‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 37 sur 51 · I 4 . POUR LA FÊTÉ · texte numérisé non relu

I 4 . POUR LA FÊTÉ

pantes et sensibles ces consolantes vérités. Oui, Messieurs, c'est à Técole d'une pauvre bergère, humble gardienne dé troupeaux , qu'il y a plus à apprendre que dans toutes les écoles des savans et des sages. Cest de son toit obscur et solitaire, que partent des traits d^une vive lumière pour nous éclairer dans la science du salut et dans les hauts sentiers de la vie chrétienne : c'est de là que Geneviève nous fait sentir que Fesprit et les talens ne conduisent pas seuls à la perfection , mais qu'il faut y joindre la droiture du cœur, la défiance de soi-même et le sentiment profond de sa misère. De là elle nous apprend que ce n est point avec l'esprit et le savoir que l'on peut faire de grandes choses , sauver une nation , relever un empire ou empêcher qu'il ne s'écroule , et laisser sur la terre de précieux souvenirs et un nom vénéré; mais qu'il faut encore cette foi vive qui agrandit le cœur et ti'ansporte les montagnes, ce généreux dévouement auquel aucun sacrifice ne coûte , ce besoin immense du bien que la religion seule peut inspirer. C'est auprès du tombeau de Geneviève que nous pourrons méditer avec fruit ces grandes et impor* tantes vérités, que la piété est utile à tout, que la raison toute seule n'est bonne à rien 3 que de toutes nos facultés celle de l'esprit est la plus vaine, la plus versatile , la plus foible , la plus prompte à S6 dépraver , et la moins faite pour nous rendre heureux; que la véritable sagesse ne consiste pas , dit le.S^ge (eccli. m, 22.) j à se perdre dans les téméraires élans d'une vaine curiosité , et à scruter

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des choses trop fortes pour l'homme , mais à craindre léis jugemens de Dieu, à vo.uloir ce qu'il veut et à se résigner aux maux qu'il nous envoie. C'est ici enfin que Ton se convaincra que la plus grande et la plus sûre des sciences^ c'est de s'unir intimement à celui qui sait tout; que nul n'est plus savant que l'homme simple et humble qui connoît bien son ignorance , et qui voie bien sa paus^reté (thren. m, I.); que l'on peut savoir très-peu de chose et être fort éclairé , de même que l'on peut acquérir beaucoup de connoissances , et être encore aux élémens de la morale et aux premiers rudimens du sens commun ; qu-il n'y a de mérite réel que celui sur lequel l'homme sera jugé, et qu'enfin il n'y a de vraies lumières dignes d'un esprit sage et d'un cœur élevé , que ce qui nous apprend à bien vivre et à bien mourir.

Telles sont les grandes leçons que nous donne aujourd'hui Geneviève j elles nous en disent plus que tous les livres , et sont comme la substance et l'abrégé du christianisme : magnifique morale qui apprend tout en un seul jour ! Gloire immortelle à ce divin législateur qui Ta créée , et qui le premier a 'dît : Bienheureux les pauvres d'esprit (mat. V, 3.)/ Qui jamais, en efiet, avoittenu avant lui un si étrange langage? qui jamais avant lui s'étoit avisé de proclamer une telle béatitude? Que dis-je ? tout contredisoit une doctrine si éloignée des pensées humaines j et la morale des philosophes n'étoit qu'un engouement de la science et une idolâtrie de l'esprit. Tel étoit même leur aveuglement

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qu'ils alloient jusqu'à confondre l'esprit avec la sa* gesse , la science avec la vertu ; et souvent même la gloire de bien dire avec celle de bien faire. Bienheureux, disoient-ils, celui qui brille parles lettres, €t qui se distingue parles connoissances 3 heureux celui qui signale par ces découvertes , et qui peut , dans son vol hardi , sonder tout à la fois les abîmes des cieux et les abîmes de la terre, et connoitre dans la nature toutes les causes et tous les effets : Félix qui potuit rerum cognoscere causas s maxime emphatique, qui peut briller dans la buoche d'un philosophe ou dans les vers d'un poète, mais qui n en est pas moins aussi vide pour Tesprit que stérile pour le cœur , et qui est aussi inutile •u bonheur de cette vie qu'à la vertu qui profite pour Tautre.

C'est surtout au moment de l'inauguration solennelle de cette croix auguste et glorieuse (i), de cet arbre de vie qui va être arboré là où naguère ëtoit planté l'arbre de la mort, que vous devez vous pénétrer de ces grandes vérités : c'est aa moment où nous voyons flotter l'étendard du salut, là où flottoit la bannière du sacrilège et le drapeaa de la malédiction. Quel spectacle plus beau, plus instructif? C'est de ce dôme majestueux que cette croix nouvelle nous fait entendre cette parole du Sauveur : jéjrez confiance j jai vaincu le mondo

(i) Oq soccupoit alors des travaux préparatoires à Térec-' tion de la croix , qui fut bientôt après placée au sommet d« la coupole.

