet mnen , cet hosanna , cet alléluia perpétuels ?

Exposons aujourd'hui cette félicité des Elus. Montrons les Saints heureux dans le Ciel , parce qu'ils ont la réalité et le complément de tout le bonheur que nous cherchons vainement sur la terre.

Cette félicité, nous la portons en nous. Nouj avons en nous le germe de l'éternité bienheureuse. Le Ciel , c'est le développement de toutes nos facultés en Dieu.

L'éternité bienheureuse ce n'est pas notre être perdu dans l'humanité, comme le disent les panthéistes, c'est Dieu en nous, et nous en Dieu.

En effet , le principe de tous nos plaisirs, de toutes nos joies, consiste ici-bas dans l'être, dans la connaissance et l'amour. Etre, connaître, aimer, voilà tout l'homme. Nous participons tous sur la terre à l'être, à la connaissance et à l'amour, mais les Saints dans le Ciel auront la plénitude de l'être, la plénitude de la connaissance , la plénitude de l'amour.

Oui, c'est seulement dans le Ciel que nous aurons la plénitude de l'être , puisqu'en Dieu seul est la plénitude de la vie : Apudie estfons vitœ ; la plénitude de la connaissance , puisque dans sa lumière nous ver-

rons la lumière: In lamine tuo videbimus lumen ; la plénitude de Tamour ^ puisque Dieu fera couler sur ses Elus le torrent de ses délices : Tor rente voluptatis tuœ potabis eos.

Portes de la céleste Jérusalem, ouvrez -vous, afin que nous puissions contempler la félicité des esprits immortels que TEglise honore ! Sainte Jérusalem , Eglise des premiers- nés ^ en quel temps fut-il jamais plus nécessaire de parler de votre gloire que dans le temps où nous sommes , temps d'obscurité et d'aveuglement , où les hommes sont assaillis de doutes nonseulement sur la résurrection de leurs corps , mais sur l'immortalité de leurs âmes ; temps de misère et d'ignorance ^ où la plupart de ceux qui vivent ne comprennent ni leur destinée étemelle, ni leur fin, ni les desseins de Dieu sur eux ?

Esprit saint , répandez sur moi vos clartés célestes. Daignez me soutenir et m'inspirer : c'est ce que je vous demande par l'intercession de Marie, à qui j'adresse la prière de TAnge: As^e^ Maria.

PBEBCZXBE PARTIE.

L'homme aura dans le Ciel la plénitude de Télre , et , par l'être , nous n'entendons pas seulement l'existence, mais la santé, la richesse, la liberté, l'abondance, la souveraineté, la gloire, l'éternité. Quelle est ici-bas la première condition du bonheur pour l'homme ? Le sentiment complet de la vie. L'enfant existe dans le sein de sa mère , et la vie est alors pour lui comme si elle n'était pas. Le coupable condamné

&4 lË CIEL.

est d'une bien courte durée , et la première condition du bonheur pour l'homme est la plénitude de son être y la certitude de l'éternité* Mais où la trouver cette plénitude de l'être ^ cette certitude de l'immortalité? Religions des peuples ^ que nous offrez-vous après cette vie? Des ombres errantes dans des jardins, où elles regrettent les soins de la terre -, des figures balancées dans des nuages; une moitié du genre humain, les femmes, condamnée à un néant éternel; l'autre, même dans le Ciel, livrée à de honteuses voluptés. OEuvres des sages, systèmes des philosophes, vous ne contenez que des incertitudes sur l'immortalité de nos âmes, une ignorance presque absolue sur la résurrection de nos corps, et le peut-être du doute est le seul mot que l'on recueille de vos méditations et de vos recherches.

Ouvrez maintenant les livres de notre foi : quel langage différent et quelle merveilleuse conformité entre la parole de Dieu , la raison et la conscience de l'homme !

« Je suis celui qui suis. » Voilà comment Dieu se définit lui-même; Dieu est donc celui qui est par essence; toujours le même, immuable, éternel, immense, il a tout créé, il conserve tout. En lui il n'y a ni passé ni futur; il n'est dans aucun lieu, dans aucun temps.

