TROISIEME PARTIE
Nous n'éprouvons pas seulement le besoin de vivre dans tous les temps, dans tous les lieux, de connaître les œuvres de Dieu et Dieu lui-même, nous avons mi <;œur plus grand que le monde, et qui, pour se reposer , veut aimer un objet en rapport avec l'immensif é de ses désirs. L'amour est tout le fond de notre nature : Locus animée in dilectione , le lieu de l'àme c'est l'amour.
Nous avons tant de pente à aimer, dit un orateur chrétien, que nous préférons souffrir , languir, être dans le trouble, perdre la joie, le repos, la richesse,
la conscience y rhonneur méme^ plutôt que de n'aimer rien. L'amour est un mouvement qui nous porte à Tobjet aimé comme à notre souverain bien, comme à une nature supérieure qui peut suppléer à ce qui nous manque et nous rendre tout-à-fait heureux. Aussi voyez combien de mères, d'époux, d'épouses, d'eofans, ont trouvé dans le sacrifice de la vie, pour ceux qu'ils aiment,, une joie au-dessus de toutes les joies, une source de félicité au-dessus de tous les plaisirs du monde. Cependant que de mécomptes dans toutes les affections humaines !
Pour être heureux par ceux qui nous entourent , il faut rencontrer des personnes dignes de notre amour, n'en être jamais séparé, et ne jamais craindre de perdre leur tendresse. Ce n'est pas tout encore ; il est nécessaire que notre cœur ne se lasse jamais , et trouve toujours dans ce qu'il aime un cœur qui réponde à la vivacité de ses transports.
Bien loin d'obtenir une pareille sécurité, nous tremblons à chaque instant pour Taffection, la santé et la vie de ceux que nous aimons; et si nous ou nos amis ne changeons pas, si nous ne nous lassons jamais dans les témoignages de notre tendresse , la mort survient et rompt les plus doux nœuds, les liens les plus légitimes.
U n'est pas d'amour heureux sans possession assurée; et qui a jamais possédé ici-bas aucun objet de son affection avec sécurité? Cette pensée inquiète: Combien durera mon bonlieur ? Hœc quamdiu ? suffirail pour le troubler.
Aussi, mes chers auditeurs , entendez les soupirs Je la terre , de cette vallée si bien appelée la vallée des
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larmes. L'amour et la douleur ont fait une alliance éternelle tant que l'homme n'aimera pas ce qui ne peut pas lui être ôté. La tristesse et le désespoir remplissent le monde, et Ton y répèle sans cesse ce mol d'un poète païen : « Nul n'est heureux sur la terre. » Je ne parle pas ici de toutes ces affections que la morale condamne , que la conscience réprouve. mon Dieu ! vous l'avez ordonné ainsi, une âme dans le désordre est à elle-même son supplice. Toutes ses joies sont empoisonnées parle remords, et une trompeuse félicité est la plus grande de toutes les misères : Fatlax félicitas major es! in/eliciias.
Mais cet amour dont nous sentons le besoin n'existe-t-il pas sur la terre? Non, il habite hors de nous, comme la science et la vie. L'amour n'est pas dsns l'homme , il est en Dieu qui le possède et qui en jouit éternellement. Il est une personne de la Divinité , un être subsistant, éternel, Dieu est amour : Deuscariias esL
Le Saint-Esprit est cet amour infini , immuable, qui seul peut remplir notre ân:e, parce que notre émeesl faite pour lui. Le Saint-Espiit , le lien du Père et du Fils, est un fleuve de joie céleste, un océan d'amour où le Ciel tout entier s'abreuve de délices, et d'où se répandent sans cesse toutes les affections d'ici-bas.
Tournez les yeux autour de vous , voyez , depuis que l'amour divin s'est affaibli dans le cœur, combien de personnes se précipitent dans la mort pour échapper au supplice de vivre sans amour. On meurt dans l'éternité parce qu'on n'aime pas, et c'est là Tcnferj on meurt dans le temps, quand Tâme n'a pins aucun lien d'affection avec Dieu, et cette mort
est bientôt suivie du suicide, parce que l'amour est la vie de notre àme comme Tâme est la vie du corps. Ceux qui se sont précipités dans le tombeau manquaient d'air moral ^ ils vous Tont dit , le monde les avait blessés , repoussés; le monde ne leur suffisait pas, et comme ils ne connaissaient pas d'autre bien, comme ils ne connaissaient pas Dieu, ils ont rejeté la vie loin d'eux comme un intolérable fardeau.
Les Elus dans le Ciel ne cesseront jamais d'aimer, et déjà les seuls heureux de la terre sont ceux qui aiment Dieu. Lesjustes croient qu'un Dieu est mort pour eux -, ils se rappellent sans cesse cette parole de Jésus-Christ : Un ami peut-il donner une plus grande preuve d'amour à son ami que de mourir pour lui? et je donne ma vie pour vous. Vous êtes mes amis, et non mes serviteurs ! Pensée douce et consolante 1 mystérieuse union de Dieu et de l'homme! vous êtes sans cesse présente à l'esprit du chrétien. Les fidèles savent que rien de ce qu'ils aiment ne périra; qu'ils sont eux-mêmes immortels, et, comme les biens immuables sont l'unique objet de leurs désirs, le monde est pour eux une épreuve de leur amour. Cet amour est plus fort que la vie et la mort. Les douleurs, l'obscurité, la séparation, ne les troublent pas ; ils savent que tout arrive pour le salut, que Dieu nous rendra au centuple ce qu'il a semblé nous enlever : omniapropter eleciosy que tout sert au bien de ceux qui aiment Dieu : Omnia cooperaniur in bonumdi'ligeniibus Deam,
Ils ont un gage de l'amour divin et de la possession de Dieu même dans le sacrement de l'autel , et toutes les affections de père, de mère, d'époux, de frère, d'ami, sont des degrés par lesquels il s'élèvent dans
leurs cœurs jusqu'à Tamour qu'ils doivent à Dieu leur père, leur mère, leur époux, leur frère, leur ami.
Dans le Ciel les justes aimeront les trois personnes divines et tous les esprits bienheureux. La paix^ dit le Psalmiste, entourera la Jérusalem céleste et résidera au milieu d'elle -, l'union la plus parfaite subsistera entre tous les Elus. Ils s'aimeront tellement que la félicité de chacun augmentera la félicité de tous, et le bonheur de tous sera le bonheur de chacun. Divine union des cœurs , saintes délices, vous êtes déjà la félicité sur la terre, que serez- vous dans le Ciel? Tous les Elus sont de véritables amis, des frères; ils possèdent le même héritage, le même Dieu! Là n'existent plus l'envie, la haine, les dissensions; là régnent la charité, la bénédiction, la joie! Les saints ne sont pas seulement unis avec Dieu, ils le sont entreeux et avec nous : nous sommes sans cesse présens à leur pensée^ ils participent à tous les biens dons nous jouissons.
Après votre départ de ce monde, ditOrigène, votre époux, vosenfans, vos frères, recevront plus desecours que si vous étiez demeurés avec eux. Rien , écrivait saint Paulin à son ami, ne t'arrachera de mon souvenir pendant toute la durée de cet âge accordé aux mortels. Tant que je serai retenu dans ce corps , quelle que soit la distance qui nous sépare, je te porterai dans le fond de mon cœur. Partout présent pour moi, je te verrai par la pensée, je l'embrasserai par Tàme, et lorsque, délivré de cette prison du corps, je m'envolerai de la terre, dans quelque astre du Ciel que me place le Père commun, je te porterai en esprit, et le dernier moment qui m'affranchira de la terre ne m'ôtera pas la
tendresse que j'ai pour toi 5 car celle àroe qui y survivant à ses organes détruits, se soutient par cette céleste origine, conserve ses affections comme elle garde son existence : pleine de vie et de mémoire, elle ne peut oublier non plus que mourir.
Les âmes bienheureuses savent donc tout ce qui intéresse les personnes qui leur sont attachées par des liaisons particulières.
Ames saintes, oui , vous voyez tout ce qui nous arrive, vous suivez tous nos mouvemens, vous secondez loules nos entreprises, vous priez continuellement pour nous, votre bonheur est comme suspendu par nos épreuves.
Dieu de mon cœur , Dieu mon trésor et mon partage, si la Jérusalem céleste n'était pas toujours le principal objet de ma joie et de mes désirs -, si je pouvais considérer comme une demeure stable la tente sous laquelle je m'abrite en passant ; si je ne regardais pas comnoeune preuve de vos miséricordes les amertumes elles dégoûts que vous répandez sur les affections du ^onde, ah! que ma langue sèche dans mon palais! édites , ô mon Dieu , que je n'oublie jamais que les i^aux d*ici-bas n'ont aucune proportion avec les biens ^eVèierniié, et que je ne cesse pas un moment d'aspi- ''eraulieu où Ton^vit véritablement, lieu où résident '3 vie, la science, l'amour.
Voilà donc le mystère de cette félicité éternelle que Keu réserve aux vainqueurs du monde. Notre âme, ^3ns le Ciel , aura la plénitude de l'être, la plénitude ^c la connaissance, la plénitude de l'amour, et, par ^^nséquent, la plénitude du bonheur, la plénitude de la joie. Dieu sera notre breuvage, notre nourriture, no~
tre lumière, notre soutien, notre trésor, notre couronne, notre gloire. JérusaleiB , en toi est la demeure de tous ceux qui se réjouissent : Lœtaniium omnium ha-hiiatio est in te. Là tout nous sera donné , puisque Dieu se donnera lui-même à nous avec son éternité, sa puissance, sa raison, son Verbe, son esprit, son amour, sa gloire, ses extases, ses délices, son étemelle félicité; là nous le verrons, nous le posséderons, nous l'aimerons.
