‹ Sermons et discours inéditsChapitre 13 sur 63 · S^^ ^^ CHARITE FRATERNELLE · texte numérisé non relu

S^^ ^^ CHARITE FRATERNELLE

ignorer ces douces jouissances qu'éprouve la vertu lorsqu'elle s'enflamme par la divine charité, et qu'eue met son enchantement à s'ouhlier et à mourir à elle-même toute entière afin de ne vivre que pour autrui.

Aimons-nous donc les uns les autres , c'est lesprit de notre religion ; aimons-nous les uns les autres j c'est le grand intérêt de notre religion.

Më sera-t-il donné de vous faire entendre , mes Frères , que rien ne peut dédommager le christianisme de la perte de la charité j que c'est par elle seule qu'on peut le faire respecter, par elle seule qu'on peut le rendre aimable ; que dans un temps où il n'y a plus d'oracles dans Juda ni de signes dans Israël , c'est par la charité que doit briller ce monument toujours visible qui atteste sa divinité , et ce prodige toujours subsistant qui fait taire l'erreur } que la charité seule peut donner à la vérité ce grand caractère qui frappe l'esprit, en même temps qu'il prépare le cœur j qu'une fois divisée , la religion languit sans force ainsi que sans attraits; qu'elle sème sans recueillir, qu'elle instruit sans succès, qu'elle parle sans autorité, et qu'elle perd tout à la fois sa plus touchante distinction sou plus beau lustre?

Hélas ! nous la félicitons de ce qu'elle n'a plus ni tyrans à redouter, ni proscriptioDs à craindre j nous nous applaudissons de ce qu'assise sur un trône paisible, elle donne des lois au lieu d'en recevoir: c'est notre grande erreur j ses épreuves faisoient sa force , ses larmes épuroient ses vertus. C'est du sein

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des orages qu6, semblable au soleil, elle sortoit plus brillante et plus belle j c'est aux secousses de la tempête qu'elle devoit sa consistance inébranlable; c'est cette heureuse nécessité de combattre et de se défendre qui la rendoit terrible comme une armée rangée en bataille : alors les héros naissoient enfouie, alors paroissoient de grands* cœurs, des âmes énergiques, comme des plantes vigoureuses germent dans une terre forte profondément sillonnée par le fer. Plaignons-la au contraire du calme et de la paix dont elle jouit maintenant; calme trompeur , paix fatale ^ c'est l'inertie , la stagnation des âmes; c'est le sommeil de la vertu et le silence de la mort. Ah ! ne parlons plus de paix , parlons plutôt de guerre , et d'une guerre plus funeste que la persécution , plus destructive que le fer des tyrans ; parlons de la discorde humiliante qui excite ses propres enfans par tant de schismes scandaleux qui divisent la communion dés saints; parlons de la contradiction des langues , parlons de cette confusion plus déplorable que celle de Babel, de ces honteuses dissensions , tantôt obscures et tantôt éclatantes, tantôt se renfermant dans le sein des familles , et tantôt armant les rois contre les rois et les peuples contre les peuples; parlons de ces ombrages , de ces soupçons qui anéantissent toute confiance, de ces dissensions éternelles entre le père et le fils , entre l'époux et s.on épouse ; parlons de cette rage de la calomnie , qui ne respecte aucune vertu , de cette cupidité effrénée qui foule aux pieds toutes les lois et renverse toutes les barrières , de

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cette ambition dévorante qui ne se nourrit que de ravages et ne vit que parmi des ruines. Voilà, mes Frères , la vraie persécution , le plus grand fléau que la religion puisse jamais redouter. Le glaive des tyrans fertilisoît le champ de l'Église , le glaire de la discorde ne fait que le ravager; alors toute la honte étoit pour les persécuteurs, et maintenant toute la honte est pour la religion. O vous tous qui passez, venez et voyez s'il fut jamais une douleur semblable à la sienne. Mère tendre et sensible , il me semble l'entendre pousser à chaque instant des gémissemens plaintifs , et nous dire sans cesse , dans Pamertume de son cœur: O mes fils! c'est donc en Tain que je m'efforce de vous rassembler sous mes ailes 3 il est donc perdu pour mon cœur cet espoir consolant de vous voir réunis dans un même bercail , assis à la même table , embrasser tous ensemble votre mère commune, ou plutôt j'aurai donc toujours la douleur de vous voir participer à la même cène, manger le même pain, boire le sang de la même alliance avec des cœurs ulcérés par la haine ou rongés par l'envie. O mes chers fils! jusques à quand affliigerez-vous votre mère? pourquoi déshonorer mon nom? pourquoi le livrer sans pitié à la dérision des impies? Appréciez, s'il se peut, leurs funestes succès , pesez leurs attentats, écoutez leurs blasphèmes : mes mystères sublimes , ma morale céleste, mon héritage saint, tout est foulé aux pieds j cruels , voilà votre ouvrage ! On me demande à quelle marque on peut reconnoître mes disciples, où est la paix que mon époux a laissée , quel est le

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