Dieu est le seul puissant, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs; à lui appartiennent la gloire et un empire éternels. II appelle ce qui n'est pas comme ce qui est. 11 est le premier et le dernier. Sans défaillance, sans travail, sans lassitude, il agit continuellement. Il nous éclaire dans le soleil ; il nous charme

dans les sons, dans les parfums; il nous rafraîchit par Tair, par les eaux; il nous ravit par la variété des couleurs. 11 étend sur le vide la voûte des cieux ; il suspend la terre sur le néant; par sa puissance il soulève les mers, par sa sagesse il dompte leur fureur. Voilà, dit Job y une faible partie de ses œuvres; ce qu'il nous fait entendre n*est qu'un léger murmure : qui pourrait soutenir le tonnerre de sa puissance? Dieu est donc la source de Tètre, de la vie, de la santé, de Tabondance , de la richesse, de la souveraineté. La vie c'est Dieu ; la puissance c'est Dieu ; la gloire c'est Dieu; l'espace, le temps, l'immensité, Téiernitéy c'est Dieu même. 11 est celui de qui tout vient , par qui tout existe, en qui tout réside.

Eh bien! mes frères, Thomme est destiné ^posséder dans le Ciel la vie de Dieu, sa puissance, sa gloire ,, son éternité.

Dieu, dit saint Pierre, a ressuscité Jésus-Christ pour nous rendre participans de sa vie éternelle. L'homme est à la fois àme et corps ; Tàme et le corps doivent donc se trouver réunis pour que l'homme existe dans le Ciel. S'il est vrai que, dans toutes ses œuvres. Dieu n'ait rien feiten vain, il faut de toute nécessité que le corps soit immortel comme l'àmeellcn même.

Âmes des Saints, non-seulement vous avez la certitude d'une vie impérissable , puisque votre àme participe à l'être de Dieu , et que l'étemité est voire par-^ tage, mais vous voyez venir le temps où vos corps ressusciteront spirituels et glorieux. Et vous ne recevrez pas un corps emprisonné dans un étroit espace, mais un corps que rien n'arrêtera. Ou Vesprit des

bienheureux voudra , leur corps sera^ dit saint Augustin. Ubi spiriius voluerit^ ibi corpus erit. Nos corps, après la résurrection , dit saint François de Sales, auront, ainsi que nos âmes, la subtilité, IV gilité, rimpassibilité , la clarté. Dans la réunion du corps avec Fème glorieuse , TAme gouvernera le corps et le conduira partout sans aucune résistance; il pénètrera en tous lieux sans rencontrer aucun obstacle; il sera plus subtil que le rayon du soleil , plus agile que les mouvemens de l'esprit; il ira plus vite que le vent , aussi vite que la pensée. Il sera si lumineux que sa clarté surpassera la clarté du soleil.

Dans le Ciel, plus de faiblesses, plus de maladies , plus de désirs, plus de crainte de la mort. L'Etemel, dît Isaîe, précipitera la mort pour toujours. On n'entendra plus parler de violence ni de destruction. Les jours des larmes seront finis.

Les justes vivront éternellement de l'essence divine; ils auront une santé , une jeunesse inaltérables. Ils ne participeront pas seulement à Téternité du Dieu créateur, ils habiteront près de lui, ils recevront de sa main le diadème de gloire. Assis sur son trône , rois d'un royaume éternel, ils seront eux-mêmes ce royaume.

Que sont dès-lors les infirmités , les douleurs , les défaillances, la mort même , sinon l'épreuve qui doit nous mériter la vie, les richesses, la gloire, l'éternité ? La terre n'est plus pour nous qu'un lieu de passage , et nous pouvons compter les heures qui nous approchent de la vie réelle comme le voyageur compte les bornes de sa roule, et le pilole les nœuds du navire qui lo porte an terme de sa course.

Vous qui cherchez à étendre votre vie sur cette terre, qui vous trouvez toujours comme à l'étroit icihas, qui joignez toujours à vos maisons une maison nouvelle, voudriez-vous habiter seuls au milieu de la terre? Vous vous attachez à l'ombre, et vous abandonnez la réalité. L'amour des honneurs, la soif des richesses, le désir de la gloire, sont en vous des pressentimens d'un avenir qui ne passera pas. Faites-vous donc des trésors que la rouille et les vers ne consumeront pas. Là où est votre cœur , là est votre trésor.