S'il existe sur la terre tant de bonheur dans la certitude d'être aimé par des créatures qui ne peuvent rien ajouter cependant à notre amour, et à qui nous ne pouvons rien donner nous-mêmes , quelle sera notre joie d'être unis à l'amour de Dieu, qui seul peut élever à l'infini notre puissance d'affection en nous découvrant sans cesse de nouveaux motifs de l'aimer , ea nous inondant, en nous enivrant de délices!
Réunissez tous les plaisirs que vous avez goûtés , ceux dont tous les hommes ensemble ont pu jouir, ces plaisirs viennent de Dieu, et ils ne sont qu'une parcelle des délices dont les Elus seront enivrés.
L'amour, ici-bas, est comme ralenti par les ténèbres qui nous cachent la beauté suprême. L'àme voit peu ou mal les objets spirituels de cette vie; mais lorsque la mort aura chassé les obscurités qui nous environnent, quand nous verrons le Dieu qui nous aime, rien n'égalera notre amour.
Le chrétien qui sent toute la grandeur du sacrement de nos autels éprouve déjà des joies au-dessus des joies de la terre; il trouve dans cette divine nourriture une abondance de paix que le monde ne peut donner. Si tous les transports des hommes ne sont rien
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auprès de ses transports, que sera-ce quand, les voiles étant levés, la créature se verraaimée de son Créateur, et que les trois personnes divines^ la vie, la science et l'amour, viendront substantiellement et visiblement iiabiter en nous? Alors, pour parler le langage des Pères, Tesprit humain périra dans cette union et, en quelque sorte, deviendra Dieu. C'est ici l'océan du Ciel au lieu des gouttes d'eau de ce monde ; c'est Fauteur de tous les soleils au lieu des rayons d'un soleil ; c'est le cœur de l'homme qui s'élargit assez pour devenir le lempledeDieu.
Beauté des couleurs et de la lumière, douceur des sons, des parfums et de l'harmonie , cieux, océan , terre, soleil, qu'êtes- vous auprès des trésors de la véritèèternelle, des secrets du Ciel, des splendeurs éclatantes du grand jour de Dieu ? Vous êtes des voiles, des ombres, des images ^ encore un peu de temps, et vous aurez disparu , et toutes ces impressions délicieuses que produisent sur nous les arts, les parfums, la lumière, l'harmonie, Dieu les produira immédiatement sur nos âmes. Nous serons dans l'essence divine comme au milieu de l'air qui nous environne; la gloire céleste remplacera l'éclatdusoleil; l'amour divin, le feu qui nous réchauffe; la parole éternelle, le pain qui nous nourrit ; nous entendrons la voix de Dieu plus douce à nos oreilles que toutes les harmonies de la terre; nous habiterons le palais de son éternité. Si les temples, les palais bâtis par la main des hommes, nous ravissent d'admiration, que sera le temple, le pqlais I ^>ù Dieu lui-même habite ? Que dire de cet édifice pré- (tarédepuis six mille ans, dans le silence, par le grand architecte des cieux? Là nous verrons toutes les âmes
plus diverses que les feuilles des forêts , plus variées que les pierres précieuses, les astres et les fleurs; là paraîtra toute la gloire des enfans de Dieu, comme parle saint Paul.
Nous ressemblons maintenant à ces nuées sans couleur flottantes dans l'espace, et qui ne sont rien jusqu'à ce qu'elles brillent de l'éclat du soleil. Dans le Ciel nous resplendirons de tout l'éclat de la Divinité. Dieu sera uni à des dieux ; nous serons divinisés avec Jésus-Christ. Ainsi parle saint Grégoire de Nazianze. Plus nous aimons Dieu, dit saint Clément d'Alexandrie, plus nous lui ressemblons, plus notre nature se mêle et se confond avec la sienne.
Et maintenant, mortels plongés dans l'assoupissement, éveillez-vous ; vous l'avez entendu. Dieu uni à des dieux, Deus dits umius, voilà le Ciel. La vie, la science, l'amour, voilà cet hosannay cet amenj cet alléluia perpétuels dont parle l'Eglise , voilà Timmense promesse enfermée dans quelques paroles.
Quand tout sera fini et que l'espace sera peuplé par les enfans du Verbe, par les enfans du Christ, plus brillans que des soleils, allant sans cesse d'éternité en éternité, in perpétuas œterniiateSj de clartés en clartés, de claritate in claritaiem , d'amour en amour , comment l'univers et le soleil ne disparaitraient-ils pas devant leur éclat ? Quoi d'étonnant alors que le Ciel doive être roulé au dernier jour comme un vêtement , et les étoiles s'obscurcir ?
A la vue de tant de merveilles, répétons avec le Psalmiste : « Quand irai-Je paraître devant la face de mon Dieu? » Quand nous sera-t-il donné d'entendre cette parole : « Possédez le royaume qui vous a été pré-
paré dès le commencement du monde -, entrez dans la joie de votre Dieu.» Seigneur, je serai rassasié lorsque vous me découvrirez votre gloire.
Exilés de cette vie, aspirans de réternité, éloignes des rives du Jourdain ^ assis sur les bords des fleuves (le Babylone, pleurons en nous souvenant de Sion.
Lecheniin du Ciel est ouvert maintenant, nous pouvons y entrer au sortir delà vie. Que faut- il pour cela ^ Suivre celui qui en a ouvert les portes. Nous l'avons vu aujourd'hui conduit au désert et tenté par Tennemi du genre humain. Il a tout surmonté. Combattons légitimement : yi// légitime ceriaverit^ et il n'est pas de tentation que nous ne puissions vaincre. Ne dites pas : Je ne puis résister à tel penchant. Saint Bernard dit que c'est là une parole d'infidélité plus que de faiblesse, parce qu'il est de foi que vous pouvez tout avec Dieu , et que Dieu ne vous refusera jamais sa grâce. Non , vous ne serez jamais éprouvés au-dessus de vos forces.
N'oubliez donc pas, au milieu de vos combats, les paroles prononcées en ce jour : L'homme ne vit pas seulement de pain ; vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu ; vous n'adorerez que Dieu seul. Vivez de la pensée de Dieu, delà parole de Dieu, de l'amour lie Dieu. Voilà les alimens de vos âmes, qui les em- |)ècheront de périr. Puisez sans cesse aux sources de la vie-, voyez la lumière dans la lumière, marchez dans l'amour. C'est ainsi qu'après avoir goûté le bonheur des Elus sur la terre, vous serez introduite dans le sanctuaire éternel , où la Trinité tout entière vous mondera sans cesse d*un torrent dévie, de science et d'amour. Ainsi soit-il.
cessible , les profondeurs du sanctuaire impénétrable.
La foi, initiation, commencement de la vie future. pour parler le langage de saint Thomas, est la lumière qui nous découvre ces vérités célestes que le genre humain n'aurait pu trouver, ces vérités éternelles qui triomphcjnt du temps, ces vérités sublimes, supérieures, mais non contraires à la raison. La foi nous est donnée comme supplément de notre intelligence, pour nous conduire de la mort à la vie, du temps à l'éternité, de la terre au ciel. Argumentum non appareniium. La foi et la raison sont donc les deux moyens par lesquels Dieu nous élève jusqu'à lui. Séparer la raison de la foi ou la foi delà raison serait une égale erreur ^ la raison et la foi se prêtent un mutuel secours pour nous préserver de tous les écueils. Les objets de notre croyance, la Trinité, r Incarnation , la Rédemption, voilà le domaine de la foî; les motifs de notre croyance, c'est-à-dire les prophéties, les miracles, l'établissement du christianisme, voilà le domaine de la raison. Les motifs de notre foi sont appuyés sur des preuves irréfragables ^ les objets de notre foi , participant à la nature même de Dieu , sont incompréhensibles pour nous. Il en est de même de toutes les choses visibles.
La raison et la foi , la nature et la religion , venant du même auteur, doivent avoir le même caractère. Aussi toutes les obscurités de Tordre de la grâce ont des obscurités correspondantes dans l'ordre de la nature.
Le doute n'est pas possible j il n'est pas permis do dire : Je voudrais bien y mais je ne puis croire. Tous les hommes peuvent et doivent croire , parce que
tous les hommes &ont doués de raison , et que la raison nous conduit infailliblement h la foi. Telle est ridée fondamentale du plan d*inslructions que noué développerons devant vous durant ces jours de grâce et de salut.
Nous nous efforcerons, par le spectacle deTunivers visible, de nous élever à la contemplation des choses que nous ne voyons pas encore, selon ces paroles de mon texte : argumentum non apparentium.
Ce qui retarde le plus le progrès dans la perfection c'est, comme on la dit, d'avoir des idées communes de Dieu et de ses mystères , et de tout ce qui concerne la foi. Nous gardons au milieu de notre misère une sorte d'élévation qui ne nous permet de nous intéresser qu'à ce qui est grand. Nous nous attacherons donc , dans la suite de nos discours, à montrer que rien n'est plus sublime que la religion.
Examinons l'accord des principaux dogmes de la religion avec les mystères de l'univers, nous verrons ensuite les avantages que ces dogmes ont apportés au monde; car les objets de notre foi ne doivent pas seulement satisfaire notre esprit, argumentum non apparentium^ ils doivent encore répondre aux besoins de notre cœur, sperandarum substantia rerum\ ainsi nous verrons que dans la religion, comme dans l'univers, tout existe pour le bonheur de l'homme, tout satisfait sa raison : en deux mots, analogie des mystères de la religion avec le monde physique, analogie de ces mystères avec les besoins du monde moral , voilà tout le partage de ce discours.
Esprit saint, vous qui révélez à notre cœur les mystères que le Verbe divin manifeste à notre intel-
ferment des obscurités de même nature que les faits révélés.
Quels mystères vous paraissent surtout incompréhensibles et confondent votre raison ? Un Dieu présent partout y un Dieu engendrant un Dieu^ un Dieu en trois personnes , un Dieu fait homme, un Dieu mort sur une croix , un Dieu nourrissant chaque jour rhomme de sa substance.