DE SAiNtE GENEVIÈVE, ^ly

(jTOAN. XVI-, 33.), et, Quand je serai éle\>é de la terre, f attirerai tout à moi (ibid. xii, 32,); c'est de là qu'elle écartera la foudre , qu'elle fera descendre une rosée vivifiante , qu'elle s'interposera entre la terre et le ciel , ^'elle couvrira de son *ombre tutélaire l'héritage de saint Louis , qu'elle sera le' bouclier du trône, le boulevard de la cité, et qu'elle deviendra un signal d'encouragement pour aller planter d'autres croix et élever d'autres calvaires sur la terre des lis.

Oui, ministres saints (i), intrépides soldats de la vérité, anges de la terre, c'est du haut de ce temple confié à vos soins , que la croix vous appelle; c'est de là qu'ell^e vous donnela mission , et vous intime l'ordre de voler au secours d'une nation malade qui se déchire elle-même . de ses propres mains; ite, angeli veloces , ad gentem consfulsam et dilaceratam (isAi. xviu , :i. ) : partez donc avec autant de promptitude que de confiance ; c'est dans ce signe que vous vaincrez. Partez sous les auspices de Geneviève , qui fut aussi missionnaire , et que la France a toujours régardée comme un de ses premiers apôtres. Convertissez , et sauvez d'ellemême cette nation doublement malade , et par ses lois et par ses mœurs, et d'autant plus près de sa fin , qu'elle n'a plus la force de supporter ni les maux qui la travaillent , ni le remède qui pourroit la guérir. Ite, angeli veloces. Fut-il jamais

(i) Les Missionnaires de France , qui desservent 1 église de Sainte Geneviève,

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une mission plus faite pour honorer le saint ministère , plus digne d'enflammer votre ardeur et d'intéresser votre zèle ? Partez donc j si l'on vous chasse d'un pays, secouez la poussière de vos pieds, et allez dans un autre : rendez-vous dignes , par vos succès, de la haine honorable de vos détracteurs, lis vous attaquent par des injures, répondez-leur par vos bonnes œuvres : opposez vos prières à leur persécution, vos bons exemples à leurs outrages, montrez de plus en plus que votre ièie égale votre désintéressement , que votre récompense est toute dans le ciel , et que jamais on ne pourra vous rebuter tant qu'il y aura des malheureux à consoler, des ignorans à instruire, des pauvres à évûngéliserj des incrédules à éclairer ou à confondre , et des âmes à sauver.

Et vous aussi , Chrétiens , qui que vous soyez, c'est encore cette croix sainte qui vous appelle, et qui vous dit d'accourir sur ce nouveau Calvaire, pour y apprendre à porter votre croix et à mourir au monde ; auprès de cet autel sacré , pour y puiser le goût des vertus dont il rappelle le souvenir, cet air de virginité et d'innocence , qui vaut mieux que tous les trésors ; cette pauvreté d'esprit , qui est la vraie richesse , cette simplicité de cœur, vrai caractère des grandes âmes; cette enfance évangélique ,. qui en sait plus que les vieillards; cette science de Tampur de Dieu , qui apprend tout dans un seul jour; ce respect pour les traditions héréditaires, qui rend les peuples forts et les États durables; enfin ce renouvellement de zèle et de ferveur pour le

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culte de Geneviève , pour cette dévotion antique y innée , pour ainsi dire , avec la monarchie , et qui, si chère à nos pieux ancêtres, ne peut que devenir pour nous et pour nos derniers neveux une source abondante de grâces et de bénédictions.

Et vous , grande sainte , illustre patronne, intercédez du haut des cieux pour cette capitale, dirai-je de la France ou de l'univers? pour cette reine des cités, qui puise, hélas! dans l'excès même de sa corruption une partie de sa renommée , Chaque jour, elle s^embellit par ses édifices , et s'enlaidit par ses mœurs ; elle se polit par ses arts , et se dé^^ grade par ses vices; elle aime plus encore à vivre de spectacles que de pain , mais , pour comble de misère et de scandale , elle élève ses théâtres sur les débris de ses temples et de ses autels : obtenez donc par vos prières qu'au lieu dêtre appelée la ville des plaisirs et des joies corruptrices, elle mérite d'être nommée, comme cette ville de Juda dont parle l'Esprit saint, la Cité des justes et la Ville fidèle; Civiias justi , urbs Jidelis (isAi. i, :j6. ).

Intercédez pour cette nouvelle jeunesse dont l'impiété veut s'emparer pour la dresser à la révolte et la former au scandale : alors sans frein comme sans pudeur , cette jeunesse qui se croiroit studieuse ne seroit plus que séditieuse ; elle se diroit libre , et afficheroit la licence ; elle voudroit paroître franche et loyale, et elle se montreroit audacieuse et effrontée. Obtenez-lui, par vos prières , de revenir à cette religion sainte , sans laquelle , bien loin d'être l'espoir de la patrie ^ elle n'en seroit que

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