Les Saints, dit le grand Evèque de Meaux, sont tellement embellis des présens de Dieu qu'à peine l'éternité leur suffira pour se reconnaître. Est-ce là, diront-ils, ce corps autrefois sujet à tant d'infirmités ? est-ce là cette âme qui avait des qualités si bornées? Ils ne pourront comprendre comment elle est capable de tant de merveilles.

Les chrétiens ont donc l'assurance que lé complément de la vie leur appartient, que rien ne peut le leur ravir ^ qu'ils participent à la gloire, à la puissance de Dieu même. Ils auront la vie éternelle, comme parle TÉglise, la plénitude de la vie; ils la posséderont dans leur àme et dans leur corps ; tout ce qui est à Dieu est à eux; Dieu sera tout en tous, Deusomnia in omnibus. Le monde créé pour eux subsiste pour eux. Tant que cette semence des Elus germera et produira des fruits sur la terre, dit un Père, la terre ne périra pas. La moisson faite et recueillie dans les tabernacles éternels , le monde entier se dissoudra. Les Justes auront donc la plénitude de l'élre. Nous venons d'établir cette grande vérité; nous montrerons qu ils auront aussi la plénitude de la connaissance, et

que dans votre lumière, Seigneur, nous verrons la lumière. In lumine iuo videbimus lumen. Ce sera le sujet de la seconde partie.

BSVXlàMZ PAB.TZZ.

Vous le savez , mes chers auditeurs, nous naissons tous avec un ardent désir de connaître. Examinez toutes les conditions, pénétrez dans toutes les demeures , interrogez tous les âges, tous les sexes, vous entendrez parler d^objets qui excitent la curiosité des hommes. L'un cherche sur la terre des plantes inconnues, l'autre de nouveaux astres dans le Ciel ; le navigateur parcourt les mers, espérant toucher à des rivages où Ton n'ait pas encore abordé^ celui-ci communique aux pensées, aux sentimens une force nouvelle, celui-là combine des sons qui produisent des effets inattendus, et: Qu'y a-t-il de nouveau? est un mot répété d'un bout de la terre à l'autre.

L'amour de la science est une des plus grandes passions de notre nature. Les anciens philosophes se privaient de tout pour se livrer à l'étude. Pythagore éprouvait des joies indicibles à découvrir les rapports des nombres, et, selon Platon, la souveraine volupté de l'àme consiste à contempler les relations des idées. Et cependant chacun de ces hommes n'étudiait qu'une partie des sciences humaines! Il y a dans l'astronomie, dans l'histoire, dans la poésie, dans la musique, de quoi absorber la contemplation des plus grands esprits. Demandez au poète, au musicien, à l'orateur

s'il est rien de comparable au bonheur qu'ils éprouvent à composer leurs vers, leurs accords, leurs discours; tous vous diront que s'ils pouvaient éprouver à chaque instant les mêmes jouissances , ils ne concevraient pas de plus grande félicité. Mais nos facultés se lassent, et que de bornes à la science humaine! L'erreur et robscurité sont à côté de nos lumières. La science des sa vans est bientôt épuisée! Et par quelles douleurs parvient-on à trouver seulement le moyen d'apprendre] Ces connaissances dont l'homme est si avide, il les acquiert parles veilles , par les faligues, par les plus rudes travaux. Que de voyages il faut entreprendre ! que de lectures pour connaître les diverses nations du globe, leurs lois, leurs mœurs! quelles longues études pour apprendre leurs langues! Cest une misère, dit saint Augustin, de demeurer dans l'ignorance , c'est upe autre misère d'en sortir par des moyens si laborieux et si pénibles. La science, a dit un de nos écrivains ascétiques , entre en nous par le sang, et toute cette science consiste à reconnaître nou^e ignorance. Battu par tous les flots, errant sous un ciel obscur, l'homme va se briser contre tous les êcueils. Au lieu d'une vérité qu'il poursuit, c'est souvent une erreur de plus qu'il rencontre.