Eh bien! vous allez voir quen demandant à votre raison son assentiment pour ces mystères , nous ne vous demandons de croire que ce que vous admettez tous les jours dans les choses qui sont sous vos yeux. Nous ne prétendons pas expliquer ce qui est inexplicable, mais, par des similitudes, faire entrevoir aujourd'hui la possibilité des mystères,
Quelle idée avons-nous de Dieu? Dieu est un pur esprit^ un être simple, indivisible, immuable, éternel, nécessaire, indépendant. Gomment comprendre, dites-vous, que le même être soit à la fois présent dans les moindres parties de l'univers et dans l'univers entier? Mais l'âme de l'homme n'estelle pas présente au même moment dans tout son corps , et ne l'anime-t-elle pas tout entier ainsi que la moindre de ses parties ? Dieu est donc dans l'univers comme notre âme dans le corps qu'elle habite , invisible en son essence , visible et palpable en ses œuvres.
Un Dieu peut- il venir d'un Dieu.^ «Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Je l'ai engendré avant l'aurore. » C'est ainsi que Dieu parle de son Verbe. Le Verbe est l'image de Dieu, la sagesse divhie, la lumière du ciel. Voyez un miroir, çlacez-le devant un objet, c'est l'ob-
jet lui-même qui s'y réfléchit. Le Verbe esl aussi la parole de Dieu. La Parole, fille de la pensée, est la parfaite image de notre pensée : image passagère, parce que tout en nous est passager-, mais en Dieu la parole et la pensée sont des personnes distinctes et éternelles. Le Verbe est la lumière du ciel. Nous voyons les objets, leurs couleurs et leurs formes, grâce au soleil. Où découvrons-nous les vérités sur lesquelles nous sommes tous d'accord , si ce n'est dans une lumière universelle, le Verbe?
Dans le mystère de la Trinité, nous disons que trois ne font qu'un, sans prétendre que trois dieux soient un seul Dieu. Nous affirmons simplement qu'il y a trois personnes en Dieu. La nature humaine nous sert ici de lumière pour croire ce grand mystère, car, si la Trinité nous présente un Dieu en trois personnes, Tàme de l'homme nous offre en elle trois attributs distincts, l'être, la raison, l'amour, tous trois ne faisant qu'une seule âme; et ces trois facultés ne sont pas plus trois âmes que les trois personnes divines ne sont trois dieux. Ainsi, selon la parole de saint Augustin, les traces de la Trinité sont dans l'àme de l'homme : Vesii<rra Trinitatis sunt in anima horninis. Il y a toutefois cette différence que ce qui est propriété, faculté dans Thomme, est personne distincte et subsistante en Dieu. Notre âme est pensée, parole et volonté. Il n'est «riiomme complet pour nous que celui qui doit établir un parfait accord entre toutes ses facultés. Sa parole iaii être l'expression de sa pensée , et ses actions procéder de sa pensée et de sa parole; s'il agit autrement qu'il ne pense ou ne parle, il est un homme inconséquent ou faible , et il tombe dans le
le repentir, rincision salutaire , et la communion, lui apportant le germe de l'immortalité , la vivifie et en fait une créature nouvelle ; la Divinité est entée sur Ihumanité. Le vin de la terre fortifie notre corps, le vin de Tautel fortifie l'àme, et le Verbe s'unit à un corps pour nous montrer que notre àme peut s*unir à Dieu.
Admirez Tenchainement des mystères de la création et de la rédemption , de la nature et de la grâce. Un homme et une femme, Eve et Adam, ont donné la mort à tout le genre humain ; un homme et une femme, Jésus-Christ et Marie, ont donné la vie à toute rhumanité. Quoi de plus simple dans le plan de Dieu que la substitution de Marie à Eve , de Jésus- Christ à Adam ? Le vieil Adam nous a transmis un corps périssable, le nouvel Adam nous rend un corps immortel. Le corps de Jésus-Christ a été formé par TEsprit saint sans Tïntervention de Thomme, dites-moi comment a pu être formé le corps du premier homme, sinon immédiatement par Dieu lui-même.
Comprendrez-vous, mes frères, qu'une école de prétendus philosophes, qui a couvert la France de ruines, ait pu, pendant cinquante ans, égarer le monde avec des objections démenties par les faits les plus éclatans de la nature?
Ils demandaient pourquoi des hommes entre eux et Dieu pour leur transmettre sa parole et sa vérité , et ils voyaient Dieu, au lieu de nous créer tous en même temps comme les anges, chargeant des hommes de nous transmettre la vie, et la vie de rintelligence se propageant de la même manière que la vie sensible. Le sacerdoce transmet la vérité, la paternité
transmet la vie. L'œuvre du Père et l'œuvre du Fils sont soumises à la même loi , preuve d*unité parfaite dans la Trinité, et marque éclatante de la vérité chrétienne !
Quel bruit n'ont-ils pas fait de la transmission du péché d*Adam à toute sa race! Cette transmission leuj paraissait contraire à toutes les idées de justice et de bonté divine , et ils refusaient de voir les maux héréditaires parmi les hommes , et les enfans punis dans leur sang pour les désordres de leur père. Ils demandaient comment Dieu avait envoyé le déluge , exterminé des populations entières, frappé de lèpre les TOwmurateurs , ouvert la terre sous leurs pieds. Mais le Dieu de Moïse n*est-il pas le Dieu de la nature, et ce Dieu de la nature n'a-t-il pas créé la mort , la guerre, les fléaux , la peste, les tremblemens de terre, les volcans, les révolutions? Ils appelaient le Dieu des chrétiens un Dieu cruel ; mais ils devaient donner le même nom au Dieu de l'univers, anéantir Dieu partout, car il y a ici parité; et puisqu'ils accusaient le Dieu de la Bible, il fallait accuser le Dieu de la na- *wre, ou bien il fallait reconnaître que le Dieu de l'univers et le Dieu de la Bible , le Dieu de la création et *^ la rédemption sont le même Dieu , le Dieu qui flippe et guérit , qui punit et sauve, qui perd et res- ^^seiie. Dieu est un Dieu caché dans la création, il fsiaussi un Dieu caché dans la rédemption. Que n'a- ^•on pas dit et que ne dit-on pas encore sur l'état du "ïonde depuis Jésus-Christ! Un Dieu est venu sur la ^■"re, elles schismes, les divisions, les hérésies, subsistent encore; les hommes n'ont pas été tous chan- ^^^} la guerre n'a pas cessé d'ensanglanter le monde.
Et ceux qui parlaient et qui parlent aiusi croient à Dieu, à la création; ils nous disent que Dieu est intervenu dans la formation de Thomme, qu'il lui a donné la loi naturelle. Mais qu'était le monde avant Jésus-Christ? L'idolâtrie régnait partout. Jésus-Christ aurait donc été, dans leur système, plus puissant que Dieu ! Toutes les notions sont ainsi confondues. Voilà comment le déisme a conduit à l'athéisme.
Il n'y pas de milieu , il faut être catholique ou athée 5 il faut croire tout ce qui est révélé ou ne rien croire. L'esprit humain n'est pas fait pour le doute. S*il ne croit pas à la religion révélée, il ne croira pas Dieu 5 s'il ne croit pas à l'enfer et au ciel, il ne croira plus au bien ni au mal , à la vertu ni au vice, il n'aura plus de règle. La raison seule ne suffit donc pas plus que la foi pour nous conduire. Toutes les deux nous sont nécessaires. Voyez oùen sont les hommesqui ont voulu rejeter ce qu'il leur est impossible de comprendre; ils sont tombés dans toutes les erreurs du jour : le déisme, le panthéisme, le progrès humanitaire! Les plus conséquens sont descendus jusqu'au matérialisme. Si vous rejetez tout ce que vous ne voyez pas ou ne comprenez pas , niez donc les esprits , parce qu'ils échappent à votre vue ; la création , parce que nous ne pouvons comprendre un être qui , par sa volonté , a fait quelque chose de rien; Dieu, parce que nous ne concevons pas un être qui remplit l'espace infini : infirmez sa prescience, si difficile à concilier avec la liberté humaine ^ sa sagesse, démentie par les maux physiques et moraux de ce monde; sa bonté, incompréhensible avec les supplices éternels.
Mais si vous refusez de croire à Jésus-Christ et à
l'Eglise , vous êtes obligé de refuser de croire à Dieu et à lui-même , car la Bible et la nature sont deux livres écrits de la même main. Admirable preuve de la grandeur de l'esprit de l'homme et de sa ressemblance avec la raison divine! L'homme ne peut s'empêcher d'être conséquent, même lorsqu'il a cessé d'être raisonnable.
Nous avons donc eu raison de dire en commençant que toutes les parties du monde physique et du monde moral étaient tellement liées qu'il suffisait de détacher une pierre de cet édifice pour qu'il s'écroulât lout entier devant nous. Tout dans la nature, comme dans la religion , doit nous servir à nous élever vers le ciel , et le monde visible est la révélation du monde invisible,
La raison et la foi , la nature et la religion sont tellement l'ouvrage de la même main que , pour exprimer les vérités morales , les expressions , les images, sont toutes empruntées è Tordre matériel. Nous (lisons que la vérité éclaire, que l'amour embrase. La terre est attirée vers le soleil comme l'âme est attirée vers Dieu.
Les maladies physiques nous représentent les maladies morales , les poisons , les erreurs ; la mort , la séparation de l'âme et du corps , est l'image du péché, le péché la séparation de l'âme et de Dieu. Aussi une âme dans l'état de péché est si affreuse qu'il faut toutes les ténèbres de l'enfer pour la cacher; une âme en état de grâce est si belle qu'il faut toutes les splendeurs du ciel pour l'éclairer. La succession des ténèbres et de la lumière nous représente le combat de l'esprit du mensonge contre la vérité ;
riiiver et le printemps sont des images de la mon et de la résurrection -, les maux et les biens de cette vie rappellent le ciel et l'enfer
L'âme, ce sanctuaire caché , contemplera la Trinité dans le ciel. Notre œil voit sans confusion au même instant des montagnes , des vallées , des multitudes d'arbres ; il voit aussi vite ce qui est à des milliers de lieues, la lune et les astres, que le faite d'une maison ou le sommet d'une montagne. Pourquoi donc Tàme de l'homme n'embrasserait-elle pas un jour tout le monde spirituel^ puisque notre œil peut contenir tout l'univers créé ?