Les ténèbres dans lesquelles nous sommes plongés ne s'étendent pas seulement sur Dieu et sur les lois de l'univers j nous ne nous connaissons pas nous-mé- «ies, et l'obscurité la plus profonde nous dérobe presque toujours le cœur et l'esprit de ceux que nous î^imons. La vie de leur àme nous est voilée au moïDcni où nous aurions le plus grand désir cje la connaître.

Mais cette science que nous cherchons n*exis- ; te-t-elle pas hors de nous substantiellement comme | rétre?Oui, sans doute, elle existe; mais qui Ta trouvée'' Où rencontrer la sagesse? où est le séjour de la science? dit un des plus anciens livres de TEcriture. L'homme ignore son prix : elle n'habite pas la terre des vivans. L'abime dit : Elle n'est pas en moi ; et la mer : Je ne la connais pas. L'or, le cristal , le saphir, l'émeraude, ne sont rien auprès d'elle. D'où vient donc la sagesse ? où est le séjour de la science? Elle est cachée aux yeux des mortels; elle est inconnue aux oiseaux de l'air. L'enfer et la mort ont dit : Nous en avons ouï parler. Dieu seul connaît ses sentiers ; il sait le lieu où elle habite, lui qui voit jusqu'aux extrémités de la terre, qui contemple tout ce qui est sous les cieux.

La philosophie ancienne, après avoir tout examiné, a déclaré que l'homme ne pouvait rien savoir de ses rapports avec Dieu si la vérité elle-même ne descendait sur la terre. Cette vérité, cette sagesse, cette science, la raison de Dieu et de l'homme, la lumière du ciel et de la terre est descendue du trône de Dieu; elle s'est faite chair , elle a paru conversant avec les enfans des hommes. Aussi voyez comme les ténèbres de l'idolâtrie se dissipent à la présence du Verbe incarné pour nous. Le soleil qui s'est levé à Bethléem n'a pas cessé d'éclairer la terre; les idoles sont tombées, l'esclavage est détruit, et l'unité de Dieu se répand tous les jours de plus en plus parmi les hommes. Sans doute Dieu est encore un Dieu caché : nous ne le voyons qu'à travers des énigmes. Cependant , que de grandeur dans ce que nous voyons de lui , dans

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cette voûte immense descieux, dans ces abimes d'air et d'eau qui nous environnent, dans ces astres qui nous éclairent! Pour peindre l'immensité de l'espace, un grand poète a dit, en parlant de la chute des démons : « Ils tomberaient encore s'ils n'étaient retenus par les décrets de Dieu ! » Et cette image n'a rien d'exagéré , car il y a telle étoile dont les rayons , en marche depuis la création, ne sont pas arrivés jusqu*à nous. Mais, si la nature nous donne ces grandes idées de Dieu , que dire de la révélation , qui nous a fait connaître la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, toutes ces merveilles opérées par la justice et par l'amour , et qui nous fait pénétrer ainsi dans les profondeurs de la Divinité?

La lumière de la terre charme nos yeux et nous découvre les objets. Mais qu'est-ce que celle lumière à côté de la lumière du Ciel ?

Sainte Thérèse, qui, dans un corps mortel , semble avoir été sur la terre un esprit céleste , a vu cette lumière 5 et elle assure que la lumière du soleil est comme une ombre à sa splendeur. « La lumière incréée, dit cette grande sainte, surpasse en splendeur et en beauté tout ce qu'on peut s'imaginer ici-bas. Cest un éclat qui n'éblouit pas, une blancheur inconcevable , une splendeur qui réjouit la vue et ne la fatigue pas , une clarté qui rend l'âme capable de voir cette beauté toute divine -, enfin une lumière en comparaison de laquelle la lumière du soleil paraît si obsscure que l'on ne daignerait pas ouvrir les yeux pour le regarder. »