Tout ce monde matériel est donc l'image du monde immatériel : Invisibilia enim ipsius à créature mundi per ea quœ fada sunt intellecta conspicûmiur. Tout ce qui est visible ici-bas est la manifestation des choses invisibles.
Lumière, beauté, grâce, harmonie, amour, gloire, joie , bonté , vous êtes des traces de Dieu , vestigia Dei^ des degrés placés sur la terre pour nous élever jusqu'à lui , des révélations du cieL Les noms mêmes dont nous nous servons ici- bas, les noms de roi, de père, d'époux, déjuge, de pontife, d'ami, de frère, seront des noms éternels, parce qu'ils se rattachent au monde invisible.
Les faits du monde moral s'expliquent ainsi par les faits du monde physique. Grâce aux mystères de la religion , toute la nature a un sens qu'elle n'a pas sans eux. Langue des symboles, que vous êtes éloqueuteet belle, et que l'homme avancerait vite dans la science spirituelle s'il savait lire dans ce magnifique livre ouvert sous nos yeux ! Mais l'homme peut fermer ses
yeux à la lumière , comme il peut fernier son cœur à la grâce.
Voilà comment nous devons entendre Dieu en ioules choses^ selon l'admirable expression de saint Paul; c'est ainsi que les chrétiens voient Dieu en tout et ne font pas de toutes choses la substance de Dieu! Voilà comment l'homme, selon saint Pierre, devient participant delà nature divine en s'unissant à elle sans faire partie de sa substance, comme le disent nos panthéistes modernes: Est autem fides argumentum non apparentimn. C'est ainsi que le monde de la grâce s'explique par le monde de la nature.
L'Âpcitre a donc eu raison de dire que nous voyons Dieu à travers des énigmes et comme dans un miroir ; c'est cette vue de Dieu qui seule peut nous transformer en lui et nous rendre dignes de le voir tel qu'il est. Mais la foi n'est pas faite seulement pour Tesprit, elle répond à tous les besoins de notre cœur, sperandamm substaniia rerum. Aussi le monde a été changé quand il a connu les divins mystères, tant ils étaient appropriés à la nature de l'homme. C'est ce changement du monde opéré par la connaissance des dogmes de notre foi que nous allons voir dans la suite de ce discours.
DEUXIXBIE PARTXe.
Avant que la foi chrétienne fut connue de l'univers, les vices les plus grossiers avaient des aufels: la politique, le culte, les arts, la musique, la poésie, la peinture, Icî'féteS; les spectacles, tout servait à propager le
crinTiCct la corruption. Le sang coulait sur les autels, l'homme était ennemi de 1 homme, et la moitié du genre humain , esclave de l'autre. Le culte des dieux servait à dégrader leurs adorateurs. Le peuple, les prêtres , étaient plongés dans les mêmes ténèbres et dans les mêmes désordres. La philosophie, loin de corriger les hommes, les jetait dans l'athéisme ou dans un déisme impuissant à les retenir sur la pente de Tabime.
Il faut lire dans les ouvrages des écrivains qui embrassèrent la religion de J.-C, saint Justin, saint Clément d'Alexandrie, Talien, Athénagore, jusqu'où était descendu Tunivers sous le joug de la superstition et de l'idolâtrie. Quelle honte! quels abaissemens! quelles misères! Le culte public dégradait l'homme, et la philosophie s'occupait vainement à le relever. L'homme ne connaissait pas* Dieu et ne se connaissait pas luimême. L'ignorance des sages était un prodige. Ceux qui proclament un Créateur le disent étranger à tout ce qui se passe sur la terre, les autres le croient assujetti à un aveugle destin. L'orgueil et la volupté sont tout l'enseignement des philosophes. Les uns jettent l'homme dans l'orgueil , les autres dans le désespoir; ceux-ci, ne voyant que sa grandeur, prétendent que rhomme peut s'égaler à Dieu et que sa nature est divine; ceux-là, voyant sa misère, lecomparent aux animaux, et le livrent à ses sens. Ni les uns ni les autres ne connaissent le remède à nos maux , parce qu'ils ne connaissent ni la chute ni la rédemption. «Les lumières n'avançaient plus, dit un écrivain défenseur du christianisme, elles reculaient; les arts tombaient en décadence , la philosophie ne servait qu a répandre une
sorte d^impiété; la pudeur et l'humanité n'étaient pas mises au nombre des vertus, les sociétés flottaient sans cesse entre le despotisme et Fanarchie. »
Les mœurs de cette époque sont en harmonie avec ses lumières, je veux dire avec ses ténèbres! Les combats des gladiateurs avaient pris un caractère de féro^ cité inouï, et les supplices étaient devenus si multipliés qu'on avait enlevé les statues d'Auguste pour ne pas être obligé de les voiler sans cesse ou de les rendre témoins de tant de meurtres. Les vestales mêmes se plaisaient à ces spectacles de mort. Les femmes étaient le jouet des caprices de l'homme, et les maîtres exposaient dans Tile d'Esculape leurs esclaves malades pour s'épargner le soin de les soigner et de les nourrir. Auguste, au lieu d'interdire les sacrifices humains, s'était contenté de les défendre aux citoyens de Rome. Tous les vices étaient sur le trône, l'impiété régnait dans les temples où tous les crimes étaient divinisés. Rome avait adopté les dieux des nations qu'elle avait vaincues, et ces dieux, honteuse création des passions humaines, avaient des prêtres, des sacrifices et des fêtes ! Le courage le plus admiré était de se donner la mort. Le suicide était en honneur. Les pères avaient droit de vie sur leurs enfans, les maris sur leurs femmes, les maîtres sur leurs esclaves.
Tout- à-coup les apôtres paraissent au milieu des nations; à Rome, dans les écoles des philosophes et dans l'aréopage , ils annoncent le Dieu inconnu, ils apprennent aux peuples les dogmes de la Trinité, del'Incarnation, de la Rédemption, le Père, le Fils, le Saint- Esprit, l'amour qui enseigne toute vérité. Suivez le jîrand spectacle qui va s'ouvrir.
Entendez les prédications des premiers chrétiens , ouvrez les Pères de TEglise. Voici les grandes vérités qu ils font briller au milieu des ténèbres :
« Dieu, un dans son essence et en trois personnes, a fait rhomme à son image. Dieu est puissance , raison, amour; Dieu se contemple et s'aime éternelle^ ment lui-même.
» Mortels, vous avez en vous la pensée, la parole et Tamour, et cet amour , uni à la pensée et à la parole , fait de votre âme une même existence. La grandeur de rhomme consiste à s'unir constamment aux trois personnes divines, à vivre de chacune d'elles. Vous êtes un rayon de la gloire de Dieu, un souffle de sa vie , vous pouvez donc connaître, contempler, aimer Dieu, comme Dieu se connaît , se contemple et s'aime. Âppe> lée à posséder Dieu, la trinité imparfaite qui est en vous aspire à la trinité céleste.
» Vous êtes une trinité commencée. La trinité est la religion du ciel^ Thoname, qui représente la trinité, devient sur la terre le second temple de la religion éternelle. »
Quelle sublime révélation! quelles magniûques idées de Dieu et de l'homme !
Aussi une révolution soudaine s'opère de toutes parts à la lumière sortie du dogme de la Trinité. L'idolâtrie tombe devant la grandeur du mystère de l'âme et du mystère de Dieu. L'homme alors parait un Dieu fait par un Dieu, les divinités païennnes sont chassées du ciel, depuis que Jésus-Christ a dit : Vous êtes tous des dieux et les fils du Très-Haut.
A Homme, sans doute vous êtes un dieu, mais l'image de la Trinité a été défigurée en vous par le i>é-
LA FOI. lOS
ché. Voilà pourquoi le Verbe divin g est uni à Ttiumaiiitê, afin qu'elle devienne une seconde fois limage de Dieu et qu'elle réfléchisse sa grandeur.
» Dieu, dit saint Pierre, nous a donne par son Christ de précieuses promesses qui nous font participer à la nature divine. Le Verbe s'est fait homme pour que chaque homme se fit Dieu, en imitant le Verbe son image. Le Verbe, THomme-Dieu, reproduit son incarnation dans tous les hommes de bonne volonté. Le besoin de l'infini que nous portons en nous se trouve ainsi satisfait. Mortels qui rêvez sur cette terre la puissance, la gloire, l'immortaUté, unissez-vous à Jésus-Christ, et la grandeur et l'éternité du Verbe se communiqueront à vous. Vous qui approfondissez sans cesse les secrets de la nature, qui descendez dans les entrailles de la terre, qui traversez les abîmes de la mer pour ajouter à vos connaissances, unissez- vous au Verbe, et vous participerez à la science de Dieu même. Vous qui cherchez dans les affections la joie jet la félicité, unissez- vous au Verbe, il vous donnera son divin esprit, l'amour même, et vous boirez à la source des plus pures délices. >« Ainsi par l'incarnation Dieu est homme, et l'homme est Dieu; la parole qui avait tiré la lumière des ténèbres a encore une fois séparé la vérité du mensonge, le vice de la vertu. L'homme csl relevé de sa chute, le monde est expliqué.
Ce n'est pas tout encore, Dieu a tant aimé le monde qu'il nous a donné son propre Fils pour rédempteur. Un Dieu est mort pour le salut des hommes. Un ami , (lit Jésus-Christ, ne peut rien faire de plus pour son iuni que de mourir pour lui, et je meuis pour vous. Merveille des merveilles I profondeur des richesses
mépris. Admirable image de Tunité, de la multiplicité et de raccord qui existent dans la Trinité !