Grâce à la lumière de la terre, notre œil embrasse lous les objets de l'horizon; il les voit, sans les confou-

dre, avec leur merveilleuse variété , leur proportion , leur éclat; et, si nous étions transportés tout-à-coup au centre de cet univers, nous pourrions contempler tous les soleils, tous les mondes jetés avec tant de profusion dans Tespace. Mais quand notre àme, l'œil du inonde spirituel , verra le monde créé et le monde încréé, toutes les intelligences célestes et Dieu luimême à la lumière même de Dieu, la lumière du Verbe, dîtes , mes chers auditeurs, n'aurons-nous pas cette plénitude de la connaissance, de la sagesse^ de la vérité, de la science infinie qui nous échappe icibas ? Notre àme sera partout au centre de la création, puisqu'elle sera en Dieu. Le Verbe est un océan de lumière et de science où les Elus sont plongés, comme ils sont en Dieu le Père dans un océan de vie et de grandeur. Là nous boirons la sagesse à sa source même, nous verrons le Verbe à découvert, nous verrons tout, dit Bossuet, dans le miroir infini de la divine essence. Nous verrons la lumière dans la lumière: In lumine iuo videbimus lumen. Vous qui cherchez à pénétrer les secrets de la nature , cette curiosité vous a été donnée pour vous élever à la source de la véritable science, à cette lumière qui vous découvrira tous les effets dans leurs causes.

Aussi la contemplation, le ravissement et la beauté divine, voilà l'état perpétuel de l'àme des Bienheureux. Une voix d'allégresse et de salut a été entendue sous les tentes des justes : Vax exultationis ei salutisin tabernaculis justorum.

Vous reverrez alors, mes chers frères, cette foule de circonstances dont Dieu vous a entourés, et qui auront contribué à votre salut. Votre joie çera sembla-

l)le à la joie du voyageur qui y parvenu au sommet de la montagne, découvre le chemin qu*il a parcouru , les dangers dont son guide Ta préservé ! Oh ! qu'il voudrait que ses frères , qu'il a laissés sur la terre exposés à toutes les erreurs, à tous les écueils de la route , ne connussent pas d'autre guide ! Avec quels sentimens de reconnaissance les saints admirent dans le Ciel comnaent la grâce affermissait leurs pas incertains et les défendait de leurs propres faiblesses; comment votre providence, ô mon Dieu était attentive à veiller sur eux , à parler à leur cœur , à les entourer de grâce et de miséricorde ; en un mot , ils discernent tous ces ressorts secrets que votre sagesse fait mouvoir pour nous attirer à vous; ces ressorts merveilleux par lesquels vous réalisez ce que vous nous avez dit de votre sollicitude et de votre tendresse . In cariiate perpétua dilexi ie et ailraxi te miserons Oui, vous apprendrez alors par quelles voies mystérieuses Dieu vous a conduits. Vous connaîtrez les raisons de tout ce qui vous est arrivé dans votre vie ; vous saurez tous les secrets de votre histoire particulière et de l'histoire de Thumanité.

Sur cette terre nous ne pouvons pas toujours concilier la justice et la miséricorde, l'unité dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité, l'union de l'humanité Cl de la divinité dans la personne de Jésus-Christ, la prescience divine, l'accord de la grâce et du libre arbitre. La science des sciences, pour nous ici-bas, c'est la foi, la foi qui ressemble à cette colonne, lumineuse d'un côté et ténébreuse de l'autre, qui guidait les Israélites dans le désert.

Dans le Ciel, nous ne croirons plus , nous verrons

nous verrons Dieu face à face. Nous serons senoiblablcs à lui, dit saint Jean, parce que nous le verrons tel qu'il est.

C'est alors que, contemplant lé Verbe, la science , la sagesse de Dieu, la lumière du Ciel, la source de toute beauté, l'origine de tout ce qui existe, de l'harmonie, des évènemens, le principe de notre salut , nous connaîtrons l'essence même des choses , le grand mystère de la création, de la chute des anges et de l'homme, la raison de la croix, ce dogme de l'amour, le mystère de Dieu, le mystère de l'honame, le mystère de l'univers!

Nous admirerons, nous aimerons et nous nous unirons à l'amour divin, le troisième principe de la félicité des Elus : Torrenie voluptaiis iuœ potabis eos, vous ferez couler sur vos Elus le torrent de vos délices.

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