Vous avez vu la Trinité au -dedans de nousj vous allez la voir hors de nous. Le soleil n'en est-il pas une brillante image? Sa substance produit la lumière, comme le Verbe est engendré de Dieu le Père, et de cette lumière et de cette substance procède la chaleur, comme le Saint-Esprit, l'amour, procède du Père et du Fils, de l'être et de Tintelligence.
Par le mystère de Tlncarnation , une des persounes divines, le Verbe , la Raison, la Sagesse, est à la fois homme et Dieu. Le Verbe est Dieu dans les splendeurs éternelles, il est homme dans les douleurs de la rédemption , et la nature humaine et la nature divine en Jésus-Chriw^t ne forment qu'une seule personne. C'est là sans doute un mystère difficile à comprendre. Mais l'homme aussi est une substance spirituelle unie à une substance matérielle, et l'àmeet le corps ne font qu'une seule personne. Qui peut rendre notre cor[)s dépendant de notre pensée, notre pensée dépendante d'un mouvement de notre corps? Gomment , naitla pensée en nous? comment s'opère le mouvement? Ces deux mystères de l'homme et de Dieu se soutiennent et s'éclairent l'un par l'autre. La nature humaine, la nature divine, sont unies dans le Rédempteur, comme en nous la nature matérielle et la nature spirituelle.
L'homme est, par l'union des deux substances, à la fois corruptible et incorruptible, immortel et mortel. Quand nous disons : Dieu est mort sur la croix, ne disons-nous pas dans le même sens: L'homme meurt, quoique l'ànic ne meure pas non plus que Dieu ?
Nouveau prodige d'amour! Contemplez maintenant le mystère de l'Eucharlslie. Vousavez peine à concevoir que Jésus-Christ se multiplie sur les autels et se donne à des milliers de personnes à la fois, que le Verbe incarné entre dans toutes les églises au même moment; et ne voyez- vous pas le soleil, corps subtil et lumineux , lï.oins parfait que le corps de Jésus-Christ , entrer, comme pour manifester ce divin mystère, dans toutes les églises en même temps ? Soleil de justice et d'amour, seriez-vous moins pénétrant, moins universel que le soleil qui brille au firmament? seriez-vous moins parfait que le soleil des corps, Verbe éternel, qui êtes le soleil des âmes? Jésus- Christ et le soleil se trouvent sur les mêmes autels. Jésus-Christ se multiplie dans les hosties, le soleil multiplie son image dans des miroirs , et cette image échauffe et brûle. Si le corps de notre Seigneur se multiplie à Tautel, la parole multiplie la pensée pour des milliers de personnes , et un flambeau allume des milliers de flambeaux!
Continuons ces analogies. Jésus-Christ transforme sur l'autel la substance du pain et du vin en sa chair et en son sang, et, par la nourriture que nous prenons , le pain et le vin se changent en notre corps ; le pain et le vin deviennent de la chair et du sang en nous y le pain et le vin deviennent sur Tautel la chair et le sang de Jésus- Christ.
Le prodige de la greffe se reproduit dans l'Eucharistie. Le vieil Adam devient le nouvel Adam, comme 'e sauvageon, avec ses fruits amers, devient un arbre aux fruits savoureux. Voyez cette âme qui a senti la douleur d'avoir offensé Dieu-, elle a reçu en elle, par
ont refait Thomme et la société partout où Hs ont été connus, voyez la civilisation, le respect pour la nature humaine s'ufTaiblissant partout à mesure que la foi s'est affaiblie, comme le froid de la nuit se fait sentir à mesure que le soleil s'éloigne. Contemplez les contrées de l'Afrique sous saint Augustin; considérez ce qu'elles sont aujourd'hui ! Rappelez-vous quand la France a perdu la foi ce qu'elle est devenue. La France, si douce, si polie, surpassa les fureurs des peuplades les plus sauvages , et la barbarie sortit un jour tout armée de cette civilisation d'où la foi s'était retirée.
Regardez nos missionnaires entrant chez des peuples où régnent les mœurs païennes ; ils annoncent nos mystères, et les merveilles accomplies dans les premiers temps de l'Eglise se renouvellent à leur voix. Et vous qui n'avez pas le bonheur de croire, s'il en est ici en ce moment, que ne devez-vous pas à la foi! Dans les temps où elle semble moins vive, c'est encore elle qui éclaire le monde, comme le soleil lorsqu'il est caché par les nuages maintient encore le jour. Si la nuit de votre esprit et de votre cœur se répandait autour de vous; si la société tout entière était, comme votre àme, livrée aux ténèbres du doute et de Tincrédulité, que deviendrait l'ordre de l'univers à l'abri duquel vous vivez? Quelle garantie anriez-vous pour vos familles, pour la sûreté même de vos existences ? Supposez, au contraire, que cette nuit répandue en vous se dissipe, que la lumière de la foi pénètre toutà-coup dans votre àme, enfin que la Trinité vous apparaisse dans toute sa vérité, que vous vous sentiez en rapport avec les trois personnes divines qui la coni-
LA FOI. i09
Iposent, la vie, rinlelligence et l'amour, que vous croyiez à l'incarnation , c'est-à-dire qu'un Dieu s'est uni à vous et que vous pouvez vous unir à lui, qu'enfin il vous aime jusqu'à mourir pour\rôUs siirlà croix. Ah! convenez-en, vous seriez inondés de joie, vous voudriez vivre et mourir pour lui , votre foi serait si ardente qu'elle transporterait les montagnes, et vous ne vous étonneriez pas que l'univers ait été transformé, parce que vous vous sentiriez transformes vous-mêmes.
Gloire donc à l'Eglise qui a porté son admirable symbole à travers lés siècles , teonservant dans toute leur jpureté la foi en ses dogmes, immuable quand tout change , invincible quand les peuples et les rois se sont ligués contre elle ! Pendant trois cents ans sa patience a été plus forte que ses bourreaux, et la foi s'est étendue sous le fer et le feu des persécuteurs. Pendant dix-huit siècles l'Eglise a flétri toutes les sectes d'un anathème éternel; elle ne s'est laissé surprendi^e par aucune erreur , une seule erreur aurait suffi pour la détruire. Elle survit à tous les naufrages; arche de la nouvelle alliance , elle a sauvé toutes les espérances du genre humain. Nous avons vu disparaître toutes les anciennes erreurs , et nous verrons de même passer ces nouveaux systèmes qui ne sont marqués par aucune lumière, par aucun bienfait, systèmes démentis par la nature entière et désavoués par le cœur de l'homme. Jamais aucune époque ne fut plus féconde en miracles-, jamais Dieu n'a défendu la foi , protégé son Eglise et signalé sa providence par de plus étonnans prodiges. Vous qui avez été jetés par nos tempêtes politiques sur tous les rivages, voii^
savez par quelles merveilles aeeoinpiies en nos jours vous êtes rentrés dans la patrie 3 conservez donc votre espérance. Le bras de Dieu n'est pas raccourci. Soutenez les attentes du Seigneur. Attachez-vous de plus en plus à la colonne de la vérité; c'est pour vous amener à lui que Dieu a remué le ciel et la terre. Tout a été fait pour vous, pour votre salut. Omr nia propier sakUem. Examinez tous les événemens de ce point de vue , et vous verrez qu'ils se rapportent à votre sanctification et à un meilleur avenir.
Songez aux vertus que vous devez à la foi , aux inclinations perverses qu'elle a déuruites en vous^ àongez à ce que vous êtes par elle, à ce que vous Seriez sans elle. Le monde voit tout le mal que la foi n'empêche pfe; il ne voit pas le mal qu'elle prévient.
Le soleil est le premier mobile de cet univers : s'il s'arrêtait, tout s'arrêterait; mais comme son action est continuelle , tout est mis en mouvement par lui. La foi dans notre àme est comme le soleil : c'est la vertu principale qui anime toutes les autres. C'est la foi qui nous fait aimer nos ennemis , qui nous fait haïr les plaisirs du monde , qui nous fait bénir Dieu dans les souffrances.
Vivez donc delà foi, dégagez-vous de la fascination des choses qui passent , défendez-vous de Tindifférence pour cette vie future qui nous attend , et à laquelle tout se rattache iôi-bas.
Ne pas croire au milieu de tant de lumières , c'est un aveuglement inconcevable \ mais croire sans pratiquer , avoir la lumière sans la suivre, c'est un prodige non moins inexplicable.
LA FOI. iii
Croyez donc aux dogmes de la foi , mes chers auditeurs; sachez ce que vous devez croire pour savoir ce que vous devez faire , ce que vous devez espérer , ce que vous devez craindre ; mais, ne l'oubliez pas, pour avoir la foi , il ne suffit pas de connaître la vérité , il faut la pratiquer. L'amour seul peut conserver la lumière. Ne vous étonnez pas des douteâ qui se répandent dans votre esprit sur des dogmes qui vous obligent dans la pratique; ces nuages viennent de votre cœur. Si la croyance dés vérités les plus ordinaires nous forçait à être chastes y doux^ humbles, pacifiques, nous viendrions à en douter, à les nier inème. Soyons purs si nous voulons être inondés des lumières de la foi. Soyons purs , et nous entrerons dans le sanctuaire de la foi, et plus tard tous les voiles seront levés devant nous, et la claire vue sera la l'écompense de notre foi.
Ainsi soit-il.
SUR
LATBINITÉ.
In nomine Patris et Filii el Spiril&s sancti.
Au nom du Père, du Fils et du Çaint-Esprit.
( Saikt Mattbieu , th. 28 , )^. 19 . )
Jésus-Christ manifeste aujourd'hui sur le Thaborsa divinité-, son visage devient brillant comme le soleil, ses vêtemens blancs comme la neige , et Dieu le Père fait entendre aux apôtres ces mémorables paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé , écoulez-le. Voyez Moïse, Elie, près de Jésus-Christ; Pierre, Jacques e Jean à ses pieds, pour montrer que tout se rapporte à lui, la loi, les prophètes, l'Évangile. Pierre, le chef de l'Eglise, Jean, le disciple bien-aimé, Jacques, le premier des martyrs, sont ks témoins de cette grande merveille. Nous avons entendu, dit saint Pierre, la parole venue du ciel lorsque nous étions avec Jésus-Christ sur la montagne sainte. Ce que nous vous annonçons du Verbe de vie nous l'avons vu et entendu , dit saint Jean -, nous avons vu sa gloire comme celle du Fils unique du Père. Jacques est mort le premier pour confesser la divinité de Je-
lie LA TRINITÉ.
sus-Christ. Le Thabor était donc la manifestation de deux personnes divines, le Père et le Fils. L'Esprit saint, qui s'était montré au baptême de Jésus^hrist, descendra plus tard sur les apôtres. Ainsi se prépare aujourd'hui sur le Thabor la grande révélation de la Trinité que Jésus- Christ ordonne à ses disciples de perler dans tout l'univers. Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Quoi de plus propre à enflammer notre foi que ces grandes vérités? «Si peu que nous entrions dans ce secret éternel, dit Bossuet, c'en est assez poiir nous élever au-dessus de tout , et rien de mortel ne pourra plus nous toucher, u Voilà pourquoi Jésus -Christ a semblé renfermer tout l'enseignement prescrit à ses apôtres dans le mystère de la Trinité. 11 a voulu nous montrer que tout dans la religion se rapporte à ce mystère, et noua faire entrevoir en même temps ce que la Trinité est pqur nous, et ce que nous devons être par rapport à la Trinité. Ainsi nous apprenons que ce grand dogme est h vérité fondamentale du christianisme; que sa connaissance, comme celle de l'Incarnation, est essentielle au salut; que la foi en la Trinité est la source de tous nos mérites devant Dieu , le prinqîpe de notrç éternelle prédestination. En effet, sans la révélation de ce mystère , que saurait l'homme de Dieu et de lui-même? 11 ne comprendrait rien à la nature divine ni à la nature humaine. Les rapports qui lient l'une à l'autre lui demeureraient à jamais cachés; il ne pourrait devenir conforme à son Créateur. Cependant le bonheur du Ciel est de connaître Dieu tel qu'il est, et de nous rendre semblables à lui.
Dieu ne peut s'unir ^ Thomme qu'en lui manifestant sa nature 3 Thomme ne peut s'unir à Dieu qu'en lui rendant de justes hommages. L'idée de la Trinité seule peut compléter la notion de Dieu et la notion de l'homme, et, par conséquent , consommer leur union. Sans la foi en ce mystère , l'homme ne pourrait pas se conduire , l'homme ne saurait pas qu'il n'existe que par les trois personnes divines; il ignorerait qu'il est en état de mort lorsqu'il n'est pas en rapport avec chacune de ces trois personnes. Par la connaissance du dogme de la Trinité » nous savons que l'homme y créé à l'image de Dieu, doit rétablir en lui cette image altérée par le péché. Qu'est-ce que Dieu, en effet? Dieu est à la fois puissance, raison, amour. Le Père est le Tout-Puissant, le Fils est engendré par la connaissance que Dieu a de lui-même , et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie d'amour. L'homme aussi est à la fois être , raison , amour. Seulement, dans Thomme, la vie, la raison, l'amour, sont des facultés ^ en Dieu, ce sont des personnes vraiment subsistantes. Voilà tout le mystère de la Trinité et de l'homme. Ce qui est propriété, faculté dans l'homme , se trouve personne distincte en Dieu! Ainsi Dieu fait comprendre l'homme, et l'homme fait comprendre Dieu , puisqu'il en est la véritable image. Quel dogme plus nécessaire au salut ! La Trinité nous fait connaître les rapports de Dieu avec l'homme, et les rapports de l'homme avec Dieu ! C'est ainsi que nous allons envisager aujourd'hui ce grand mystère.
Nous montrerons , dans la première partie de ce discours , que le dogme de la Trinité est le seul moyen de
IIR LA TRINITÉ.
connaître Dieu et ses rapports avec rhomme. Nous ferons voir, dans la seconde, les rapports de rhomme avec Dieu , c'est-à-dire avec les trois personnes de la Trinité , par lesquelles seules nous avons la vie , le mouvement et l'être. In Deo vmmuSy movemuret sumus. Aucun sujet n'est plus digne de votre attention , dans un moment surtout où des philosophes humanitaires , remplis d'admiration pour le dogme de la Trinité, veulent faire honneur de sa découverte à la raison humaine; mais s'ils disent que Dieu ne peut être connu que par ce divin mystère , il faut qu'ils confessent que Jésus-Christ seul fait connaître Dieu , et que nul ne peut connaître le Père que par le Fils.
Esprit saint , amour du Père et du Fils , répandez sur nous vos lumières. Jamais nous n'en eûmes plus besoin. Nous vous demandons cette grâce par l'intercession de la vierge Marie, Avey Maria.
VRKBEliBB PARTIE.
Pendant une éternité Dieu s'est suffi à lui-même. Comment Dieu a-t-il vécu seul avant la création de l'univers, de l'homme et des anges? D'où lui venait sa félicité ? Que faisait Dieu dans cette solitude éternelle ? Cette question , qui embarrasse le déiste , est résolue facilement par le chrétien. Sans doute il n'y a qu'un Dieu pour l'un comme pour l'autre ; mais le chrétien sait que l'unité divine est féconde. Pour le chrétien, comme pour le déiste, il n'y a qu'un être infini, source de tous les êtres; mais le chrétien sait que,
grâce à cette unité d'essence, tout ce qui est en Dieu est Dieu. Rien, dit le grand évêque de Meaux, ne peut être accidentel en Dieu , tout y est substantiel ; le Père , le Fils et le Saint-Esprit sont donc des personnes parfaitement distinctes. La nature divine, sans cesser d'être une, se communique par le Père au Fils, et par le Père et le Fils au Saint-Esprit, sans aucune division des attributs divins, sans aucun affaiblissement de la perfection divine.
Sous Tancienne loi des Juifs, où les mystères étaient montrés en figures et en images , on trouve quelques traces du dogme de la Trinité. Quand Moïse parle de la création de l'homme, il met dans la bouche de Dieu ces paroles : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » Voilà Dieu , dit saint Augustin , tenant conseil avec des personnes semblables à lui , et non avec des serviteurs et des ministres. Trois anges se présentent à Abraham , Abraham adore Dieu en se prosternant devant eux. L'Esprit saint se contentait de faire pressentir cette grande vérité, parce qu'il fallait d'abord détruire le polythéisme , ou l'idée de la mul- Uplicité des dieux , erreur qui régnait alors syr la terre. C'est pour cela que l'unité d'un Dieu créateur de toutes choses visibles et invisibles ressort de l'Ancien Testament, où la Trinité est seulement indiquée. Jésus-Christ, le Verbe incamé, s'était réservé de manifester complètement ce mystère. Aussi entendonsnous les Juifs l'accuser d'avoir blasphémé pour s'être dit Fils de Dieu , égal à Dieu , et pour avoir souvent répété qu'il était né du Père , que le Père l'avait envoyé, que le Père et lui n'étaient qu'un. L'Ancien Testament avait donc pou^ but de consacrer l'unité
de Dieu-, comme le Nouveau est destiné à établir la Trinité des personnes divines. Allez, dit Jésus-Christ à ses apôtres, enseignez, baplisant les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La connaissance de c^ grand dogme , quoi qu*on en dise aujourd'hui , n'existait nulle part. On ne voit, dans Platon 9 que des dénominations vagues et non pas ridée des personnes divines , que saint Jean a révélées d'une manière si positive par ce passage d'une de SCS Epitres : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le Ciel, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit;^ et ces trois ne sont qu'un.
Sans doute, l'unité dans l'essence et la trinité des personnes sont le grand mystère de Tincompréhensibilité de Dieu , mais Tunique chose que nous pouvons bien connaître de Dieu , c'est qu'il est incompréhensible. II nous suffit, pour admettre la trinité des personnes dans l'essence divine, de savoir d'une manière certaine que Qieu lui-même nous a révélé ce mystère. Comment ne pa^ croire à Dieu parlapt de lui-même? dit saint Hilaire : Ipsi de se Deo credendum est.
Quand les prophéties , les miracles, l'établissemeqt du christianisme, nous ont prouvé la mis$ion divine de Jésus-Christ, nous acceptons comme positif tout ce qu'il nous enseigne;, nous préférons aux lumières vacillantes de notre raison les obscurités infaillibles de la foi , et la science de la révélation , la raison de Ihomme continuée parla raison divine, nous élève à la plus haute contemplation de Dieu et de l'univers.
Voyez comme tout s'est fait successivement dans l'œuvre de la nature: le Père , par sa puissance, crée le Ciel et la terre -, le Fils , par sa sagesse , coor-
(jonne tout; le Saint-Esprit imprime le mouvement et] vivifie l'univers. Le Père a tiré Tunivens du néant , le Fils a séparé la lumière des ténèbres, et le Saint-Esprit a fécondé les eaux. La Trinité s'est ainsi manifestée à la multitude des esprits célestes, comme nous le voyons encore par ces paroles de Dieu à Jacob : « Où étais-tu quand je jetais les fonr dpmens de la terre j lorsque les astres du matin me louaient tous ensemble, et que tous les fils de Dieu élaient ravis de joie ? » <i Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre, la terre était informe et nue, et le^ ténèbres couvraient la face de rahiine, et respril de Dieu était porté sur les eaux. Et Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres » Verbo Domini c(eli j^nnaii suni ,^ ei spirilu oris ejas omnis virtus eorum.
Dans l'ordre des mystères de la grâce , la Trinité a suivi le nième plan que dans Tordre des mystères de la nature. Elle a tout appris aux esprit^ célestes pfiir des développentens successifs, et, selon saint Paul, les principautés et les puissances ont connu , par la formation graduelle de l'Eglise , la puissance et la sagesse de Dieq dans raccomplissement de ses
Au commencement Dieu avait mis entre l'hjomme et l'univers une relation intime ; toutes les beautés physiques étaient faites pour l'œil de l'homme , toutes les beautés morales pour son âme. Devenu le centre de tout , l'homme devait faire remonter jusqu'à Dieu les êtres créés. Adorateur composé , dit saint Grégoire de Nazianze , abrégé de l'univers, ange
d'un ordre nouveau, tenant au Cîel et à la terre, roi du monde corporel , il ne voyait au-dessus de lui que Dieu seul , et devait rapporter tout l'univers à Dieu. Mais , hélas ! le mal se trouva en lui , et l'univers fut dégradé par sa chute.
La Trinité intervint aussitôt pour rétablir dans rhomme son image altérée par le péché. Le Tout- Puissant , Dieu le Père , promit qu'un médiateur naîtrait de la femme pour rendre à l'homme la vie éternelle. Plus tard , le Verbe divin , toujours annoncé , paraît parmi les enfans des hommes, plein de grâce et de vérité, et révèle toute la sagesse divine. Le Saint-Esprit, l'amour, descend sur les apôtres éclairés par le Verbe, et il forme l'Eglise, la communion des saints de la terre et du Ciel.
Le mystère de la Trinité comprend donc la création par le Père, la rédemption par le Fils, la régénération par le Saint-Esprit. Le Père nous a créés, le Fils nous a rachetés, le Saint-Esprit nous a sanctifiés. Les trois Personnes divines se montrèrent au baptême de Jésus- Christ , comme elles avaient paru à la création du nionde.
Le monde créé , le monde rétabli , sont donc une double manifestation de la Trinité.
Elevons-nous maintenant de la terre au Cîel : nous avons vu la Trinité dans ses œuvres , contemplonsla en elle-même. Entrons danslc Saint des saints, dans le mystère des mystères, où nous sommes introduîls par la foi , en attendant que nous le soyons par la claire vue.
L'Etre souverain , Dieu , dit saint Augustin , se connaissant de toute éternité dans toute l'étendue de
sa grandeur infinie , produit une parole , un Verbe j un autre lui-même. Du Père suprême et du Verbe engendré de lui procède TEsprit, le lien ineffable, indivisible du Père et du Fils. On attribue , ajoute le Docteur incomparable y la puissance au Père , la raison au Fils y l'amour au Saint-Esprit. «Les noms de Père et de Fils, dît le grand évêque de Meaux, empruntés à notre langue humaine, ne doivent pas être entendus dans le même sens -, cependant ils expriment quelque chose de ce qui est. Parmi nous, avoir un fils , c'est le mettre hors de soi-même ; en Dieu , avoir un Fils, c'est le produire et le conserver éternellement dans son sein , comme quelque chose d'égal et d'aussi parfait que soi-même. Le Père s'entend lui-même , se parle à lui-même , il regarde son Fils qui est sa parole. 11 aime cette parole qu'il a produite de son sein et qu'il y con^ serve , et cette parole , sa conception , sa pensée , son image intellectuelle éternellement subsistante , et son Fils unique, cette parole l'aime aussi comme un fils parfait. Mais qu^esl-ce que leur amour , sinon cette troisième personne , le Dieu amour , le don commun et réciproque du Père et du Fils , leur lien, leur nçeud, leur mutuelle union, en qui ce termine la fécondité comme les opérations de la Trinité ?
Voilà donc la réponse à la question que nous avons posée. Comment Dieu a-t-il vécu seul avant la création de l'univers ? Dieu n'était pas seul ; il avait un Fils, et de son union avec son Fils procédait une troisième personne, le Saint-Esprit ou Taraour. H n'était pas seul, dit saint Thomas , parce qu'il vi-
vait dans la société bienheureuse des trois personnes divines, Que serait en effet l'existence si Dieu ne la possédait avec la connaissance et le sentiment de ce qu'elle est? Dieu possède ce grand attribut de Texifrtencedans son Verbe, son intelligence, sa sagesse, sa raison , comme il possède tous les désirs , toutes les joies de l'amour dans son divin Esprit.
Cette fécondité, cette parole, cet amour, cette puissance, cette sagesse , cet esprit, qyi sont trois personnes subsistantes, voilà ce qui m'explique l'éternité avant la création. Dieu a un Fils , il est Père , il aime éternel leraenl ; l'amour , c'est lui-même : cet amour nait de la puissance et de la sagesse inlBnies. Je ne puis pénétrer , mais je pressens , j'adore , je me tais; la puissance seule ne m'inspirerait que la crainte-, la puissance et la sagesse me remplissent d'admiration ; la puissance , la sagesse et l'amour ip'inondent de joie et de délices. Lumière inacfîcssible , obscurité impénétrable, profonds secrets de l'éternité , splendeurs éclatantes du grand jour de Dieu , communications ineffables où il ne se dit qu'une seule parole, où il ne se produit qu'un seul amour, entretien de Dieu en lui-même, joie infinie de sa divine essence , devant vous mon intelligence se couvre de ses ailes comme les Anges que vit Isaïe ; ma raison est de comprendre que vous êtes incompréhensible; ma gloire, de vous croire et de vous aimer; ma grandeur, de m'anéantir devant vous.
Je conçois maintenant, Seigneur, que vous avez pu vivre une éternité avant l'existence des êtres créés; que ces êtres ne sont nullement nécessaires à votre bonheur , et que l'homme n'aurait pu découvrir ces
merveilles qui lui font entrevoir la nature divine, M vous-même ne les lui aviez révélées.
Père , Fils y Saint-Esprit , puissance , «agesse , amour ; noms divins ^ noms de gloire et de majesté y noms terribles à TEnfer, les délices du Ciel, vpus renfermez des communications et des rapports qui surpassent mon intelligence et nion cœur , mais dont j'entrevois Tinfinje beauté lorsque je songe à ce que les faibles images» de ces relation^ nous présentent sur la terre de joie et de bonheur. Dieu est^ Dieu parle , Dieu aime y ces actes sont des personnes ; puissance, parole, amour, merveilleuse intimité, secret de Tessence divine , quiconque voudrait vous sonder $erait accablé du poids de la gloire. Il y a trois personnes divines subsistant éternellement : le monde des êtres , le monde des idées , le monde des affections; un océan de grandeur, un océan de vérité, un océan d'amour; et ces trois personnes divines , qui ne forment qu'une seule essence , ont joui éternellement en elles-mêmes de la contemplation et de Tamour infini de toute perfection.
Sentiment sacré de la mateirnité , amour filial , union indissoluble contractée en présence de Dieu devant les autels, joies de Tamitié, communication intime des âmei^ , vouç n'êtes rien qu'unq légère ombre auprès de ce qui $'est passé dans cette solitudci éternelle de la bienheureux Trinité. Voilà don^ comment vivait Dieu dans l'éternité ! profondeur des richesses de Dieu ! Voilà comment vivait et comment vit encore ce pur Esprit où rien n'est passé ni futur , où tout est présent , qui est en tous lieux, qui remplit tout par son immensité, cç
plan de Dieu dans la création de I-hommc y puisque Fàme humaine est le miroir de la Trinité ^ c'est*à-dire de Dieu tout entier. In Deo vivimus , movemur et sumus. C est en Dieu que nous avons la vie , le mouvement et l'être.
Dieu forma d'un mot toutes les créatures. Il dit : Que la lumière soit, et la lumière fut; mais quand il en vint à Thomme, il sembla s'exhorter en quelque façon lui-même , dit un Père j à quelque chose de plus grand que ce qu'il avait fait jusqu'alors, pour marquer la dignité de celui qui devait être la fin de son action et comme son chef-d'œuvre.
Les autres créatures ne sont que des trace$ de Dieu : Vestigia Dei\ l'homme «est son image et sa ressemblance. Mais où se trouve cette image de Dieu? Est-elle dans le corps par lequel l'homme ressemble à l'animal? Non, elle est dans l'âme; l'âme, substance impénétrable y aussi cachée aux yeux de notre corps que l'essence divine ell^-mêm^s-, l'âme ^ l'ombre de l'âme de Dieu, selon les Pères, le souffle de son Esprit. Voyez â quel point la ressemblance est exapte : simple , unique , sans divisibilité , sans étendue , indépendante des lieux et des temps , libre dans sa volonté, n'ayant qu'un désir, le désir d'être éternellement heureuse, voulant tout posséder, spirituelle, immense. merveille! tout ce que je viens de dire s'applique â l'âme , et l'on croirait que j'ai défini la Divinité,
Comme Dieu est un esprit qui se cpnnait et qui s^aime, et qui trouve en lui-même sa parfaite béatitude par sa connaissance et par son amour, ainsi l'âme, l'iipage de Dieu , est intelligente et libre ; mai$
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Comme elle n'a pas en elle l'être, la raison et l'amour, elle est obligée de les chercher en Dieu , et c'est pour cela qu'elle possède trois facultés correspondantes aux trois personnes divines, a Semblable au Père, dit Bossuet; l'homme a l'être *, semblable au Fils, il a l'intelligence ; semblable au Saint-Esprit, il a l'amour ; semblable au Père, au Fils, au Saint-Esprit, il a dans son être, dans son intelligence et dans son amour une même félicité et une même vie. Dieu devient là perfection de son être, la nourriture immortelle de son intelligence et la vie de son amour. »
Dieu inspira sur la face de l'homme un souffle de vie, et il en fit ainsi une âme vivante à son image et à sa ressemblance. La Trinité a donc été empreinte dans Tàmede l'homme, l'homme est donc une Trinité terrestre où doit se réfléchir toute la création pour rendre hommage à la Trinité céleste.
En Dieu seul nous avons l'être, la vie, le mouvement, et l'homme dépend tellement, dans ses facultés, des trois personnes divines qu'il ne peut vivre, connaître,* aimer que par elles.
Par une memille ineffable, le monde matériel, ouvrage de Dieu le Père, contient en lui tout l'être de l'homme. Sans les alimens extérieurs dus à la puissance divine, le corps tomberait en dissolution, et l'àmese séparerait du corps. Tout cet édifice n'est soutenu que par l'incorporation des substances terrestres à la substance de l'humanité.
« Ce n'étaient, dit saint Augustin, ni ma mère lii mes nourrices qui remplissaient pour moi leurâ ma melles du lait qu'elles m'offraient -, vous seul , Seigneur, me donniez, par leur entremise, la nourriture
dont j'avais besoin. Vous êtes Fauteur de tous les biens^ et je vous dois la conservafion de ma vie. Substantia mea apud ie est. » Si le Père eesse un instant son action, si la terre, Tairet Teau ne produisent plus, que devient l'homme? Un cadavre, de la pourriture, un je ne sais quoi, comme dit TertùUien^ qui n'a plus de nom dans aucune langue. Ainsi la conservation n'est que la création continuée. Ainsi le Père est l'être de nos corps et de nos âmes; notre être est notre union à sa puissance ; notre assimilation aux choses créées par lui ; il est le principe de notre substance spirituelle et corporelle : ce n'est pas seulement le corps qui sans le t^ère s'anéantit , l'àmë n'a plus de soutien.
Voyons maintenant Thomnie entièrement privé du Verbe : il est destitué de toute raison, de toute sagesse, de toute science^ il ne comprend rien au monde physique ni au mondé moral , et son intelligence est obligée de renoncer à la vie. La mort du corps nous montre, depuis la chute d'Adam, ce que devient l'homme sans le Père-, le monde livré pendant quatre mille ans à l'idolâlrie nous révèle ce que devient la raison de l'humanité sans le Verbe. Avant Jésus-Christ, le Verbe incarné, raison de Dieu et raison de l'homme, la lumière était tellement obscurcie dans l'univers moral qu'on ne trouve pas une seule nation, excepté le peuple juif, où Dieu eût des autels. Et que voyonsnous partout où Jésus-Christ n'est pas connu ? Une profonde ignorance de tout ce qui intéresse le plus Dieu et l'homme, des connaissances qui se heurtent, qui se détruisent, des intelligences fatiguées d'ellesmêmes, le doute universel. Comment croire, en effet, en un Dieu qui m'aurait créé et qui ne m'aurait pas'
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parlé? Comment comprendre le mal sur la terre et le silence de la Divinité? De telles obscurités suffiraient pour détruire la raison de l'homme et lui faire imaginer que tout est illusion ou matière autour de lui. Mais dès que Jésus-Christ est manifesté, l'homme sait où il va, d'où il vient; il est calme, il attend. Le Verbe est donc la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde , le Verbe est la vie de notre intelligence , Fauteur des rapports de tous les êtres et la raison de Dieu même. Grâce à lui, il existe un soleil des esprits, comme il existe un soleil des corps.
Ainsi, vous le voyez, mes chers auditeurs, puisque rame privée du Verbe est sans lumière, sans vérité, Dou'e raison est l'union du Verbe, delà raison de Dieu avec notre âme, comme notre être est notre union â la puissance de Dieu.
Considérons maintenant l'homme sans l'Esprit ou Famour de Dieu. Si l'amour divin ne règne pas en lui, l'homme est en proie aux passions. Si l'homme n'aime pas son Créateur, il aime nécessairement les choses créées. Figurez-vous Thomme quand l'Esprit saint ou l'amour de Dieu ne remplit plus l'immensité de son cœur. Plus de repos pour lui 3 il demande à toutes les créatures la félicîlé, et aucune ne peut rassasier la faim qui le dévorej il ne dit jamais : Cest assez^ et il est livré à d'inexprimables tourmens. Chose étonnante \ aussitôt que TEsprit saint cesse d'habiter dans le cœur de l'homme, l'homme veut s'anéantir. Le mouvement qui emporte les saints à se perdre en Dieu pousse les criminels à se perdre dans le néant. Pourquoi un seul péché grave suffil-il pour détruire la vie divine ? Parce que le péché mortel chasse l'Esprit saint, c'est-à-dirl*
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le liea d*amour ; alors tous les inouvemens de Tàme sont suspendus; un esprit étranger habite en elle; elle parait vivante; mais elle est morte. Vivens et mortua est.
Qu'est-ce que la véritable vie? demandait saint Augustin il y a treize cents ans. Et il répondait : Le Père , le Fils et le Saint-Esprit en nous.
Pour juger ce que deviendrait l'homme sans la Trinité^ ii suffit donc de le montrer isolé dé chacune des personnes divines. Que serait Thomme s'il ne vivait pas du Père? L'être lui échapperait. Que deviendrait-il s'il ne vivait pas du Fils ? Il serait destitué de la raison divine. Que serait-il s'il ne vivait pas du Saint-Esprit^ Il ne trouverait jamais la félicité. Et s'il ne vivait pas en même temps et également des troiâ personnes divines^ il n'y aurait pas de paix possible poilr son âme^ parce qu'elle ne serait plus dans la constitution nouvelle que le christianisme lui a faite. Cette couslîtution nouvelle, c'est que trinité elle reçoive la Trinité, c'est là sa santé et son bonheur; car heureuse et saine sont deux mots semblables pour l'âmë. Du Père, du Fils et du Saint-Esprit, la Trinité créatrice, se détacha, dit saint Bernard, la Trinité créée, qui tomba dans une autre Trinité, la convoitise delà chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie; et cette Trinité ne peut se relever que par la Trinité de la foi , de l'espérance et de l'amour. Par cette Trinité nouvelle, la Trinité toujours heureuse et toujours immuable a tiré de ce profond abîme tiotrè Trinité misérable et lui a rendu sa félicité perdue.
Ainsi Dieu le Père est bien réellement l'être, le soutien de nos corps de nos âmes ; le Verbe; la lumière,
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la raison de nos esprits ; l'Esprit saint; Tamour^le mouvement 4e nos cœurs. Ainsi, pour que nous vivions véritablement, pour que nous ayons l'être, la vie, lé mouvement de nos cœurs, il faut que les trois personnes de la sainte Trinité habitent réellement en nous.
Univers créé, témoignage admirable du Père, où lés païens ont été inexcusables de ne pas reconnaître lé Dieu créateur; Evangile de Jésus-Christ^ où les Juifs sont inexcusables de ne pas reconnaître le Verbe de Dieu; Sacremens, où les Chrétiens infidèles sont inexcusables de ne pas reconnaître l'action de l'Esprit saint, vous êtes donc bien réellement la triple source de vie où je dois puiser sans cesse sous peine de périr, parce que vous êtes pour moi la manifestation de la Trinité tout entière.
Nous sommes donc, nous vivons, nous agissons en Dieu. In Deo vivimus^ movemur et sumus. L'homme doit donc être une Trinité terrestre en rapport avec ta Trinité céleste pour avoir toutes les conditions de son existence.
Voilà pourquoi nos désirs sont sans bornes, voilà pourquoi le monde entier ne peut nous satisfaire. La grandeur de notre être, l'immensité de notre intelligence et de notre cœur, ont été faites pour lés trois personnes divines et ne peuvent être apaisées que par la possession de la Trinité tout entière. Mais afin que la Trinité et l'homme ne fassent plus qu'un , il faut qu'en vertu de. sa liberté Thomine s'immole à Dieu, eî que Dieu se donne tout à lui. Ainsi s'accomplit Facte d'adoration parfaite qui met en rapport la souveraine grandeur avec l'infinie faiblesse pour en faire un tout inséparable. Afin de devenir une Trinité nous devons à
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guem colis. Il vous est maintenant facile de comprendre pourquoi la foi en la Trinité est nécessaire au salut, pourquoi la grâce et le bonheur découlent de la foi en la Trinité, pourquoi les psaumes^ les hymnes j, les prières, finissent par la glorification du Père , du Fils, du Saint-Esprit, pourquoi le signe de la croix, institué à Torigine du christianisme, est la marque universelle des fidèles, le sceau du Dieu vivant imprimé dans nos âmes.
N'entendons-nous pas répéter sans cesse autour de nous que si tous les hommes s'aimaient, le paradis existerait sur la terre?
La Trinité est le Ciel des anges et des bienheureux, et le ciel sur la terre c'est une âme qui s'ouvre à l'amour de Dieu et des hommes. Aussi le plus sublime enseignement est celui d'une mère qui impriipe sur le front de son enfant cet auguste symbole. Toutes les vérités sont dans ce signe par lequel la terre vénère ce que le Ciel adore, dans ces mots dits aux apôtres : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et qui renferment tout le mystère de Dieu et de l'homme.
mon Dieu ! je le vois maintenant , vous m'avez créé pour me faire entrer en participation de votre félicité éternelle, c'est à jouir de votre bonheur même que vous me destinez. Inira in gaudium Domini iui. Je partagerai votre puissance, je contemplerai votre bonheur, je serai inondé de vos délices. Vous avez voulu aimer en moi, comme en vous, votre Verbe incréé et votre divin Esprit, et, pour me communiquer votre parole et votre amour, vous êtes sorti de votre silence et de votre éternité.
C'est au nom de la Trinité qqe l'homme est reçu
dans la vie, c*est au nom de la Trinité qu'il entre dans la mort, car le prêtre lui dit à ce moment solennel : Partez, âme chrétienne : Proûciscerey anima christiana, âme marquée du sceau de la Trinité, partez, au nom du Père qui vous a créée, du Fils qui a souffert pour vous, du Saint-Esprit qui vous a sanctifiée, comme il lui avait dit au baptême : Je vous baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Partez donc, âme chrétienne, et vous posséderez sans voile cette Trinité dont la connaissance, tout incomplète que nous l'avons ici-bas , fait déjà notre bonheur sur la terre. Ainsi soit-il.
LINCARNATIOOU VERBE,